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04/01/2016

Cher pays de notre enfance, Etienne Davodeau, Benoit Collumbart

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Quand Davodeau se met à croquer de la figure politicienne, ça décape au Karcher les images convenues de l'ORTF en noir et blanc, loin des échos de la "voix de son maître" et des scopitones de la douce France, pays de notre enfance, peut-être, pays encore tout proche de l'après guerre et surtout de la guerre d'Algérie, dont les traces sanglantes trainent encore un peu partout. Et comme le montre la couverture de cette bande dessinée, le noir et blanc, ça fait ressortir les traces de rouge.

Davodeau et son comparse journaliste font ici preuve de dépoussiérage de la mémoire gaullienne ( gaulliste ?) qui voudrait ne voir que le blanc du grand homme et de la loi restaurée, ils font œuvre de restauration de la mémoire, œuvre de salubrité politique. Ils ressortent deux vieux dossiers.

Le premier est celui de l'assassinat du juge Renaud. Crime jamais élucidé, affaire classée. le juge était un membre atypique du barreau lyonnais en un temps où celui-ci était tout pourri par sa collusion avec le grand bantitisme, un temps où l'on n'ouvrait pas certaines enquêtes, un temps où les liens entre l'argent et les partis politiques étaient si explosifs qu'il valait mieux fermer les yeux et faire taire les oreilles, où la poudre faisait se taire les langues.

Ce sont ces langues si lontemps retenues que les deux enquêteurs vont aller rechercher, un peu partout en France, des proches, des témoins, jamais entendus, ou alors si peu, d'autres journalistes, d'autres fouilleurs qui ont osé aller voir derrière les portes que l'on ne leur ouvrait pas.

D'un crime non élucidé à l'autre, on arrive à l'affaire du ministre Boulin, retrouvé noyé dans un étang, dans quelques centimètre d'eau stagnantes. Et stagnantes est un bien piètre mot. La thèse du suicide est livrée, clef en main à la famille et la presse. Mais la clef ne tourne pas vraiment dans la serrure. Et les documents qui donneraient la bonne sont encore bien serrés, ficelés, ou alors disparus.

Le fil conducteur est le SAC. Pour moi, ces trois initiales ne font surgir du passé que le visage et l'accent d'un baron du gaullisme (et du chiraquisme ...), bien oublié, Charles Pasqua, que d'ailleurs les deux enquêteurs tenteront en vain de rencontrer ... Les auteurs montrent comment les membres du SAC se retrouvaient à tous les niveaux du pouvoir et de son idée du maintien de l'ordre ; colleurs d'affiches, casseurs de syndicalistes, garde du corps de presque tous les bords, videurs de coffre fort, braqueurs au nom de la République et surtout du fonctionnement des partis. La carte bleue blanc rouge de l'organisation, en grande partie occulte, valait sésame et liait les langues. Ses racines prenaient ancrage dans la guerre d'Algérie, l'OAS, la peur de la gauche au pouvoir, et comme une certaine pieuvre, les tentacules ratissaient large. Vraiment très large et en marge ....

Entre deux plongées dans les méandres politiques des deux affaires, les auteurs se mettent en scène, expliquent leur démarche, se gaussent des obstacles, livrent les silences qu'ils n'ont pu faire parler, tentent de dire pourquoi, et c'est juste passionnant, documenté, clair et direct. Ce qui constitue une forme d'exploit de vulgarisation politique vue la complexité des réseaux à découdre. Ils jouent franc jeu, du dessin comme de la plume, une collaboration efficace et à mettre entre toutes les mains.

PS: Bon, celles de fiston, quinze ans et tout mouillé ont un peu lâché quand même ...

01/01/2016

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

GZBMou95YF7LjUpAOLUzTTtXMO8.jpgVous ai-je déjà dit que mon nom de scène n'a, paradoxalement, rien à voir avec mon amour inconditionnel pour la langue de Racine ? Ni avec ma suffocation lorsque je relis pour la mille et une et quelques fois les aveux de Phèdre (les trois à suivre, peux pas m'arrêter au premier, je risque la suffocation du souffle, et en plus, dès fois, je recommence du début, je zappe ceux d’Hippolyte à Aricie, franchement, le fils de l'amazone a le vers plus faible  ...).

Ce qui fait que j'ai dû lire de traviole la note de Dominique qui présentait ce titre, puisque je pensais découvrir une réécriture de la pièce dudit Racine, une réinterprétation des deux lignes de Suétone d'où tout est parti : "Aussitôt, Titus éloigna la reine Bérénice de Rome malgré lui et malgré elle", ce "malgré lui et malgré elle" qui feront les cinq actes languissants et lyriques, tendus et tendres à en presque mourir, que va construire ce type, Racine, visiblement peu enclin au lyrisme et la tendresse dans sa vraie vie, comme le démontre ce livre.

En effet, il s'agit d'une biographie romancée. La réécriture se réduit à une portion congrue qui surgit de temps en temps, au début, au milieu et à la fin, de façon, pour moi, un peu incongrue ; une Bérénice moderne, lâchée par un Titus qui choisit sa femme, Roma (oh ! les gros sabots !), plutôt que sa maitresse, la Bérénice,  qui se prend à relire Racine pour se guérir de son chagrin de la Bérénice de tous les temps, (et là, dans la vraie vie, on se dit qu'il aurait mieux qu'elle se tire directement une balle dans le pied.)

Maitresse abandonnée, Bérénice fouille et trifouille Racine, là où le mystère demeure, Port Royal, l'austère et silencieuse abbaye qui résonne comme un fantôme dans l’œuvre de celui de ses enfants qui lui tourna le plus le dos, renia ses maîtres et leurs principes. L'ingrat, nourrit de l'enseignement de ces messieurs, en sortira ce dieu caché qui éreinte les princesses tragiques du dramaturge, laisse Phèdre pantelante, finalement, et sort dans le silence de la vie du théâtre.

Port Royal, étrange histoire que celle de cette communauté religieuse infime, tant détestée par Louis XIV, ce roi à qui Racine pliera toute son ambition, jusqu'à lui tendre, notamment dans Bérénice, le plus glorieux des miroirs, le sacrifice de l'amour à la raison d'état. L'auteur est ambitieux, on le savait, arrogant, ce titre le montre ainsi, soucieux de sa gloire, certain de son talent. Boileau dit ses vers tordus, Racine lui réplique qu'il ne les plie pas pour plaire, mais pour faire résonner une langue parfaite, pure, par lui créée. L'épure, le rien.

Pour l'essentiel, on le sait, Racine marcha sur tout, non seulement sur ses premières amours, mais aussi sur Corneille, sur Molière, les deux vieux tremblotants dont il se servira comme faire-valoir. Il triomphera. Puis, le silence après Phèdre. Puis, la main dans la main avec Boileau, il couvrira de gloire les guerres du roi. Puis, après le silence du théâtre, il obéira à la Maintenon, pour deux tragédies bibliques, mais, puis,  et ce sans raison aucune, écrira encore Port Royal, y reviendra, y gagnera la disgrâce.

Ce titre pourrait donc être plutôt "Racine et Port Royal", sondant ce mystère, il lui donne une résonance romanesque posée et nourrie, se confronte aux ombres d'un créateur. Le sujet est rude et austère, le roman en sort une voix très habilement simple.

PS : le livre a été présenté au "masque et la plume", ne pas écouter le "masque et la plume", me croire, moi !

 

28/12/2015

L'égaré de Lisbonne, Bruno d'Halluin

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Attention, ceci n'est pas vraiment un récit de voyage, même si, à priori, il en a l'odeur alléchante (alléchée d'ailleurs, je le fus par Luocine). il s'agit plutôt d'un récit du retour du voyage, de la descente vers la désillusion, de la conquête, de la gloire. Le héros descend en trois paliers successifs, il se nomme Mestre Joao Faras.

Joao Faras est un nouveau converti ( ex-juif devenu chrétien, plus ou moins par la force des choses), il est un bien piètre médecin, et c'est au titre de cosmographe du roi du Portugal qu'il s'est retrouvé embarqué, plus ou moins de son plein gré, là aussi, sur le " Bate-cabelo". Le navire part voguer vers les terres lointaines dont le Portugal veut faire ses colonies. Sous les ordres de Dogos Diaz, la nef a pris  les traces de la première expédition de Vasco de Gama. La flotte est partie, fière et splendide, et l'armada a découvert Vera Crux. Mais pour l'équipage du "Bato-cabelo", ce sera le seul titre de gloire et le seul moment du rêve exotique caressé par de doux alizés et des femmes plantureuses.

La tempête aux abords du cap de Bonne Espérance disloque la flotte en un cauchemar dantesque qui longtemps hantera l'esprit de notre héros. Héros qui l'est fort peu d'ailleurs, sujet à un coriace mal de mer, il vomit bile et boyaux à longueur de vagues, lâche et pleutre, il rechigne à accomplir soins et lavements, Orgueilleux, il est la cible des moqueries de l'équipage.

Mestre Joao Faras est un homme peu sympathique, et n'attendez point de lui un acte altruiste et héroïque lorsque le navire se perd dans une mer jusqu'alors inconnue, s'égare en pays mauresque, puis navigue à vue pour le retour, le Mestre reste un mesquin observateur des malheurs qui jalonnent la route du navire.

Le voyage se révèle peu lucratif, le retour n'est pas des plus triomphal et Joao Faras reste bien le seul à se considérer comme un Mestre. Il retrouve femme et filles, mais il a perdu toute illusion et se délite dans les rancœurs d'un laissé pour compte de l'épopée maritime.

Sur la toile de fond de l'histoire se déploie la gloire du pays, politique, militaire, financière, mais notre petit personnage fait entendre un tout autre son de cloche, un avertissement à voir une réalité bien plus sordide. Les hommes qui partent et meurent en route, laissent un pays en proie à une paix fragile, et ceux qui en reviennent sont des gueules cassées qui ont payé le prix fort. Bien peu en retire gloire et fortune, plus d'un y laisse ses dents, sa femme, ses rêves ...

Joao Faras, puisqu'on l'a trahi, trahira à son tour, se détournera de la beauté des portulans, vendra jusqu'au secret du plus beau d'entre eux, le Padrao real, et finira par préférer l'effacement à une lutte vaine, et l'ombre de ses rêves laisse le goût amer des aventures perdues.

Plus qu'un roman historique, un roman sur la nostalgie et les ronds dans l'eau de l'Histoire.

 

23/12/2015

Mon top 100 à moi

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgJ'avais dit à Ingamnnic que je ne le ferai pas, que j'aimais bien sa liste, mais moi, non, pas de top. 100, c'est trop, ou c'est pas assez, et puis, numéroter n'est pas mon truc, classer oui, mais à la manière du sieur Perec, à l’affectif qui se croit rationnel alors qu'il n'est qu'aléatoire de la mémoire.

Alors, parce que je suis parfaitement logique, j'ai commencé à lister, pour voir, de tête,  et puis, je me suis prise au jeu. Arrivée à 85, j'ai bloqué. Comme 85, c'est trop et c'est assez, j'ai commencé à déambuler devant mes rayonnages,  j'ai repris le crayon et avec l'aide de la rubrique des préférés, je suis arrivée à 100. Et puis, j'en ai rajouté un dernier parce qu'autrement, la liste, elle n'aurait pas été complète. (hommage à mon Pérec)

Pourquoi ceux là ? parce qu'ils me rappellent tous quelque chose ; une première émotion, un à bout de souffle, des taches de confiture sur les pages, des discussions sans fin avec mes amies A., voire même un excès ou deux de mauvaise foi, ou un excès ou deux de quelques verres de vin ... Un excès de blogs de lecture aussi, de belles, très belles découvertes, des sentiers où je n'aurais jamais déambulé, même la nuit, parfois, aussi, une nuit où tout le monde dort, et où  je lis, je lis, je lis ... des moments sur une certaine plage où mes enfants sautaient sur les rochers dont ils auraient pu tomber sans que je ne m'en aperçoive vraiment ...

Ma liste, elle est foutraque, pas classée, au fil de la plume, j'ai égrainé mes titres ...

Le livre de Dina, Wassmo.

Dalva, Jim  Morisson

Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel

Le cœur cousu, Carole Martinez

La chorale des maitres boucher, Louise Erdrich

Nous étions les Mulvanney,  J.O Oates

De beaux lendemains, Russel Banks

Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

L'île du point Nemo, Jean Marie Blas de Robles

Jésus et Tito, Vélibor Colic

Une plage au pôle nord, Arnaud Dudek

Courir, Jean Echenoz

Comment les fourmis m'ont sauvé la vie, Lucie Nevaï

Là-haut vers le nord, Joseph Boyden

Chez les heureux du monde, Edith Wharton

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Le roi Lear, Shakespeare

Mille milliards de tapis de cheveux, Andréas Eschbarch

Emma Bovary, Flaubert

La série des "Angélique, marquise des anges" par les Golon, mari et femme ...

Retour à la terre, Larcenet

Le dîner de moules, Brigit Vanderbeke

Feu pâle, Nabokov

Plume, Henri Michaux

Lorenzaccio, Musset

La religion, Tim Willocks

Lonesome Dove, Larry Mcmurtry

La griffe du chien, Tom Winslow

La belle de Fontenay, J.P. Pouy

Tout Benaquista,

Le premier Dessaint que j'ai lu, mais je ne sais plus lequel c'était ....

Le père Goriot, Balzac

Le rouge et le noir, Stendhal

Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, J.F. Vilar

Les orpailleurs, Thierry Jonquet

La lectrice, Raymond Jean

Lourde lente, Hardellet

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen

Magasin zinzin, F. Clément

Terre des oublis, Duong Thu Huong

Sur la plage de Chesil, Mac Ewan

La pluie avant qu'elle tombe, J. Coe

Tout Borges, ou presque

Au revoir là-haut, P. Lemaître

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee

Les imposteurs, Fajardo

La brève et miraculeuse vie d'Oscar Wao, Junot Diaz

Elle danse dans le noir, René Frégni

Tess, Hardy

Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë

Orgueil et préjugés, Jane Austen

Jane Eyre, Charlotte Brontë

W ou le souvenir d'enfance, Perec

Autant en emporte le vent, M. Mitchell

La jeune fille à la perle, T. Chevalier

Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez

Le nom de la rose, U. Ecco

Tout Vargas

Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos

Le destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall

La route , Cormac (titre que j'ai détesté à un tel point que je ne pouvais pas ne pas  le mettre ...)

Le liseur B. Schlink

Le diable tout le temps, Pollock

Un pied au paradis, Ron Rash

La langue des papillons, Manuel Rivas

La belle écriture, Chirbes

Euréka street, R. Mcliam Wilson

En un monde parfait, L. Kasischke

Naissance d'un pont, Maylis de Kérangal

La femme en vert, Indridasson

Américan psycho, Bret Easten Elis

Il faut qu'on parle de Kévin, L. Shriver

L'étoile des mers, Joseph O'Connor

La place, Annie Ernaux

La classe de neige, E. Carrère

Les petits chevaux de Tarquinia, Duras

Grâce et dénuement, Alice Ferney

Dans les coulisses du musée, K. Atkinson

La servante écarlate, M. Atwood

Contrée indienne, Dorothy Mac Johnson

Faillir être flingué, Cécile Minard

Les sortilèges du cap Cod, R. Russo

Mai en automne, Chantal Creusot

Pobby et Dingam, Ben Rice

Un été sans les hommes, Siri Hustredt

Home, Toni Morisson

Les passagers anglais, Kneale

L'art de pleurer en choeur, Jepsen

Une saison à Venise, W. Odojewski

Le soulèvement des âmes, Smart Bell

L'équilibre du monde, Mystri

Je vais mourir cette nuit, F. Marias

Brooklin folies, P. Auster

Hyacinthe et Rose, F. Morel

 Voilà, normalement, ça fait 101 ....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20/12/2015

Avril enchanté, Elisabeth Van Arnim

Freesias-Luxury-Bouquet.jpgUn roman antidote à la triste "condition pavillonnaire", qui met en scène deux chrysalides qui vont devenir papillons. Foin de tout réalisme, il faut juste rentrer dans la danse, ici, on baigne dans les fleurs, l'amour de son prochain, et même celui de son mari, c'est dire ...

Il pleut sur Hampstead, une banlieue morne de Londres. Il pleut, il a plu, et il va continuer encore à pleuvoir. Pas un rayon de soleil d'avril en vue. Deux femmes, encore jeunes et qui pourraient même être jolies, si on les regardait un peu, se croisent dans un club. Toutes deux ont lu la même annonce dans le Times : " Particulier loue  petit château médiéval meublé au bord de la méditerranée", en Italie. Nos deux souris grises ne se connaissent pas, mais elles se reconnaissent,  elles sont aussi étriquées et vertueuses l'une que l'autre, et l'une comme l'autre ont terriblement envie de cette folie. Rose Arbuthnat et Lolly Wilkins vont se secouer la poussière et accomplir l'impensable, répondre à l'annonce et partir, quasi en cachette de maris indifférents ou/et acariâtres. Tandis que Lolly a des visions de bonheur, Rose a des scrupules, car Rose a des pauvres, et va devoir les priver de sa charité pour se faire plaisir. La notion de plaisir n'entrant pas dans la pratique normale de Rose, il va falloir toute la passion de Lotty pour qu'elle s'y laisse un tant soit peu aller.... Un peu raide encore dans la posture, quand même ...

Pour souci d'économie, elles vont s'adjoindre deux autres inconnues, sans trop prendre de précautions ; une vieille grincheuse victorienne, Miss Fisher, et une lady, trop belle pour être heureuse.

La comédia se jouera donc à huit mains dans le château de San Salvadore, le château du paradis, où les freesias poussent en dehors des magasins et des vases, où le soleil brille  en un avril bien plus caressant que prévu, les nuages jouent à saute moutons et, etc ...

Les frotti frotta entre les quatre locataires s'emparent des lieux, la vieille grincheuse grince des dents, la Lady s'enfonce dans son coin secret à elle, pour ne plus être admirée, gâtée, adulée, Rose se coltine la nostalgie du désir alors que Lotty cavale en pleine euphorie visionnaire. Et c'est elle qui emporte tout dans la magie de San Salvatore ....

Un livre où l'eau de rose est si rose qu'on ne peut avoir envie que de s'y délecter !

16/12/2015

La condition pavillonaire, Sophie Divry, ou le livre qu'il ne faut pas lire si vous avez des bouffées de chaleur, mais j'avais prévenu.

la condition pavillionaire,sophie divry,romans,romans françaisEn plus, de tout ce que j'ai dit précédemment, j'avoue que j'ai sursauté lorsque j'ai lu la première scène : une vieille femme dans sa cuisine, se tient les mains posées sur une nappe cirée et écoute le ronronnement de son frigidaire. Le regard s'y promène sur les magnets moches qui tiennent des cartes postales ringardes. Du coup, j'ai regardé mon frigidaire, à moi, avec mes magnets nulles, à moi. Coup de bol, il n'y a pas de cartes postales. En plus, l'auteure me tutoyant, je me suis sentie coupable de crime de banalité. Après un sursaut de fierté, je me suis résignée, d'abord, je n'ai pas de toile cirée, ensuite mes magnets, ce sont des œuvres d'art du kitsch ... C'est EXPRES qu'ils sont moches !

Deuxième sursaut, la vieille dame est désignée par deux initiales, M.A. Me dire que j'allais voir mon  Emma que j'aime d'amour pour toujours, reconvertie en une sorte de Marie Laure, j'en ai fermé le bouquin. Les magnets passent encore, mais qu'on me vautre Emma dans une cuisine en formica, pas question.

Et puis, j'y suis revenue. Et l'ai entamé ( et terminé !) le récit de cette vie plate comme les discussions de Charles et les trottoirs de Flaubert. Le récit d'un circuit ordinaire d'une vie qui commence entre papa, garagiste, et maman, qui met une blouse pour équeuter les haricots. C'est dire le côté bandant du truc. M.A. est leur espoir, ils la dorlotent, ils n'en ont fait qu'une ( c'est dire aussi le côté bandant du truc, Jérôme, tu arrêtes les "mardi c'est permis" avec ce bouquin, je te le jure, ou alors faut être pervers .... ) pour pouvoir lui "donner de quoi", de quoi faire des études, de quoi monter un peu plus haut qu'eux.. M.A. les aime, puis adolescente, se rebelle,  tout en suivant le chemin tracé et en rêvant d'un avenir moins confiné, en cinémascope, avec prince charmant et cocotiers. M.A a des rêves en kit préfabriqué dans le pavillon étroit de sa condition.

Étudiante, elle "profite" de cette parenthèse, l'aboutissement de ses rêves, se donne à un amant espagnol, puis, tombe amoureuse d'un comme elle, finalement, et se marie avec lui, ils vont réaliser leurs ambitions, faire des enfants et les élever dans une maison à eux, lassitude, routine, les repas entre amis, le mari qui rentre de son travail, tard, fatigué ...M.A. prend un amant, tente le yoga à la place quand il l'a laissée tomber pour sa femme et son plan de carrière, se tape une dépression puis vieillie, abandonne, et la voilà dans sa cuisine, avec sa toile cirée et son frigidaire. Toujours sa vie aura eu le goût du vécu par avance, toujours un passage pour un après qui serait meilleur que le présent, et puis, l'après, ben c'est pareil et puis après, y'en a plus d'après. C'est trop tard.

Déprimant ? oui, un peu quand même si on se laisse prendre au je du "Tu" et de l'identification qu'il permet, Caricatural ? oui, un peu quand même, tant est droite cette ligne droite qui se mord la queue en un cycle final. M.A. est un poil trop lisse, un poil trop programmée pour une démonstration critique taillée à sa mesure. Les scènes se succèdent comme le temps passe, à la vitesse des appareils électro ménager qui se substituent les uns aux autres, de la première T.V. couleur à l'écran plasma plat.

Un roman fort bien écrit par ailleurs, que j'ai eu fort peu de plaisir à lire, il colle un peu au fond de la casserole et peut même coller le bourdon.

PS : Jérôme ? T'es toujours là ?

 

14/12/2015

Effet d'annonce, première !

Pour une fois, j'annonce la proche note, enfin, je préviens plutôt de ne pas lire ma prochaine note qui parlera d'un titre qu'il ne faut pas lire quand :

  • le ciel est bas et lourd et pèse genre couvercle de bruine en fonte,
  • vous avez tendance à penser que finalement, votre vraie vie, elle est plutôt derrière vous, vu que depuis quelques temps,  des bouffées de chaleur vous jettent sous la douche à des heures indues,
  • et que l'homme que vous avez épousé, svelte et plein d'allant, ronfle sans se rendre compte que vous faites des aller retour entre la salle de bain et votre lit commun depuis déjà un certain temps ( d'ailleurs, il n'y a même plus de serviettes de toilettes sèches, du coup, vous allez en chercher dans la chambre d'un ado à vous)
  • et l'ado ronfle aussi, moins fort, mais il ronfle. En plus, la seule serviette sur laquelle vous arrivez à mettre la main est sous vos pieds, sur le plancher, et humide,
  • votre homme, quand il ne ronfle pas, est assureur de son métier, ou toute autre occupation qui inclut le port quotidien d'un costume et d'une chemise, et des horaires de retour à heures fixes, mais trop tardives pour qu'il puisse mettre son costume de magicien ( du ménage, du baby sitter, du roi de la bricole ...)
  • vous habitez dans un pavillon, genre moyen de gamme de lotissement des années quatre vingt, sans vice de forme, mais avec crédit en cours,
  • vous venez d'être licenciée d'un poste à responsabilités, même si c'était de toutes petites responsabilités,
  • Vous venez d'être plaquée par votre amant qui préfère sa femme et son plan de carrière,
  • vous comptez vous mettre au yoga ou vous engager dans une occupation type humanitaire ou caritative,
  • vous détestez être tutoyée dans un bouquin qui vous parle d'une vie qui aurait pu être la vôtre, en beaucoup plus moche,
  • et si vous pensez qu'Emma, la Bovary, elle avait drôlement raison de rêver plus fort que son statut social le lui permettait
  • et que Sissi l'impératrice est votre modèle depuis que Romy a secoué ses couettes sur l'écran de votre enfance.

 

12/12/2015

La soeur, Sandor Marai

la soeur,sandor marai,romans,romans hongrois,déceptionsAprès avoir été éblouie par "Les braises", et surtout, surtout, par  "L'héritage d'Esther", puis un peu déçue par "L'étrangère", je me suis dit, que, quand même, un petit opus du grand Marai, ça passerait tout seul. Sans compter qu'il m'attendait depuis des lustres sur mon étagère des pas encore lus, comme un petit sucre d'orge de la nostalgie perdue de la splendeur lente des temps qui qui ne sont plus que fantômes des sentiments à jamais éteints ( et encore ... j'en passe ...)

Que neni ! Je dois l'avouer, je l'ai lâchement abandonné à son sort "le pianiste hongrois hospitalisé à Florence d'un mal mystérieux" (dixit la quatrième de couverture), je l'ai laissé dans les mains de son médecin, même pas capable d'un peu de compassion pour "l'artiste impuissant", incapable du "don de soi" (toujours selon la quatrième). Don de soi, je ne sais pas, mais moi, je n'ai pas réussi à lui donner grand chose, en tout cas. Il m'a agacé le virtuose à se regarder le nombril, tellement alangui de son propre ennui qu'il me l'a refilé, l'ennui, le bougre ! 

En plus, il ne voit même pas Florence, vu qu'il tombe dès le premier soir sur la scène de son magistral premier concert, dont il ne raconte rien non plus, vu que le mal mystérieux lui rongeait déjà les neurones. Et moi, j'aime bien lire Florence ( voir l'éblouissant "Vue sur l'Arno") Et voilà, on m'en prive. Et à la place, on me colle dans une salle d’hôpital, face à face avec un médecin qui répète que le mal va être vaincu, que c'est long, mais qu'il n'y a pas de raison. Je suppose que le médecin est resté avec le virtuose jusqu'au bout mais, lui, il était obligé. 

Deuxième mensonge de la quatrième, après Florence, l'histoire de "la relation passionnelle entretenue avec une femme mariée". La femme en question se limite à une initiale, Z. (on ne ricane pas, la dernière lettre de l'alphabet pour un amour impossible, le traducteur a dérapé ou quoi ?) n'avait toujours aucune existence romanesque  à la page 192 (sur 278). C'était pas la peine d'en faire un parc d'attraction, et je me suis dit que ce n'était pas en à peine cent pages, même écrites serrées, qu'elle allait surgir, telle Sissi revenue de ses cendres, pour lui secouer un peu la pulpe neuronale à l'artiste narcissique.

Voilà, faudrait pas faire prendre la nostalgie de mort à Venise pour un canard sauvage.

Et j'ai refermé le livre avant d'être contaminée de rejet définitif de Sandor Marai, je ne voudrais quand même pas en arriver à ce stade terminal. En fait, je me dit que c'est la faute à la quatrième ..., et je retiens quand même le même auteur pour une lecture future. Peut-être bien "La conversation de Balzano", un Casanova à la sauce Marai, c'est quand même tentant ... ou alors ce titre noté chez Sandrine, La nuit du bucher, qui a l'air un peu moins languissant.

09/12/2015

Les adieux à la reine, Chantal Thomas

les adieux à la reine,chantal thomas,romans,romans françaisDans une Vienne d'exilés, Agathe-Sidonie Laborde fête ses 65 ans, en 1810. Elle réside en Autriche depuis les débuts de la révolution française, en cette petite communauté vieillissante d'aristos qui ont connu leur heure de gloire sous l'ancien régime. Pour la narratrice, ce fut une toute petite heure de gloire , et en cette soirée languissante, elle revient sur ses souvenirs de sa petite fonction à la cour, elle y fut lectrice adjointe de la reine, la Marie Antoinette. "Une toute petite fonction", précise-t-elle, " rendue encore mince par le peu de goût de la reine pour la lecture". Agathe Sidonie, petite souris grise invisible, a résidé onze ans à Versailles; dans "ce pays-ci", disait-on, dont on ne voyait pas qu'il était séparé de l'autre, le vrai, par le luxe, les caprices et la lenteur du temps était découpé en tranches de visites, essayages, bavardages et protocolaires attitudes. Elle passera donc onze ans à attendre, dans sa petite chambre jaune, loin des grandes affaires du monde, que la reine daigne avoir envie de lire. Ce fut pour elle quelques moments fugaces d'éblouissement pour cette femme qui la fascine, d'emblée, sans que l'on ne sache trop pourquoi d'ailleurs, car le portrait qui en est fait, s'il est admiratif, ne dépeint pas une Marie Antoinette brillant particulièrement par l'éclat de son savoir ou de son intelligence, ce serait même plutôt l'inverse ... Futile, sentimentale, capricieuse, orgueilleuse, elle s'aime beaucoup, presque qu'autant qu'elle aime  Gabrielle Polignac, l'amie tant détestée hors du petit cercle de la cour.

Lorsque les derniers jours de la révolution commencent à se faire entendre au palais, c'est d'abord l'aveuglement politique qui domine. Ainsi, Marie Antoinette pense qu'un changement de  régime est impossible, car raisonne-t-elle, comment le peuple pourrait-il obéir à un roi qu'il n'aurait pas connu tout petit ? Soit, la vision est de courte vue, mais logique, dans la logique du personnage, en tout cas ... Les scènes les plus réussies dans ce roman sont celles ou les courtisans commençant à comprendre qu'il va falloir arrêter de courtisaner, et sont secoués d'une panique qui les pousse à la fuite. Au moment de sauter vers un inconnu qui les foudroie, l'un presse dans ses bras une horloge incrustée de saphirs, l'autre abandonne dans un soupir le porte parapluie en porcelaine de Sèvres ... Va falloir y aller avant que les murs ne s'effondreent, et c'est sauve qui peut sa peau !

Agathe Sidonie, rentrée par la petite porte, en sortira de même, un peu quand même frappée par une grâce indirecte et à jamais nostalgique de celle qui, jamais, ne lui jeta un vrai regard.

Le charme de ce roman, où l'on apprend guère d'éléments nouveaux ni sur le personnage de la reine, ni sur le politique qui se met en marche, est de rester dans les limites de ce regard d'une obscure à la cour, pas de fresque, ni de reconstitution, mais des à-côtés, un amoureux de la reine, un écrivaillon, quelques bruissements de robes et ces quelques premiers moments où la révolution pointe son nez pas poudré dans le luxueux poulailler des privilégiés ...

A picoler en flânant ! Et à l'occasion, j'ai découvert ce blog ! je n'ai pas encore tout exploré, mais il y a des trucs qui me font rire ...

 

06/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 2 : Drame, secret de famille et etc ...

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A la fin de l'épisode 1, le suspens était ( à son comble ...) amoureux, mais pour être honnête, ce n'est pas exactement dans cet ordre que le livre est construit. En effet, pour résoudre le malentendu avec la princesse Alexandra (je rappelle que le chien, c'est Luke, pour les étourdies qui se perdent en route), le Marcus doit repartir en enfance, dans la sienne, celle d'Alexandra et celle du clan Goldman, c'est là que gisent les origines du Drame ... La dimension sociale du roman (on pouffe !) est binaire, d'un côté les riches Goldman, de l'autre, les autres Goldman qui portent beaucoup moins bien leur nom de famille, lui et ses parents.

Marcus a divinisé les Goldman de Baltimore ; son oncle Saul, avocat d'affaire invaincu, sa femme, Anita, si belle et si généreuse, son cousin, Hillel, futur prix Nobel, même si, avant l'arrivée de son alter égo, Woody, Hillel fait plutôt piètre figure dans le rôle de l' incompris-insoumis ( comprendre : trop intelligent pour ces andouilles de profs standardisés). Woody, au départ, est un futur délinquant en puissance, mais recueilli par la baguette magique des Goldman, il se métamorphose en grenouille ( non, là c'est pour rire ...). Woody, c'est les jambes et les muscles, Hillel le cerveau ( comme on a les riches et les pauvres, le chien et la princesse) et Marcus fait la troisième roue du clan Baltimore, les trois cousins soudés à la vie à la mort. Marcus ne peut vivre sans eux, leur bonheur, leur richesse, leur voiture, leur grande maison, la principale et les secondaires, leurs piscines, leurs milices privées ( c'est moi qui rajoute là, parce que les Baltimore n'ont même pas besoin de milices privées, leur bonheur les protège de toute réalité dégradante ...)

Sauf que, il y a le Drame, celui qui a fait que l'oncle Saul est devenu vendeur dans une supérette (mais est resté digne, même s'il ne porte plus de cravates, ce qui n'est pas sans chagriner Marcus, devenu adulte et riche, mais toujours aussi affectueux avec son tonton), et que Tante Anita, Hillel et Woody se sont volatilisés dans la stratosphère. C'est le côté anti Walt Disney du roman.

Comme l'auteur n'est pas bête, et le lecteur non plus, ils sont d'accord tous les deux sur le fait que le Drame ne sera dévoilé qu'à la fin, sinon, on ne se taperait pas tout le roman, les tableaux familiaux, les épopées enfantines, les premiers émois amoureux ... Il a d'ailleurs des moments assez drôles, dans le genre burlesque, le tout baignant quand même dans un sirop de bons sentiments rose bonbon. Les dialogues sont toujours aussi naïfs et niais que dans La vérité sur l'affaire ... Mais, la bonne idée est qu'ils sont rares. D'ailleurs, la bonne idée est que, bien que communiquant des heures par téléphone dans leur période amoureuse, Marcus et Alexandra y restent le plus souvent silencieux, ce qui nous en évite pas mal, déjà. (on peut d'ailleurs soupçonner l'auteur, du coup, d'avoir tenu compte des critiques émises sur L'Affaire, ce qui nous laisse présager que le prochain sera muet ?). pour le côté triller, comment dire ... ? Mou de l'intrigue  ? Il y a bien quelques palpitations finales, mais dans l'ensemble, les clichés dramatiques et les grosses ficelles n'emportent guère le lecteur hors de ses chaussons. Le mot Drame, sans cesse écrit avec une majuscule, n'ajoute pas une once de frissons, et en plus, on ne sait même pas ce que devient le chien ....

 

03/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 1 : amour, gloire, etc

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Quand mon homme m'a offert ce titre, j'ai dit: "Tiens, c'est une bonne idée !" Et franchement, je le pensais. Une bonne idée dans le sens, où, jamais, de ma propre initiative, je n'aurais acheté ce second titre de Joël Dicker, même si j'avais adoré me faire promener par la vérité sur l'affaire que l'on sait .... (je sais, vous pouvez me jeter des boules de Noël ...) mais ce n'est pas une raison pour insister , quand même ...

Après lecture, je n'ai pas changé d'avis. Jamais je n'aurais acheté ce titre. D'ailleurs, à vrai dire, je ne sais même pas trop ce que j'ai lu ; une parodie de roman à l'eau de rose ? Un roman des origines familiales qui aurait mal tourné à la sauce fraternité qui se termine en eau de boudin ? parce que n'est quand même pas vraiment possible que l'auteur se prenne vraiment au sérieux (si ? Alors, Ok, balancez les boules de Noël ...)

 Côté eau de rose, on est dans le sirupeux people. On entend même les violons de "Amour, gloire et beauté" (je suis certaine qu'il y en a, j'ai vu un extrait du feuilleton dans "Asphalte" ...). Le bel et jeune et riche écrivain à succès, Marcus Goldman (plus ou moins le même que celui de l'Affaire, sauf qu'il a changé de mère, ce qui est un tort, la première était beaucoup plus drôle que celle qu'il a maintenant), retrouve par le hasard d'un achat d'une villa en Floride, et d'un chien fugueur et tenace (genre Lassie chien fidèle qui se serait mélangé les pinceaux entre Belle et Sébastien, l'andouille. En plus, il s’appelle Luke, du coup, j'ai pensé à Rantanplan, c'est vous dire le bazar ...), retrouve donc, son amour de jeunesse, Alexandra (on ne pouffe pas, dans Walt Disney, c'est presque pareil, sauf qu'il y a une grenouille en plus !). Il l'avait plaquée à cause du Drame (celui avec un D, dont je parlerai dans le deuxième épisode de ma note), et que depuis, elle est devenue l'idôle de la chanson américaine. Entre souvenirs torrides, regrets et rancœurs, silences éloquents, floutés glamour et flash-back, ces deux tourtereaux sauront-ils se retrouver et s'apaiser ?

Fin du premier épisode. ça vous apprendra à rigoler des amours enfantines ....

30/11/2015

Les anges noirs, Mauriac

4412968_Fotor.jpgQuel drôle de titre, vraiment .... car dans cette triste histoire, tous les personnages sont plus noirs que anges, sauf peut-être un jeune curé solitaire qui va se retrouver à sauver une âme, que ma foi, il n'avait pas vraiment cherchée ....

Le roman commence par une confession, écrite dans un cahier par Gabriel, la cinquantaine désabusée et malsaine d'un homme qui a trop vécu de son charme, et à destination du  jeune curé, justement, celui du village où Gabriel a passé une partie de ses vacances, enfant, puis adolescent, dans le domaine de Liogeats, au milieu du pin des Landes. Gabriel a failli devenir séminariste, lui, le fils d'un paysan inculte et violent, il avait si belle figure d'ange, qu'il a séduit les dame Du Buch, qui l'ont pris leurs ailes innocentes, et bourgeoises, de celles qui ont du bien, des terres. Mais la gueule d'ange cache une âme vicelarde et lucidement, il enrobe de son charme les deux cousines, la grosse, laide et pieuse Adila, et la plus volatile, Mathilde. c'est Adila qui succombera, aura un enfant, Andrès, et l'épousera, autant par haine que par repentir, des années plus tard .... Gabriel, lui, prend les maîtresses qui lui fournissent de quoi vivre, après Adila, ce fut Aline, mais celle-ci devient trop exigeante, alors, Mathilde, Adeline, l'une et l'autre ferait l'affaire ....

Au moment de la confession, le Gabriel, si la face reste juvénile, en quand même pris un coup dans l'aile. La confession, est, c'est le moins que l'on puisse dire, à charge.  Il a spolié son propre fils, Andrès, élevé par Mathilde sur le domaine de Liogeats, et alors que celui-ci s'apprête à voir se conclure le mariage arrangé de longue date entre lui, le demi paysan un peu frustre, materné par sa tante, et sa cousine à la triste figure, il va aller se mêler de ces arrangements à huis-clos.

Car huis-clos il y a dans, dans le château où se bruissent les intérêts financiers, les rancœurs passées, les arrangements et chasse trappe en sous-main. Les cinq personnages vont former deux clans, nichés dans leur tanière aux relents de conflits intérieurs et d'intérêts mêlés. Cinq, car le père Desbats, mari de Mathilde, père de Catherine, tisse pour Andrès une toute autre toile que celle entendue de longue date.

Les personnages sont chaotiques, tiraillés, contradictoires, ils se heurtent à leurs propres mensonges, se disent des vérités à demi-mots, qui sont autant mensonges que coup de dagues.  Et si l'intrigue est linéaire, elle manque de fluidité, comme les personnages, elle semble se heurter à ses propres frontières et déborde vers des rebondissements improbables et confus.

Un équilibre instable, quelque peu baroque, un rien de plus et Mauriac se lâchait la bride et nous faisait du drame à la Dumas sauce Simenon .... Paradoxalement, c'est qui fait l'étrange charme de ce roman, comme on peut aimer, finalement, dans un champ de vignes géométriquement alignées, le vieux ceps tordu qui a poussé de travers, les racines se dressant vers un ciel obscur.

Une lecture commune avec ma complice en pays mauriacien, Ingannmic une de plus pour la sagouine entreprise, mais lirons-nous un jour "Le sagouin" ?

28/11/2015

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro

zaï zaï zaï zaï,fabcaro,pépites,romans graphiques,bandes dessinéesTout commence au festival quai des bulles. Avec fifille, on s'arrête devant un stand pour une raison hautement littéraire. C'est le stand des éditions "6 pieds sous terre" et leur logo est un ornithorynque. Fifille est raide dingue de cet étrange animal, hors des registres connus (de moi) et si mignon ( d'après fifille). En recherche d'une éventuelle peluche de la bêbête pour enfin satisfaire une demande pluri annuelle récurrente ( une fois à son anniversaire, une fois à Noël), je tombe nez-à-nez avec une bande dessinée, ce qui est déjà plus dans l'ordre des choses normales qu'avec un ornithorynque, et avec l'auteur qui signe à tour de crayon. Mue par un geste conditionné, j'achète. Jamais geste conditionné ne fut plus inspiré .... Mais tenter un résumé du truc est quasi aussi frappadingue que de chercher une peluche  dans un festival de B.D ...

Tout commence parce que le héros, anonyme client d'une caissière banale, a oublié sa carte du magasin. Pas la carte bleue, mais celle du magasin, ce qui fait de lui un criminel anti-social contre qui toutes les forces commerciales se lient, de la caissière au vigile. Le héros a beau clamer qu'il l'a simplement oubliée dans son autre pantalon, rien n'y fait, il tente de résister avec un poireau qui n'en demandait pas tant, mais rien n'y fait non plus. Une seule solution, la fuite.

Le road movie commence, sans ressources, sans aides, solitaire, Fabien est traqué, déclaré coupable en un enchainement sans faille d'évidences ( ben oui, il a oublié sa carte ...) mais crime de quoi ? de lèse tout court en fait, même pas de lèse-poireau ni de lèse magasin, de lèse société, en gros. Les chaines d'actualité s'emparent du moindre témoignage de ses proches, et même de témoins qui n'étaient pas là et qui ne savent rien, ce qui n'est pas une raison pour ne pas s'exprimer, tout le monde condamne. La vie privée Fabien est étalée, jusqu'à sa raie des fesses, et lui même, se conspue, battant sa coulpe de coupable à la révolte burlesque.

Du poireau à Joe Dassin, tous les poncifs de la satire sont déjoués, la parodie elle même est décalée et chute dans de très courtes répliques qui tombent juste là où on les attendait pas. J'avoue, j'ai ri, mais vraiment ri, mon homme a ri, fiston a dit, "mais qu'est-ce qu'il a de drôle ?" et fifille "Y'a même pas d’ornithorynque ..."  Pas grave, je vais leur faire faire une cure de Joe Dassin et une soupe aux poireaux, ça les fera grandir !

En effet, voilà une B.D. que je ne regrette pas d'avoir rencontrée, elle gêne les entournures, elle empêche de raisonner en rond, elle traverse en dehors des clous !

Bon, je ne dis rien du dessin, parce que je suis nulle en B.D et encore plus en description de dessins, mais je mets un exemple ( Luocine, une pensée à toi ...) et je trouve quand même, pour oser un jugement simpliste, que l'uniformité des couleurs et des traits va drôlement bien avec le propos.( que l'on ne lit pas, d'ailleurs, Luocine a raison = la malédiction de l’ornithorynque a frappé !)

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24/11/2015

Le royaume, Emmanuel Carrère

le royaume,emmanuel carrère,romans,romans français,pavésAprès l'avoir égaré sous mon lit tout l'été, je lui ai donné un coup de plumeau, et il avait à nouveau le goût de la tentation, ce royaume. Me voyant ce titre là enfin en main, mon homme, qui passait par là m'avertit, le fruit avait bon goût mais comportait des longueurs ...

Mais, si il y a une lecture dont je n'ai pas voulu démordre, c'est bien celle-là, et j'avoue, j'aurais bien voulu contredire mon homme, mais cela ne sera point, car longueurs il y a.

Il faut dire que l'entreprise est ardue, tordue et peu glamour. Effectivement, il parait au départ quand même quelque peu casse gueule d'aller se fourrer dans les origines du christianisme tout en mettant en scène à la fois sa propre tentative de conversion et son propre doute, son chemin de Damas et sa descente de foi.

Carrère se met en scène, plus que jamais dans ce que j'ai lu de lui, entre l’enquêteur septique et croyant sincère, entre fin connaisseur des textes évangéliques, de leurs glossaires et commentaires, et romancier qui recoud les morceaux manquants de la parole et des écrits des apôtres de la première génération. 

Carrére reprend ses classiques, l’évangile de Jean qu'il a annoté dans des cahiers au temps de sa conversion, puis celui de Luc dans le temps de son enquête. Il suit aussi Paul, fait résonner ses lettres et épîtres dans leur contexte, il reconstruit aussi le contexte, tant qu'il y est, sans vergogne puisqu'il nous le dit, qu'il ne sais pas, mais suppute, élague des hypothèses, tisse des liens entre Sénèque, le bouddhisme, et le Christ dans le même élan sans mysticisme, pour faire bouger les paroles figées par des siècles de polissage.

Cette entreprise de dépoussiérage, cette démarche iconoclaste de repeindre des images pieuses, j'avoue que je l'ai trouvée passionnante, moi que le fait religieux interroge peu. Comme tout le monde, j'ai une culture religieuse de surface, je connais les différents points du dogme. Mais les rares fois où mon esprit convoque une image du Christ, il a les cheveux longs et blonds, la tunique blanche des images d'Epinal. J'ai toujours eu un faible pour les bondieuseries, comme on a un faible pour les fraises tagada autres que celles à la fraise, les violettes qui piquent par exemple. Mes enfants se moquent toujours de ma propension à acheter du sirop au cactus ou de l'eau pétillante au pamplemousse, plutôt que de la grenadine ou de la menthe. Et c'est ce goût là qui m'a régalé chez Carrère, celui du type qui cherche, sous l'artifice du dogme, les aspérités qui font que l'histoire pique à nouveau, acquiert un fond de réalisme et finalement de réalité plus vraie que l'histoire brute. (si vous m'avez suivie, cela donne l'équation suivante : fraises tagada à la fraise = histoire brute versus fraises tagada violette = "Le royaume", je pense que Carrère serait fier de moi sur ce coup-là ... en toute modestie.)

Le christ selon Carrère, donc, il est plus passionnant que le vrai. Alors oui, il y a des longueurs, j'ai failli laisser tomber à certains moments, j'ai mélangé Luc et son maître, je n'ai pas toujours suivi toutes les finasseries des entourloupes entre juifs pharisiens. Par moments, même, les tensions entre la foi selon saint Jacques et celle selon le saint son frère n'ont provoqué chez moi nul émoi. J'avoue aussi, tant qu'on est dans la confession, que j'ai passé quelques pages ( au milieu, quand l'enquête se fit trop pointilleuse pour moi), mais très franchement, c'est un livre qui respire l'intelligence, à défaut d'aboutir à une vérité.

 

19/11/2015

Le fils, Philipp Meyer

texas_longhorn_with_rose_1.jpgLes critiques sur ce titre ont été dithyrambiques, dythyrambissimes même, oserai-je. Rien que sur la couverture. Même pas besoin de retourner le livre pour apprendre que "Ce grand roman américain" est "d'une envergure et d'une ambition exceptionnelle" (pour l'envergure du poids, je suis d'accord, pour l'ambition aussi, d'ailleurs), et si vous retournez quand même le bouquin, pour être sûre ( pas du poids, mais de la qualité du poids), il vous est annoncé "une exploration fascinante de la part d'ombre du rêve américain". Moi, j'aime bien les parts d'ombre, sauf que là franchement, c'est beaucoup de poids pour une ombre, surtout une ombre de rêve.

D'abord, point de surprise, la part des ombres se divise en un roman choral (je sais pas ce qu'il y a avec les romans chorals (choraux?) en ce moment, mais je sens qu'une lassitude me guette). Et en plus, là, je n'en ai pas vu l'utilité. Le romancier aurait mis son histoire dans l'ordre que cela ne lui en aurait point nuit, me semble-t-il. Normalement, toujours me semble-t-il, le croisement des points de vue a pour but que les dits points de vue soient divergents, du moins, un temps soit peu, et que du coup, nous, le lecteur privilégié qui a les trois, se retrouve à découvrir des trucs que l'un ou l'autre n'aurait point vu ou dit. Sauf que là, les trois sont convergents et juste chronologiques.

On commence par le premier, le plus ancien. Le colonel Eli MacCullough, est le fondateur de la dynastie d'où sortiront les points de vue suivants. il retrace sa propre épopée (le vieux n'est pas modeste ...). Fils de fermier, il a été enlevé par une tribu de Comanches. Pour survivre et quasiment devenir le meilleur d'entre eux, il a fait corps avec leurs valeurs et leurs coutumes. Est fort celui qui le plus de scalps. Et quand il sera rendu quasi de force à la vie blanche, épris de liberté et de revanche, il fera fortune en ayant le plus de vaches, le plus de terres pour les faire paître, et le moins de scrupules aussi. Je ne veux pas dire, mais c'est plutôt une rêve américain qui a réussi. J'ai pas vu l'ombre d'un doute chez l'ancêtre.

Le deuxième point de vue est celui de son fils, Peter, c'est celui dont Eli est le moins fier. Il n'a pas le goût de la gagne. par contre, il a celui des vaches, et celui des remords. Hanté par le meurtre de la famille Garcia, trucidée par la famille MacCullough, en une nuit de règlement de compte, il prend racine dans un nostalgique passé texan, celui, justement, que son père méprise.

Peter apparaît donc comme une figure intermédiaire, un moment de faiblesse, avant le troisième point de vue, celui de la dernière rejetonne d'une dynastie qui s'étiole, Jeannie. Quand on la découvre, elle est allongée, vieillissante, sur le tapis de la grande demeure familiale qui s'étiole aussi. Et il faudrait attendre un petit moment pour comprendre ce qu'elle fait là. (en général attendre, ne me chaut pas trop, mais, j'ai trouvé le temps un poil longuet ...). Jeannie, fut à l'égal d'Eli, une self made woman qui a reconstruit l'héritage en multipliant les champs de pétrole au lieu de multiplier les vaches (je résume, hein ...). Qui a pu lui faire mordre la poussière finale ? Le suspens est quasi languissant.

Donc, je résume toujours, le fils est indigne de son père, les texans avaient des vaches et ont eu beaucoup de pétrole. Être une femme chez les pétroliers, ce n'est pas qu'une seule paire de manche, et d'ailleurs la richesse ne fait pas le bonheur. C'est peu dur comme jugement, je le concède fort volontiers, mais j'avais pas ma part d'ombre, pas ma part de teinte crépusculaire, un peu trop de Dallas et de son univers impitoyable.

 

 

 

15/11/2015

Sans commentaire

Piqué à Sfoar, parce que, les mots, pour une fois, me manquent.

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11/11/2015

Un amour impossible, Christine Angot

Bretonne.jpgFacile, mais un amour qui me paraissait vraiment impossible, c'était le mien pour un livre de Christine Angot ... Amour est un bien grand mot, quand même, mais (et cela en fera ricaner certaines), mais oui, je me suis retrouvée retournée comme une crêpe dentelle par ce titre là. A vrai dire, si je veux être honnête et bien faire mon Mea culpa, il s'agit  du premier et du seul livre de cette auteure que j'ai lu en entier. Les autres, les deux ou trois que j'ai ouverts et systématiquement refermés avec moult soupirs exaspérés, m'avaient conforté de solides préjugés (j'ai le préjugé facile), contre le parangon du parisianisme pontifiant et surfait de l'autofiction dont Christine Angot me semblait ( semble ?) représenter.

Mais voilà, d'un côté, il y avait mon amie A.P. qui me lorgnait du col sur ce coup là, et Sandrine, le coup de pouce qui me fallait. Lunettes arrimées sur le nez et mauvaise foi en bandoulière, un soir, je me suis lancée et j'ai plongé dans une stupéfaction quasi béate ... Quoi ? Point de phrases courtes à l'ellipse systématique, point de constructions nominales avec points d'exclamations obligatoires. Foin de cet halètement douloureux de l'enfance violentée au pathétique exacerbé qui me laissait de marbre ? ( j'ai l'âme stylistique rude au pathétique essouflé, je le reconnais ...). Au contraire, une retenue narrative, simple et fluide, plante le tableau d'une histoire à la fois banale et singulière, la rencontre improbable dans un Châteauroux plus provincial que nature d'une jeune fille, Rachel, et d'un jeune homme. Elle est douce et dactylo, il a trop lu Nietzsche. Il vient d'une famille parisienne où l'on se targue de culture et de carrière. Ils dansent un bref duo. Ce sera la parenthèse de la passion, il aime sa peau et ses mains. Elle aime tout. Elle rêve, il tranche, il l'épousera pas, il part, n'importe, elle garde l'enfant.

Commence alors le temps de l'attente pour Rachel et de l'amour pour Christine, petite fille banale et choyée de la tendresse de la grand-mère et de l'oncle, dans une banlieue pavillonnaire où l'on se promène le dimanche et où l'on va à l'école la semaine, sans faire plus d'histoire que cela de l'absence du père. Une petite fille qui n'est pas encore une écorchée vive et une mère qui espère malgré tout, le temps d'une lettre, d'un passage rapide, de quelques jours de vacances, une forme de reconnaissance. de celui qui a épousé ailleurs et se fait une carrière loin d'elles.

Évidemment, plus tard, vient le moment du déshamour et du mépris, quand tombe le piédestal de la figure maternelle et le couperet de l'inceste révélé. Mais même si l'auteure ne s'épargne pas le mauvais rôle, s'égratigne et se ronge les croutes, c'est sans trop de délectation et la descente de l'amour fusionnel vers l'enfer intime se fait sans roulades excessives dans la fange. Le père est odieux. La mère fragile. La fille raconte ces impossibles amours déviés.

Et voilà, j'ai fini et apprécié un livre de Christine Angot, comme quoi ....

Merci à l'amie A.P. et à Sandrine. (qui organise une journée dédiée à la littérature française dans le cadre de l'Europe des écrivains)

Le petit livre des couleurs, Michel Pastoureau, Dominique Simonnet

le petit livre des couleurs,michel pastoureau,dominique simonnet,essais,histoire de l'artEn sortant de l'exposition Giacometto de Landerneau (et oui, à landerneau, il n'y a pas que la lune ...), escortée de mes Athalie's girls, les A, (moins une, mais elle est pardonnée), j'ai eu subitement envie de couleurs, vu que ce sculpteur est plutôt monochrome, je suis sortie de la boutique avec ce petit livre et un autre du même auteur sur le bleu (Michel Pastoureau a également écrit sur le noir, mais, là, j'avais pas envie)

Michel Pastoureau, c'est le spécialiste, il répond aux questions de la dame Simonnet, questions et réponses qui s'ordonnent en de courts chapitres ; le bleu, la couleur "qui ne fait pas de vagues" ; le rouge, sans surprise, la couleur qui fusionne les contraires :  "le feu, le sang, l'amour et l'enfer" ; le blanc, attendu dans son rôle de couleur symbolique de "la pureté et de l'innocence" ; le vert, qui cache son jeu de fourbe sous l'apparat actuel du naturel bio ; le jaune de infâmie ; le noir qui se balade du spectre du deuil à celui de l'élégance. Enfin, les dernières, les demi couleurs, sans symboliques millénaires à se trimbaler, les dernières roues de la palette ; le gris pluie et le rose bonbon.

En de petites touches, à la fois légères et érudites, notre spécialiste vulgarise un savoir commun à l'imagerie occidentale. Rien de vraiment révolutionnaire mais plein de petits rappels de choses à savoir pour des remises en perspectives édifiantes. Ainsi, par exemple que jusqu'au XIXème siècle, les robes de mariées étaient rouges, parce qu'une robe riche et belle était forcément rouge et que c'était cette couleur qui permettait également le mieux aux artisans teinturiers de faire étalage de leur savoir-faire. Il faudra l’avènement de la bourgeoisie et son sacro saint sens des valeurs financières pour que, du coup, la sacro sainte virginité de la demoiselle soit affichée (en blanc, forcément). 

Ce livre fait preuve d'une érudition sans forfanterie qui trifouille aussi du côté de nos représentations collectives, et en les montrant du doigt, fait tilt. Par exemple, pourquoi ne peut-on imaginer un réfrigérateur rouge ? ( et donc n'en fabrique-t-on pas), parce que "l'on aurait l'impression qu'il chauffe". De même, pourquoi les enseignes de pharmacie ont actuellement tendance à perdre leur vert traditionnel au profit du bleu ? Pour faire plus scientifiques que naturelles, le vert se faisant de plus en plus bio, or le bio, dans nos petites têtes de piaf, ne fait pas sérieux pour un antibiotique.

Pour finir, si la symbolique des couleurs évolue quand même peu ( ce n'est évidemment pas moi qui le dit, mais le spécialiste), son utilisation par les publicitaires n'est pas sans refléter une poétique de de la consommation mercantile qui frôle l’esbroufe. C'est alors que la dénomination de nos collants passe de brun clair, brun moyen, brun foncé" à "brun du soir", voire "rencontre du soir" ....

Du coup, je me suis souvenu de ma perplexité cet été, tandis que je cherchais un pot de peinture dans les violets-parme-rouge (en gros) à devoir choisir entre "saveur de coulis de cassis" et "panacota de fruits rosés" ! Master chef était passé dans mes pots de peintures ! mes boiseries n'en demandaient pas tant !

07/11/2015

Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupond-Monod

le roi disait que j'étais diable,clara dupod-monod,romans,romans historiques,romans françaisRien que le titre me faisait de l'oeil ; le roi, le diable, le "je",  "je" qui n'est rien de moins que celui d'Aliénor d'Aquitaine, ça sentait bon la chevauchée historique de bon aloi, une chevauchée, qui plus est, relativement courte, vu l'épaisseur du livre, et si chute en cours de route il devait y avoir, elle ne pourrait être bien rude.

Et si elle est effectivement courte, elle n'en est pas moins agréable, cette traversée des siècles, même si le pari narratif est quand même assez risqué puisque l'auteure va se fourrer dans la peau de Louis XVII, le roi moine, et alternativement, dans celle de sa femme, la flamboyante Aliénor. Entre le tiède et mou et la glace et le feu. Elle se glisse dans les interstices d'une histoire d'âmes royales et même sous les couvertures de leur lit et quasi dans l'eau du bain de la légendaire reine. C'est osé d'aller tirer du fond du silence de l'histoire des coeurs, le jeu d'amour d'un impossible dialogue ... 

En effet, l'auteure ne tente pas une reconstitution fidèle, et peu nous en chaut, finalement, quand c'est bien dit. Elle pose une hypothèse et déroule son fil ; louis VII aurait aimé, et même aimé jusqu'à la folie, une Aliénor à jamais inaccessible pour lui. Le quiproquo amoureux commence dès la première rencontre, elle le voit faiblard, il voit sa faiblesse, l'orgueil de ses ancêtres. Il en fait un coup de foudre, elle l'enterre dans un silencieux et hautain mépris. Les dés sont pipés. Elle rêvait d'un prince guerrier, il rêvera de la conquérir, en tentant de le devenir, guerrier, quitte à en perdre la dignité de lui même, sa foi en son âme, et jusqu'à la haine de ce qu'elle le fera devenir.

 Le quiproquo est finement tissé autour d'une odeur de lavande. Le jour de la rencontre, la chambre de la future reine en était couverte, Louis en a déduit qu'elle en aimait l'odeur, et fera grande consommation de cette plante, sans jamais qu'elle ne pense à lui seulement lui dire qu'elle en a horreur. Il en couvrira sa chambre, au Louvre. Une vie de couple à la hauteur d'une incompréhension florale ....

De là part la relecture de quelques épisodes historiques sur ce fond de mariage mal accordé. Elle aime ses terres, le bruit du pouvoir, des épées, les cris de guerre, les luxes de l'Orient. Il devient jaloux des troubadours qui lui chante un amour qu'il ressent et ne peut peut vivre. Elle lui en ferme la porte en lui nouant quelque peu l'aiguillette. Il tente de lui plaire, jusqu'à l'épuisement de son indulgence à lui, pour sa violence à elle. 

Ce pourrait être un poème du grand père Guillaume, une chanson de geste mitigée roman de la rose, où le roi chanterait une complainte pour la belle Dame, qui du haut du donjon, ne verrait même pas son cœur saigner. 

Pendant ce temps Suger construit sa basilique, Clairveaux appelle à la croisade. Les affaires du royaume et de dieu requièrent un roi moral, ce dont Aliénor se contre fiche. Louis VII se retrouve  champion des forces du changement contre une Aliénor restée médiévale. Je ne sais pas si historiquement, l'hypothèse tient la route, mais en roman, cela donne une fable bien troussée.

 

31/10/2015

Destins, Mauriac

destins-750x750.jpgUne mauvaise organisation m'aura fallu de faire passer un tour ( celui du mois dernier) à mes co-lectrices dans ce projet aventureux qui est la "relecture de tout Mauriac ou presque", il m'aura quand même fait gagné un exemplaire en adéquation avec l'image que l'on se fait de cet auteur en général, sentant la poussière et le vieux papier, il sortait sûrement d'un grenier anonyme, avec sa tranche de page rouge et ce nom sur la page de garde, à l'écriture déliée et aujourd'hui si anachronique .... Comme ce roman, finalement, un rien penché vers une morale des bienséances et du quant à soi bourgeois bien loin des trifouillages de tripes à l'air. Dans ce monde là, on tait ses désirs, on ne les laisse pas sortir ... 

"Destins" est au pluriel mais il s'agit d'un singulier pluriel. Bob, Paule et Pierre en sont les victimes, toujours un peu coupables, forcément, on est chez Mauriac, dans ses landes et dans son soleil étouffant et silencieux. Pierre est le fils du domaine de Viridis, un pharisien (depuis que j'ai compris ce que ce mot voulait dire grâce au titre du même auteur, je ne m'en lasse pas ...) peu présent sur les terres bourgeoises des vignes et des pins. Viridis est tenu par sa mère, une maîtresse femme, Elizabeth Gornac, et son grand-père, une sorte de cep noueux, Jean Gornac. 

Cet été là, à la place du fils légitime, parti prêcher ailleurs la bonne parole, Elizabeth s'attarde aux petits soins de Bob, le petit fils de l'ancienne servante du domaine. Premier accro aux règles sociales qui régissent ce monde, mais Bob est si beau, ses yeux si langoureux et si innocents, que le cœur de la veuve solitaire, vieux avant d'avoir été seulement jeune, se met à palpiter d'une forme de tendresse jusque là inconnue. 

Il faut dire que le Bob a une certaine expérience de ses jeux de vilains, il sait y faire pour vous retourner les principes les plus austères. Pour Elizabeth, il est le fruit défendu. Pour son propre père, Bob est le fils indigne (ben oui, c'est du Mauriac, alors forcément, y'a de la parabole ...). Bob est trop beau, trop aimé, trop entouré d'une faune interlope qui vient enfumer l'appartement parisien du père, toutes ses femmes trop riches, trop libres, trop délurées, qui jacassaient au chevet de son fils, c'était trop pour ce fonctionnaire méritant. Sans compter qu'elles se gaussaient de ses bretelles étriquées. Alors le Bob a été envoyé se faire soigner sa pleurésie dans la campagne originelle, où le parfum lourd et prégnant du scandale aurait dû s'éteindre.

Mais voilà, il y a Paule, jeune, belle, fraîche, bourgeoise libérée, qui se moque des casseroles de Bob, et Elizabeth, qui le temps d'un après-midi, donnera la main à l'amour pour s'y faire mordre le cœur des regrets de pas l'avoir vécu, et la langue de vipère de Pierre, la pire, celle qui est pavée des bonnes intentions ...

C'est un roman qui dévoile peu, sans cesse j'ai cru y sentir la retenue de l'écrivain catho pour les turpitudes du corps sont des tentations qui ne peuvent conduire qu'à la perdition, ce qui ne leur enlève en rien le goût de la tentation .... De Bob, obscur objet des désirs, on ne saura finalement pas l'authenticité, comme si impossible à atteindre (à dire) , l'auteur l'avait conduit sur le bord d'un chemin pour le laisser s'éloigner, une grappe de raisins trop sensuellement grappillée à la bouche, Mauriac, un avatar d' Elisabeth ?

Les avis d'Ingannmic et de Miss Sunlaee, qui m'ont patiemment attendue !