Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/01/2016

Quoi ?

 Athalie.jpgQuoi ? D'accord, je ne regarde jamais "La grande librairie" (mais pour le jeu des lunettes, je ne crains personne, sauf que les miennes, elles sont roses, normal, je suis une fille, et même pas presque chauve pour faire intello) , je ne lis plus Télérama depuis au moins dix ans, pour cause d’incompatibilité de bonhommes qui sourient, je survole les suppléments livres de Libé qui encensent l'auto fiction que j'abhorre (oui, je sais, j'ai plutôt  aimé le dernier Angot, preuve que même les préjugés les plus tenaces peuvent vaciller, ceci dit, je ne suis pas certaine de persévérer dans la repentance ), mais je lis les blogs littéraires, avec attention et considération, avec assiduité voire componction, j'ai lu toutes les notes sur la rentrée littéraire de janvier. Je n'ai rien noté vu que la rentrée de janvier 2010, je l'ai pas encore finie, et que celle de l'an 2000 m'attend de ses deux pieds fermes).

Et voilà qu'il a fallu un passage éclair dans la cuisine où mon homme, le dimanche soir écoute encore "le masque et la plume", malgré mes commentaires acerbes et d'une mauvaise foi tenace, (oui, je cause à la radio, Garcin fait semblant de ne pas m'entendre) mauvaise foi qui fait que même quand je ne sais pas de quoi il est question, je ne suis pas d'accord, pour apprendre que le dernier Echenoz était sorti .... Je ne sais pas ce qui a pu en être dit, j'ai fui dans mon antre en maudissant d'être dimanche soir, je n'ai quand même pas le courage d'aller braquer une vitrine de librairie. En plus, il faisait froid.

Mais ça y est, je l'ai, "Envoyée spéciale" ..... ( Du coup, j'ai rajouté le dernier Edouard Louis Histoire de la violence, et le Louise Erdrich, Le pique-nique des orphelins et deux trois sorties en poche au passage, il fallait bien fêter cela,  vu qu'il n'en sort pas souvent des bouquins le Echenoz !)

 

 

 

 

 

23/01/2016

Les suprêmes, Edward Kelsey Moore

les suprêmes,edward kelsey moore,romans,romans américainsPourquoi un livre dont les personnages principaux sont des femmes noires et dont le titre évoque irrésistiblement celui du nom d'un groupe musical " à voix black" des années soixante, qui se déroule justement dans ces années là et justement au USA, parlerait de la lutte des femmes noires dans une Amérique encore largement influencée par le ségrégationnisme ? Ou de chanteuse aux cheveux tellement lissés qu'on dirait des perruques ?

Finalement, c'est le premier mérite de ce livre où les trois femmes-héros sont noires ; et que d'ailleurs elles ne le seraient pas que ce serait quasi la même histoire. Quasi, parce que quand même, l'histoire se déroule dans cette communauté et que le racisme ordinaire, elles en connaissent les conséquences. Mais ce ne  sont que des à-côtés du noyau central, qui est juste une histoire d'amitié extraordinaire de trois femmes très ordinaires et même pas héroïques. Ou alors d'un héroïsme ordinaire, une amitié forte et solide comme le sycomore où est né Odette. Clarice, elle, fut le premier bébé noir à voir le jour à l'University Hospîtal, chez les bébés blancs. Le snobisme de sa mère ayant vaincu les différences de couleur de peau, elle marquera ainsi l'histoire. Les deux filles grandissent, Odette, la pas très belle et la pas très aimable, Clarice, la pianiste talentueuse qui aurait pu tomber amoureuse de mieux. Barbara jean, qui devient la troisième suprême, est celle qui avait tiré la plus mauvaise carte de départ ; la mère la plus alcoolique, la misère la plus crasse, les tenues les plus vulgaires, mais aussi le physique des plus canons, genre bombe montée sur talons. Celle aussi qui a fait le plus beau mariage des trois et traîne dans sa grande maison vide un ennui qui lui fait vider les bouteilles de gin en solitaire.

Clarice est passée à côté de sa vie mais garde la tête digne de celle qui n'a rien vu, et Odette est en proie à des bouffées de chaleur qui la laisse pantoise, en pleine conversation dans la cuisine avec le fantôme de sa mère. Cinquante ans ont passé depuis que les trois jeunes filles ont été baptisées les Suprêmes, lors des soirées passées chez Earl père, au son du juke box et au goût de banana split, elles se connaissent sur le bout des ongles vernis de Barbara Jean et se retrouvent flanquées de leur mari respectifs, le dimanche après l'office, chacune dans son église, autour d'une table chez Earl fils. Le lieu n'a pas trop changé, juste une histoire de nappes ...

Le roman se coule dans leur petite histoire à ces trois femmes, entre illusions perdues, désillusions et fidélité, finalement, à ce qu'elles étaient et chacune l'une à l'autre, miroirs et béquilles. Les fantômes d'Odette se rapprochent quand même, surtout celui de Eléonor Roosevelt, qui a la fâcheuse tendance à boire un coup de trop et à s'accrocher aux basques des futurs morts. Ainsi, le roman flotte entre gravité et légèreté, et se lit sans déplaisir aucun, même si la trame en est fine et plutôt convenue.

Cependant, j'ai trouvé que  c'était son charme principal, que de prendre le sérieux de biais, sans trémolos ni tralalas. Juste une histoire du temps qui passe, parfois fait mal avec un coup de trop, de femmes ordinaires dont il se dégage une chaleur sans longs discours moralisateurs.

19/01/2016

Séraphine, Françoise Cloarec

medium_SERAPHINE_DE_SENLIS_02_SEPIA.jpgVoilà un titre qui m'a déçu, non pas qu'il soit décevant, c'est juste que je l'avais pris pour un roman, et que c'est un essai, enfin, une monographie, un biopic, un hommage ? En tout cas, pas ce que je pensais qu'il était, c'est-à-dire une biographie romancée de l'histoire singulière de Séraphine de Senlis, bonne à tout faire et peintre. J'attendais une sorte de reconstitution, un récit qui aurait bouché mes trous, et que je suis restée avec mes trous. Moins quand même, parce que je partais avec un trou de taille, j'ignorais absolument tout de l'histoire de Séraphine, je ne savais même pas qu'elle avait existé en vrai ( je sais, il y a un film avec Yolande Moreau, mais non seulement je ne l'ai pas vu, mais en plus, je ne savais pas que ça parlait de la même). Pour combler le tout, mes connaissances sur l'art brut se limitent à quelques tableaux du Douanier Rousseau. Je sais que l'on dit aussi art naïf, ou art des primitifs modernes, et voilà. Maigre bagage.

La première interrogation posée dans le livre ( qui en pose plus qu'il n'y répond, mais ça, je ne le savais pas au départ, évidemment) est de savoir si Séraphine porte un prénom prédestiné. Le coup de la prédestination des prénoms, pour une psychologue ( ce qu'est l'auteure), je me suis dit que cela ne faisait pas très sérieux, et moi, ça me hérisse le poil, le côté toc du mysticisme ; séraphine, séraphin, donc des anges, sauf que Séraphine peint des fleurs. je me suis dit que l'auteur avait abusé du Lacan, mais non finalement, la prédestination, elle l'écarte. Ouf.

Françoise Cloarec s'attache donc au mystère Joséphine par d'autres angles. Comment une femme inculte, solitaire, sans doute un peu limitée aussi dans sa croyance immodérée dans les pouvoirs de la saint Vierge a-t-elle pu se mettre à peindre ces étranges et sublimes tableaux ? A rependre sans filet et sans connaissances ces fleurs et feuilles colorées sur tous les supports passant à la portée de ses pinceaux enduits de ripolin ? A rester une bonne à tout faire le jour, et se sublimer en peintre la nuit ?

On peut prendre l'hypothèse mystique. Séraphine a entendu la voix d'un ange lui dire de se mettre à peindre, et elle aurait obéi. L'auteure la rejette rapidement. C'est la raison donnée par Séraphine, mais elle n'est pas recevable, ouf. Vient l'hypothèse d'un don spontané. Là encore, l'auteure l'écarte et rappelle à plusieurs reprises que Séraphine a inventé sa technique, qu'elle a commencé par de petits formats, des nature mortes maladroites, puis a évolué. C'est donc qu' il y a eu travail, même en autodidacte. Le talent, le génie (les deux mots sont d'ailleurs soigneusement évités) ne lui sont pas tombés tout droit sur la palette. Reste l'hypothèse de la folie créatrice. Facilité que l'auteure évite encore. La folie ne crée pas, elle détruit. D'ailleurs, elle fait remarquer que la peinture a cessé quand la folie a envahi la peintre, comme Camille Claudel a cessé de sculpter une fois enfermée à l'asile, les deux femmes sont d'ailleurs contemporaines, même si leur enfermement n'a pas les mêmes causes ( fichu Paul, quand même ...).

Ce qui fait que, finalement, il n'y a pas d'explications à l'explosion de couleurs sur les tableaux de Séraphine, à leur composition en vitraux du Moyen Age, aux fleurs exubérantes qui ressemblent à des plumes de paon couvrant l'espace de ces toiles, remplissant le vide de l'espace d'une hypertrophie de formes enchevêtrées.

Alors quoi ? Reste une domestique un peu fantasque, prise d'une crise de peinture comme d'une atypique logorrhée, remarquée par un amateur d'art allemand, Wilhem Uhde, qui l'encouragea, lui permis d'accéder à une certaine notoriété, puis, la chute, l'internement, la mort et la fosse commune.

L'auteure l'aime bien sa Séraphine, elle la connait très bien, mais ne nous en donne que des morceaux. Elle nous la fait voir, cheveux teints aux henné, jupes noires poussiéreuse, arpentant les rues de Senlis, mais, et c'est sans doute la limite de l'essai sur le roman, elle m'est restée une silhouette, sans vibrations.

14/01/2016

Un vent de cendres, Sandrine Collette

un vent de cendres,sandine collette,romans,romans français,romans policiers,déceptionsMalo et Camille sont frère et sœur, jeunes et beaux. Ils ont aussi un sale caractère, ce qui est dit, soit, mais n'est pas en soi une singularité suffisante pour faire d'un personnage de papier un personnage de papier suffisant. Ils ont décidé, sur les conseils de leur ami Henri d'aller vivre un sacré moment, une semaine de vendanges en Champagne. Sacré moment, soit encore ... Ils arrivent dans un village, frappé de désertification rurale, et sont installés dans un domaine quelque peu à part.

Le chapitre d'avant, c'est le prologue. On nous y raconte l'accident de Laure, d'Andréas et d'Octave, jeunes et beaux, eux aussi. Andéas aime laure qui glisse son petit corps par le toit ouvrant de la voiture, dans la tièdeur de l'air. Le vent souffle dans ses cheveux avant qu'un gros camion ne la décapite. Octave aimait sans doute aussi Laure. Fin du prologue, où il est aussi glissé qu'Andréas possède des vignes, ce qui fait que le lecteur, pas bête, réalise que Octave + Andréas + Camille, on avoir du reveal dans les cépages.

Ce qui devait être sera. Rapidement, les cadences imposées par l'affreux contremaître provoquent coups de gueules, tensions et courbatures. Rapidement, entre le frère et la sœur, des incompréhensions se tissent. Camille possède une beauté étrange, elle a les cheveux si blonds qu'il en paraissent blancs. Cette frêle blancheur attire Octave, rescapé de l'accident, balafré et boiteux. Dans les corridors sombres du domaine, Andréas se terre. La balafre attire la belle Camille, la belle frôle la bête et la charogne attire le papillon. Malo, le frère au sale caractère en profite pour en faire preuve, se fâche tout rouge et disparaît, laissant sa sœur dans le bouillon.

Une blonde attirée par un balafré, un frère mal embouché, un amour momifié, donnent un polar très efficace, sans âme, mais très efficace. La mécanique fonctionne parfaitement, on court après Camille, Camille cherchant son frère, Octave poursuivant Camille, le tout à l'intérieur d'un huis-clos de regards, de frôlements, de désirs malsains à souhait. Mais quoi ? les rouages manquent de couinements et de grincements. Y'a trop d'huile, ça glisse sur les personnages, qui nous glissent entre les doigts, trop fin du papier ... y'a rien sous le malsain, pas de densité grouillante avec des vrais monstres dedans. Il faut juste courir plus vite que le monstre qui est caché derrière la porte avec un gros couteau à trancher les petites blondes ....

Même si ce deuxième titre m'a quand même plus convaincue que le premier, "Les noeuds d'acier", où j'avais dû me pincer pour me convaincre d'avoir peur, car ici, la situation est quand même plus crédible et plus cohérente, je reste dubitative ....

(Mon exemplaire me permettant de jeter un œil sur le début du troisième " Six fourmis blanches", j'y découvre un Mathias, gardien de chèvres qui se prend pour un sacrificateur, et une innocente Lou, qui a tout de la chèvre de monsieur Seguin. Je crois que je vais prendre la tangente !)

10/01/2016

Les mots qu'on ne me dit pas, Véronique Poulain

les mots qu'on ne me dit pas,véronique poulain,autobiographiesL'amie qui m'a prêtée ce livre me l'a tendu en m'avertissant : " C'est assez dur, comme mots, sur le handicap, elle ne les mâche pas". Je m'attendais donc à sursauter, à m'indigner sur une certaine forme de "mauvaise pensance" à propos de la surdité, à râler face à un discours inutilement iconoclaste et provocateur. Et bien, ce n'est pas du tout ce qui m'est arrivé, non seulement je n'ai pas sursauté du tout mais j'ai ri, souri, à la lecture de ces saynettes autobiographiques qui respirent l'amour à plein nez, le vrai, celui qui est un peu tordu et de travers, celui où l'on a pas pitié du handicap, où on ne parle pas du respect de la différence avec des mots moites, mais avec des mots sans fard.

Véronique Poulain est entendante, née de parents sourds. Dans sa famille, d'ailleurs, qui comprend tante, oncle et cousins, les adultes sont en majorité sourds et les enfants entendants. Ce qui brouille les frontières entre les rôles, les enfants se retrouvant en possession d'un savoir qui n'est pas celui de leurs parents. L'auteure ne dit pas tout, on le sent bien, mais ce qu'elle dit est suffisant pour que l'on entende morsures intimes, révoltes et conflits entre les deux mondes. Elle focalise surtout sur le moment de son adolescence, déjà un moment entre deux mondes, qui se double pour elle de deux autres, celui des sourds et celui des entendants. ça fait donc quatre en tout, ce qui est beaucoup pour une seule ado, fille unique, qui plus est.

Ses parents sont sourds, mais pas muets, et pas honteux non plus, ils ne rasent pas les murs, ne baissent ni les yeux, ni la voix. loin de là, ce qui fait parfois sa honte, à elle. Car le plus surprenant dans ce livre est de comprendre que les sourds, qui ne s'entendent pas, font énormément de bruits divers et variés, en mangeant, en allant aux toilettes, en faisant l'amour. Ces bruits de l'intimité du corps qui gêne les entendants leur sont inconus et ce sont eux surtout qui envahissent l'auteure adolescente, ils forcent son silence et lui font entendre ce qu'elle ne voudrait pas entendre, ce que les enfants des entendants n'entendent pas.

Dans le métro, à la boulangerie, au restaurant, leur voix stridente et déformée appellent des regards sur eux qui la révolte, elle voudrait les protéger, elle voudrait en avoir des normaux, et pourtant, elle est fière d'eux, tout cela en même temps.

Elle raconte aussi les entourloupes, comment elle et ses cousins profitent des avantages d'avoir des parents sourds pour contourner les convenances, comme truquer les signaux lumineux de l'appartement, juste pour rire. Les situations sont parfois à double tranchant, comme la nuit que sa cousine a passé sur le balcon pour avoir voulu fumer en cachette. Son père ne pouvant l'entendre lui demander de rouvrir la fenêtre ...

S'ils ne sont pas encore entendus, les parents de Véronique Poulain n'en revendiquent pas moins la singularité de leur culture et son autonomie par rapport à celle des entendants. Son oncle Guy est d'ailleurs convaincu que les entendants sont particulièrement cons par rapport aux sourds, puisqu'ils ne comprennent pas la langue des signes. Ce qui n'est d'ailleurs pas complément faux.

Plus qu'un livre sur les sourds, c'est un livre qui dit simplement, avec humour et énormément de tendresse, qu'avoir des parents sourds, ce n'est pas simple, qu'il faut tout le temps avoir un oeil sur eux pour les comprendre, des mains pour traduire une langue crue et très corporelle, fort peu sentimentale et sans implicite, sans sous entendu, et qu'être entendant, n'est pas toujours être disponible de l'écoute. A lire pour se déboucher les oneilles et les neurones et s'ouvrir les zygomatiques.

 

 

 

08/01/2016

Bel Air, Lionel Salaün

flipper-annees-50.jpg

Les hasards de mes pioches de lecture sur mon étagère des "pas encore lus" m'ont conduite à ma replonger dans l'atmosphère des "années de plomb", enfin, des pré-années de plomb. on est au tout début des "évenements d'Algérie" et cette guerre qui n'a pas encore de nom plane sur la cité de Bel-Air, ses ados, son café du même nom et ses habitués.

La cité de Bel-Air est de celle qui ont été construite en carton-plâtre, et d'ailleurs, le roman commence et se termine dans la boucle de sa destruction. Dans le temps où la cité vivait encore, c'est-à-dire dans le temps de l'essentiel du récit, la cité est le domaine des ouvriers, des employés, des artisans, des gens de peu. Elle a été construite au-dessus de la vraie ville, celle des notables et des belles façades, non pour la surplomber, mais pour la séparer. Un boulevard peut y conduire, et le descendre ou le remonter, marque la frontière. Franck, dit Jacky, à cause de son nom de famille pollack ainsi francisé, y vit avec sa mère. Le père est parti depuis longtemps, laissant à son fils quelques vagues souvenirs et à la mère des kilos d'amertume. Leur appartement est petit, comme tous les autres, et il s'y croisent autour de la table en formica pour des moments de ressassements et reproches aigris de part et d'autre. Le seul luxe y est une salle à manger, sanctuaire d'une certaine forme de réussite sociale pour elle.

Franck, son domaine à lui, est la cité et sa bande de copains ; il y a Antoine, qui rêve de vitesse sur sa mobylette, Roger, la future star du football local, Serge qui prolongera le chemin de son père en montant son propre restaurant, plus tard, et surtout Gérard, le quasi frère de Franck, son ami pour la vie. Il est le fils du bistrot, son destin à lui aussi est ainsi tracé. Franck, lui, ne rêve pas à grand chose, il semble attendre que quelque chose lui arrive, entre le collège qui l'ennuie, sa mère qui l'irrite, et ce monde de la cité qui l'étreint.

Et dans ce monde de la cité, il y a le bistrot qui en est une sorte d'émanation, de prolongement, de pouls, aussi. Y trône le père Letreux. Derrière son comptoir en bois ciré, sous le lustre à cinq tulipes, il distribue les petits blancs et les sentences patriotiques à coups de grande gueule, chatouilleux à l'extrême de l'honneur de la France, lui qui n'a pas pu le défendre armes à la main, en son temps, à cause d'un malencontreux mal de dos. C'est une baraque qui fait le coup de sang en mots et ses mots font de son fils le même que lui. Gérard se prend à rêver d'être para, de casser de l'arabe. Passent d'autres personnages, tous englués là, entre zinc et terrasse, l'Adjudant, qui a fait l'Indochine, la mère Letreux qui tricote et écosse les haricots sur le coin d'un table entre les les deux coups de feu, celui de l'apéro du midi et celui de l'apéro du soir, Chantal, la seule fille de la bande ...

La cité est un microcosme où tout se sait et tout s'entend, où il y a des codes d'intégration, où le racisme y est ordinaire et coule de source. Les filles y semblent interchangeables, nattes et jupes plissées, alors que les garçons modèlent dans leur rêve le corps de Gina Lolobrigida. Leur destin semble tracé par le chemin pris par leur père, il feront juste un peu mieux.

Des années plus tard, les juke box se sont tus, le formica rouge rutilant des tables du bistrot a bien mal vieilli, et Gérard et Franck s'y retrouve dans le café cerné par les bulldozers pour se retrouver autour du secret de ce qui n'a jamais eu lieu.

Plus que l'histoire de ce secret, ce roman vaut par celle de Franck, qui finira par chercher une impossible sortie de la route tracée quand on est de la cité, celle du couvercle social, des déterminismes acceptés, de la quête d'un conformisme rassurant, l'envers des trente glorieuses qui ne l'étaient pas forcément pour tout le monde. Et se cassera salement la tronche sur des illusions.

Clara en parle aussi, très clairement, plus que moi en tout cas !

 

04/01/2016

Cher pays de notre enfance, Etienne Davodeau, Benoit Collumbart

cher-pays-home.jpg

Quand Davodeau se met à croquer de la figure politicienne, ça décape au Karcher les images convenues de l'ORTF en noir et blanc, loin des échos de la "voix de son maître" et des scopitones de la douce France, pays de notre enfance, peut-être, pays encore tout proche de l'après guerre et surtout de la guerre d'Algérie, dont les traces sanglantes trainent encore un peu partout. Et comme le montre la couverture de cette bande dessinée, le noir et blanc, ça fait ressortir les traces de rouge.

Davodeau et son comparse journaliste font ici preuve de dépoussiérage de la mémoire gaullienne ( gaulliste ?) qui voudrait ne voir que le blanc du grand homme et de la loi restaurée, ils font œuvre de restauration de la mémoire, œuvre de salubrité politique. Ils ressortent deux vieux dossiers.

Le premier est celui de l'assassinat du juge Renaud. Crime jamais élucidé, affaire classée. le juge était un membre atypique du barreau lyonnais en un temps où celui-ci était tout pourri par sa collusion avec le grand bantitisme, un temps où l'on n'ouvrait pas certaines enquêtes, un temps où les liens entre l'argent et les partis politiques étaient si explosifs qu'il valait mieux fermer les yeux et faire taire les oreilles, où la poudre faisait se taire les langues.

Ce sont ces langues si lontemps retenues que les deux enquêteurs vont aller rechercher, un peu partout en France, des proches, des témoins, jamais entendus, ou alors si peu, d'autres journalistes, d'autres fouilleurs qui ont osé aller voir derrière les portes que l'on ne leur ouvrait pas.

D'un crime non élucidé à l'autre, on arrive à l'affaire du ministre Boulin, retrouvé noyé dans un étang, dans quelques centimètre d'eau stagnantes. Et stagnantes est un bien piètre mot. La thèse du suicide est livrée, clef en main à la famille et la presse. Mais la clef ne tourne pas vraiment dans la serrure. Et les documents qui donneraient la bonne sont encore bien serrés, ficelés, ou alors disparus.

Le fil conducteur est le SAC. Pour moi, ces trois initiales ne font surgir du passé que le visage et l'accent d'un baron du gaullisme (et du chiraquisme ...), bien oublié, Charles Pasqua, que d'ailleurs les deux enquêteurs tenteront en vain de rencontrer ... Les auteurs montrent comment les membres du SAC se retrouvaient à tous les niveaux du pouvoir et de son idée du maintien de l'ordre ; colleurs d'affiches, casseurs de syndicalistes, garde du corps de presque tous les bords, videurs de coffre fort, braqueurs au nom de la République et surtout du fonctionnement des partis. La carte bleue blanc rouge de l'organisation, en grande partie occulte, valait sésame et liait les langues. Ses racines prenaient ancrage dans la guerre d'Algérie, l'OAS, la peur de la gauche au pouvoir, et comme une certaine pieuvre, les tentacules ratissaient large. Vraiment très large et en marge ....

Entre deux plongées dans les méandres politiques des deux affaires, les auteurs se mettent en scène, expliquent leur démarche, se gaussent des obstacles, livrent les silences qu'ils n'ont pu faire parler, tentent de dire pourquoi, et c'est juste passionnant, documenté, clair et direct. Ce qui constitue une forme d'exploit de vulgarisation politique vue la complexité des réseaux à découdre. Ils jouent franc jeu, du dessin comme de la plume, une collaboration efficace et à mettre entre toutes les mains.

PS: Bon, celles de fiston, quinze ans et tout mouillé ont un peu lâché quand même ...

01/01/2016

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

GZBMou95YF7LjUpAOLUzTTtXMO8.jpgVous ai-je déjà dit que mon nom de scène n'a, paradoxalement, rien à voir avec mon amour inconditionnel pour la langue de Racine ? Ni avec ma suffocation lorsque je relis pour la mille et une et quelques fois les aveux de Phèdre (les trois à suivre, peux pas m'arrêter au premier, je risque la suffocation du souffle, et en plus, dès fois, je recommence du début, je zappe ceux d’Hippolyte à Aricie, franchement, le fils de l'amazone a le vers plus faible  ...).

Ce qui fait que j'ai dû lire de traviole la note de Dominique qui présentait ce titre, puisque je pensais découvrir une réécriture de la pièce dudit Racine, une réinterprétation des deux lignes de Suétone d'où tout est parti : "Aussitôt, Titus éloigna la reine Bérénice de Rome malgré lui et malgré elle", ce "malgré lui et malgré elle" qui feront les cinq actes languissants et lyriques, tendus et tendres à en presque mourir, que va construire ce type, Racine, visiblement peu enclin au lyrisme et la tendresse dans sa vraie vie, comme le démontre ce livre.

En effet, il s'agit d'une biographie romancée. La réécriture se réduit à une portion congrue qui surgit de temps en temps, au début, au milieu et à la fin, de façon, pour moi, un peu incongrue ; une Bérénice moderne, lâchée par un Titus qui choisit sa femme, Roma (oh ! les gros sabots !), plutôt que sa maitresse, la Bérénice,  qui se prend à relire Racine pour se guérir de son chagrin de la Bérénice de tous les temps, (et là, dans la vraie vie, on se dit qu'il aurait mieux qu'elle se tire directement une balle dans le pied.)

Maitresse abandonnée, Bérénice fouille et trifouille Racine, là où le mystère demeure, Port Royal, l'austère et silencieuse abbaye qui résonne comme un fantôme dans l’œuvre de celui de ses enfants qui lui tourna le plus le dos, renia ses maîtres et leurs principes. L'ingrat, nourrit de l'enseignement de ces messieurs, en sortira ce dieu caché qui éreinte les princesses tragiques du dramaturge, laisse Phèdre pantelante, finalement, et sort dans le silence de la vie du théâtre.

Port Royal, étrange histoire que celle de cette communauté religieuse infime, tant détestée par Louis XIV, ce roi à qui Racine pliera toute son ambition, jusqu'à lui tendre, notamment dans Bérénice, le plus glorieux des miroirs, le sacrifice de l'amour à la raison d'état. L'auteur est ambitieux, on le savait, arrogant, ce titre le montre ainsi, soucieux de sa gloire, certain de son talent. Boileau dit ses vers tordus, Racine lui réplique qu'il ne les plie pas pour plaire, mais pour faire résonner une langue parfaite, pure, par lui créée. L'épure, le rien.

Pour l'essentiel, on le sait, Racine marcha sur tout, non seulement sur ses premières amours, mais aussi sur Corneille, sur Molière, les deux vieux tremblotants dont il se servira comme faire-valoir. Il triomphera. Puis, le silence après Phèdre. Puis, la main dans la main avec Boileau, il couvrira de gloire les guerres du roi. Puis, après le silence du théâtre, il obéira à la Maintenon, pour deux tragédies bibliques, mais, puis,  et ce sans raison aucune, écrira encore Port Royal, y reviendra, y gagnera la disgrâce.

Ce titre pourrait donc être plutôt "Racine et Port Royal", sondant ce mystère, il lui donne une résonance romanesque posée et nourrie, se confronte aux ombres d'un créateur. Le sujet est rude et austère, le roman en sort une voix très habilement simple.

PS : le livre a été présenté au "masque et la plume", ne pas écouter le "masque et la plume", me croire, moi !

 

28/12/2015

L'égaré de Lisbonne, Bruno d'Halluin

l'égaré de lisbonne,bruno d'halluin,romans,romans français,romans historiques

Attention, ceci n'est pas vraiment un récit de voyage, même si, à priori, il en a l'odeur alléchante (alléchée d'ailleurs, je le fus par Luocine). il s'agit plutôt d'un récit du retour du voyage, de la descente vers la désillusion, de la conquête, de la gloire. Le héros descend en trois paliers successifs, il se nomme Mestre Joao Faras.

Joao Faras est un nouveau converti ( ex-juif devenu chrétien, plus ou moins par la force des choses), il est un bien piètre médecin, et c'est au titre de cosmographe du roi du Portugal qu'il s'est retrouvé embarqué, plus ou moins de son plein gré, là aussi, sur le " Bate-cabelo". Le navire part voguer vers les terres lointaines dont le Portugal veut faire ses colonies. Sous les ordres de Dogos Diaz, la nef a pris  les traces de la première expédition de Vasco de Gama. La flotte est partie, fière et splendide, et l'armada a découvert Vera Crux. Mais pour l'équipage du "Bato-cabelo", ce sera le seul titre de gloire et le seul moment du rêve exotique caressé par de doux alizés et des femmes plantureuses.

La tempête aux abords du cap de Bonne Espérance disloque la flotte en un cauchemar dantesque qui longtemps hantera l'esprit de notre héros. Héros qui l'est fort peu d'ailleurs, sujet à un coriace mal de mer, il vomit bile et boyaux à longueur de vagues, lâche et pleutre, il rechigne à accomplir soins et lavements, Orgueilleux, il est la cible des moqueries de l'équipage.

Mestre Joao Faras est un homme peu sympathique, et n'attendez point de lui un acte altruiste et héroïque lorsque le navire se perd dans une mer jusqu'alors inconnue, s'égare en pays mauresque, puis navigue à vue pour le retour, le Mestre reste un mesquin observateur des malheurs qui jalonnent la route du navire.

Le voyage se révèle peu lucratif, le retour n'est pas des plus triomphal et Joao Faras reste bien le seul à se considérer comme un Mestre. Il retrouve femme et filles, mais il a perdu toute illusion et se délite dans les rancœurs d'un laissé pour compte de l'épopée maritime.

Sur la toile de fond de l'histoire se déploie la gloire du pays, politique, militaire, financière, mais notre petit personnage fait entendre un tout autre son de cloche, un avertissement à voir une réalité bien plus sordide. Les hommes qui partent et meurent en route, laissent un pays en proie à une paix fragile, et ceux qui en reviennent sont des gueules cassées qui ont payé le prix fort. Bien peu en retire gloire et fortune, plus d'un y laisse ses dents, sa femme, ses rêves ...

Joao Faras, puisqu'on l'a trahi, trahira à son tour, se détournera de la beauté des portulans, vendra jusqu'au secret du plus beau d'entre eux, le Padrao real, et finira par préférer l'effacement à une lutte vaine, et l'ombre de ses rêves laisse le goût amer des aventures perdues.

Plus qu'un roman historique, un roman sur la nostalgie et les ronds dans l'eau de l'Histoire.

 

23/12/2015

Mon top 100 à moi

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgJ'avais dit à Ingamnnic que je ne le ferai pas, que j'aimais bien sa liste, mais moi, non, pas de top. 100, c'est trop, ou c'est pas assez, et puis, numéroter n'est pas mon truc, classer oui, mais à la manière du sieur Perec, à l’affectif qui se croit rationnel alors qu'il n'est qu'aléatoire de la mémoire.

Alors, parce que je suis parfaitement logique, j'ai commencé à lister, pour voir, de tête,  et puis, je me suis prise au jeu. Arrivée à 85, j'ai bloqué. Comme 85, c'est trop et c'est assez, j'ai commencé à déambuler devant mes rayonnages,  j'ai repris le crayon et avec l'aide de la rubrique des préférés, je suis arrivée à 100. Et puis, j'en ai rajouté un dernier parce qu'autrement, la liste, elle n'aurait pas été complète. (hommage à mon Pérec)

Pourquoi ceux là ? parce qu'ils me rappellent tous quelque chose ; une première émotion, un à bout de souffle, des taches de confiture sur les pages, des discussions sans fin avec mes amies A., voire même un excès ou deux de mauvaise foi, ou un excès ou deux de quelques verres de vin ... Un excès de blogs de lecture aussi, de belles, très belles découvertes, des sentiers où je n'aurais jamais déambulé, même la nuit, parfois, aussi, une nuit où tout le monde dort, et où  je lis, je lis, je lis ... des moments sur une certaine plage où mes enfants sautaient sur les rochers dont ils auraient pu tomber sans que je ne m'en aperçoive vraiment ...

Ma liste, elle est foutraque, pas classée, au fil de la plume, j'ai égrainé mes titres ...

Le livre de Dina, Wassmo.

Dalva, Jim  Morisson

Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel

Le cœur cousu, Carole Martinez

La chorale des maitres boucher, Louise Erdrich

Nous étions les Mulvanney,  J.O Oates

De beaux lendemains, Russel Banks

Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

L'île du point Nemo, Jean Marie Blas de Robles

Jésus et Tito, Vélibor Colic

Une plage au pôle nord, Arnaud Dudek

Courir, Jean Echenoz

Comment les fourmis m'ont sauvé la vie, Lucie Nevaï

Là-haut vers le nord, Joseph Boyden

Chez les heureux du monde, Edith Wharton

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Le roi Lear, Shakespeare

Mille milliards de tapis de cheveux, Andréas Eschbarch

Emma Bovary, Flaubert

La série des "Angélique, marquise des anges" par les Golon, mari et femme ...

Retour à la terre, Larcenet

Le dîner de moules, Brigit Vanderbeke

Feu pâle, Nabokov

Plume, Henri Michaux

Lorenzaccio, Musset

La religion, Tim Willocks

Lonesome Dove, Larry Mcmurtry

La griffe du chien, Tom Winslow

La belle de Fontenay, J.P. Pouy

Tout Benaquista,

Le premier Dessaint que j'ai lu, mais je ne sais plus lequel c'était ....

Le père Goriot, Balzac

Le rouge et le noir, Stendhal

Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, J.F. Vilar

Les orpailleurs, Thierry Jonquet

La lectrice, Raymond Jean

Lourde lente, Hardellet

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen

Magasin zinzin, F. Clément

Terre des oublis, Duong Thu Huong

Sur la plage de Chesil, Mac Ewan

La pluie avant qu'elle tombe, J. Coe

Tout Borges, ou presque

Au revoir là-haut, P. Lemaître

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee

Les imposteurs, Fajardo

La brève et miraculeuse vie d'Oscar Wao, Junot Diaz

Elle danse dans le noir, René Frégni

Tess, Hardy

Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë

Orgueil et préjugés, Jane Austen

Jane Eyre, Charlotte Brontë

W ou le souvenir d'enfance, Perec

Autant en emporte le vent, M. Mitchell

La jeune fille à la perle, T. Chevalier

Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez

Le nom de la rose, U. Ecco

Tout Vargas

Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos

Le destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall

La route , Cormac (titre que j'ai détesté à un tel point que je ne pouvais pas ne pas  le mettre ...)

Le liseur B. Schlink

Le diable tout le temps, Pollock

Un pied au paradis, Ron Rash

La langue des papillons, Manuel Rivas

La belle écriture, Chirbes

Euréka street, R. Mcliam Wilson

En un monde parfait, L. Kasischke

Naissance d'un pont, Maylis de Kérangal

La femme en vert, Indridasson

Américan psycho, Bret Easten Elis

Il faut qu'on parle de Kévin, L. Shriver

L'étoile des mers, Joseph O'Connor

La place, Annie Ernaux

La classe de neige, E. Carrère

Les petits chevaux de Tarquinia, Duras

Grâce et dénuement, Alice Ferney

Dans les coulisses du musée, K. Atkinson

La servante écarlate, M. Atwood

Contrée indienne, Dorothy Mac Johnson

Faillir être flingué, Cécile Minard

Les sortilèges du cap Cod, R. Russo

Mai en automne, Chantal Creusot

Pobby et Dingam, Ben Rice

Un été sans les hommes, Siri Hustredt

Home, Toni Morisson

Les passagers anglais, Kneale

L'art de pleurer en choeur, Jepsen

Une saison à Venise, W. Odojewski

Le soulèvement des âmes, Smart Bell

L'équilibre du monde, Mystri

Je vais mourir cette nuit, F. Marias

Brooklin folies, P. Auster

Hyacinthe et Rose, F. Morel

 Voilà, normalement, ça fait 101 ....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20/12/2015

Avril enchanté, Elisabeth Van Arnim

Freesias-Luxury-Bouquet.jpgUn roman antidote à la triste "condition pavillonnaire", qui met en scène deux chrysalides qui vont devenir papillons. Foin de tout réalisme, il faut juste rentrer dans la danse, ici, on baigne dans les fleurs, l'amour de son prochain, et même celui de son mari, c'est dire ...

Il pleut sur Hampstead, une banlieue morne de Londres. Il pleut, il a plu, et il va continuer encore à pleuvoir. Pas un rayon de soleil d'avril en vue. Deux femmes, encore jeunes et qui pourraient même être jolies, si on les regardait un peu, se croisent dans un club. Toutes deux ont lu la même annonce dans le Times : " Particulier loue  petit château médiéval meublé au bord de la méditerranée", en Italie. Nos deux souris grises ne se connaissent pas, mais elles se reconnaissent,  elles sont aussi étriquées et vertueuses l'une que l'autre, et l'une comme l'autre ont terriblement envie de cette folie. Rose Arbuthnat et Lolly Wilkins vont se secouer la poussière et accomplir l'impensable, répondre à l'annonce et partir, quasi en cachette de maris indifférents ou/et acariâtres. Tandis que Lolly a des visions de bonheur, Rose a des scrupules, car Rose a des pauvres, et va devoir les priver de sa charité pour se faire plaisir. La notion de plaisir n'entrant pas dans la pratique normale de Rose, il va falloir toute la passion de Lotty pour qu'elle s'y laisse un tant soit peu aller.... Un peu raide encore dans la posture, quand même ...

Pour souci d'économie, elles vont s'adjoindre deux autres inconnues, sans trop prendre de précautions ; une vieille grincheuse victorienne, Miss Fisher, et une lady, trop belle pour être heureuse.

La comédia se jouera donc à huit mains dans le château de San Salvadore, le château du paradis, où les freesias poussent en dehors des magasins et des vases, où le soleil brille  en un avril bien plus caressant que prévu, les nuages jouent à saute moutons et, etc ...

Les frotti frotta entre les quatre locataires s'emparent des lieux, la vieille grincheuse grince des dents, la Lady s'enfonce dans son coin secret à elle, pour ne plus être admirée, gâtée, adulée, Rose se coltine la nostalgie du désir alors que Lotty cavale en pleine euphorie visionnaire. Et c'est elle qui emporte tout dans la magie de San Salvatore ....

Un livre où l'eau de rose est si rose qu'on ne peut avoir envie que de s'y délecter !

16/12/2015

La condition pavillonaire, Sophie Divry, ou le livre qu'il ne faut pas lire si vous avez des bouffées de chaleur, mais j'avais prévenu.

la condition pavillionaire,sophie divry,romans,romans françaisEn plus, de tout ce que j'ai dit précédemment, j'avoue que j'ai sursauté lorsque j'ai lu la première scène : une vieille femme dans sa cuisine, se tient les mains posées sur une nappe cirée et écoute le ronronnement de son frigidaire. Le regard s'y promène sur les magnets moches qui tiennent des cartes postales ringardes. Du coup, j'ai regardé mon frigidaire, à moi, avec mes magnets nulles, à moi. Coup de bol, il n'y a pas de cartes postales. En plus, l'auteure me tutoyant, je me suis sentie coupable de crime de banalité. Après un sursaut de fierté, je me suis résignée, d'abord, je n'ai pas de toile cirée, ensuite mes magnets, ce sont des œuvres d'art du kitsch ... C'est EXPRES qu'ils sont moches !

Deuxième sursaut, la vieille dame est désignée par deux initiales, M.A. Me dire que j'allais voir mon  Emma que j'aime d'amour pour toujours, reconvertie en une sorte de Marie Laure, j'en ai fermé le bouquin. Les magnets passent encore, mais qu'on me vautre Emma dans une cuisine en formica, pas question.

Et puis, j'y suis revenue. Et l'ai entamé ( et terminé !) le récit de cette vie plate comme les discussions de Charles et les trottoirs de Flaubert. Le récit d'un circuit ordinaire d'une vie qui commence entre papa, garagiste, et maman, qui met une blouse pour équeuter les haricots. C'est dire le côté bandant du truc. M.A. est leur espoir, ils la dorlotent, ils n'en ont fait qu'une ( c'est dire aussi le côté bandant du truc, Jérôme, tu arrêtes les "mardi c'est permis" avec ce bouquin, je te le jure, ou alors faut être pervers .... ) pour pouvoir lui "donner de quoi", de quoi faire des études, de quoi monter un peu plus haut qu'eux.. M.A. les aime, puis adolescente, se rebelle,  tout en suivant le chemin tracé et en rêvant d'un avenir moins confiné, en cinémascope, avec prince charmant et cocotiers. M.A a des rêves en kit préfabriqué dans le pavillon étroit de sa condition.

Étudiante, elle "profite" de cette parenthèse, l'aboutissement de ses rêves, se donne à un amant espagnol, puis, tombe amoureuse d'un comme elle, finalement, et se marie avec lui, ils vont réaliser leurs ambitions, faire des enfants et les élever dans une maison à eux, lassitude, routine, les repas entre amis, le mari qui rentre de son travail, tard, fatigué ...M.A. prend un amant, tente le yoga à la place quand il l'a laissée tomber pour sa femme et son plan de carrière, se tape une dépression puis vieillie, abandonne, et la voilà dans sa cuisine, avec sa toile cirée et son frigidaire. Toujours sa vie aura eu le goût du vécu par avance, toujours un passage pour un après qui serait meilleur que le présent, et puis, l'après, ben c'est pareil et puis après, y'en a plus d'après. C'est trop tard.

Déprimant ? oui, un peu quand même si on se laisse prendre au je du "Tu" et de l'identification qu'il permet, Caricatural ? oui, un peu quand même, tant est droite cette ligne droite qui se mord la queue en un cycle final. M.A. est un poil trop lisse, un poil trop programmée pour une démonstration critique taillée à sa mesure. Les scènes se succèdent comme le temps passe, à la vitesse des appareils électro ménager qui se substituent les uns aux autres, de la première T.V. couleur à l'écran plasma plat.

Un roman fort bien écrit par ailleurs, que j'ai eu fort peu de plaisir à lire, il colle un peu au fond de la casserole et peut même coller le bourdon.

PS : Jérôme ? T'es toujours là ?

 

14/12/2015

Effet d'annonce, première !

Pour une fois, j'annonce la proche note, enfin, je préviens plutôt de ne pas lire ma prochaine note qui parlera d'un titre qu'il ne faut pas lire quand :

  • le ciel est bas et lourd et pèse genre couvercle de bruine en fonte,
  • vous avez tendance à penser que finalement, votre vraie vie, elle est plutôt derrière vous, vu que depuis quelques temps,  des bouffées de chaleur vous jettent sous la douche à des heures indues,
  • et que l'homme que vous avez épousé, svelte et plein d'allant, ronfle sans se rendre compte que vous faites des aller retour entre la salle de bain et votre lit commun depuis déjà un certain temps ( d'ailleurs, il n'y a même plus de serviettes de toilettes sèches, du coup, vous allez en chercher dans la chambre d'un ado à vous)
  • et l'ado ronfle aussi, moins fort, mais il ronfle. En plus, la seule serviette sur laquelle vous arrivez à mettre la main est sous vos pieds, sur le plancher, et humide,
  • votre homme, quand il ne ronfle pas, est assureur de son métier, ou toute autre occupation qui inclut le port quotidien d'un costume et d'une chemise, et des horaires de retour à heures fixes, mais trop tardives pour qu'il puisse mettre son costume de magicien ( du ménage, du baby sitter, du roi de la bricole ...)
  • vous habitez dans un pavillon, genre moyen de gamme de lotissement des années quatre vingt, sans vice de forme, mais avec crédit en cours,
  • vous venez d'être licenciée d'un poste à responsabilités, même si c'était de toutes petites responsabilités,
  • Vous venez d'être plaquée par votre amant qui préfère sa femme et son plan de carrière,
  • vous comptez vous mettre au yoga ou vous engager dans une occupation type humanitaire ou caritative,
  • vous détestez être tutoyée dans un bouquin qui vous parle d'une vie qui aurait pu être la vôtre, en beaucoup plus moche,
  • et si vous pensez qu'Emma, la Bovary, elle avait drôlement raison de rêver plus fort que son statut social le lui permettait
  • et que Sissi l'impératrice est votre modèle depuis que Romy a secoué ses couettes sur l'écran de votre enfance.

 

12/12/2015

La soeur, Sandor Marai

la soeur,sandor marai,romans,romans hongrois,déceptionsAprès avoir été éblouie par "Les braises", et surtout, surtout, par  "L'héritage d'Esther", puis un peu déçue par "L'étrangère", je me suis dit, que, quand même, un petit opus du grand Marai, ça passerait tout seul. Sans compter qu'il m'attendait depuis des lustres sur mon étagère des pas encore lus, comme un petit sucre d'orge de la nostalgie perdue de la splendeur lente des temps qui qui ne sont plus que fantômes des sentiments à jamais éteints ( et encore ... j'en passe ...)

Que neni ! Je dois l'avouer, je l'ai lâchement abandonné à son sort "le pianiste hongrois hospitalisé à Florence d'un mal mystérieux" (dixit la quatrième de couverture), je l'ai laissé dans les mains de son médecin, même pas capable d'un peu de compassion pour "l'artiste impuissant", incapable du "don de soi" (toujours selon la quatrième). Don de soi, je ne sais pas, mais moi, je n'ai pas réussi à lui donner grand chose, en tout cas. Il m'a agacé le virtuose à se regarder le nombril, tellement alangui de son propre ennui qu'il me l'a refilé, l'ennui, le bougre ! 

En plus, il ne voit même pas Florence, vu qu'il tombe dès le premier soir sur la scène de son magistral premier concert, dont il ne raconte rien non plus, vu que le mal mystérieux lui rongeait déjà les neurones. Et moi, j'aime bien lire Florence ( voir l'éblouissant "Vue sur l'Arno") Et voilà, on m'en prive. Et à la place, on me colle dans une salle d’hôpital, face à face avec un médecin qui répète que le mal va être vaincu, que c'est long, mais qu'il n'y a pas de raison. Je suppose que le médecin est resté avec le virtuose jusqu'au bout mais, lui, il était obligé. 

Deuxième mensonge de la quatrième, après Florence, l'histoire de "la relation passionnelle entretenue avec une femme mariée". La femme en question se limite à une initiale, Z. (on ne ricane pas, la dernière lettre de l'alphabet pour un amour impossible, le traducteur a dérapé ou quoi ?) n'avait toujours aucune existence romanesque  à la page 192 (sur 278). C'était pas la peine d'en faire un parc d'attraction, et je me suis dit que ce n'était pas en à peine cent pages, même écrites serrées, qu'elle allait surgir, telle Sissi revenue de ses cendres, pour lui secouer un peu la pulpe neuronale à l'artiste narcissique.

Voilà, faudrait pas faire prendre la nostalgie de mort à Venise pour un canard sauvage.

Et j'ai refermé le livre avant d'être contaminée de rejet définitif de Sandor Marai, je ne voudrais quand même pas en arriver à ce stade terminal. En fait, je me dit que c'est la faute à la quatrième ..., et je retiens quand même le même auteur pour une lecture future. Peut-être bien "La conversation de Balzano", un Casanova à la sauce Marai, c'est quand même tentant ... ou alors ce titre noté chez Sandrine, La nuit du bucher, qui a l'air un peu moins languissant.

09/12/2015

Les adieux à la reine, Chantal Thomas

les adieux à la reine,chantal thomas,romans,romans françaisDans une Vienne d'exilés, Agathe-Sidonie Laborde fête ses 65 ans, en 1810. Elle réside en Autriche depuis les débuts de la révolution française, en cette petite communauté vieillissante d'aristos qui ont connu leur heure de gloire sous l'ancien régime. Pour la narratrice, ce fut une toute petite heure de gloire , et en cette soirée languissante, elle revient sur ses souvenirs de sa petite fonction à la cour, elle y fut lectrice adjointe de la reine, la Marie Antoinette. "Une toute petite fonction", précise-t-elle, " rendue encore mince par le peu de goût de la reine pour la lecture". Agathe Sidonie, petite souris grise invisible, a résidé onze ans à Versailles; dans "ce pays-ci", disait-on, dont on ne voyait pas qu'il était séparé de l'autre, le vrai, par le luxe, les caprices et la lenteur du temps était découpé en tranches de visites, essayages, bavardages et protocolaires attitudes. Elle passera donc onze ans à attendre, dans sa petite chambre jaune, loin des grandes affaires du monde, que la reine daigne avoir envie de lire. Ce fut pour elle quelques moments fugaces d'éblouissement pour cette femme qui la fascine, d'emblée, sans que l'on ne sache trop pourquoi d'ailleurs, car le portrait qui en est fait, s'il est admiratif, ne dépeint pas une Marie Antoinette brillant particulièrement par l'éclat de son savoir ou de son intelligence, ce serait même plutôt l'inverse ... Futile, sentimentale, capricieuse, orgueilleuse, elle s'aime beaucoup, presque qu'autant qu'elle aime  Gabrielle Polignac, l'amie tant détestée hors du petit cercle de la cour.

Lorsque les derniers jours de la révolution commencent à se faire entendre au palais, c'est d'abord l'aveuglement politique qui domine. Ainsi, Marie Antoinette pense qu'un changement de  régime est impossible, car raisonne-t-elle, comment le peuple pourrait-il obéir à un roi qu'il n'aurait pas connu tout petit ? Soit, la vision est de courte vue, mais logique, dans la logique du personnage, en tout cas ... Les scènes les plus réussies dans ce roman sont celles ou les courtisans commençant à comprendre qu'il va falloir arrêter de courtisaner, et sont secoués d'une panique qui les pousse à la fuite. Au moment de sauter vers un inconnu qui les foudroie, l'un presse dans ses bras une horloge incrustée de saphirs, l'autre abandonne dans un soupir le porte parapluie en porcelaine de Sèvres ... Va falloir y aller avant que les murs ne s'effondreent, et c'est sauve qui peut sa peau !

Agathe Sidonie, rentrée par la petite porte, en sortira de même, un peu quand même frappée par une grâce indirecte et à jamais nostalgique de celle qui, jamais, ne lui jeta un vrai regard.

Le charme de ce roman, où l'on apprend guère d'éléments nouveaux ni sur le personnage de la reine, ni sur le politique qui se met en marche, est de rester dans les limites de ce regard d'une obscure à la cour, pas de fresque, ni de reconstitution, mais des à-côtés, un amoureux de la reine, un écrivaillon, quelques bruissements de robes et ces quelques premiers moments où la révolution pointe son nez pas poudré dans le luxueux poulailler des privilégiés ...

A picoler en flânant ! Et à l'occasion, j'ai découvert ce blog ! je n'ai pas encore tout exploré, mais il y a des trucs qui me font rire ...

 

06/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 2 : Drame, secret de famille et etc ...

Baltimore_IH_Fireworks.jpg

A la fin de l'épisode 1, le suspens était ( à son comble ...) amoureux, mais pour être honnête, ce n'est pas exactement dans cet ordre que le livre est construit. En effet, pour résoudre le malentendu avec la princesse Alexandra (je rappelle que le chien, c'est Luke, pour les étourdies qui se perdent en route), le Marcus doit repartir en enfance, dans la sienne, celle d'Alexandra et celle du clan Goldman, c'est là que gisent les origines du Drame ... La dimension sociale du roman (on pouffe !) est binaire, d'un côté les riches Goldman, de l'autre, les autres Goldman qui portent beaucoup moins bien leur nom de famille, lui et ses parents.

Marcus a divinisé les Goldman de Baltimore ; son oncle Saul, avocat d'affaire invaincu, sa femme, Anita, si belle et si généreuse, son cousin, Hillel, futur prix Nobel, même si, avant l'arrivée de son alter égo, Woody, Hillel fait plutôt piètre figure dans le rôle de l' incompris-insoumis ( comprendre : trop intelligent pour ces andouilles de profs standardisés). Woody, au départ, est un futur délinquant en puissance, mais recueilli par la baguette magique des Goldman, il se métamorphose en grenouille ( non, là c'est pour rire ...). Woody, c'est les jambes et les muscles, Hillel le cerveau ( comme on a les riches et les pauvres, le chien et la princesse) et Marcus fait la troisième roue du clan Baltimore, les trois cousins soudés à la vie à la mort. Marcus ne peut vivre sans eux, leur bonheur, leur richesse, leur voiture, leur grande maison, la principale et les secondaires, leurs piscines, leurs milices privées ( c'est moi qui rajoute là, parce que les Baltimore n'ont même pas besoin de milices privées, leur bonheur les protège de toute réalité dégradante ...)

Sauf que, il y a le Drame, celui qui a fait que l'oncle Saul est devenu vendeur dans une supérette (mais est resté digne, même s'il ne porte plus de cravates, ce qui n'est pas sans chagriner Marcus, devenu adulte et riche, mais toujours aussi affectueux avec son tonton), et que Tante Anita, Hillel et Woody se sont volatilisés dans la stratosphère. C'est le côté anti Walt Disney du roman.

Comme l'auteur n'est pas bête, et le lecteur non plus, ils sont d'accord tous les deux sur le fait que le Drame ne sera dévoilé qu'à la fin, sinon, on ne se taperait pas tout le roman, les tableaux familiaux, les épopées enfantines, les premiers émois amoureux ... Il a d'ailleurs des moments assez drôles, dans le genre burlesque, le tout baignant quand même dans un sirop de bons sentiments rose bonbon. Les dialogues sont toujours aussi naïfs et niais que dans La vérité sur l'affaire ... Mais, la bonne idée est qu'ils sont rares. D'ailleurs, la bonne idée est que, bien que communiquant des heures par téléphone dans leur période amoureuse, Marcus et Alexandra y restent le plus souvent silencieux, ce qui nous en évite pas mal, déjà. (on peut d'ailleurs soupçonner l'auteur, du coup, d'avoir tenu compte des critiques émises sur L'Affaire, ce qui nous laisse présager que le prochain sera muet ?). pour le côté triller, comment dire ... ? Mou de l'intrigue  ? Il y a bien quelques palpitations finales, mais dans l'ensemble, les clichés dramatiques et les grosses ficelles n'emportent guère le lecteur hors de ses chaussons. Le mot Drame, sans cesse écrit avec une majuscule, n'ajoute pas une once de frissons, et en plus, on ne sait même pas ce que devient le chien ....

 

03/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 1 : amour, gloire, etc

le livre des baltimore,joël dicker,romans,romans français

Quand mon homme m'a offert ce titre, j'ai dit: "Tiens, c'est une bonne idée !" Et franchement, je le pensais. Une bonne idée dans le sens, où, jamais, de ma propre initiative, je n'aurais acheté ce second titre de Joël Dicker, même si j'avais adoré me faire promener par la vérité sur l'affaire que l'on sait .... (je sais, vous pouvez me jeter des boules de Noël ...) mais ce n'est pas une raison pour insister , quand même ...

Après lecture, je n'ai pas changé d'avis. Jamais je n'aurais acheté ce titre. D'ailleurs, à vrai dire, je ne sais même pas trop ce que j'ai lu ; une parodie de roman à l'eau de rose ? Un roman des origines familiales qui aurait mal tourné à la sauce fraternité qui se termine en eau de boudin ? parce que n'est quand même pas vraiment possible que l'auteur se prenne vraiment au sérieux (si ? Alors, Ok, balancez les boules de Noël ...)

 Côté eau de rose, on est dans le sirupeux people. On entend même les violons de "Amour, gloire et beauté" (je suis certaine qu'il y en a, j'ai vu un extrait du feuilleton dans "Asphalte" ...). Le bel et jeune et riche écrivain à succès, Marcus Goldman (plus ou moins le même que celui de l'Affaire, sauf qu'il a changé de mère, ce qui est un tort, la première était beaucoup plus drôle que celle qu'il a maintenant), retrouve par le hasard d'un achat d'une villa en Floride, et d'un chien fugueur et tenace (genre Lassie chien fidèle qui se serait mélangé les pinceaux entre Belle et Sébastien, l'andouille. En plus, il s’appelle Luke, du coup, j'ai pensé à Rantanplan, c'est vous dire le bazar ...), retrouve donc, son amour de jeunesse, Alexandra (on ne pouffe pas, dans Walt Disney, c'est presque pareil, sauf qu'il y a une grenouille en plus !). Il l'avait plaquée à cause du Drame (celui avec un D, dont je parlerai dans le deuxième épisode de ma note), et que depuis, elle est devenue l'idôle de la chanson américaine. Entre souvenirs torrides, regrets et rancœurs, silences éloquents, floutés glamour et flash-back, ces deux tourtereaux sauront-ils se retrouver et s'apaiser ?

Fin du premier épisode. ça vous apprendra à rigoler des amours enfantines ....

30/11/2015

Les anges noirs, Mauriac

4412968_Fotor.jpgQuel drôle de titre, vraiment .... car dans cette triste histoire, tous les personnages sont plus noirs que anges, sauf peut-être un jeune curé solitaire qui va se retrouver à sauver une âme, que ma foi, il n'avait pas vraiment cherchée ....

Le roman commence par une confession, écrite dans un cahier par Gabriel, la cinquantaine désabusée et malsaine d'un homme qui a trop vécu de son charme, et à destination du  jeune curé, justement, celui du village où Gabriel a passé une partie de ses vacances, enfant, puis adolescent, dans le domaine de Liogeats, au milieu du pin des Landes. Gabriel a failli devenir séminariste, lui, le fils d'un paysan inculte et violent, il avait si belle figure d'ange, qu'il a séduit les dame Du Buch, qui l'ont pris leurs ailes innocentes, et bourgeoises, de celles qui ont du bien, des terres. Mais la gueule d'ange cache une âme vicelarde et lucidement, il enrobe de son charme les deux cousines, la grosse, laide et pieuse Adila, et la plus volatile, Mathilde. c'est Adila qui succombera, aura un enfant, Andrès, et l'épousera, autant par haine que par repentir, des années plus tard .... Gabriel, lui, prend les maîtresses qui lui fournissent de quoi vivre, après Adila, ce fut Aline, mais celle-ci devient trop exigeante, alors, Mathilde, Adeline, l'une et l'autre ferait l'affaire ....

Au moment de la confession, le Gabriel, si la face reste juvénile, en quand même pris un coup dans l'aile. La confession, est, c'est le moins que l'on puisse dire, à charge.  Il a spolié son propre fils, Andrès, élevé par Mathilde sur le domaine de Liogeats, et alors que celui-ci s'apprête à voir se conclure le mariage arrangé de longue date entre lui, le demi paysan un peu frustre, materné par sa tante, et sa cousine à la triste figure, il va aller se mêler de ces arrangements à huis-clos.

Car huis-clos il y a dans, dans le château où se bruissent les intérêts financiers, les rancœurs passées, les arrangements et chasse trappe en sous-main. Les cinq personnages vont former deux clans, nichés dans leur tanière aux relents de conflits intérieurs et d'intérêts mêlés. Cinq, car le père Desbats, mari de Mathilde, père de Catherine, tisse pour Andrès une toute autre toile que celle entendue de longue date.

Les personnages sont chaotiques, tiraillés, contradictoires, ils se heurtent à leurs propres mensonges, se disent des vérités à demi-mots, qui sont autant mensonges que coup de dagues.  Et si l'intrigue est linéaire, elle manque de fluidité, comme les personnages, elle semble se heurter à ses propres frontières et déborde vers des rebondissements improbables et confus.

Un équilibre instable, quelque peu baroque, un rien de plus et Mauriac se lâchait la bride et nous faisait du drame à la Dumas sauce Simenon .... Paradoxalement, c'est qui fait l'étrange charme de ce roman, comme on peut aimer, finalement, dans un champ de vignes géométriquement alignées, le vieux ceps tordu qui a poussé de travers, les racines se dressant vers un ciel obscur.

Une lecture commune avec ma complice en pays mauriacien, Ingannmic une de plus pour la sagouine entreprise, mais lirons-nous un jour "Le sagouin" ?

28/11/2015

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro

zaï zaï zaï zaï,fabcaro,pépites,romans graphiques,bandes dessinéesTout commence au festival quai des bulles. Avec fifille, on s'arrête devant un stand pour une raison hautement littéraire. C'est le stand des éditions "6 pieds sous terre" et leur logo est un ornithorynque. Fifille est raide dingue de cet étrange animal, hors des registres connus (de moi) et si mignon ( d'après fifille). En recherche d'une éventuelle peluche de la bêbête pour enfin satisfaire une demande pluri annuelle récurrente ( une fois à son anniversaire, une fois à Noël), je tombe nez-à-nez avec une bande dessinée, ce qui est déjà plus dans l'ordre des choses normales qu'avec un ornithorynque, et avec l'auteur qui signe à tour de crayon. Mue par un geste conditionné, j'achète. Jamais geste conditionné ne fut plus inspiré .... Mais tenter un résumé du truc est quasi aussi frappadingue que de chercher une peluche  dans un festival de B.D ...

Tout commence parce que le héros, anonyme client d'une caissière banale, a oublié sa carte du magasin. Pas la carte bleue, mais celle du magasin, ce qui fait de lui un criminel anti-social contre qui toutes les forces commerciales se lient, de la caissière au vigile. Le héros a beau clamer qu'il l'a simplement oubliée dans son autre pantalon, rien n'y fait, il tente de résister avec un poireau qui n'en demandait pas tant, mais rien n'y fait non plus. Une seule solution, la fuite.

Le road movie commence, sans ressources, sans aides, solitaire, Fabien est traqué, déclaré coupable en un enchainement sans faille d'évidences ( ben oui, il a oublié sa carte ...) mais crime de quoi ? de lèse tout court en fait, même pas de lèse-poireau ni de lèse magasin, de lèse société, en gros. Les chaines d'actualité s'emparent du moindre témoignage de ses proches, et même de témoins qui n'étaient pas là et qui ne savent rien, ce qui n'est pas une raison pour ne pas s'exprimer, tout le monde condamne. La vie privée Fabien est étalée, jusqu'à sa raie des fesses, et lui même, se conspue, battant sa coulpe de coupable à la révolte burlesque.

Du poireau à Joe Dassin, tous les poncifs de la satire sont déjoués, la parodie elle même est décalée et chute dans de très courtes répliques qui tombent juste là où on les attendait pas. J'avoue, j'ai ri, mais vraiment ri, mon homme a ri, fiston a dit, "mais qu'est-ce qu'il a de drôle ?" et fifille "Y'a même pas d’ornithorynque ..."  Pas grave, je vais leur faire faire une cure de Joe Dassin et une soupe aux poireaux, ça les fera grandir !

En effet, voilà une B.D. que je ne regrette pas d'avoir rencontrée, elle gêne les entournures, elle empêche de raisonner en rond, elle traverse en dehors des clous !

Bon, je ne dis rien du dessin, parce que je suis nulle en B.D et encore plus en description de dessins, mais je mets un exemple ( Luocine, une pensée à toi ...) et je trouve quand même, pour oser un jugement simpliste, que l'uniformité des couleurs et des traits va drôlement bien avec le propos.( que l'on ne lit pas, d'ailleurs, Luocine a raison = la malédiction de l’ornithorynque a frappé !)

zaï zaï zaï zaï,fabcaro,pépites,romans graphiques,bandes dessinées

 

24/11/2015

Le royaume, Emmanuel Carrère

le royaume,emmanuel carrère,romans,romans français,pavésAprès l'avoir égaré sous mon lit tout l'été, je lui ai donné un coup de plumeau, et il avait à nouveau le goût de la tentation, ce royaume. Me voyant ce titre là enfin en main, mon homme, qui passait par là m'avertit, le fruit avait bon goût mais comportait des longueurs ...

Mais, si il y a une lecture dont je n'ai pas voulu démordre, c'est bien celle-là, et j'avoue, j'aurais bien voulu contredire mon homme, mais cela ne sera point, car longueurs il y a.

Il faut dire que l'entreprise est ardue, tordue et peu glamour. Effectivement, il parait au départ quand même quelque peu casse gueule d'aller se fourrer dans les origines du christianisme tout en mettant en scène à la fois sa propre tentative de conversion et son propre doute, son chemin de Damas et sa descente de foi.

Carrère se met en scène, plus que jamais dans ce que j'ai lu de lui, entre l’enquêteur septique et croyant sincère, entre fin connaisseur des textes évangéliques, de leurs glossaires et commentaires, et romancier qui recoud les morceaux manquants de la parole et des écrits des apôtres de la première génération. 

Carrére reprend ses classiques, l’évangile de Jean qu'il a annoté dans des cahiers au temps de sa conversion, puis celui de Luc dans le temps de son enquête. Il suit aussi Paul, fait résonner ses lettres et épîtres dans leur contexte, il reconstruit aussi le contexte, tant qu'il y est, sans vergogne puisqu'il nous le dit, qu'il ne sais pas, mais suppute, élague des hypothèses, tisse des liens entre Sénèque, le bouddhisme, et le Christ dans le même élan sans mysticisme, pour faire bouger les paroles figées par des siècles de polissage.

Cette entreprise de dépoussiérage, cette démarche iconoclaste de repeindre des images pieuses, j'avoue que je l'ai trouvée passionnante, moi que le fait religieux interroge peu. Comme tout le monde, j'ai une culture religieuse de surface, je connais les différents points du dogme. Mais les rares fois où mon esprit convoque une image du Christ, il a les cheveux longs et blonds, la tunique blanche des images d'Epinal. J'ai toujours eu un faible pour les bondieuseries, comme on a un faible pour les fraises tagada autres que celles à la fraise, les violettes qui piquent par exemple. Mes enfants se moquent toujours de ma propension à acheter du sirop au cactus ou de l'eau pétillante au pamplemousse, plutôt que de la grenadine ou de la menthe. Et c'est ce goût là qui m'a régalé chez Carrère, celui du type qui cherche, sous l'artifice du dogme, les aspérités qui font que l'histoire pique à nouveau, acquiert un fond de réalisme et finalement de réalité plus vraie que l'histoire brute. (si vous m'avez suivie, cela donne l'équation suivante : fraises tagada à la fraise = histoire brute versus fraises tagada violette = "Le royaume", je pense que Carrère serait fier de moi sur ce coup-là ... en toute modestie.)

Le christ selon Carrère, donc, il est plus passionnant que le vrai. Alors oui, il y a des longueurs, j'ai failli laisser tomber à certains moments, j'ai mélangé Luc et son maître, je n'ai pas toujours suivi toutes les finasseries des entourloupes entre juifs pharisiens. Par moments, même, les tensions entre la foi selon saint Jacques et celle selon le saint son frère n'ont provoqué chez moi nul émoi. J'avoue aussi, tant qu'on est dans la confession, que j'ai passé quelques pages ( au milieu, quand l'enquête se fit trop pointilleuse pour moi), mais très franchement, c'est un livre qui respire l'intelligence, à défaut d'aboutir à une vérité.