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31/03/2016

Une ardente patience, Antonio Skarmeta

une ardente patience,skarmeta,romans,romans chiliensJuste avant l'arrivée de Salvatore Allende au pouvoir, Néruda réside sur l'île noire, une île où le vent de la révolution ne souffle pas encore, où les pêcheurs sont pêcheurs de pères en fils et miséreux pareils. Le grand homme s'est retiré, drapé dans sa tranquillité, solitaire et semble-t-il, heureux de l'être. C'est sans compter sur Mario Jimenez qui va se découvrir une vocation, celle d'être son facteur. Il n'a que lui comme client et va s'y attacher au delà de ce que le poète pouvait craindre. Tous les jours, Mario amène le courrier et s’incruste de plus en plus derrière la porte. C'est qu'il a découvert la métaphore ...

Et cette quête de la métaphore le mènera droit à la découverte de son utilité. Tombé en pâmoison devant la fille de l'aubergiste, la plantureuse Béatriz, Mario peine à trouver le chemin de son cœur, jusqu'au moment où, l'usage de la métaphore ( et un petit coup de main un peu forcé, du Néruda), lui ouvre son royaume charnel ... Néruda pourrait alors retourner vaquer à une occupation plus poétique des mots, si le vent de l'histoire du Chili ne l'avait entrainé loin de son île. Mario y entretiendra toutes les flammes du souvenir en attendant le retour de son mentor involontaire, devenue idole de l'amitié fascinée du jeune homme candide. Il soigne ses trophées, une dédicace, une lettre, un post scriptum, comme d'autres briquent des trésors mythiques. Et le poète le lui rendra bien ...

Un livre si drôle, si tendre que je me demande bien comment il a pu donner lieu à un film, "Le facteur", dont le seul souvenir que je garde est celui de m' être endormie devant. Mais c'était il y a si longtemps, que j'ai pu oublier que ce même jour j'avais couru un marathon (mais comme je n'ai jamais couru de marathon, je reste à peu sûre de moi ...). Et dire qu'à cause de ce souvenir, j'aurais pu passer à côté de ce petit régal.

 

28/03/2016

Cherche jeune fille à croquer, Françoise Guérin

cherche jeune fille à croquer,françoise guérin,romans,romans policiers,romans françaisLe commandant Lanester a pris un choc dans l'enquête précédente. Comme je ne l'ai pas lue, je n'étais pas au courant, ce qui n'est pas très grave. Mais le choc semble avoir été rude, psychologiquement lourd. Ce qui est quand même problématique pour qui doit diriger (normalement) une équipe de criminologie analytique. Lanester est un profileur, mais à prononcer à la française. D'ailleurs, rien que son nom lui évite tout amalgame avec une quelconque série américaine. Je le précise pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas la ville de Lanester, une banlieue dortoir ex-ouvrière jouxtant Lorient, à l'architecture stalinienne qui vous ferait vous retourner même Lénine dans son mausolée, si on l'avait baladé le long de l'avenue qui y porte son nom.

Lanester, donc, se recherche un regain d'enthousiasme pour son métier, dont il a un peu peur que les rênes lui échappent, un regain d'autorité sur son équipe qui a pris une nette tendance à l'autonomie, un regain d'envie d'histoire d'amour avec l'infirmière psy qui soigne son petit frère interné pour cause de silence obstiné dans ses scarifications. En arrière-plan, un père violent, ex-flic qui aurait mal tourné ....

Dit comme cela, on pourrait le croire glauque, ce personnage, mais non, même pas, il est même assez attachant, le profileur abimé comme il faut aux entournures de l'âme. Du coup, lorsqu'on lui colle une enquête sur d'autres abimés de la tête et du corps, cela paraît coller de source. Des jeunes filles ont disparu, toutes anorexiques, toutes soignées dans le même hôpital spécialisé, toutes de la même région, la vallée du Mont Blanc, toutes au stade quasi terminal de la maladie, toutes volatilisées sans témoins,  sans intervalles réguliers ou irréguliers, sans véritables connexions entre elles, avec pour seul fil rouge le rêve de chacune de se laisser mourir en paix.

L'équipe de Lanester s'installe, une collaboration quasi sans faille avec la police locale ne donne presque rien de nouveau, notre enquêteur piétine, profile à tâtons, se fourvoie dans ses méandres intérieurs, l'équipe se charge de mettre un peu de mouvements d'âmes dans cette enquête qui se sait pas où elle va, le temps que le lecteur soit bien ferré aux personnages, soit bien entré dans l'univers de la maladie, des soignants et des soignées ingérables, cloisonnées dans leur toute puissance suicidaire.

Et puis, une fois que vous êtes bien installé, peinard dans la multitude des pistes et des indices qui se croisent et font du surplace, l'auteure balance les grands moyens, et là faut s'accrocher dans le slalom, parce que dans le genre pistes tordues, on en avale des rouges et des noires tout schuss et sans remonte pente. On finit un peu décoiffé par l'improbable tournant pris à vitesse grand V.

A lire sans se poser trop de questions non plus ....

 

 

 

26/03/2016

Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

piano.jpgUn homme a profondément aimé une femme, cette femme a profondément aimé cet homme. Et puis, comme par l’inadvertance, il a oublié de la regarder, parce qu'il avait autre chose à faire, un projet musical qui lui donnait du mal, et puis que la vie est comme cela, voilà. Il ne l'a pas vue tomber, se déconcerter. Elle a disparu et il a continué les concerts, et a connu une autre femme. François Vallier a juste arrêté de jouer Schumann, parce que Sophie l'aimait trop. Le souvenir de l'amour cristallin a trouvé un apaisement factice.

Et puis, un simple message d'un admirateur sur son site internet, et Sophie est retrouvée. Depuis trois ans, elle est internée et n'attend rien, elle écoute ses concerts de Schumann et peint un unique tableau vide. Alors François lâche tout, vie, femme, concerts et Orphée part prendre Eurydice par la main, si elle le veut bien, pour que les contours de la vie redeviennent nets et que la première reprenne son cours, presque là où il l'avait lâchée.

Et ce livre, ce n'est rien d'autre que cela, un homme amoureux d'une femme, sa Sophie, artiste un peu bancale et secrète, qu'il avait aimé sans trop ouvrir sa boite de Pandore, et qui se dépouille de tous mensonges et de toutes lâchetés. Il en devient poignant de simplicité. Une seule corde dans l'écriture aussi, quelques variations mais très peu, pas besoin, la plume va, comme le personnage à l'essentiel, de ce qui doit être dit et vécu. Pas de vibratos, ni de trémolos : l'erreur, la réparation, sans illusion cette fois-çi. François avait cru être invincible et entrainer Sophie dans son envol radieux. Sophie s'est cassée une aile, il va reconstruire une béquille, un nid, avec la ferme intention de, cette fois, combattre et vaincre son minotaure à elle, et de la regarder vraiment.

19/03/2016

La formule préférée du professeur, Yoko Oguwa

racine carrée.jpgParmi mes formules de mauvaise foi maintes répétées, il y a cet à-priori définitif : "je ne comprends rien à la littérature japonaise." D'ailleurs, je n'en lis pas. Ce qui, évidemment, n'est pas de nature à me faire changer d'avis. Ce qui est le principe même de la mauvaise foi. Je suis donc parfaitement logique.

Une autre formule, tout aussi avérée, est que, face à des chiffres, même tout petits et inoffensifs ; genre le problème de conversion de hectolitres en millilitres de fifille ; j'éprouve une sorte de vide abyssal qui touche à la stupéfaction. Ce qui n'est pas sans conséquence sur mes réalisations pâtissières, malgré l'achat récent d'un super moule à cheese cake (qui fait pas les conversions tout seul, le con.)

Troisième formule perso ; face à quelqu'un qui m'affirme avoir le goût du sport, je me métamorphose en poule sur un mur qui regarde passer un okapi volant et me planque sous un tapis en attendant qu'il ait fini de passer.

Ce livre, donc, car ce blog est censé parler de livres,et pas de moi, qui est japonais, parle de maths et de sport, est donc une sorte d'erreur d'aiguillage vers l'incongru, quasi une expérience mystique pour moi, une variante personnelle de l'exploit.

Un vieux professeur de maths, genre prix Nobel en puissance, a perdu la mémoire lors d'un accident de voiture. Depuis, elle s'arrête au bout de 80 minutes et repart à zéro. Les seules connaissances qui restent constantes sont celles des formules mathématiques. Il a besoin d'une aide ménagère qui se matérialise, elle, avec constance. Et il se trouve que c'est la narratrice du roman. Elle tombe sous le charme des explications du professeur, se retrouve passionnée pour les nombres premiers, se prend d'amour pour eux et d'amitié pour lui. Il se trouve qu'elle a un fils de 10 ans, fan lui de base ball, et qui a la tête plate comme une racine carrée. Ben me voilà bien ....

Faisant fi de ma mauvais foi ( ce qui est très, très rare !!!), je dirais qu'il y a quelques scènes touchantes entre des digressions, pour moi, interminables, mais en réalité assez courtes, sur la beauté des racines carrées, des nombres premiers et la quête de la vérité mathématique, l’élégance des formules à plein de chiffres qui s'étalent sur la sable du parc, avant de s'effacer sous les pétales de cerisier, la perfection de la mesure de la forme de la base de tir en base ball, le compte de la vitesse du lancer de la balle. J'ai dû bien survolé du cerveau quelques pages, mais là encore, assez peu finalement.

Ce qui me ferait penser que ce pourrait être un livre passionnant, mais que je vais continuer à regarder pousser la littérature japonaise dans les vitrines.

 

16/03/2016

A la grâce des hommes, Hannah Kent

WBC-Islande-Skaftafell-Svartifoss-5.jpgAttention le charme de ce livre est prégnant et insidieux. Il s'agit du premier roman d'une auteure australienne qui, tant qu'à faire dans l'exotisme, le situe dans le nord de l'Islande, et le plante dans la vallée de Votnsdaleur, qui lui même s'ouvre sur la mer du Groenland. C'est dire l'ouverture vers le large.

Dans cette vallée, est née, a vécu, a travaillé, Agnès Magnusdottir, servante de ferme. Le 13 mars 1828, elle a été condamnée à mort comme complice pour le meurtre de Nathan, propriétaire de la ferme où elle travaillait et, aussi, son supposé amant. On ne sait trop pourquoi elle l'aurait tué, comme on ne sait trop si c'est vrai.

En attendant son exécution, voulue exemplaire par le maire de police du canton, Björn Blöndal, la tête d'Agnès devant être tranchée sur le sol islandais, et non en Finlande, comme l'exigeait la tradition politique, le problème se pose du temps de la détention, avant que le bourreau ne soit désigné. Ce temps est nouveau en Islande, indéfini et flexible, quoique forcément final. Il n'y aura pas de pitié pour Agnès. Pas de ce côté là en tout cas.

Agnès est alors placée dans une famille de la vallée, comme prisonnière domestique et à demeure. Margret et Jon ont deux filles et une ferme peu prospère. Mais ils sont obéissants à l'autorité virile et obtuse du maire, qui ne leur laisse d'ailleurs pas le choix. Et c'est ainsi qu'Agnès se fait humble criminelle partageant l'espace contraint de la ferme, des champs et de la badstofa (la chambre à coucher collective).

Et c'est alors que monte le charme insidieux de cette histoire si simple que la grâce des hommes n'a pas écouté.

Agnès connait bien la vallée, et même cette ferme, elle y a travaillé, avant de rencontrer Nathan. Pour elle, il y est question d'enfance perdue, d'enfants aimés, de femmes qui ployaient. Méprisée, Agnès n'avait pas bonne réputation, fille facile dit-on, elle savait lire, elle voulait s'élever, elle qui connaissait aussi bien les sagas que la misère.

Avant d'être exécutée, Agnès doit venir au repentir chrétien, le vrai, celui défini par le dogme de la norme. Cependant, elle a le choix du pasteur, elle se souvient d'un jeune homme, un sous révérend, Thovardur Jonsson, parce qu'une fois, il lui avait fait passer un gué sur son cheval, et que ce jour là, il y avait eu de la compassion dans l'air. Et comme pour une fois, elle a le choix, elle choisit celui-là.

Penché sur la parole de la condamnée, jour après jour, Thovardur va laisser couler ses mots à elle hors de sa prison, quitte à ce que la divine parole, voulue par les hommes, en perde un peu de sa superbe raison. Le roman suspend cette parole jusqu'au bout et la laisse prendre un peu de place, entre travaux des champs, travaux d'aiguilles, fauche des foins, abattage des moutons, silences et reconnaissances.

Agnès tait l'essentiel, au lecteur de tendre une autre oreille.

 

 

12/03/2016

De quelques amoureux des livres, et etc, Philippe Claudel

ob_2224be_425849-10150591273222557-28165572-n-jpg.jpegPhilippe Claudel compile dans ce recueil des biographies de rêveurs d'écriture, des écritures toujours déçues et contrariées, comme le dit le très long titre que je tronque ici, d'hommes et femmes que "que la littérature fascinait". Ces destins fictifs sont fabriqués sur mesure par un écrivain qui s'amuse, dans ces brèves bios lapidaires et elliptiques, à créer autant d'amoureux des livres que d'échecs.

Les personnages sont juste esquissés. Farfelus, fantasques, ils ont un gout de Borges ou de Cervantes. Parfois démesurés, hallucinés, ou alors seulement un peu décalés, ils surgissent et se succèdent pour un moment d'éternité littéraire, comme ce sergent de la Waffen SS déterminé à tuer Javert, retrouvé dans les égouts de Paris (pas Javert, mais le lieutenant SS ....). A d'autres fondus de la chose écrite, l'écriture est interdite pour cause de compulsions viscérales vers l'infini ou de tics improductifs, comme pour cet homme à qui les idées de romans ne viennent qu'en taillant des crayons et qui ne peut jamais écrire les mots ainsi venus puisqu'il n'a plus de crayons ...

Ils sont de tous les continents et de tous les âges, ces fanatiques de l'écrit réinventés par un Claudel facétieux qui rejoue Héraclite en vieux grec faignant qui n'aurait jamais écrit que par fragments, supercherie dont il savait que la postérité lui serait gré d'un plus grand talent encore. 

A l'écrivain frustré, Claudel donne une chance de postérité immortelle et grandiose. Ainsi cet érudit brésilien, pourtant auteur de piètres romans, qui s'immola dans sa bibliothèque pour que les pages de Balzac, Voltaire et Pascal se retrouvent cendres mêlées à ses propres pages, pour l'éternité. L'éternité, c'est souvent ce que vise ces ratés de la plume, victimes des circonstances ou du hasard ; un homme aurait pu écrire s'il avait épousé une autre femme que la sienne ;  celui qui se croyait un grand dramaturge et dont la postérité ne gardera que ses écrits qu'il croyait mineurs (Voltaire es-tu là ?).

La plume est satirique, tendre, nostalgique, alerte et jubilatoire, on y croise ce qui semble être une connaissance (l'auteur qui arrêta d'écrire du jour où il devint membre du  jury d'un grand prix littéraire ...). Soit, l'effet liste peut lasser un peu à la fin, mais je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle mon préféré est resté le premier "celui de Sparte", que je vous laisse découvrir p 10 : un murmure du passé qui chuinte l'oreille, une envie de le lire à voix haute, je le relis, c'est juste cela.

06/03/2016

La fractale des raviolis, Pierre Raufast

la fractale des raviolis,pierre raufast,romans,romans français,déceptionsPassée la première réplique, " Je suis désolé ma chérie, je l'ai sautée par inadvertance", qui m'a fait sourire, (et encore, pas tant que cela vu que je l'avais déjà lue ailleurs), dieu que je me suis ennuyée dans ce livre ... Le terme est assez faible, d'ailleurs, mais j'ai la flemme d'en chercher un autre, et ma note sera aussi terne que cet ennui attentiste et passif qui aura teinté ma lecture. L'ennui n'est même pas l'agacement, l'ennui, pour pasticher très librement la définition de l'inadvertance donnée à la suite de cette première phrase, serait une sorte de "défaut accidentel d’intérêt, manque d'attention à ce que l'on lit, manque d'implication d'une lectrice qui voit le coup de la poupée russe arriver." Après un frémissement de curiosité (qu'est-ce va surgir du chapeau ?), la lectrice ne voyant toujours rien venir, se lasse ...

Une narratrice non identifiée surprend son mari en plein ébat adultère. Comme visiblement, ce n'est pas le premier, elle met en place un plan dit diabolique pour s'en débarrasser, plan qui consiste à lui faire acheter lui même le sachet d'herbes de Provence qu'elle va ensuite empoisonner et répandre sur le plat préféré dudit mari, des raviolis, donc. Arrive un jeune voisin confié en urgence, le plat devient piégeux, c'est le sauve qui peut vers la fractale ...

Elle s'enclenche ainsi, en forme de marabout-de-ficelle narratif où chaque dernière phrase d'un très court chapitre, met en marche une histoire racontée au très court chapitre suivant et ainsi de suite, jusqu'au bout de la ficelle et après on remonte le truc vers le plat de ravioli empoisonné, laissé en plan dans la cuisine. Un plat de raviolis froids, quoi, dont l'histoire va se terminer en queue de poisson.

Je me suis quand même demandée ce qu'était une fractale, au cas où un truc d'envergure m'aurait échappé. Je n'ai rien compris à la définition, pas plus qu'au livre, d'ailleurs, ce qui m'a vaguement inspiré ce dernier pastiche un peu plat : " sa dimension romanesque est strictement inférieure à sa dimension formelle". N'est pas Perec qui le croit.

 

03/03/2016

Va et poste une sentinelle, Harper Lee

va et poste une sentinelle,harper lee,romans,romans américains,déceptionsIl ne faut pas secouer le bocal aux souvenirs, ni accrocher les ailes des salopettes aux plaques commémoratives. Pour qui, comme moi, a lu "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" et a gardé chaud dans le coeur la petite et grande histoire de Scout, Jem, Dill et Atticus (Henry, je m'en souvenais moins, mais visiblement, il était aussi dans la bande des enfants que Capurnia régentait sous son aile ...), il vaut mieux passer le chemin qui ramène à Maycomb Scout, devenue une jeune fille quasi responsable.

Scout a fait des études, elle vit à New-York et revient pour quinze jours de vacances chez son père Atticus, veillé à présent par la tante Alexandra, fidèle à elle même. Jem a eu le temps de devenir un jeune homme bien normé, étudiant et footballeur émérite. Il aurait sans doute fini par épouser une bécasse quelconque et pris la succession de son père, si il n'était mort d'une crise cardiaque subite en pleine rue. Il s'est donc figé en une vague silhouette dans la mémoire de son ex-petite sœur.

La maison et sa véranda, ses voisins et ses arbres, ses champs, le domaine de l'enfance, n'est plus non plus. Après la mort de Jem, Atticus l'a vendue. Maintenant, on y vend des glaces qui fondent sur une terrasse asphaltée.

Finis les jours heureux, l'insouciance de la fameuse salopette, Scout joue encore sa rebelle, pour la forme. Elle est bien près d'épouser Henry, fade chevalier servant pourtant, rangé en fidèle bras droit d'Atticus, qui en a bien besoin car son corps le rattrape et la maladie le diminue, même si pour Scout, il reste le modèle moral, la droiture incarnée, la justice sans préjugés.

Enfin, presque, car coup de tonnerre, Scout découvre que son père et Henry sont passés du côté de l’ennemi. Ils assistent aux côtés des pires ségrégationnistes de la petite ville à des réunions préventives face aux revendications égalitaires qui montent de toutes parts et menacent l'équilibre racial séculaire. Etre dans la gueule du loup blanc, disent-ils, pour éviter aux noirs de tomber dans les griffes de la NAACP ( en français, l'association nationale pour la promotion des gens de couleur), qui, si on laissait faire, pourrait faire croire aux nègres qu'ils pourraient être autre chose que les bons nègres qui servent les blancs.

Capurnia, d'ailleurs, se charge d'un regard, sans nostalgie aucune, de remiser aux oubliettes l'angélisme des souvenirs de Scout. La gentille servante noire, la mère de substitution, fige ses illusions. Et Scout se débat avec ce qu'elle croyait être, une gentille blanche aux idées libérales, avec un père formidable. Si le roman préserve quelques retours arrière qui ont le goût de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", les yeux de Scout se décillent.

Mais ce n'est pas ce qui est décevant, ce qui l'est, c'est que les grands discours de Scout tombent à plat, elle devient moralisatrice, d'une morale didactique et plaquée sur le personnage qui semble alors réciter une bienpensance anti ségrégationniste, ça sent le fabriqué. Et l'entourloupe finale est juste à pleurer ... Une sorte de gloubi boulga : comment respecter son papa devenu raciste, mais pour la bonne cause = poster une sentinelle avec des oreillettes ?

27/02/2016

Envoyée spéciale, Jean Echenoz

echenoz,envoyée spéciale,romans,romans français,pépites"Constante étant oisive, on va lui trouver de quoi s'occuper", annonce le quatrième de couverture. Constance, c'est l'envoyée spéciale qu'Echenoz fait kidnapper à Paris, captée par le regard d'un bel inconnu, et qu'il envoie dans la Creuse pour un traitement spécial en compagnie de deux gardes du corps peu efficaces, deux Laurel ou deux Hardy ... Fin fond de la Creuse où l'on apprend, d'ailleurs, que les éléphants ont un rapport particulier avec les attroupements de papillons en Corée du nord. La dite Corée du nord, où notre auteur, manipulateur en grande forme, envoie la dite Constance, consentante, cette fois, manipuler à son corps pas défendant, un play boy futur ex ministre, dans une dictature clinquante de jet set absurde  ...

De l'intrigue, voilà tout ce que je peux dire ... Parce qu'après tout, l'intrigue, il en fait ce qu'il veut, le marabout de ficelle échenozien, porté ici à un de ses plus haut degré d'excellence (on est dans l'Echenoz des "Grandes blondes" de "Lac" ou du "Au piano", c'est dire ...). Un marabout ciselé, attention, un rubis cube indécricotable ... Vous pensiez roman d'espionnage, oui, peut-être, mais vous enclenchez l'éolienne à l'envers, et vous voilà justement, à l'endroit, vous pariez sur une nouvelle facette  du  syndrome de Stockholm et il vous file entre les doigts comme un pétard mouillé. C'est en looping que vous atterrissez au Corée du nord, ayant récupéré au passage les deux Laurel, toujours parfaitement inutiles, ( mais, c'est comme les éléphants et les papillons de la Creuse, on ne sait jamais à quel moment le puzzle retrouvera sa pièce manquante, inutile et parfaitement nécessaire, par conséquent)

Rien ne ralentit la machine, ni les clins d'oeil, ni les vraies fausses digressions, ni les commentaires, mi ironiques, mi désabusés du narrateur omniscient qui s'en donne à cœur joie, le seul qui tienne les rênes. Les personnages, eux, n'en mènent pas large, malmenés par les tribulations dans lesquelles l'auteur les laisse se dépatouiller avant de les rattraper du coin du crayon, pour les sortir (ou pas), d'une zone interdite truffée d'oiseaux moqueurs ...

Le lecteur, lui, jubile toujours.

Un lecture commune avec Philisine Cave et Bernhard

20/02/2016

L'intérêt de l'enfant, Ian McEwan

l'intérêt de l'enfant,ian mac ewan,romans,romans angleterreFiona Maye a presque soixante ans. Ce presque qui fait trembloter la plupart des femmes, l'indiffère. Magistrate spécialiste du droit des familles, on dit d'elle qu'elle est encore belle, mais froide, distante. Sauf quand elle chante. Dans son grand appartement chic et sans enfant, Fiona travaille.

Elle a un mari, un bel homme qui a bien vieilli à ses côtés, un brillant universitaire, un fin lettré, mais qui lui indique aussi, fort peu finement, qu'il commence à en avoir assez de leur grand lit froid et qu'il aurait bien se réchauffer ailleurs, se carapater avec une plus jeunette qui aurait davantage le goût de la gaudriole. Fiona, face au vide qui s'ouvre devant elle ne vacille point sur ses haut talons ni sur son piédestal, et c'est d'une main sûre qu'elle commence sa partie d'échec avec lui, tout en continuant à feuilleter le dossier en cours d'une main ferme.

L'affaire concerne un jeune homme de presque dix huit ans, et ce presque a lui aussi beaucoup d'importance. Il est atteint d'une leucémie, pour survivre il lui faut une transfusion en urgence. Ses parents s'y opposent et lui aussi. Commence la deuxième partie d'échec de Fiona.

Les parents d'Adam sont témoins de Jéhovah. Dans cette foi, ils ont trouvé la rédemption. Ils ont élevé leur fils dans ces certitudes et Adam est d'accord pour mourir. Son intérêt est d'être fidèle à ce en quoi il croit, et ses parents sont d'accord. A coup d'une plume sèche et quasi juridique, MCEwan expose le cas. Ce sont là gens de foi, d'une autre que celle de Fiona, qui décide alors de connaître Adam.

Et le jeune homme qu'elle découvre est loin d'être un fanatique obtus. Poète, violoncelliste, il est beau comme la jeunesse peut être belle. Mature, il ne plie ni ne rompt. Le roman vacille alors en un duo inattendu entre le musicien et la chanteuse, entre la loi et la foi. La magistrate y perdra quelque peu pied et aussi de vue une certaine forme de rigidité et de loyauté. Jusqu'au bout du roman, Adam sera son étrange faille ..

Deux parties d'échec et un remarquable roman sur la responsabilité, le choix et la culpabilité, sur ce qui échappe aussi, lorsque l'on se donne à suivre une seule ligne droite. Religion et justice ne sont ici que des prétextes à une expérience intime. En effet, l'écriture suit Fiona de près et ne lâche pas ses moindres tremblements. Elle a la musique, il avait la foi, deux élans en dehors de la raison. Et si Jack cherche son nouvel élan à lui du côté de la nouveauté, pour Fiona et Adam, le choix de la fidélité et finalement, de la sincérité, a des conséquences dérangeantes et glacées. 

On peut vaciller avec eux, car McEwan nous pose là sans sentiments cette simple question : et si à la fin de son histoire, on réalisait qu'on n'avait rien compris, qu'on avait jugé, décidé,  mais que l'on n'avait rien compris ? On fait quoi ? semblant d'avoir gagné ? On retourne dans un appartement froid comme un lit non nuptial ? Et on tourne la dernière page ?

 

18/02/2016

Mauvaise étoile, R.J. Ellory

mauvaise étoile,r.j. ellory,romans,romans angleterre,romans policiersDeux demi frères partent dans la vie avec un sacré poids de poisse crasse dans la tête. Chacun en a peu près la même dose. Le père du plus âgé, Elliot, dit Digger, a filé dans l'inconnu avant même de l'avoir vu. Le père du plus jeune, Clarence, dit Clay, vient de tuer leur mère commune, vingt cinq ans de vie poisseuse aussi à elle toute seule. Juste après ce meurtre, il s'est fait descendre en voulant dévaliser une boutique d’alcool.

En héritage, ils ont leur nom de famille, Luckman, qui ne pourrait être plus mal porté, on l'avouera. Quinze ans d'orphelinats répressifs plus tard, les deux frères se sont forgés l'un de l'autre. Digger frappe, se défend, attaque, rue dans les cordes, acculé à la haine, pense-t-il, par la violence subie. Clay l'adoucit parfois, quand la loi du plus fort lui laisse un peu de place, quand le soir, enfermés tous les deux dans l'obscurité, ils peuvent quand même rêver d'en sortir. Digger balade dans sa poche une image de leur futur paradis, un village de vacances clinquant, nommé Eldorado, dans le sud du Texas.

Ils auraient peut-être pu le conserver intact si Earl Sheridan n'avait pas mis le feu aux poudres qui couvaient chez Digger. Earl est un psychopathe. Sur la route qui le mène à son exécution, interné pour un soir dans institution des deux frères, il s'en évade, prenant Digger et Clay en otages, plus ou moins consentants. Si Earl, ultra violent, fascine l'un, il terrorise l'autre. Dans le début d'une course folle et meurtrière le long de l'I 10, qui mène aussi bien à l'Eldorado qu'à l'enfer, l'entente des deux frères se lézarde, et ce sont deux parcours qui se construisent en se croisant aux tournants de cette même route, que l'on suivra jusqu'à la fin.

L'itinéraire est jalonné de rencontres, vieux garçons solitaires conduisant des pick up bringuebalants, familles en route vers leur home sweet home, jeunes filles fraîches ou perdues, selon le frère qui les entraînent hors de l'asphalte. Les mêmes paysages se succèdent, fermes exsangues, boutiques de confiseries, coffee bars poussiéreux, serveuses peu accortes, bourgades où le temps s'est figé. Des vies normales qui ne verront pas toujours leur fin arriver.

A ce pick up movie, meurtrier ou amoureux, Ellory adjoint un quiproquo policier peu crédible mais qui relance malgré tout l'intérêt lorsque le côté catalogue sanglant en crescendo pourrait commencer à écœurer. Enrichi de ces portraits de quidams qui bordent la route des deux frères, se construit un roman en montagnes russes où l'on reprend rarement son souffle peinard. La fin est un peu grand guignol, ce n'est sans doute pas un grand Ellory, un poil trop manichéen, et excessivement violent, mais il fait froid dans le dos très efficacement.

 

15/02/2016

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

des mille et une façons de quitter la moldavie,vladimir lortchenkov,romansBurlesque et pathétique, la Moldavie est un pays que l'on quitte, ou plutôt que ses habitants cherchent sans relâche à fuir, pour une vie meilleure, vers une utopique Italie, qui d'ailleurs, selon certaines rumeurs, n'existerait même pas. Du moins, pas exactement telle que les Moldaviens se l'imaginent, c'est-à-dire comme un paradis du porte feuille avec vue sur l'avenir. On dit même que certaines moldaviennes y perdraient leur vertu et que les Moldaviens n'y gagneraient pas grand chose. Mais peu leur chaut, les villageois de Larga s'accrochent au pays de Cocagne, vu qu'ils n'ont le choix qu'entre cette fuite là ou rester visés au pays d'Ubu, entre des choux et des choux.

Des mille et une façons tentées par les ingénieux candidats à l'immigration, l'auteur dresse un catalogue loufoque ; pseudo équipes de carling, pseudos voyages organisés, les moldaviens sont autant victimes de leur rêve que des arnaques des passeurs, ils tentent tout, du trafic d'organes à la croisade de gueux qui tourne à l'orgie contre utopique. Les frontières restent infranchissables, pour qui n'a pas la foi en son propre pays.

Seule l'épopée de Vassili et séraphin apporte un souffle un peu plus romanesque à la litanie des échecs sans gloire. Les deux compères transforment un tracteur en avion, bloquent les trains à la vitesse de leur rêve, se carapatent en sous marin sans amphibie, caressent les étoiles de mer ... Et si Séraphin n'a pas vu l'amour de Stella à temps pour comprendre qu'il avait le bonheur à portée de main, c'est que l'aventure l'aveuglait, bien plus que le but qui s'échappait.

On l'aura compris, il s'agit d'une fable politique. Le ton se veut grinçant et satirique, à la façon d'un conte philosophique sur les illusions de l'exil économique. On est censé en rire tout en réfléchissant. Et je ne suis pas certaine d'être le bon public pour ce genre d'écrit. c'est mon côté poisson rouge, j'ai du mal à sourire en cogitant, et à faire l'inverse aussi.

Donc, ce sera, sans jubilation pour moi, ni consternation non plus, je n'ai juste pas suivi la sarabande endiablée des pauvres hères drôlatiques qui voulaient aller brouter ailleurs ...

13/02/2016

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski

les impliqués,romans,romans policiers,romans pologneVarsovie, 2005, et c'est presque un autre monde qui s'ouvre avec ce polar où c'est un procureur qui mène l'enquête. Ce procureur , Teodore Szacki, a bien des soucis. Sa vie l'ennuie. Incolore, elle tend à se confondre avec la banalité déteinte des tee-shirt que porte sa femme, Wéronica, quand il rentre le soir dans son appartement étriqué où elle a déjà couché sa fille, Héla, alors que lui, il a encore oublié d'acheter le beurre, ou autre bouquet de fleurs qui pourrait ranimer un peu la flamme. En lassitude, il se concentre sur l'écran de son jeu vidéo. Ce qui, évidemment, en terme de réanimation, ne fait pas progresser les élans affectueux. Bref, Szacki a besoin de changement.

Henry Telak aussi, sans doute, voulait changer quelque chose dans sa vie, sortir d'une dépression que l'on apprendra être chronique, ce pourquoi il s'était inscrit à un séminaire en vase clos de cinq patients du docteur Rudzki, spécialiste d'une nouvelle méthode de psychothérapie de groupe, "la constellation familiale". La singularité de cette immersion est de permettre de mettre en place un système de jeu de rôle où les patients, à tour de rôle, incarnent une figure de de l'histoire personnelle de chacun. ça secoue l’inconscient et Henryk a été le premier à passer à la moulinette. Au matin, ses partenaires le retrouvent embroché de l’œil droit par une incontestable broche à rôtir.

L'arme du crime est d'ailleurs a peu près le seul élément incontestable de l'enquête. Un huis clos parfait, aucun lien ne semble exister entre les différents patients, Barbara Jarcky, Kwiatkowska, Kaim, mis à part leur nom imprononçables en français, mais cela ne compte pas pour un procureur polonais. Szacki fouille dans leur passé, tire des fils un peu dans tous les sens;  le fil du passé trouble, puis, le passé politico économique, l'arrière fond du Varsovie de 2005 qui transpire toujours un peu du dessous, enfin, le fil plus intime d'une famille marquée par les pertes et une infinie tristesse du manque d'amour ... L'enquête balbutie en butte aux méandres d'une administration qui n'en finit pas de lanterner et de compliquer les tâches policières les plus simples.

Pendant que les pistes s'étiolent et que sont décrits longuement les conséquences et présupposés de la "constellation familiale" , notre procureur tergiverse, englué dans les affres du désir d'un renouveau amoureux. Cèdera-t-il, ou pas, aux sirènes érotiques de la jeune et séduisante journaliste, Monika, qui lui fait sacrément envie, une sorte de chou à la crème versus la tarte du quotidien.

Des inserts informatifs s'intercalent dans la narration, énumérant les actualités banales du pays; défaites de l'équipe de foot, activités culturelles, manifestations diverses, qui sont censées faire contrepoids et ramener à la surface une forme de déni politique du passé, là aussi, refoulé et mis sous cape, comme l'inconscient des patients de la "constellation familiale", mais à la dimension de la constellation du pays. En prime, on a droit au bulletin météo du jour.

Une lecture qui m'a un peu perdue en route, malgré mon intérêt croissant pour la libido du procureur. Mais je pense que ce n'était pas le but ....

 

 

11/02/2016

La douce colombe est morte, Barbara Pym

la douce colombe est morte,barbara pym,romans,romans angleterre,cup of tea timeQuelle insupportable héroïne que Léonora ! Assez à son aise financièrement pour vivre en célibataire endurcie, elle a le regard acerbe sur celle de ses amies qui cherche une âme sœur, là où elle a pu la trouver ... La demoiselle, férue de l'ère victorienne, si délicate et si raffinée d'apparence, est bien digne de cette période guindée, rigide, corsetée, qui limitait les battements et les vibrations de l'âme aux délicats pétales des pivoines peintes sur des tasses de thé. Là, au moins, elles ne laissaient pas de saletés inconvenantes.

Agnès Varda dit : "Si on m'ouvrait, on trouverait des plages" ( ce qui n'a rien à voir,  mais je viens de revoir "Les plages d'Agnès", alors cette phrase me trotte dans la tête ...). Et bien, si on ouvrait Léonora, on trouverait des tas de petites saletés mesquines, bien rangées, mais des tas de petites saletés quand même ...

Pourtant, elle n'en n'a pas l'air lors de cette vente de livres rares, où un malaise, fort délicat, lui permet de faire la connaissance d'Humphrey Boyce, antiquaire de bonne figure, et de son neveu, James, de meilleure figure, car beaucoup jeune, plus naïf et plus accessible aux charmes de cette femme, un peu plus âgée, mais si proche de goûts délicats ... Par ailleurs, Léonora est peu incline aux débordements physiques qui, sûrement, lui dérangeraient les dentelles.

Léonora va donc choisir James pour l'agripper dans sa toile d'araignée d'une parfaite courtoisie, un jeu d'amitié amoureuse dont sa solitude se serait bien faite un cocon égoïste pour ses vieux jours. Ces deux là se jouent leur comédie, lui, en jeune gandin effarouché par la modernité, elle, en Pygmalion intouchable, poudré et toiletté. Mais la jeunesse est fébrile, et imprévisible, parfois, elle s'échappe, par la fenêtre dérobée, des mains de celle qui voulait la garder pour préserver l'illusion de la sienne ...

Je découvre avec ce titre une auteure appréciée de Aifelle, Keisha et Dominique, et je ne regrette pas d'avoir suivi leurs pas dans cet univers de coups de griffes feutrés, typiquement english, mais d'un english amer, très vintage, où comme le dit Dominique, "affleure un rien de cruauté", toujours très délicatement distillé dans un "cup of tea time".

 

08/02/2016

Yeruldelgger, Ian manook

yeruldegger,ian maook,romans,romans policiers,roman mongolie,déceptions,pavésLes traditions des nomades mongols se perdent, seules quelques femmes continuent à jeter du lait aux quatre points cardinaux pour souhaiter bon voyage à celui qui s'en va, les yourtes se réduisent à peau de chagrin dans la grisaille des banlieues sordides. Les séries américaines y résonnent et même dans les grands espaces encore vierges, les vieux nomades savent préserver une scène de crime.

Les Coréens ravagent les réserves nationales à grands coups de quads surpuissants et assassins, et pas seulement pour la faune et la flore, gare aux petites filles blondes qui font du tricycle sur leur terrain de jeux ... Ils violent en picolant, et pas que les grands espaces non plus.

L'ultra nationalisme se prend des airs de troisième Reich de pacotille, et se donne des allures de vengeur masqué en coupant les couilles des chinois : missions commandées déguisées en scènes crapuleuses ... Dans les égouts des villes abandonnées par l'ex-ère communiste, grouillent les damnés de la misère, dont il sort parfois, miracle de la bonne nature humaine, malgré tout,  un gentil garçon à l'humour attendrissant ...

Les Chinois rachètent les terres rares, aux minéraux affriolants et pillent ce qui restait de l'âme fière des ancêtres. Tous se prostituent, la police est corrompue, toutes et tous, non ....

Un nouveau Gengis Khan brandit la croix de la résistance, Yeruldelgger. Il a l'âme pure de ceux qui ont beaucoup souffert et n'ont plus rien à perdre. Sa femme est devenue folle après l'assassinat de leur petite fille, Kim, sûre de sa culpabilité à lui. Son autre fille, Saraa, se vautre dans la pire des fanges pour le lui faire payer.

Ce qui n'empêche nullement l'âme droite et fière, (mais blessée), de Yeruldelgger de se dresser seule contre tous. Il mène toutes les enquêtes (la petite fille dans le désert et les chinois émasculés) de front, aidé quand même par quelques moines ressurgis de son enfance, et deux fidèles qu'il lance à la chasse de la justice, (tel "Charlie et ses drôles de dames") ; Solongo, la médecin légiste aux doigts de fée qui attend son heure d'amour, et Oyan, l'inspectrice toujours fidèle, walkyrie violée, amazone ressuscitée ....

Tel le phénix de ses dames, Yeruldelgger ressurgit toujours de ses cendres, infaillible, insubmersible, étanche aux balles, coups, flèches (mince, j'avais confondu avec Jolly Jumper), missiles (James Bond, sors de ce corps !) et vous balance des serpents dans la fosse du méchant en leur chatouillant d'un doigt habile le nombril, étrangle à mains nues des hydres post nucléaires (non, là j'anticipe, c'est dans le deuxième numéro ...). Et évidemment, il vous débusque d'un coup de baguette magique grosse comme une ficelle plombée (même moi, j'avais deviné !), le grand méchant manipulateur à l'âme vile et noire comme les entrailles du profit capitaliste ... (Beurk !!!! C'est pas bien le capitalisme !!!), tout en dégustant des marmottes cuites de l'intérieur, et en ramenant la morale dans un village corrompu aux côtés d'une prostituée au grand cœur.

La Mongolie en mode post apocalyptique même en mode deuxième degré, c'est pas passé. Mon seuil de tolérance a saturé.

06/02/2016

Sigmaringuen, Pierre Assouline

sigmaringuen,pierre assouline,romans,romans français,romans historiquesDès fois, il y a des titres qui me font des acouphènes. Celui-là en a fait parti. A chaque fois que je lisais le nom de la ville, Sigmaringuen, j'entendais la voix de Barbara chantant Göttinguen, à chaque fois que je lisais le nom de Céline, j'entendais ma voix intérieure qui me susurrait à la fois "un écrivain de génie" et "un facho de première", le visage d'Anthony Hopkins dans "Les vestiges du jour" se surpressait sur la silhouette de Julius, le majordome du château, qui a lui aussi quelques soucis dans l'expression de ses sentiments, et c'est un euphémisme. Allez savoir pourquoi, se ramenait alors la musique du générique de Downton Abbey .... Ce qui fait beaucoup pour un seul livre qui ne méritait pas tant d'échos parasites. La lutte intérieure pour garder ma concentration sur le texte de Pierre Assouline fut donc déloyale pour lui.

On rentre dans le château de la famille Hozenzoller qui surplombe la ville de Sigmaringen par le regard de Julius Stein, le majordome qui va devoir rester comme gardien des traditions ancestrales et du bon fonctionnement du service en cette heure grave et inédite. La famille part pour laisser la place aux rogatons du gouvernement de Vichy, dont le Reich ne sait plus trop quoi faire et qui vont échouer là, dans le dernier théâtre de leur sinistre comédie.  Julius les regarde, de haut, cela va sans dire et le ridicule de la farce du pouvoir ne lui échappe pas.

Certains fantoches se croient encore en goguette chez leur puissants vainqueurs et jouent leur carte de petits pions qui se prennent pour des grands.

Les lambris de la vieille demeure auraient pu se gondoler de rire en entendant les discours de ces péquins flanqués de leur jaquette qui se gargarisent de leur fol espoir, l'arme secrète que les nazis vont sortir de leur sous-sol et alors là fini de rire pour les alliés. (mais les lambris ne se gondolent pas, Julius veillant à la bonne tenue de la demeure, et des domestiques)

Les portraits de famille de la galerie des ancêtres regardent passer Lucette, l'ex femme de Céline, qui vient là danser ses entrechats ....

Les livres de la bibliothèque se laissent lire par les ex-haut fonctionnaires frelatés qui suintent là leur ennui.

Laval s'agite encore un peu. Pétain le bat froid et, maître de l'étage supérieur, se rengorge dans sa qualité de prisonnier politique. Darlan  porte encore le flambeau de la milice.

Les femmes de ces petits hommes prennent des bains chauds et volent les sous-tasses et les fourchettes des ménagères.

Un microcosme de grenouilles gonflées d'orgueil, pérorent, aveugle à toute réalité, à n'en plus finir, en sifflant les bouteilles de la cave.

Dans les rues du Sigmaringuen "civil", les réfugiés français envahissent les cafés de leur faux espoirs, puis fuient ou mendient. Julius y croise Céline, dans son rôle de médecin des pauvres, cynique quand même, le Bébert en bandouillère.

Julius se laisse aller à un amour qui aurait été possible si il n'avait pas été Julius. Et c'est là qu'il ne faut pas avoir lu "Les vestiges du jour" ...

Résumé peu cohérent, j'en conviens et en suis fort marri pour ce roman historique, de fort bonne facture, que ma lecture a transformé en hall de gare ....

 

04/02/2016

L'analphabète, Ruth Rendell

l'analphabète,ruth rendell,romans,romans policiers,romans angleterreAvoir vu, voire revu "la cérémonie" de Chabrol, ce film aussi magistral que le meilleur des thrillers bourgeois du maître es-psycho des entrailles mouchetées (je pense à "Que la bête meure" ou "Le boucher"), avoir, la première fois, sursauté d'horreur, avoir accroché son fauteuil, glacée d'effroi, lors de la scène du crime, ne gêne en rien le plaisir de lire ce roman dont Chabrol s'inspira ...

Les deux œuvres se complètent en réalité, car là Chabrol ne dévoile que petit à petit l'origine du mystère de Sophie, Ruth Rendell en fait sa première phrase : "C'est parce qu'elle ne savait ni lire ni écrire qu'Eunice Parchman tua les Coverdale". Du moins quatre d'entre eux. Georges en premier, le père, distingué, prévenant, profondément amoureux de sa femme, Jacqueline, si belle, si soignée, si élégante, grande connaisseuse d'opéra. Ils forment une sorte de couple idéal, brillants, humanistes, souples et ouverts d'esprit, profondement snobs sans même le savoir et rigides, clos dans les valeurs implicites de leur classe sociale.

Ce soir de folie là, Eunice et sa complice firent aussi feu sur les deux adolescents : Mélinda, belle comme les blés, étudiante et amoureuse, aussi libérale et libérée qu'un poisson rouge dans son bocal. Et enfin, elles tuèrent Gil, sombre jeune homme torturé, mystique et boutonneux comme peut l'être un fils de bonne famille tracassé par ses hormones.

Ruth Rendell analyse, là où Chabrol ne laissait rien paraître trop tôt, les étapes de la haine entre la domestique, analphabète, paranoïaque, hermétique à tous sentiments, enfermée dans son incapacité d'empathie, sauf pour les jolies objets qui entourent ses patrons et les séries télévisées dont elle se gave, et eux, les bourgeois intellos qui se piquent d'elle comme d'une bouée de sauvetage contre la poussière.

De tensions en incompréhensions, la victime se fera vengeance d'un crime qu'ils n'avaient pas vraiment commis, celui du mépris qu'elle s'était imaginé, vengeance glacée comme une plongée dans les eaux troubles, dans la mare des ressentiments qui n'avaient jamais trouvé de porte de sortie.

Merci à Ingannmic de m'avoir refait penser à lire ce titre depuis si longtemps noté.

01/02/2016

Josey Wales hors la loi, Forrest Carter

josey wales hors la loi,forrest carterQui l'eût cru  ... Qu'à l'intérieur d'un paquet cadeau rose bonbon avec des fleurs et des cœurs dessus (et aussi un peu de doré ...) donc kitsch à souhait, comme je les aime ... se cachait un cow-boy au cœur dur comme la pierre des déserts et des canyons ?

Josey n'a que le colt à la bouche et dégaine dru. Peu sympathique de prime abord ( d'ailleurs, il ne vaut mieux pas l'aborder tout court ...), le premier Josey Wales (je veux dire celui de la première partie du livre), est un pur hors la loi ; du genre à ne connaître que la sienne, celle de sa survie, la loi morale, il ne sait plus, et peu lui chaut, le cœur ravagé par la perte de sa femme et du fils, la carapace l'entoure.

Ils ont été assassinés par des yankee, des trainards même pas identifiés ; alors, Josey a abandonné la charrue pour les colts, et il s'est fait la main rapide aux côtés des gâchettes des maquisards sudistes, dont l’idéologie humanitaire n'était pas la tasse de thé, les Jesse James and co ... So long boys ....

Lorsqu'ils se sont rendus, la guerre terminée, pour quelques dollards et une poignée d'amnistie de plus, Josey a pris le maquis en solitaire, sans plus de raison que la fuite et sa propre idée du chaos individualiste.

So long boy ...

Je dois avouer que cette première partie m'a un peu inquiétée, j'ai crains un truc à la Rambo, ma dernière déconvenue en terme de western and co. La cavale semble s'étirer sans but, ponctuée de dégainages intempestifs et systématiques. Flanché d'un jeune ex-vacher, le cow-boy, qui ne pipe toujours pas un mot, tire et fuit, fuit et tire ...

Pas so long boy ...

Puis, le cinémascope se met en route, l'horizon se dégage, Josey commence son chemin vers la rédemption, à petits pas vers l'humanité ... Les codes westerniens prennent leur place, un par un : le compagnon de route, le Sancho Pancha des plaines, l'alter égo du héros en un peu plus bavard, Lone, puis, une indienne, sauvée des griffes des méchants, un peu cabossée mais répondant au doux nom de "petit clair de lune".

Ces trois éclopés, valeureux et tout, le roman leur construit une odyssée à leur mesure, vols de chevaux, redressages de torts envers les gentes dames, duel avec un chef indien au cœur dur mais digne....  On va de soulagement en soulagement, Josey se laisse approcher ( à sa façon, hein, faut quand même pas tenter de lui arracher un sourire ni une phrase de plus de trois mots avant les dernières pages ...) et aimer.

So long boys and girls ...

J'avoue, mon coeur de midinette a battu pour que le cow-boy retrouve son Eldorado de champs de bestiaux au coucher du soleil ....

Donc merci Jérôme pour ce plaisir en crescendo, un grand merci de la part d'Athalie, métamorphosée pour l'occasion en Sissi de l'ouest sauvage et âpre !

So  long girls ... So long ...

(et là on entend l'harmonica de Jérôme, fier et sauvage, enveloppant son cadeau de papier rose kitsch avec des grands coups de scotch tranchant l'air des grandes plaines ....)

31/01/2016

Le sagouin, Mauriac

4412968_Fotor.jpgGuillou est un petit garçon qui a la lèvre pendante et la morve facile. Il est né de l' unique étreinte d'une femme qui avait voulu devenir baronne et du fils attardé de la vieille baronne, qui est toujours là, des années après, elle aura même loupé le titre, la Paule, née Meulière. Elle surnomme son fils le sagouin, il la dégoûte, tout la dégoûte d'ailleurs, à commencer par son pauvre sort. Elle boit seule, le soir, enfermée là, dans la rancœur. Un jour, un jeune prêtre a posé la tête sur son épaule et la rumeur fut dite et son sort un peu plus scellé.

Paule distille sa haine, gifle Guillaume qui ne peut pas apprendre, lire, écrire, un peu compter ... On ne sait qu'en faire, d'un fils de bonne famille qui renifle et ne sait pas se tenir propre, ni se défendre, ni se battre contre sa propre mère ... La vieille domestique le débarbouille et son père se tait. On tente l'instituteur du village. Rétif, il ne veut rien avec à faire avec le château. Puis, cette femme, hystérique mais habile, le flatte. C'est que ses désirs à elle le travaille, si lui, ne voit rien, elle y projette son fantasme, c'est sourd et tout pourri de l'intérieur les adultes, pourrait se dire le Guillou ... sauf qu'il ne se dit rien.

Juste un soir, l'instituteur va le garder deux heures, chez lui, dans la chambre de son propre fils, si doué, Jean Pierre. Un moment, le sagouin va se sentir un peu regardé, le temps de quelques pages de Jules Verne, un rien de compassion, une gentille parole, un livre à lire. Mais les adultes ont des convictions, l'instituteur est un rouge, alors Guillou passe à la trappe. Cela aurait pu ne rien lui faire, si il avait été un vrai sagouin, un attardé du sentiment. Le refus sonne comme un glas et les eaux se referment sur le secret d'un père et d'un fils.

Une vague silhouette insignifiante et débile se faufile dans un horizon plombé d'égoïsmes même pas grandioses. Un titre qui clôture très justement notre aventure de relectures avec Ingannmic. Vous trouverez son avis ici.

26/01/2016

Je lis donc je suis

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgBen oui, je l'aime bien, celui-là, il a un côté bout de ficelle de cadavre exquis qui donne des coqs à l'âme drôles et assez de guingois ...  J'ai tenté de ne pas tricher, je n'ai choisi que des titres lus cette année et que j'ai aussi aimé (critère que je me suis rajoutée), ce qui a un peu compliqué l’exercice de style de l'auto portrait ...

Comment te sens-tu ? Zaï zaï zaï

Décris où tu vis actuellement ? Le village évanoui au Cher pays de notre enfance ?

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Ederlezi

Ton moyen de transport préféré ? La terre qui penche

Ta meilleure amie ? Bérénice 34-44, un amour impossible .... par conséquent ....

Toi et tes amies, vous êtes ? sur L'île du point Nemo

Quel est ton moment préféré de la journée ? Constellation

Qu'est- la vie pour toi ? Le petit livre des couleurs

Ta peur ? Titus n'aimait pas Bérénice ....

Quel est le conseil que tu as à donner ? Fuyez le guide

La pensée du jour ? Toujours "fuyez le guide" !

Comment aimerais-tu mourir ? Le cœur qui tourne

Les conditions actuelles de ton âme ? Miséricorde ....

Ton rêve ? Le royaume avec une plage au pôle nord

A suivre avec Noukette, phillisine cave, Aifelle, katel et sûrement bien d'autres passés et à venir !