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16/09/2015

So long Luise, Céline Minard

so long luise,cécile minard,romans,romans françaisCe court roman a plusieurs strates. Il se présente comme le long testament d'une romancière couronnée par l'argent et le succès. Immédiatement, elle explique la supercherie, saluée par toute la critique littéraire comme celle qui a réinventé la langue anglaise, alors qu'elle est française, en réalité, elle s'est toujours auto-traduit. On pourrait croire alors à un roman sur les coulisses des prix et la vanité de la reconnaissance universitaire. Que nenni. "So long Luise" est aussi une longue lettre d'amour et d'adieu à Luise, la femme et l'artiste qui a partagé avec l'écrivaine depuis de longues années, ses lits et autres couches lubriques et déjantées, partagé encore fêtes et satrapales disjonctées. Luise est la complice, l'amante, la célébrée, la source des mots et la légataire. En effet, ce testament-lettre d'amour sensuelle est enfin une forme littéraire de carte aux trésors. Les richesses de la romancière seront à redécouvrir après sa mort, si Luise veut conserver leur dernier domaine suisse intact, il y aura des rituels à respecter, des lignes de conduite à tenir, des peuples souterrains à nourrir, sous peine de voir le domaine rongé par en dessous.

A forme littéraire atypique, écriture atypique, très travaillée et vraiment passionnante à découvrir, mais aussi un fil conducteur assez ténu. On passe d'un moment à l'autre, dans la découverte des supercheries, vols, mensonges, amours de la vraie-fausse romancière et les saynètes convoquent un panel de références hétéroclites, tout un folklore légendaire dans lequel, j'avoue, je me suis un peu perdue.

Des panotes surgissent de la plume antique de Pomponius Mela et s'entrechoquent avec les himantopodes de Pline l'ancien. Les Pictes écossais et autres songes de Shakespeare collaborent, complices involontaires et manipulés de la romancière en son royaume. 

J'ai souvent eu l'impression de passer à côté de quelque chose, de ne pas saisir, une sorte de jeu littéraire, de métatexte à la Borgès (dont l'auteure doit être férue, j'en mettrai là ma main à couper), tout en goûtant avec délectation les syllogismes sarcastiques, les métaphores incongrues, les rythmes syncopés de la langue choisie et concoctée par l'auteure (comme la romancière concocte ses étonnants "petits plats").

Difficile de qualifier ce texte, si ce n'est de "topit", dont la définition est donnée à la fin et qui convient si justement à mon impression générale, que je me demande si ce n'est pas là un ultime pied de nez : " profonde poche intérieure cousue à la doublure de certaines vestes, capables d'engloutir quantité de lapin, foulards, bijoux, gâteaux, nuitons, grelôt, elfes, nains et chapeaux".

Et le sourire du lapin d'Alice ?

 

 

13/09/2015

Quattrocento, Stephen Grenblatt

437px-CaravaggioEcceHomo.jpgIl est très rare que je sorte du romanesque, que je mette un pied dehors, que je m'aventure vers l'essai, que je me risque dans la non fiction. Je crains la glue du réel. Celui que je vois à travers mes écrans, et dans la vraie vie, à travers mes lunettes de soleil, voire sans lunettes du tout, même pas de vue, me suffit. Lire dans "Le monde" cet été le calvaire (le terme est faible et galvaudé, je n'en trouve pas de plus juste, il y a-t-il un mot juste ?) de Khaled Al-Assad, l'ancien directeur des antiquités de Palmyre, m'a juste médusée. Au sens propre, figée, atteinte, glacée. "Ece homo", disait l'autre. Et l'autre n'a pas toujours tort....

Mais bon, le Quattrocento italien, d'abord, c'était il y a longtemps, et puis, à ma connaissance, le fanatisme catholique a fait quand même quelques pauses, et puis, enfin, une histoire d'érudit qui part à la recherche de livres antiques, ça peut quand même ne pas déclencher trop de bûchers ? (j'ai dis "pas trop", hein !).

Et de ce fait, Le Pogge ne sera même pas brûlé pour avoir découvert le manuscrit du "De rerum natura" de Lucrèce et avoir permis à l'épicurisme de distiller son venin sous roche poétique à travers une Europe qui n'est pas prête à l'accueillir. Le livre, si, il sera mis à l'index accusé de tous les maux, mais Le Pogge, non. Le Pogge est un étrange personnage qui passe à travers les gouttes de l'inquisition papale, faisait commerce de sa découverte, négociant le Lucrèce comme un rente. Etrange personnage dans une étrange époque où l'on peut servir un pape et porter à la connaissance du monde très chrétien une philosophie païenne qui en sape les fondements. Etrange époque de découvertes, d'égarements, d'obscurités, de pertes et de contradictions, pour nous étonnantes, où des moines recopient pour la postérité venue jusqu'à nous, des vers qui nient l'existence et la possibilité même d'un dieu unique et vengeur (alors que les tympans des églises de ces mêmes moines érigent des doigts de majesté qui brandissent la menace de l'enfer), la réalité d'un paradis rédempteur. Ils faisaient là preuve soit d'aveuglement crasse, soit d'une tolérance non parvenue jusqu'à nous.

Si Le Pogge fait partie des premiers découvreurs, Christophe Colomb de l'ancien monde, il ne semble pas vraiment se soucier des conséquences des théories épicuriennes, et entre les manques et le savoir, ce livre retrace surtout les découvertes successives de ce textes de Lucrèce par les érudits européens en passe de devenir des humanistes. Même si, parfois, je me suis en peu perdue en route, dans les circonvolutions du labyrinthe des intrigues papales, l'auteur arrive à nous faire déambuler aux côtés du Pogge, dans les allées complexes du commerce des livres antiques, en parfait érudit de l'épicurisme, érudit et didactique sans être ennuyeux.

Et puis, pour finir ce long article, un livre qui affirme que "les religions sont toujours cruelles. Elles promettent l'amour et l'espoir, mais leur nature profonde est la cruauté" ne peut que relever d'une fulgurante clairvoyance, une prophétie hélas véridique, confirmée par les hommes qui mettent en œuvre ces dites religions. 

Un réel qui ne fait même pas mal ? 

 

 

 

11/09/2015

Rentrée littéraire de mon cru

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgQui a dit rentrée littéraire ? On peut avoir la rentrée qu'on veut, moi, je prends l'autre ...

L'autre, comme traîner en terrasse devant une librairie (indépendante, comme il se doit, et où l'on a une carte de fidélité, comme il se doit, aussi), se retrouver gardiennes de vélos et de trottinettes (parce la maman n'avait pas d'anti vol et que mon amie A. et moi, on n'a pas des têtes de voleuses de vélos, ni de trottinettes d'enfants, et que la maman voulait acheter des livres et que A. et moi aussi (enfin, surtout moi), on n'a pas des têtes à dire non à une maman qui veut acheter des livres à ses enfants. Sauf que la maman, elle a dit : "j'en ai pour cinq minutes" et que si on avait été payées au tarif d'un parcmètre, on aurait pu acheter encore plus de livres.

Après cet intermède, on a réussi à rentrer dans la librairie, mon  (encore) amie A. a tenté (encore) de me refiler le dernier Angot, qu'elle soit pardonnée ... On a tous des moments d'égarements et d'aveuglement, la preuve, j'ai égaré le dernier Carrère sous mon lit pendant tout l'été, alors que je l'ai emprunté à la dite amie A. depuis un an.

Et quand j'en suis ressortie de la librairie, mon sac était plus lourd que le sien, ce qui est rare :

"Constellation" d'Adrien Bosc, parce qu'elle me l'a recommandé, que je l'ai terminé dans la soirée, et que franchement, c'est juste ce qu'il me fallait. Ben oui, je voulais du court et léger. Léger, pour ce titre est un peu à nuancer, on ne se refait pas A. et moi, mais court, oui. (je n'avais pas encore lu l'article de Keiska sur  deux livres de Charlotte deTurkeim que j'ai noté depuis "Pop corn mélody" et "Le joli mai de mai"pour les courts légers qui peuvent aussi terribles ...).

"Le village" de Dan Smith, parce sur la quatrième de couv, il y a marqué "deux corps d'enfants atrocement mutilés" et que là, A. et moi, on ne peut pas résister (depuis "Les orpailleurs" de Thierry Jonquet, je me suis rendue compte qu'en littérature, j'avais un côté sadique). Alors que j'ai reposé "la lettre à Helga" à cause d'une mention d'un éleveur de mouton qui cause d'amour, ce qui est beaucoup trop glamour. (je rassure mes lectrices, je suis fan de "Dontow abbey", mon amie A. non, elle, c'est Rambo.)

"Le rire du grand blessé" de Cécile Coulon, parce que j'aime bien l'univers décalé de la demoiselle, et que l'histoire a l'air complètement déjantée. (pas légère, non plus, mais une histoire de livre qui parlent de livres, j'aime bien aussi, voir ici, aussi)

"La couleur des ombres" de Colm Toibin, parce que j'avais noté un autre titre chez Katel, qui présentait d'ailleurs un autre titre, mais que, comme celui que j'avais noté n'y était pas, j'ai pris celui-là. Je suis logique, quoiqu'en disent certaines mauvaises langues, puisque c'est le même auteur.

"L'égaré de Lisbonne", parce que depuis que Luocine s'est mise à lire des romans historiques, sans aimer les romans historiques, elle me fait trop envie.

"Il pleuvait des oiseaux", parce que je l'ai vu partout, mais qu'en lisant le quatrième, là maintenant, j'ai comme un doute ... Il n'y a pas d'éleveur de moutons, mais comme une annonce d'un bucolisme de bon aloi qui peut m'hérisser le poil du héron. Le léger soit, mais, l'émerveillement ... Bon maintenant, il est dans la besace, on verra bien !

" La traversée du continent", de Michel Tremblay, parce que depuis le temps que je veux lire cet auteur, il serait quand même temps que je me décide. Mais il n'est pas court et visiblement pas léger, je sens que m'éloigne de mon but premier, et il me reste encore de la place sur les bras ( sans compter ceux de l'amie A. qui sont presque vides, juste "Une vie animale" (très, très court, très très bien, très très lourd).

"Les filles de Hallows farm" rejoint la besace, à cause de ... et puis comme de toute façon, je n'en suis plus à un près, je tope "Avril enchanté" de E. Von Arnim au passage, à cause de la couverture, qui elle au moins, correspondant au point de départ. (J'avais dit dit léger ... je suis lestée, mais so british, quasi essoufflée de trop de rentrée littéraire  ...)

Mais bon, entre un far breton et un beignet fourré au caramel beurre salé (oui, fifille m' a refilé le virus), il reste encore de la place pour la BD pour mon homme, le dernier tome du "chat du rabbin",et, best of the best, le deuxième tome de l'adaptation en roman graphique de l’excellentissime série pour ados, "Quatre soeurs" de Malika  Ferdjouck pour fifille. 

L'avantage de se trimbaler un gros sac de bouquins, c'est qu'aprés, vous modérez  les achats de flamants roses, et de Bambi veilleuse. (Pour les initiées au kitsch de très bon aloi, la nature, je l'aime en rose bonbon, ou en plastique )

 

 

 

07/09/2015

L'île du point Nemo, Jean Marie Blas de Roblès

l'île du point nemo,jean marie blas de roblès,romans,romans françaisCe livre est ... PFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF !!! Un concentré de moules à gauffre, une espèce de loup garou à la graisse de redoncules des mille sabords du capitaine Haddock ... Courez vous encordez vous-même au mitrailleur à bavette car voilà un mitrailleur à histoire taillé comme un moulinet à la Jules Verne, à la Dumas, à la Pérec, à la Roussel, au Facteur Cheval, à la Voltaire, aussi ( mais sans cette andouille de Pangloss qui ralentit sans arrêt l'histoire), à la Sherlock Holmes avec cocaïne comprise, sans Milou moralisateur et où Tintin aurait (enfin !) vu quelques films (un peu) pornos drôlatiques.

Et me voilà sèche de la plume comme une lectrice qui cherche comment commencer un résumé, d'avance voué à l'échec, un marin d'eau douce qui a vu passer, et a avalé une baleine à mille bosses. Comment résumer ce livre qui est un concentré de superlatifs, un hybride atypique, une pieuvre à mille pattes avec dans les rôles principaux trois mousquetaires, un félon, une gentille Milady et un serpent à plume ?

La première page a des parfums des jardins d'Hamilcar, à Mégara dans les faubourgs de Carthage, la quatorzième commence à planter les trois mousquetaires façon Conan Doyle, et après, c'est magique, vous êtes dans le ventre de la baleine et vous péchez un Bonacieux qui n'arrive pas à bander, mais dont la femme ne manque pas de constance. Par ailleurs, un mystérieux diamant a disparu des coffres d'une Lady écossaise, alors que trois pieds momifiés ont été repêchés sur les côtes. Les trois pieds, de pointures différentes et chaussés de basket de marque inconnue, vous mènent dans un Moscou Pékin digne de la plus Belle époque, jusqu'à dériver de mains de maître sur l'océan du Nautilus ressuscité.

Entre temps, coincé entre deux ou mille autres rebondissements tatoués sur le fondement d'une prostituée ex soeur siamoise et unijambiste, vous croiserez Sarah Bernard,  avec une canne à ressort (une sorte d'ancêtre de la James Bond Girl). Entre temps encore, les liseuses numériques se prennent les pieds dans le tapis et les cigarettières cubaines mijotent la révolution par la lecture.

En effet, ce livre est un hommage à la lecture, un concentré de sa puissance, un dirigeable (fort bien dirigé) atomique qui mêle avec maestria les strates de ces lectures collectives, qu'on les aime ou pas ... Moi, franchement Jules Verne m'ennuie et le Tintin m'horripile, pour rester sobre, mais là, vu comment le Jean Marie Blas les a mitonnées, ces figures, j'ai tout avalé, et le Milou avec.

05/09/2015

Clin d'oeil breton

Avant que la rentrée ne nous noie dans un tourbillon d'activités, aussi obligatoires que chronophages et parfaitement sans intérêt ( je pense au repassage, rangeage et  frottage de surfaces variées, chasse aux chaussettes et autres joyeusetés ....), je prends le temps d'un clin d'oeil à deux blogueuses, qui malgré leur bonne volonté, n'ont pas pu assister aux cent ans du paté Hénaff (dit aussi "le pâté bleu" pour l'une, l'autre préférant une marque portant un nom plus aristocratique .... ). Cette célébration se déroulait dimanche quasi dernier dans le Finistère Sud, dit sud parce qu'il y pleut moins qu'au nord. (selon moi, mais je ne vais jamais au nord sauf exceptions hivernales ...)

J'étais donc la dernière des trois à porter le ciré, et à lire sous les embruns.

Bilan de la semaine :

Quatre livres lus, (dont un au chaud sous la couette),

Quatre kouin aman mangés, (A. de Dark Vador, j'ai battu ton record de calissons, non ?)

Une seule assiette d'huîtres (je sais, ce n'est pas la saison, mais j'ai cédé à la tentation, et j'ai eu tort de croire le tenancier du port qui m'a affirmé qu'elles n'étaient pas laiteuses, elles étaient laiteuses. Je ne divulguerai pas  l'adresse de ce traître mais que l'on sache qu'il officie dans la descente vers le vivier de la Forêt Fouesnant). Ce n'est pas parce que l'on porte un ciré que l'on est une touriste, non mais !

Quatre matinées d'averses (faire le rapport avec le nombre de livres lus). 

Beaucoup, beaucoup, beaucoup, de très belles nuances de gris. Mon coin en est riche, entre le ciel et la mer, le gris peut-être plus au moins bleuté, rosé, quasi violet.

Deux tourteaux au goût de noisette quasi au goût de moussette, ce qui est rare, me dirait la A du nord de là où il pleut.

Trois kilos de mures ramassées entre chien et loup avec fifille, qui les mange au fur et à mesure (donc deux seulement ramenés), A. de Nantes tu aurais adoré ...

Trois bateaux revenus de la mer au Guilvinec seulement, à cause des vagues trois grosses, mais c'était drôlement beau quand même. 

Et deux cartes postales pour les deux blogueuses (là j'ai pris les images sur le site, mais en vrai, je les ai vraiment achetées, mais comme je n'ai pas l'adresse postale des deux blogueuses qui n'aiment pas le pâté Hénaf, mais adorent les embruns ....

Par ordre d'apparition sur les côtes 

Sandrine,

J'ai cherché une carte avec des définitions des différentes variétés de pluies que l'on a par chez nous, mais le bigouden ne se traduit pas. Alors, comme j'ai cru comprendre que l'été fut fugace, je t'envoie un peu de distraction.

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A Ingannmic, 

Comme je révèle ici même ci-dessous ma véritable image, j'attends ta photo mystère ! (un indice, quand même, Mauriac n'est pas sur la photo)

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A mes amies A., toutes mes nuances de gris.

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03/09/2015

Tu ne verras plus, Pascal Dessaint

tu ne verras plus,pascal dessaint,romans,romans français,romans policiersQui a pu assassiner un honnête taxidermiste avant de lui arracher les yeux ? Sa femme, Mireille, aux allures d'urne funéraire, dont la passion ornithologique se révèle des plus douteuse ? Son confrère, trop falot pour être complètement innocent ? Un des membres d'une de ces associations loufoques qui organisent des manifestations déglinguées dans le but de piéger les coupables de trafics animaliers ?

Félix Detrey est l'enquêteur passablement déjanté qui va se charger de trouver la réponse.  Visiblement, il a déjà sévi dans d'autres titres du même auteur, ce que je découvre ici, car j'avais depuis un certain temps négligé de suivre cet auteur, dont j'avais pourtant beaucoup aimé les récits graves, noirs, un peu barrés aussi ( dont les excellents "La vie n'est pas une punition" et "Mourir n'est peut-être pas la pire des choses", deux titres qui donnent une idée de la couleur de l'univers de Dessaint)

Félix est donc passablement alcoolique, passablement dépressif, passablement obsédé et profondemment humaniste, ce qu'il récuserait à grands coups de verres de blancs, pour sûr. Il vit sur une péniche, vu qu'il sous loue son appartement à la petite copine de Marc, un de ses adjoints qui file un mauvais moment. Félix a pour compagnie Paul, un iguane de bonne composition, un voisin qui se prend pour un capitaine Haddock, et accessoirement, Elisa, sa compagne botaniste partie pour l'instant récolter des graines exotiques sur la terrasse d'une usine dans le nord de la France, ce qui laisse à Félix le temps de quelques fantasmes, quelques verres, quelques envies suicidaires et d'une enquête. Ben oui, il est policier quand même ...

 J'aime l'univers de Dessaint parce qu'il a quelque chose de la course poursuite immobile et soluble dans l'air du temps qui passe. On y tangue aux mouvements de l'âme du héros qui se bourlingue tout seul, enquête à peine, laisse faire les autres, ses adjoints, ses suspects ... Lui, il enchaîne les rencontres de doux frappadingues en attendant de tomber sur le coupable. C'est sûr, on sait d'avance que là n'est pas vraiment l'essentiel et que lorsque Félix lui mettra la main dessus, on en aura un peu pitié, finalement.

Dessaint néglige les lignes droites et construit son récit comme une déambulation dans les quartiers de Toulouse, dans les émois des acolytes de Félix ; le généreux Marc que l'on soupçonne de prendre quelques chemins de traverse, le scrupuleux Rachid, qui, en panne de trombones à démantibuler, s'attaque aux mouches.

"Tu ne verras plus" est donc un polar sans montagnes russes et sans coups de cymbales, d'un noir bitumé de très bonne facture.

 

31/08/2015

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

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Une forme d'appréhension me retenait sur le choix de ce titre pour notre entreprise de re-lecture commune (Et pourtant, il faudrait bien qu'il y passe le chef d'oeuvre sous les fourches caudines des deux sagouines et même des trois, pour cette fois ...). Thérèse, la trop filmée, la trop commentée, la trop connue, le trop reconnue, trop Mauriac le poussiéreux par excellence, trop condition féminine, trop lecture imposée dans les lycées de jeunes filles qui devaient accéder vaguement à ce que l'on nommait du bout des lèvres, "la modernité" ( je ne fais pas mon âge soit, mais j'appartiens quand même à la génération d'après, celle des filles de ces premières lectrices, et c'est donc librement que j'avais découvert ce texte, vers mes 20 ans, je crois).

L'appréhension fut balayée en quelques lignes. Thérèse m'a happée, elle m'a fait passer une quasi nuit blanche, quasi aussi fiévreuse qu'elle a vécu, sa lecture faisant bruisser la chambre du bruit des pins des Landes, la nuit était aussi obscure que son crime et son avenir. Empathie, quand tu nous tiens ...

Il faut dire que mon édition commence par une lettre d'amour de l'auteur à son personnage, aussi vibrante qu'il la crée perdante d'avance. Il ne rachètera pas Thérèse, il ne la sauvera pas, ni au nom de dieu, ni au nom du remords, ni au nom de la douleur. Thérèse est stérile de son histoire avortée, l'un de "ces coeurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue"

L'histoire, tout le monde la connait, et moi aussi, je croyais la connaître. Une jeune femme d'une famille landaise honorable, attachée à ses pins, beaucoup de pins, se marie, plus ou moins sous la contrainte sociale, à un jeune homme qui possède les pins voisins. Elle n'est pas belle, elle a du charme, mais des idées un peu de travers que l'on pense redressables. Bernard est le gars qui passe à côté du volcan qui bout sous la croûte. Il aime la chasse, les traditions, la famille, l'église. Thérèse va tuer Bernard à petit feu car elle se consume d'autre chose, qu'elle ne sait nommer, mais que la passion de la sœur de Bernard, Anne, pour un jeune homme indigne d'un mariage cossu, va allumer en elle.

Le crime est avéré, mais pour l'honneur des familles, Thérèse sera acquittée par la justice, mais pas par les siens. Sujet tabou, il la condamneront au bûcher à petit feu dans la grande maison des Landes avant de la libérer, seule, à Paris. Seul son auteur lui souhaite bonne chance.

Voilà. Thérèse est un magnifique personnage romanesque, féminin, de cette féminité cloitrée qui la pousse aussi bien à tuer, qu'à soigner celui qu'elle tue, à vouloir sa disparition aussi bien qu'il lui ouvre les bras. Thérèse rêve d'un impossible Bernard, à côté du vrai Bernard, qui lui, ne rêve pas, pas même d'une autre Thérèse. 

Ce que je n'avais pas relevé lors de ma première lecture, c'est l' importance de la frustration sexuelle dans le récit où l'escalade, par être non dite, n'en est pas moins tragique, dans ce corps à corps où Thérèse ne peut qu'avancer masquée : " Mimer le désir,la joie, la fatigue bienheureuse, cela n'est pas donné à tous. Thérèse dut plier son corps à ces feintes et elle y goûtait un plaisir amer. Ce monde inconnu de sensations où un homme la forçait de pénétrer, son imagination l'aidait à concevoir qu'il y aurait eu là, pour elle aussi peut être un bonheur possible." Et l'impossible Thérèse de rajouter : "Mais quel bonheur ?". Ce que n'aurait pas renié Emma Bovary.

Une plongée de plus avec ma complice Ingannmic dans l'univers de cet écrivain, qui décidément, sent la poudre ... Et un nouvel article demain demain de Miss Sunalee, qui rejoint la coterie, pour notre plus grand plaisir.

 

25/08/2015

Ederlezi, Vélibor Colic

ederlezi,velibor colic,romans,romans français,pépitesUn livre peut faire rire (rarement ceux que je lis, mais je sais que ça existe), un livre peut faire pleurer (mais j'ai le cœur dur), un livre peut faire peur (mais vu les horreurs que je suis capable d'avaler sans broncher, mon taux de résistance est assez élevé), rarement un livre donne envie de danser ... Ben celui-ci, si. Et pas seulement parce qu'il y en question d'un orchestre et d'un chanteur hors des temps, dont l'élégance tapageuse n'a d'égal que sa volatilité sentimentale, mais surtout grâce à la valse endiablée des personnages qui l’accompagnent, qui ont le diable des mots au corps.

A la manière d'un Emir Kusturica (la comparaison est inévitable et je pense, voulue par l'auteur, par ailleurs, fin connaisseur musical), Vélibor Colic les fait sortir de son chapeau, un village à trois noms " Baïramovitch, Baïrami et Baïramovski". Les trois noms donnent le ton, car ce village "tantôt en Macédoine, tantôt dans l'empire ottoman, souvent en Yougoslavie, mais aussi parfois dans le royaume serbe", est "rêvé, mais aussi réel". De ce lieu, surgit la valse tzigane, qui est aussi la valse de tous les possibles. On l'aura compris, c'est du pays de la fusion de ces cultures massacrées par les guerres et les totalitarismes, que Vélibor Colic veut nous faire rêver, du temps d'avant, glorieux de ses oripeaux.

Ils sont dépenaillés, encanaillés, peu recommandables, pendables, vulgaires et sublimes, les musiciens qui se succèdent dans ce récit fantasque, entre conte et sarabande. Ils sont menés par un mort qui a déjà été tué trois fois, sauf que cette fois-ci, c'est la dernière ... Celui qui s'est survécu tout au long de ses réincarnations, tout à tour Azlan Tchorelo, Azlan Bahtalo et Azlan Chavoro, a été rattrapé par par la réalité, dans le camp de Calais, dans nos jours qui tuent les rêves. Avant, il a tout vécu en grand seigneur de la misère. Eternel amant infidèle, buveur et soiffard, il a mené ses trois vies comme on se laisse emporter par la gouaille de la langue de l'auteur. Depuis les années 1900, il a porté de sa voix les violons de ses comparses de fêtes en drames. Figure du juif errant, du banni, du sauveur damné, il est un concentré de figures littéraires qui aurait croisé dans sa course le Mangeclous et le Solal de Cohen. 

Ce titre, qui est aussi celui d'une chanson bien connue grâce au "Temps des gitans", contient le même charme, celui qui incante la joie triste et folle de temps qui auraient pu être. Merci monsieur l'auteur d'avoir mis en mots cette "comédie pessimiste" aux accents de fanfare perdue.

21/08/2015

Rentrée et (re) sortie

 

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Rentrée littéraire ? Qui a dit rentrée tout court ? Maintenant que la trahison d'une A. est confirmée ( elle a ACHETE  le dernier Angot, elle l'a LU, et m'a avoué le trouvé REMARQUABLE au risque de perdre une amitié indéfectible de plus de trente ans (j'en rajoute un peu dans le nombre d'années, mais c'est juste pour qu'elle se sente encore plus coupable d'avoir AIME lire une auteure dont les premières phrases me font hérisser les cheveux blancs (inexistants, grâce à la teinture) même si je n'ai jamais réussi à finir un seul titre de Angot (d'accord, je n'ai tenté que deux fois, mais chez mes amies "réelles" (les dites A.) je suis connue pour avoir aussi le sens de la mesure, la mienne, donc variable à fort taux de mauvaise foi) et maintenant comment je finis ma phrase ma phrase, moi, je me suis paumée dans les parenthèses  ... ))).

Je ne rentre pas, je refuse, je freine de toute mon étagère des pas encore lus, je repars avec ma caisse, un peu allégée et modifiée, quand même, vers des côtes que certaines blogueuses ont dit pluvieuses .... (Sachez quand même qu'en partant trop vite, vous avez loupé le pique nique parti organisé pour les cent ans du pâté Henaff  dimanche prochain sur le parking de Pouldrezic, et on ne se moque pas, c'est pour de vrai ! ^-^ (et en plus, si cela se trouve, il va faire beau). Sauf qu'évidemment, (même si j'adore le pâté Hénaff, on ne refait pas sa bretonne), je serai sans doute entre deux rochers ou sous un parasol à lire :

"Un vent de cendres" de Sandrine Colette (qui reste en outsider).

"Incandescences" Ron Rash (en favori)

"Passé imparfait" Jullian Fellowes. (j'ai viré tous les autres pavés de la caisse, comme quoi, je suis réaliste ! Mais comme je vais devoir me passer de Downton Abbey pendant une semaine, il faut bien que je garde un doudou sous le coude)

"Vertige", Francis Thilliez ( une deuxième chance)

"Qui touche à mon corps je le tue", Valentine Goby, "La femme aux pieds nus" et "Inyensi ou les cafards", Scholastique Mukasongha, "Les belles choses que portent le ciel" Dinaw Mengestu, réintègrent l'étagère d'attente ... Tant pis

Se rajoutent et se substituent : "So long Luise" de Céline Minard, "L'honnête tricheuse", Tove Jansson, et "Le chapeau de Vermeer", Timothy Brook (pour la diversité potentielle) et évidemment " Thérèse Desqueyroux" ( car la coterie des sagouins maintient le cap, même à deux moussaillons)

Evidemment, je ne compte pour rien le dernier Carole Martinez qui est apparu dans mon jardin cet après midi entre deux pots de fleurs à rempoter .... Et dont j'ai déjà dévoré la moitié ( et si la A. QUI AIME ANGOT, passe par ici, qu'elle sache que je pourrais peut-être garder mon volume en otage, les autres A. sont pardonnées d'avance, en compensation éphémère).

A moi, l'arrivée des bateaux de langoustines au Guilvinec, le marché de Quimper et sa cathédrale, ciré au vent (je n'en ai pas, chez nous, ça fait touriste !), mais maillot de bain en bandoulière !

 

18/08/2015

Homer et Langley, E.L. Doctorow

homer et langley,e.l. doctorow,romans,romans américainsDeux frères se marginalisent ; le plus jeune, le narrateur, Homer, est devenu aveugle très jeune, avant, il avait le look de Franst Lizt, il est resté musicien. Le plus âgé, Langley, est parti faire la guerre en Europe en 1914, il en est revenu, les poumons atteints et le moral pas mieux.

Ils habitent depuis toujours une gigantesque maison à New-York, sur la cinquième avenue, en face de Central park, une demeure cossue, remplie de ces meubles et objets qui étaient les marques du standing de leurs parents. Le père, médecin, la mère, femme de médecin,, semblent avoir mené une existence distante mais convenable à leur rang, juqu'à leur disparition rapide du récit, à la faveur de l'épidémie de grippe espagnole. 

Voilà les deux frères livrés à eux-mêmes, sans attaches, et ils vont se reclurent sans autre raison apparente que la colère de l’aîné contre toute institution, banque, compagnie d'eau, d'électricité, de téléphone. Asociaux, soudés dans leur solitude, le récit retrace leur lente décrépitude, sans véritable but.

Langley collectionne, ramasse, entasse, moralise, travaille sans relâche à sa théorie du "tout remplaçable" qu'il compte illustrer par l'édition d'un seul journal, universel et définitif. En guerre contre le monde, il transforme la demeure en un labyrinthe hétéroclite de plus en plus étouffant.

Homer joue du piano, et se prend parfois d'amour pour une figure féminine qui croise leur existence d'ermites volontaires. Il y a la première, Mary Elisabeth, pure et virginale élève musicienne, qui jamais ne reviendra franchir le seuil de la maison barricadée. Et il y a la dernière, celle pour qui Homer écrit, celle qu'il nomme sa muse, Jacqueline Roux, écrivaine française, croisée dans l'obscurité du parc et de sa vie, sans que l'on ne sache trop si elle est fantasme ou réalité.

Au cours du récit, d'autres incursions de l'extérieur se font à l'intérieur, comme des échos du monde qui bouge et palpite, là dehors, alors que la grande maison se remplit, que les deux frères se figent dans une opposition stérile au progrès : un chanteur de jazz, un gangster, quelques hippies, un couple de domestiques japonais. Puis, le vide social se creuse, naissent des rumeurs, alors que la maison s'écroule sous le poids de deux existences inutiles et vaines.

Le récit est souvent drôle, et pourtant pathétique dans son propos. Il est inspiré d'une histoire véridique, celle des frères Collyer, atteints de syllogomanie.  Est-ce pour cela, que, même si se lit avec plaisir et sans ennui, il m'a manqué un peu de chair et d'âme ? Je veux dire qu'il m'a manqué un dépassement de la chronique d'une décadence annoncée, une prospection plus romanesque sur le pourquoi de cet enfermement moral de deux fils, apparemment dotés de tous les attributs de deux fils de bonne famille, et qui virent Diogène.

14/08/2015

Middlesex, Jeffrey Eugenides

middlesex,jeffrey eugenides,romans,pavés,pépites,romans américains"Middlesex" n'est pas seulement un pavé, c'est un excellent pavé, le genre qui s'avale s'en même s'en rendre compte. D'abord, et avant tout parce qu'il les mélange, les genres, et pas seulement les deux dont le héros/héroïne a hérité des filiations chromosomiques échangés entre ses ancêtres grecs depuis les nuits mythologiques, des agapes qui donnèrent lieu à la naissance du dieu hermaphrodite.

Dans ce livre somme, il y a ainsi des échos de saga familiale, de roman d'adolescence, de l'initiation sensuelle et amoureuse, de la satire sociale ... 

Et tout cela, comme le narrateur/trice, part d'un tout petit rien, d'une soeur et d'un frère Desdémona et Lefty Stephanides, perchés dans un village oublié sur les pentes du mont Olympe, en Asie Mineure, et qui vont devoir fuir leur pays suite à la défaite des Grecs contre les Turcs en 1922, l'incendie et la destruction de Smyrne par les flammes. Un massacre et une traversée plus tard, de ce point originel, ils s'exilent à détroit où ils débarquent chez une cousine incertaine, avec pour tout bagage un amour hors normes et des chromosomes à retardement. Calliope (la narratrice) est la bombe de l'héritage. Call est le narratrice devenu homme, quelques vingt ans après sa naissance. C'est elle/lui qui raconte cette étrange métamorphose.

On traverse l'histoire de deux générations, d'une réussite sociale bancale. Le récit alterne satire, fresque, et roman sentimental de bon aloi, de très bon aloi, même, lorsque se pointent les émois physiques de l'adolescente qui se mue en adolescent, sans le savoir,, le vouloir, et surtout vouloir le voir. Dans la relation de la mutation sexuelle, l'échelle prise est celle de l'intime : l'infime, le poil qui pousse et les seins qui ne poussent pas. Calliope se voudrait fille, se révèle autre à elle-même, c'est le récit d'une mue douloureuse, d'une souffrance inconnue, jamais pathétique, souvent drôle, d'ailleurs, dédoublée, en somme ...

Elle regarde les autres, sa mère, son père, son amour, celle qui est nommée comme "l'obscur objet du désir", ne pas découvrir une réalité qui offre en elle un gouffre indicible.

Une hermaphrodite, une époque androgyne, celle des années 60-70 aux USA, une famille à la fois grecque et américaine, les mues sont aussi idéologiques et sociales dans ce livre, étonnant, foisonnant aussi de références, un  hybride et une méduse littéraire.

Un pavé de choix pour le challenge de Brize.middlesex,jeffrey eugenides,romans,pavés,pépites,romans américains

08/08/2015

Les temps glaciaires, Fred Vargas

fred vargas,les temps glaciaires,romans,romans français,romans policiersUn dernier Vargas acheté le jour même de sa parution, dévoré en deux jours et pas de note écrite dans la foulée. A vrai dire, parce que je ne savais quoi en dire, ce qui fait que quelques mois après, j'en sais encore moins. J'attendais que ça décante ou fasse pschitt, et finalement, rien ne bouge. Mais comme il faut bien que je finisse par ranger ce livre dans les nouvelles étagères prévues à cet effet, tant pis pour la clarté de ma pensée ...

Je n'arrive donc pas à me faire une idée claire : je suis déçue ou je ne suis pas déçue ? Ben non, pas complètement, mais il y a quand même un peu de ça ... Déjà, parce que je me pose la question, or, normalement, moi Vargas, je gobe. J'avale tout, les errances adamsbergiennes, les tribulations obscures de l'enquête, le bestiaire qui tourne à la ménagerie fantasque, les intrigues foutraques qui retombent malgré tout sur leurs pattes bancales.

Comme d'habitude, on part ici de loin et de pas grand chose. Une histoire de lettre postée  in-extrémis avant le faux suicide de l'émettrice, une vieille dame, Alice Gauthier. Une vieille femme sans histoire aucune. Le destinataire lui-même ne la connaissait pas. Amédé Masfauré, qu'il s'appelle et Alice lui annonce des révélations sur la mort de sa mère, dix ans auparavant. A Amédé, on lui avait dit qu'elle était morte de froid sur une île rocher, lors d'un voyage en Irlande. Pour l'Islande, c'est sûr, la mort aussi, le froid aussi, le rocher, pareil, mais c'est sur le "morte de ..." qu'Alice veut se libérer de certaines confidences, avant de mourir (parce qu'avant qu'elle se suicide pour de faux, elle était déjà condamnée, en fait). Ce qui fait que une condamnée à mort qui se suicide avant d'avoir fait ses révélations qu'elle voulait faire in-extrémis encore, et qui plus est sans avoir terminé son puzzle de mille pieces reproduisant un tableau de Corot, alors qu'elle avait commencé par le ciel, et que le ciel, c'est le plus dur, c'est louche ...

Après, bon, ben après cette constatation digne des circonvolutions policières peu orthodoxes des vagabondages à la Vargas, ça se complique, à cause de Robespierre et du démon de l'île islandaise qui appelle Adamsberg du plus profond de sa voix maléfique ... Et de deux ou trois autres trucs que je vous passe dont une histoire de signe runique et de guillotine ... Un mélange improbable, donc, dont Vargas sait tirer les ficelles, sans qu'on y croit une seconde, ce qui n'a aucune importance, tellement on se régale, normalement.

Normalement. Mais j'ai le régal qui a coincé. D'abord, à cause des dialogues, si efficaces chez Vargas d'ordinaire, tant ils ne sont pas informatifs, plutôt loufoques et décalés et parfaitement jouissifs. Et bien, là, ils sonnent fabriqués, ils cherchent le bon mot, la bonne chute, le bon décalage, et ils se voient y arriver, comme si Vargas se regardait les écrire.

Mais, il y a pire, elle a touché à Danglard. Danglard, c'est mon nounours en plume, l'encyclopédie faite homme, l'assurance anti tangage qui se noie dans le vin blanc pour rester droit ...Que le fidèle des fidèles d'Adamsberg, se sente tenté par la trahison, je n'ai pas aimé. Mais vraiment pas. Pourquoi pas faire de Camille une amoureuse transie, tant qu'on y est ?!

Donc, paradoxale, je suis, j'avoue ... Déçue que Vargas fasse du Vargas et déçue qu'elle sorte un personnage de ses rails ... Je vais juste attendre le prochain du coup. Mais promis, si Adamsberg devient cohérent, je me fendrai d'une ridicule lettre de protestation véhémente et désespérée.

 

04/08/2015

La réserve, Russel Banks

russel banks,la réserve,romans,romans américainsN'ayant lu que quelques titres de cet auteur américain, je pensais que son univers était celui des habitants moyens d'une Amérique moyenne, voire celui des laissés pour compte de l'expansion économique, ceux qui se sont cassés le nez sur le fameux rêve, plantés comme des spectateurs impuissants hors des grands axes où rutilent les Cadillacs.

Or, ce roman, s'il se déroule bien hors des grands axes, dans les grands bois et sur les grands lacs des Adirondacks, met sur la scène les jeux de l'amour et du hasard de trois personnages, plutôt dans la force de l'âge, beaux, fortunés, cultivés, intelligents, le genre dont on dit qu'ils ont tout pour être heureux. Tout, sauf la sincérité. Sauf un, le quatrième, celui qui n'est pas du même monde, disons, que lui, jusqu'ici, il appartenait aux bois et à sa tristesse solitaire ... Il sera pourtant, un des rouages de l'engrenage d'un sinistre jeu de dupes.

Au départ, nous sommes dans une luxueuse villa, taillée à la mode de la Réserve, du bois brut, du matériau qui fait vrai de là-bas. Elle accueille ses propriétaires, le couple Cole, lui, chirurgien de renom, elle, ex-alcoolique mais toujours belle, et quelques amis choisis, pour entre soi, savourer champagne et douceur des lumières du crépuscule sur le grand lac aux horizons quasi flamboyants. Dans ce monde sauvage, qui est  devenu le refuge d'une certaine richesse, la Réserve, justement, quelques happy few viennent ainsi séjourner dans ces hectares d'eau et de forêts préservés, où l'on reste entre privilégiés, guidés dans la nature pour une partie de pêche ou deux, par les autochtones en passe de domestication.

Sur le rivage de ce premier soir du récit, se donne à voir la beauté aveuglante de Vanessa, fille adoptive des Cole. Elle a déjà deux divorces à son tableau de chasse, et une solide réputation de folle dingo incandescente.  Débarque en hydravion sur la berge, invité un peu marginal, Jordan Groves. Artiste dit de gauche, baroudeur, fort en gueule, fortuné, séducteur, et marié. Au fond de ces bois, mais en dehors de la Réserve proprement dite, il a construit sa maison et son atelier, un domaine à sa démesure et y a casé femme et enfants, sans remords aucun, juste une vague culpabilité et rancoeur de cette culpabilité. Rancoeur qu'il reporte sur sa femme, Alicia, aussi belle et intelligente que lui, mais quelque peu lassée du rôle assigné, celui de l'ancre du navire, alors que Jordan ne se vit qu'en déclencheur de tempêtes et ne semble pouvoir vivre que dans le mouvement de la conquête.

 Alors, évidemment, lorsque ces deux personnages là se rencontrent dès les premières pages du roman, on s'attend à ce que le torchon s'enflamme en un clin d'oeil. Et bien, justement, non. Et c'est cela qui est génial. Russel Banks le laisse se consumer lentement, très lentement, et pose d'autres bornes à leurs désirs. L'embrassement sera final, mais amené par touches et revirements, hasards, mensonges et demi vérités.

Une histoire dont on ne peut dire grand chose finalement, si ce n'est qu'une simple histoire d'humains qui se trompent et s'enchevêtrent sur fond de nature grandiose au-dessus de laquelle passent les passions. Ce qui est tout, finalement. Au passage, arrivent les échos du futur, hors de la Réserve, quand le grand oeuvre sera accompli, la guerre d'Espagne, un zeppelin qui revient d'une Allemagne déjà nazifiée, et une région à deux vitesses, où les connaisseurs de la forêt se verront attribuer le rôle de dindon de la farce.

Un roman finement excellent.

 

 

01/08/2015

ça ne va juste pas être possible, je me dis

 

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ça ne va pas rentrer dans le time-in ... Ou alors, j'arrête les visites de châteaux et d'abbayes, j 'arrête les apéros avec les copains, j'arrête les baignades dans la piscine ( ce qui est hors de question, vu que je viens de m'acheter un nouveau maillot de bain "Princesse tam-tam", que je suis épilée de près, des mollets jusque la moustache ( que mon "salon de beauté" appelle "épilation des lèvres" ... J'adore, une fois, j'ai dit " c'est pour la moustache", et la jeune fille fille m'a rétorqué "Vous voulez dire, le dessus des lèvres". Ben oui, c'est ce que je voulais dire))

Et là, je me dis "ça va pas rentrer", dans la voiture non plus, d'ailleurs. J'ai compté : 59 bouquins sur l'étagère des non lus, plus trente sur l'étagère des "non lus que je ne lirai sans doute jamais", mais que je garde "au cas où". Sans compter le dernier en date que mon amie A. m'a convaincue d'acheter en dernière minute (très facilement, il faut le dire,mais il est petit, petit, et elle m'a garanti un page turner), sans compter ceux des enfants, fiston et fifille, sans compter ceux de mon homme (mais eux, ils comptent à peine, en été, il regarde ceux que je viens de finir et il me demande : "il est bien celui-là ?", après, il copie, le lâche, mais cette lâcheté  nous permet de ne pas acheter un coffre de toit, quand on part, ce qui me permet d'acheter d'autres livres dans les petites librairies indépendantes que je croise ....)

Quinze jours, je n'ai que quinze jours pour écluser les apéros, les baignades, les châteaux, les abbayes, rédiger les notes, publier les d'avance au cas où j'aurais la flemme d'en faire des fraîches, sans compter le temps de couper les tomates et de mettre de l’huile d'olive dessus, de couper le basilic et d'aller voir ma fifille plonger ... "ça va juste être pas possible", je me dis ...

Il va falloir faire les marchés du coin, traîner le matin, regarder le soir tomber le soir ... mettre les paréos à sécher, et refaire le monde, comme si celui qui existe n'existait pas. Lire. Mais pas tout, ça ne va juste pas être possible ...

 Les sélectionnés de cette année sont (il y en a qui reviennent en deuxième année) par ordre de préférence de lecture, que je ne respecterai pas, je le sais !) : 

"Le fils" Philipp Meyer (et hop, dans la caisse, je veux dire la caisse qui doit rentrer dans la voiture)

"Un vent de cendres" Sandrine Colette, parce que qu'il est petit. 

"Incandescences" Ron Rash, parce que ce sont des nouvelles, et que c'est bien d'alterner, même quand on n'aime pas les nouvelles, mais qu'on adore Ron Rash. 

"Passé imparfait" Jullian Fellowes, parce qu'il est gros, et que les gros après les nouvelles, c'est bien. Et que un parfum de "Downton Abbey", cela ne nuit pas.

"Vertige", Francis Thilliez, parce qu'un peu de "page turner" ne nuit pas non plus, si je veux tenir le rythme.

"Warlockk", Oaley Hall, parce que qu'il faut bien que je commence à me  la coltiner ma récolte nantaise, celle conseillée par Bertrand, de la librairie "Vents d'ouest" ( le dealer qui vous fait croire que vous avez gagné le gros lot dès que vous avez mis un pied dans dans son saloon)

"L'île du point Nemo" de Jean-Marie Blas de Roblès, parce que j'adore Jean-Marie Blas de Roblés. Point.

"Le ravissement des innocents", Tayiye Selasi, par ce que toutes les A. ont aimé, et que je ne l'ai pas lu. Et que normalement, c'est moi qui commence. Non mais.

"Le général du roi", Daphné Du Maurier. Parce que depuis que j'ai redécouvert la Daphné, pas question de partir en vacances sans elle.

"Qui touche à mon corps je le tue", Valentine Goby, parce qu'il est tout petit, et que j'ai super envie de le lire, depuis .... un certain temps ( tout ce que j'espère maintenant, c'est qu'il a aura de l'attente dans les files d'attente pour les châteaux)

Dans le même but, je prends "La femme aux pieds nus" et "Inyensi ou les cafards", Scholastique Mukasongha, sauf que que quand j'arriverai à me prendre le billet pour le château, je serai tellement en larmes, que je ne suis pas certaine que l'on me laisse rentrer ... 

"Tu ne verras plus", Pascal Dessaint, au cas où un coup de noir me manquerait.

"Les belles choses que portent le ciel" Dinaw Mengestu, pour compenser le noir

"La colline des potences", Dorothy M. Jonson, parce qu'un peu de retour dans les grandes plaines ne fera pas de mal.

Et les autres; les pavés pour exploser ma première participation au challenge de Brize :

"Yeruldelgger", Ian Manook,

"Le chardonneret" de qui tout le monde sait qui,

"La chute des géants", Kent Follet, vu qu'il faudra bien que je le lise un jour,

" Karoo", Steve Tesich,

Et si quelqu'un me dit que cela n'est pas possible en quinze jours, je lui mange son château. Parce que dans la voiture, il va falloir aussi faire rentrer les sacs de fringues, et c'est que que ce n'est pas gagné. Non plus.

PS : c'est rentré (dans la voiture ...) et au moment où je publie, je suis arrivée à destination, et sans sans encombres que j'ai fait ma première entorse à la liste, j'ai commencé par Daphné ... 

 

 

31/07/2015

Le mystère Frontenac, Mauriac

le mystère frontenac,mauriac,relire mauriac,romans,romans françaisLe titre invite à résoudre une énigme, qui dit mystère, dit secret, qui qui Mauriac, dit bourgeoisie du Sud Ouest, codes moraux, religieux, interdits sociaux. Donc, de prime abord, le mystère Frontenac serait dans la transgression de ses tabous de classe. En tout cas, c'est ce que le premier chapitre peut laisser croire.

On y découvre l'oncle Xavier et la couvée Frontenac, Blanche, la veuve de son frère bien aimé, Michel, qui récitait des vers de Victor Hugo en chemise à la fenêtre de leur chambre d'enfance, et les cinq petits : Jean, Louis, José, les deux filles et le petit dernier, Yves. Mauriac ne fait pas mystère du secret de l'oncle, qui n'a rien d'un coq : il entretient une liaison avec une femme, Joséfa, loin des yeux des siens. Bien peu tapageuse, pourtant, la Joséfa, il lui assure gîte, meubles et petit magot, mais c'est bien tout, car tout l'argent, la fortune Frontenac, les domaines, doivent revenir aux enfants, son culte, sa religion, son os à moelle, c'est eux. Il a d'ailleurs éduqué sa maîtresse à l'économie pour tout donner à la fratrie.

 En réalité, même si le secret de Xavier finira par en faire partie, du mystère, il est tout autre qu'un simple secret d'une liaison honteuse. Il est englobé dans un tout  aux frontières floues ; Frontenac, ce sont les enfants et les domaines, soit, mais aussi le goût de l'été et les parfums de la chaleur des bois, les palpitations des vignes, la fin du crissement des cigales, le soir, les ombres derrière les vitres éclairées à la lampe à pétrole, les jeux de la "communauté", la vieille tante folle ... 

Le mystère, c'est tout ce qui a été Frontenac, et qui devrait le rester, alors que le cours du récit ne cesse de dire le contraire, . Et surtout, le mystère que l'auteur semble vouloir ronger jusqu'à l'os, est l'amour. L'amour de la famille ? Pas vraiment, on dirait qu'il cherche à en exprimer une sorte de quentessence, (une huile essentielle, oserai-je), amour maternel, filial, fraternel, l'amour qui va de soi, fait mal, réconforte, étrange amour qui se niche aux creux des silences et des traditions.

On suit surtout deux des frères, Jean Louis et Yves. Jean Louis est l'aîné, l'élève brillant, Yves est le plus jeune et le plus tourmenté (José, celui du milieu est l'homme des bois, le plus proche de la terre et des jouissances "naturelles" et sensuelles). Leur mère, Blanche est une mère couveuse, dont le seul but est qu'aucun de ses petits "ne tournent mal". Elle sait où est son devoir et nul tourment de l'en détourne. Jean Louis aussi, y cédera, à ce devoir non écrit, ce mystère. Il voulait être philosophe, il endossera le costume paternel dans l'entreprise familiale, pour que rien ne se rompe, et y gagnera un mariage sage et choisi. Yves, est le poussin qui sortira du nid. Il s'échappera à Paris, poursuivre un faux rêve de gloire littéraire et d'amour trop frivole pour ne pas être douloureux à son âme d'écorché. Evidemment, on peux le penser double du jeune Mauriac, quand au passage sont évoqués les figures de Barrès et de Gide, dans l'évocation de ses années folles de bulles de champagne et de course automobile vers la côte basque, goguette de luxe qui fait passer à côté des baisers d'une mère qui attendait le retour du prodigue.

Evidemment, la plume de Mauriac n'est pas tendre, et égratigne codes de classe et côterie littéraire, mais le goût de ce livre n'est pas là. Par moment, il vibre, certains passages semblent creuser vouloir arracher aux mots le mystère de ces amours qui vont de soi, au risque d'un lyrisme parfois incongru. Il y a quelque chose de tendu et d'intime dans ces notations brèves qui construisent les odeurs d'un paysage, qui contournent le phrasé d'un geste, elles palpitent et étreignent le coeur, sans que l'on sache trop pourquoi. On dirait que dans ce texte, Mauriac a creusé (comme dans un creuset), à la recherche de ce mystère, l'amour, comme dans un grand combat avec ses mots, ses phrases et ses doutes.

Un Mauriac qui a le goût d'un Michaux .... Qui l'eut cru ?

Le troisième titre de la "côterie", ambition de (re)lecture de l'oeuvre de l'auteur, en lecture commune avec Ingamnnic

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28/07/2015

Les ombres mortes, Christian Roux

les ombres mortes,christian roux,romans,romans policiers,romans françaisAu festival de Saint Malo, ce jeune (et bien agréable à regarder) auteur, de chez Rivages et à moi inconnu, était assis à côté de Pascal Dessaint. Comme on se tapait la discute à propos du débat de la matinée, que je tentais vaguement de leur résumer, de Charybde en Charlie, on s'est fait la peau de P. Val.

Du coup, je me suis laissée tentée par la découverte de la prose écrite de Christian Roux, vu que j'étais déjà convaincue par sa prose orale (non, le physique avenant de l'auteur n'a rien à voir là-dedans, ni son charmant sourire, ni sa gentillesse attentionnée pour une vieille briscarde des stands voyageants).

Me voilà replongée, comme au bon vieux temps du polar noir à la française, dans le noir social, dans la bonne vieille veine de ce que Rivage publiait de mieux dans le genre alors que Raynal dans la série noire tenait le cap et que surgissait le Poulpe et ses grands bras ....

Ces "ombres" sont donc rentrées dans ma bibliothèque avec leur cortège d'"ombres", Pouy, Oppel, Benaquista, etc ... toute la bande quoi de ces lectures jubilatoires qui me laissent un nostalgique souvenir ...

Et de ce côté là, du côté du noir social, le titre tient toutes ses promesses, avec quasi tous les ingrédients et un scénario à la fois très ficelé, très construit, totalement bancal et improbable, et au final, efficace !

Liste des ingrédients ( attention, liste non exhaustive et dans le désordre) :

Un héros amnésique hanté par un unique souvenir, flottant dans sa mémoire : un œil qui se taille la route tout seul, hors de sa tête, sur un trottoir

Trois paumés qui voulaient, par un acte unique et meurtrier, faire leur part de la révolution anti capitaliste,

Un frère machiavélique,

Un chien rouge, 

Un flic véreux amoureux fou d'une belle sans papier qui finit par se prendre pour la Belle au bois dormant,

Un flic redresseur de torts, poursuivi par une affaire tordue, qui arrive juste au moment pile,

Une victime collatérale, qui n'a finalement que l'intérêt de déclencher la cascade des coïncidences (et il y en a ...)

 Deux femmes amoureuses du même homme, mais pas dans la même vie,

Un père juif, et collaborateur,

Un ami fidèle qui peut cacher qui vengeur masqué ....

Ce qui peut paraître beaucoup pour une seule sauce, sans compter que certains comptent double, voire triple ... un côté too much qui fait que le roman tient son carnet de route de "roman noir social" mais qu'il faut quand même s'accrocher pour adhérer aux virages en épingles à cheveux ( quand ils ne sont pas tirés par ...)

Avis au amateurs !

 

 

 

24/07/2015

Ouest, François Vallejo

ouest,françois vallejo,romans,romans historiques,romans fraçaisC'est le roman de deux hommes dont l'un sait où sa casquette est rangée et l'autre cherche les rênes de la calèche. Dans un monde immobile et rural, renfermé dans les bois et les petites routes qui mènent aux marais, de règles et de tradition de soumissions et d'ordres, que se passe-t-il si le maître ne veut plus jouer le jeu ancestral ? En fait, ne sait plus trop quel jeu jouer, sinon celui de sa folie, ce qui fait pas mal déraper l'autre du coup. Ces deux hommes vont se laisser conduire dans un étrange rapport de chat et de souris ....

Lambert, sa femme, Eugénie, sa fille, Magdeleine, sont les domestiques du nouveau baron de l'Aubépine de la Perrières, comme ils ont été les domestiques de son père. L'ancien maître est mort, qui ne tenait guère son fils en haute estime. D'ailleurs, le jeune maître, sur le domaine, on le connaît peu, il est parti à Paris, a connu un mariage dont on disait des choses. De la mort du père, on dit aussi des choses. Mais, ce qui est certain, est que le nouveau ne ressemble pas à l'ancien. Selon Lambert ( car toute l'histoire nous est racontée par lui), le vieux était respectable, lui, il s’intéressait à la meute des chiens, visitait les fermes, commandait, rudoyait, se cabrait devant toute nouveauté politique. Et voilà que le nouveau, ce qui l’intéresse chez Lambert, est que son père ait été un tueur de chouans, un ennemi de sa propre classe. Lambert, ça le dépasse qu'on lui parle de sa liberté et l'incite à la révolte. Napoléon, la Révolution, la chute de Charles X, Lambert s'en moque comme de son premier lapin de garenne braconné. Mais le maître, lui, il a sa caboche de maître toute chamboulée et il se met à mijoter des projets d'égalité sporadiques, intempestifs et radicaux,où semblent couler un autre sang que le sien.

Et, puis, il y a autre chose, la nuit, dans le château, semble planer une atmosphère de roman noir gothique, des femmes arrivent, des femmes repartent, pas vraiment dans le même état ... Eugénie ne sait plus très bien où ne pas faire le ménage et où ne pas regarder ....

Plus que l'histoire d'un maître qui rêverait d'être esclave, et d'un esclave qui voudrait rester à sa place, ce qui est fort dans ce roman est le pari de ne pas en faire du social. Le récit est à la fois dense et classique, et rythmé comme un menuet à contre temps, car c'est Lambert qui monologue, soliloque, cherche à comprendre avec ses mots à lui , les événements qu'il voit bien partir à l'envers, et qu'il tente de remettre à l'endroit, mais son endroit à lui, ce qui fait que, finalement, tout va de travers, comme il se doit pour un roman qui va hors des chemins battus.

C'est chez Ingannnic que j'ai pioché cette très bonne idée de lecture.

20/07/2015

Debout payé, Gauz

debout payé,gauz,romans,romans françaisDeux temps et deux types de narration se croisent dans ce livre. 

D'abord, celui des trois âges de l'immigration africaine à Paris. L'âge de bronze, selon la dénomination de l'auteur, se déroule de 1960 à 1980. C'est celui de l'arrivée en France de Ferdinand, alors que la MECI (maison des étudiants de Côte d'Ivoire) est encore un lieu d'activité politique, et que les Grands Moulins de Paris tournent à plein régime. Ferdinand y devient vigile. La crise arrive, mais le "monopole du coeur" parle encore de fraternité et d'espoir.

L'âge d'or ( 1990-2000), est celui d'Ossiri. A Abidjan, il était professeur de sciences naturelles dans un lycée privé. Il est venu à Paris, un peu sur les pas de sa mère qui, à l'âge de bronze, y avait accompli sa révolution politique. Ce pourquoi, il ne s'appelle pas Jean Christophe, entre autres ... Ferdinand, entre temps, a monté sa propre entreprise de sécurité et à son tour, sous traite les sans papiers. C'est ainsi qu'Ossiri devient vigile dans les "ruines magnifiques" des grands Moulins qu'il faut garder vide de marginaux à demeure. La MECI est un taudis où il rentre en traînant des pieds.

L'âge de plomb est le nôtre et celui de Kassoum, face à face avec son poste de télévision miniature et les images des deux tours jumelles qui s'effondrent, dans la mini cabine en préfabriqué qui survit au milieu des ruines sinistres des ex-Grands Moulins. Dans le monde des vigiles, l'angoisse sécuritaire signe la fin de l'embauche à tout va. La MICE est un cloaque répugnant, et l'expulsion des derniers occupants ne tient pas une minute au vingt heures. L'immigrant se confond avec le SDF.

Entre ces trois récits où se retrouvent lieux et personnages, Gauz donne à entendre, sous forme de minces anecdotes titrées, la voix actuelle d'un debout-payé, un vigile noir, dans plusieurs enseignes parisiennes. Il épingle avec humour et sagacité, les comportements des clients, des autochtones comme des touristes. Evidemment, on y sent le vécu. 

L'alternance entre ces deux types de narration fait l'intérêt du livre : on sourit aux regards lucides du vigile comportementaliste, on compatit à la dégradation de la situation des immigrés dans la société française. En cela, le but de l'auteur est sûrement atteint. Pourtant, il m'a manqué un petit quelque chose pour être véritablement emballée. Il y a quelques pages géniales de poétique urbaine, comme écrites au rythme de la marche de celui qui doit scruter son environnement pour y survivre, mais l'ensemble ne sort pas complètement d'un matériau brut, celui du vécu, justement. Peut-être un peu trop didactique, un côté peu fignolé, livré comme cela, au fil du ressenti ... Mais c'est aussi, visiblement, ce qui a plu à beaucoup dans ce livre, d'un ton proche de ce qu'écrit Léonora Miano sur les afropéans, pour sortir de la littérature "de la négritude".

 

16/07/2015

Dark horse Craig Johnson

dark horse,craig johnson,romans,romans américains,western et cieMais qu'a bien pu faire Walt Longmire a son propre auteur pour se voir infliger autant de cabosses ? Il lui a piqué son chapeau légendaire ? Il lui flanqué une raclée au lancer  de whiskys au fond du saloon ? D'accord, dans les opus précédents, Walt se prend des coups divers et variés, un bout d'oreille en moins par çi, une double fracture par là, sans compter les fêlures au coeur, mais là, dans ce nouvel épisode, le pauvre shérif ne doit sa survie qu'à son existence de papier .... Et l'intrigue, ma foi, est à deux balles !

Elle semble réduite à une toile de fond, un prétexte à une cascade de dominos qui réduirait en charpie le plus dur à cuire des punching ball de l'Ouest : embuscades nocturnes à répétition, course poursuite contre un 4X4 rutilant et féroce dans les petites rues d'une ville qui en compte deux, course folle contre la mort sous l'orage ou/et la neige partant du haut d'une mesa ( haut plateau rocheux)  et aboutissant à un double salto au-dessus d'un pont en cours de démolition, tout cela sur le dos d'un cheval qui tente le record de l'Ouest de vitesse à cru ... Et j'en passe.

Et tout cela pour quoi ? Parce les beaux yeux doux de Mary Barsard ont touché le cœur si sensible de notre shérif de compétition. Elle a beau avoir avouer le meurtre de son affreux mari, Cry, Walt ne peut le croire. Et c'est ainsi que sous la mince couverture d'un agent d'assurance, si mince qu'elle ne résiste pas aux premières flammèches de l'enquête, Walt s'en retourne sur ses terres natales. Le comité d'accueil n'est pas rutilant, un vieux cow-boy sentimental et tout cassé, une sagace ex-étudiante en criminologie, serveuse de Bar branlant, son fils, métis d'indien qui rêve de Far-West et de dinosaures .... Henry fait son apparition, entre deux bagarres générales, sa voiture tombe en panne, et ma foi, sur le bord de la route, il ne sert pas à grand chose. Faut dire que mis à part tenter de suivre les cabossages de Walt, il n'y a pas grand chose à faire.

Donc, est-ce suffisant pour continuer à craquer pour Walt Longmire ? Oui. Parce que sans cesse pointent les clins d'oeil, et qu'en vieux roublard du genre, Craig Jonhson nous donne ce que l'on attend de son héros, (Zorro capable de faire se ressusciter les morts !) : la force du tendre qui fond au soleil pour un petit garçon et un vieux cow boy, et, la faiblesse du fort qui tente toujours de résister au pouvoir d'attraction nucléaire des formes de Vicky, et retient ses larmes au bord du mariage de sa fille.

Alors, sans rancune, Walt et see you soon for ever !

Première note du paquet de titres que j'ai dû me coltiner dans les rues nantaises suite à mon passage dans l'excellente librairie indépendante de cette ville, "Vents d'Ouest", grâce au redoutable Bertrand qui y officie et vous tire des westerns sur papier de ses étagères aussi vite que je suis capable de dégainer la carte bleue pour en acheter ! ( suivront "Deadwood" de Peter Dexter, "Premier sang" de David Morrell et "Warlock" de Oaley Hall. )

Opus précédents :

"Little bird"

"Le camp des morts"

"L'indien blanc"

"Enfants de poussière"

 

 

12/07/2015

Jours de juin, Julia Grass

jours de juin,julia grass,romans,romans américainsIl y a des lectures, comme celle-ci, qui vous coûte quasi une nuit d'insomnie, sans que vous le leur en vouliez. Des lectures où l'on a tellement de goût (voire de goûts), qu'elle vous donne faim. Et c'est pour cela que je me suis retrouvée à deux heures du matin dans ma cuisine, au fond de la maison silencieuse et endormie, à me faire chauffer un thé et deux tartines de pain de mie beurre fondu marmelade de clémentine (c'est ce que j'avais de plus british sous la main, même si l'auteure est américaine, le livre donne envie de british). J'ai même réussi à ne pas tâcher les pages en continuant à les tourner.

De quoi il nous cause, ce livre ? Déjà, il est épais et dense, quand même un peu léger, par moments, suave et pas tendu, un peu foutraque vers la faim fin, en trois tartines parties, inégales en longueur voire en nécessité, (la troisième est heureusement la plus courte et la plus tirée par les cheveux, mais ce n'est pas très grave, elle ne gâche pas). On y cause donc, d'une famille, un papa, une maman, trois fils, dont deux jumeaux, leurs femmes aussi, et un peu les petits enfants. la narration est en raccourci et resserre autour de deux voix, le père, puis un des fils, puis une pièce rapportée. Peu de personnages, peu de lieux, presque pas de rebondissements, et pourtant, l'histoire se dévore.

Paul commence. C'est le père. Tout juste veuf de Maureen, la femme qu'il a toujours profondément aimée, il est parti en Grèce, en un voyage organisé en petit comité, non pas pour oublier l'amour perdu, mais juste pour qu'on ne lui en parle plus, car Paul est un taiseux, un homme de retenu. En une excursion à Délos, un escapade à dos d'âne à Myconos, il tombe sous les charmes des îles ventées et d'une jeune femme américaine, un peu artiste peintre, un peu volage, et surtout beaucoup trop jeune pour lui. Se mêle à cette lumière, les souvenirs d'avec Maureen, jeune femme atypique, forte, sûre d'elle et de lui, fondue d'élevage de chien à lignée. Entre la Grèce et l'Ecosse, le passé et ce qui pourrait être, tous les non-dits d'une vie se lisent dans les ellipses de paul.

La deuxième voix est celle du fils aîné, Fenno, exilé à New-York, libraire, homosexuel sage en ces temps de SIDA, il aime sa famille, de loin. Il s'y sent à part, quand il revient dans la grande maison familliale, à chaque fois pour une disparition, un deuil, un choix. Un jumeau trop généreux, un autre trop rigide, du moins c'est ce qu'il croit. Fenno se trompe, se leurre, se trompe d'obligations et d'amour. lui aussi est un taiseux. A New-York, il closonne aussi ses amours, entre Mal, un critique musical acerbe qui se meurt, et un coprs libre, celui de Tony, qui se dérobe, Fenno pourrait tomber amoureux d'un perroquet, s'il n'y prennait garde.... Un coeur puzzle qui fait bien attention à ne pas se dilater, jusqu'à ce que, bien évidemment, arrive le gong qui va le pousser un peu sur une autre route ...

Julia grass nous propose un univers qui sonne juste, où même l'extraordinaire a un goût de feutré, et de presque rien indispensable : un bouquet de pivoines au centre d'une table dressée pour un festib de deuil, une urne funéraire qui se cache en table dinette, des médailles militaires égérées au fond de vases poussièreux, un réveil trop tardif, des conversations de mal-entendus, d'un portrait au fusain d'une mére anonyme avec autour du cou les bras d'un enfant endormi.

 

Un grand merci à Keisha pour la découverte de cette auteure !

Et une participation au pavé de l'été chez Brize