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09/07/2015

Le coeur qui tourne, Donald Ryan

le coeur qui tourne,donald ryan,romans,romans irlande,dans le chaos du mondeLes premiers contacts avec ce titre furent rudes. J'ai d'abord retourné le volume pour lire le quatrième, ce que je n'avais pas fait devant le monsieur de chez Albin Michel qui était derrière le stand de cette maison d'édition lors du festival Etonnants Voyageurs et qui me disait le plus grand bien de ce livre en m'en racontant plus ou l'histoire, ce qui fait que je ne l'écoutais pas vraiment. J'avais retenu "Irlande, noir, misère", et c'est tout.

Et là sur le quatrième, je retrouve les mêmes mots, ce qui est déjà pas mal, mais aussi une info qui me fait me dresser les poils des bras "21 narrateurs".... Ce n'est plus un roman choral, c'est une fanfare, ça va faire cacophonie dans ta caboche ma pauvre Athalie, tu vas larsener à fond, soupirs ... et le final du futur casse tête, on m'annonce un roman qui serait à la hauteur de "Tandis que j'agonise", et là, je rends  l'âme avec la tête qui explose d'avance. Faulkner, je peux pas, comprends rien, y'a trop de mots, ça me saoule et me plombe. Malgré tout, je ne fuis pas ma responsabilité d'acheteuse compulsive de bouquins, et je me lance. 

Monsieur de chez Albin Michel, juste un mot, vous aviez raison, il est drôlement bien ce livre. Monsieur de chez Albin Michel qui rédige les quatrième, il faut changer de boulot. Si vous voulez, je le fais à votre place, je ne sais pas si je serais meilleure, mais en tout cas, je laisserais tomber Faulkner, c'est pas vendeur, et c'est faire que le livre veut se la péter intello, ce qui n'est pas juste. Pour corser le quatrième, vous auriez pu ajouter bien d'autres choses, en somme. Par exemple, que sur les 21 narrateurs, il y en a qui est mort ... et tous les autres qui sont plombés. Le héros est plombé, le pays est plombé, l'amour pas mieux et l'horizon pareil. D'ailleurs, y'a pas d'horizon, comme ça, c'est-y pas mieux ?

Quelques autres pistes pour donner envie de lire "Le coeur qui tourne" :

  • Un village dans une Irlande en pleine banqueroute, après le boom économique artificiel qui laisse la panade et la mélasse derrière lui,
  • L'entreprise de BTP qui construisait des logements à tour de bras pour futurs endettés a cessé son activité, le patron vérolé a mis la clef sur la porte et s'est envolé avec la caisse vers d'autres cieux,
  • Les hommes qui construisaient les lotissements se retrouvent devant la porte fermée, sans chômage, et sans futurs emplois vus qu'ils avaient les derniers.
  • Les pères sont de vrais salauds depuis un paquet de temps. Les mères n'y peuvent rien, quand elles tiennent encore debout.
  • Bobby est un super mec, il aime une super femme. Il est super beau, il a l'étoffe d'un super héros, tous l'admire. Sauf qu'il n'en sait rien, il se prend pour un gros nul. Son rêve, c'est de tuer son père. Et on le comprend.
  • Les lotissements sont vides, contrefaits, et quand Bobby tente de sauver quelques espoirs, ben, il n'aurait pas dû.
  • Les pubs sont remplis d'hommes désœuvrés, marqués par l'atavisme local, bornés, queutards et à courte vue, quand le poids de la déveine ne les a pas  rendu tarés, débiles, racistes, violents et profondément désespérés. 

Bobby est le cœur autour duquel tournent les récits de ces 21 narrateurs, le lien entre ces personnages qui, tour à tour, prennent la parole pour raconter un bout de son histoire, ce qu'ils pensent en savoir, parfois, ce que les autres en disent aussi ... Ils posent alors quelques petits bouts de la leur, des bouts racornis et coincés là, dans ce village qui porte la poisse. Des bras cassés, des humiliés, des meurtriers par omission, des impuissants.

Dans une autre langue que celle de l'auteur, cette humanité pourrait n'être que vile et terrible. Mais, au contraire, ce qui est terrible, c'est que tous sont un peu humains, touchant sous les couches de non-dits, des restes d'amours et d'humour ...

Et un beau personnage se profile là, Bobby, un homme à terre qui à une allure de héros de statue de héros grec. Fallait le faire ....

 

06/07/2015

Premier amour, Joyce Carol Oates

premier amour,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisEvidemment un premier amour dans l'univers de Oates ne peut pas être romantique, fleur bleue, guimauve et fraise tagada, mais boue, marécages, serpent noir, damnation et abandon étouffant dans les entrailles de la déviance perverse.

Josie, la narratrice, a onze ans et concentre tous les traits de l'héroïne de Oates : solitaire par obligation interne et isolée dans un monde d'adultes aveugles et indifférents à son innocence. Sa mère, volage séductrice aux charmes monnayables, s'est enfuie avec elle dans un étrange refuge, la maison du révérend .... (révérend qui sent le Nike Cave à plein nez ...) Dans la bicoque, qui fut cossue, rôde le sombre héritage d'une religion poisseuse dont l'ultime avatar est Jared, 25 ans, le cousin de Josie. Idolâtré par la vieille tante, sa grand mère, confite dans des diktats poussiéreux, il est voué à devenir le nouveau pasteur. Il trône en chemise blanche amidonnée, toute la journée penché sur des ouvrages de dévotion dont les couvertures racornies masquent des images malsaines ... Sauf quand il hante les berges du ruisseau et laisse alors sortir de lui le pervers irascible et tyrannique, s'emparant de l'âme de Josie, et " ce qu'elle ne peut nommer", s'accomplit.

Aucun souffle vivifiant ne ne se pose en ces pages d'un "conte gothique" à la Oates : Josie aime sa prison affective, ses tortionnaires, le beau cousin, la mère qui ne voit guère ses sombres épreuves et ses douloureuses meurtrissures.

Pour cette fois, la sauce Oates n'a pas eu de prise sur moi, un malsain tellement malsain qu'il en devient convenu et attendu, si bien qu'on ne sursaute ni ne s'imprègne. A la surface des marais grouillants, j'ai passé mon chemin.

03/07/2015

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Paola Pigani

rapport_feldkommandantur_alliers_1940.jpgToujours sur fond de seconde guerre mondiale, une histoire pas tordue, mais méconnue (de moi, en tout cas ...) et qui a donc le premier mérite de lever un coin de voile sur une histoire noyée dans la grande.

L'auteure s'inspire de faits véridiques concernant l'internement de familles tziganes dans le camps des Alliers, près d’Angoulême, de 1940 à 1946. Ils vont être raflés dans les campagnes alentour par les gendarmes français sur ordre des autorités d'occupation, et parqués, privés de leurs droits, entre les murs d'un camp de plus en plus insalubre, pendant six années. Sans leurs roulottes, sans leurs chevaux, sans leurs voyage, la communauté des manouches va tenter de survivre sans y perdre trop son âme. A travers un personnage féminin, Alba, et sa famille, l'auteure retrace ce qui est quand même bien proche d'un calvaire oublié : la souffrance de ces gens déracinés du vent, de la terre, des herbes et des plantes qui faisaient leur grand chemin.

Certains tenteront de s'évader, mais rapidement repris, la plupart vont tomber dans une sorte de résignation apathique et impuissante dans ce huis clos, entre temps suspendu et temps contraint pour ces hommes, femmes et enfants dont le mode de vie et et les valeurs sont niées, en même temps que ne leur sont pas donnés les moyens de manger, se laver, se vêtir. Le camp est une prison  mais pas seulement, il se veut aussi " un camp d'éducation où tout le monde doit oublier son mode de vie antérieur et apprendre les joies de la sédentarisation"... Vu les joies proposées, on comprend que la sédentarisation ait été fuie comme la pire des catastrophes. Alba se cogne aux murs de l'ennui, de la honte, du mépris et de l'oubli, et grandir là, d'enfant, devenir jeune femme amoureuse, avec beaucoup de pertes et de rêves, aussi ...

Un sujet passionnant et une écriture sensible, tremblée de poésie, d'images de la vie d'avant, le théâtre ambulant et branlant du père, les ombres des campements quand frôle la nuit, la chaleur des feux de broussailles ramassées aux coins des bois, la liberté, l'identité sans carnet de famille ni recensement ....

Sauf que, à parfaitement épouser la cause des victimes (cause légitime, mon propos n'est pas dans la contestation de cette évidence), le récit devient lisse. Alba, personnage central qui porte si bien son nom, et qui jamais ne faute et jamais ne trébuche, fière et droite alors que les conditions de l'internement se font de plus en plus ignobles et ravagent corps et déterminations, et bien Alba, je n'y ai pas cru. Je n'aime pas que l'on me dise trop clairement où mettre tous mes bons sentiments du même coté, c'est mon côté lectrice rebelle. 

Le choix de la forme, un témoignage unique, rend le récit partiel et donc partial, même si la partialité est du bon côté, l'aspect historique est quand même gommé. Peut-être était-ce nécessaire pour refaire surgir ces fantômes d'une mémoire collective oublieuse ? Peut-être ....

 

 

30/06/2015

(Re) lire Mauriac : La pharisienne, François Mauriac

la pharisienne,mauriac,romans,romans françaisEn refermant ce livre (le deuxième de l'opération "La coterie des sagouins/sagouines"), je me suis demandée ce qui faisait qu'un Mauriac peut ne pas être un grand Mauriac, mais juste un Mauriac, ce qui est déjà pas mal. Paradoxalement pour un romancier, je dirai le romanesque ... Le romanesque ne sied pas à la plume acerbe de ce romancier là, il dilue l'amertume dans ce qui pourrait presque être des "aventures".

Dans "La pharisienne", en effet,  il y a presque un souffle romanesque, presque, parce que l'on reste confiné quand même, un appartement à Bordeaux, une propriété dans les Landes, un été torride, une famille de la moyenne bourgeoisie, des secrets enfouis de femmes brisées, une belle mère, la pharisienne, donc, confite en dévotion hypocrite. Et dans l'échelle de la dévotion hypocrite, Brigitte Pian tente de gagner la palme, quel qu’en soit le prix à payer pour les bénéficiaires de sa charité. Le pire, c'est un personnage animé d'une charité réelle et sincère autant que perverse dans ses effets.

" Pharisien : un personnage qui, observant strictement les préceptes moraux, se donne une bonne conscience avec laquelle elle juge sévèrement la conduite d'autrui".

La bonne conscience de Brigitte Pian est une armure offensive. Respectée de son entourage, adepte des bonnes oeuvres, elle distille le fiel de la bonne conduite et en fait usage pour régenter ses proches et ceux qui ont le malheur de s'en approcher et de vouloir les aimer.

Ainsi, elle tente de sauver Michelle, sa belle fille, d'un premier grand amour trop heureux avec le tourmenté Jean Mirbel, un aristocratique mauvais garçon mal aimé d'une mère trop romanesque. Elle jette aussi son dévolu sur un professeur du narrateur, le pieux Puybaraud qui voulait tenter de réaliser son rêve de paternité en convolant en pieuses noces avec la si dévote maîtresse d'école, Octavie Tronche, pour le plus malheur de ses "protégés". Et son honnêteté voudrait bien mettre sous les yeux de son mari les preuves de l'inconduite de sa première femme, peut-être encore aimée, par contraste ....

Les meilleures intentions de madame Pian sont autant de carcans tortueux que le personnage impose à son entourage, dictés par sa grandeur morale d'avoir raison selon les dogmes d'une religion dont elle a revu les pratiques à son image. Seul le narrateur, jeune garçon puis jeune homme, semble échapper à sa tyrannie et la regarde tisser sa toile. Trop sage, sans doute, trop retenu pour lui laisser une prise.

Alors ? Pas un grand Mauriac, alors que tout y est .... ben oui, mais ... j'ai finalement eu l'impression que l'écrivain ici tentait de faire ce qu'il ne sait pas faire, c'est-à-dire plaire et adoucir : ainsi la Pian, la pharisienne, va entrouvrir les yeux et connaître le remords ( ce qui aurait pu me faire jubiler), mais aussi l'amour ( ce qui est nettement moins drôle que les affres de l'enfer). Et  le jeune premier mauvais garçon, Jean Mirbel a des faux airs du grand Meaulnes, et moi, le grand Meaulnes, je ne peux pas. Il sent la naphtaline et amène dans le huis-clos un zeste de roman à l'eau de rose éventé.

Du coup, je n'ai pas eu vraiment mon compte de "tréfonds obscurs des âmes" (perverse serai-je ?). A lire, l'avis d'Ingannmic, ma camarade de plongée en eaux troubles. N'hésitez pas à venir barboter avec nous le mois prochain ... 

A (re) lire "Génétrix" chez elle et chez moi

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26/06/2015

Le confident, Hélène Grémillon

Tricot-maille-double-endroit.jpgIl y a un avantage certain dans l'utilisation de la seconde guerre mondiale en littérature, c'est qu'elle est un réservoir sans fin pour les histoires tordues, de sombres secrets, de famille, si possible, camouflés et retrouvés, des poupées gigognes, en quelque sorte ( pas des bébés cigognes, ne pas confondre. Quoique, dans ce livre, la procréation est au centre de la multiplication des récits, mais pas les bébés cigognes, les vrais ceux qui naissent dans les choux et les roses. ). C'est ainsi que les secrets de famille se fabriquent.

Donc, un titre de plus à ajouter à la lignée de la littérature du baby boom du secret de famille, dans une forme plutôt prenante et une écriture aussi simple qu'efficace.Elle vous mène d'un point A à un point B avec révélations successives et témoignages en contre point, en deux versants. Dans le premier, le mystère s'épaissit, dans la deuxième, il s'éclaircit. Fastoche.

Le premier (l'épais mystère) : Camille, une jeune femme moderne, vient de perdre sa mère, le père est déjà disparu, ce qui nous évite la confrontation finale entre enfant et parents dans une troisième partie, c'est déjà ça d'éviter dans l'horizon d'attente, comme disent les pros. Enceinte sans vraiment le vouloir, elle se trouve au croisement d'un choix à faire, et est un peu perdue, mais pas trop, car sa grossesse à elle n'est pas le sujet du livre. Par la poste, lui arrive le récit signé Louis ( elle ne connait pas de Louis, bien sûr), qui raconte l'histoire d'une certaine Annie (elle ne connait pas d'Annie), une jeune fille qu'il aimait et avec qui il aurait filer un parfait amour tranquille si Annie n'avait pas croisé la route d'une certaine madame M. On est dans un retour arrière, dans la province française, à la veille de la seconde guerre mondiale. Annie est une jeune fille modeste, un rien fantasque par rapport à son milieu, elle aime peindre. Madame M. est une bourgeoise aisée, mariée, malheureuse car sans enfant, dépressive et tordue, un peu, quand même.

Si Louis aime Annie, madame M. aussi, mais pas pour les mêmes raisons, manipulatrice, méfiante et machiavélique, madame M. entraine Annie loin de son destin tranquille et de Louis, et l'histoire du secret se tricote en pelote.

Dans la deuxième partie, c'est la partie maille à l'envers, on détricote le tout, toujours avec Camille et sa grossesse à elle en arrière plan.

Et à la fin, on a un récit bien troussé où les bébés retrouvent les bons berceaux et les mamans cigognes aussi. Ou presque.

24/06/2015

Suite française, tempête en juin, Emmanuel Moynot, d'après Irène Némirovsky

Verso.jpg"La France est sur les routes de l'exode", la France ? Mais pas toute, une certaine France, celle qui possède beaucoup, celle qui a les moyens de partir de Paris, menacé par l'avancée allemande fulgurante et déjà envahi par la défaite, celle à qui l'idée de résistance ne vient pas aux oreilles et qui fera ses choux gras, quelques temps plus tard, à Vichy ou dans la capitale refleurie de panneaux indicateurs vers la collaboration.

Cette France là est croquée dans un dessin en noir et blanc, des lignes de traits quasi façon Tardi. Quelques pages suivent un personnage, une famille, un couple, dont les destins parfois s'achèvent et parfois se croisent. Un trait drôlement intelligent en tout cas, qui vous campe une psychologie en quelques vignettes. La lâcheté est dans les trognes, la cruauté, aussi, du chacun pour soi sur les routes trop fréquentées, embouteillées, de la fuite.

La pierre centrale, pur produit de ce que pouvait produire l'alliance entre l'église bondieusarde et la banque, est la famille Péricand, la mère, le père, les deux fils. L'aîné, l'abbé Philippe, mène les orphelins de "l'oeuvre" à son pas moralisateur, aveugle à tout ce qui n'est pas le droit chemin de sa morale. La mère sème à tout va les petits gâteaux de la bonne charité chrétienne, jusqu'au ce que ses propres enfants en manquent. Le père a pris les devants avec les papiers de la banque et sa maîtresse, si frivole que sa combinaison ne prit pas un pli dans leur fuite éperdue au travers d'un pays qui a déjà plié bagage et rangé la Marseillaise. Affreux et méchant, l'écrivain national Corte pleure sa renommée et son champagne sur les routes surpeuplées de cette populace qui lui donne des hauts de cœur. Pleutres, égoïstes, petits d'âme, ils errent de concert ...

Il y a quand même des gentils, les Michaud père, mère et fils, des petits obscurs, eux, ballottés par les détours de l'histoire, les seuls pour lesquels on en craint les méandres.

Un roman graphique très juste, au point que je n'ai pas eu envie de relire le romans d'Irène Némirovsky, tant cette adaptation se suffit à elle même.

20/06/2015

Les oiseaux, Daphné Du Maurier

3466755_7_7941_devant-les-centaines-de-mouettes-on-replonge_e526533a71beafa0caedc0b4fe586585.jpgSi vous n'aimez pas les nouvelles, si elles vous laissent un goût de trop peu, si le format court frustre votre goût immodéré du romanesque au long court, alors, il faut, d'urgence lire "Les oiseaux". A cause que ces sept nouvelles remplissent tellement toutes ces anti-conditions, qu'on en redemanderait alors qu'on est déjà plein. Moi, ça me fait cet effet-là avec les trucs que j'aime vraiment: les fraises tagada, les oeufs à la neige, le pain perdu, le chocolat blanc fourré aux myrtilles, et donc, logiquement, Daphné du Maurier.

Le must du recueil est est, bien évidemment la nouvelle titre, "Les oiseaux". Je ne dirai rien du film Hitchcock, que je connais évidemment par cœur, ce qui ne me gêne absolument pas pour le revoir encore, malgré les commentaires acerbes de fiston : "On voit tous les trucages" - "M'en fiche" articule-je, enfoncée jusqu'aux doigts de pieds dans le plaid et gavée de chocolat blanc fourré aux myrtilles

Grande surprise ! La nouvelle n'a que peu de points communs avec le film ; point d'inséparables, pas de blonde citadine hyper classe et hyper injustement traitée par le beau Nath, mais, un Nath seulement, avec femme et enfants, fermier, père de famille tranquille, qui voit poindre sur les vagues les attaques ailées et tente de résister, dans le silence assourdissant de la radio, à ce qui semble bien être la fin du monde ... Rien de moins qu'un pur chef d'oeuvre, ce qui fait qu'avec le film, ça fait deux.

 Suivent six autres histoires qui mêlent, elles aussi, avec une efficacité ciselée, l'étrange et l'ordinaire. "Le pommier" par exemple, où dans une campagne très "country", une femme acariâtre meurt, libérant ainsi son mari de sa tristesse stérile. Mais dans le verger, repousse un vieux pommier dont le poison se distille à petites gouttes.... "Encore un baiser" mène une très chic mère de famille, lors de vacances très vides, dans un hôtel très chic aussi et bondé d'admirateurs potentiels, vers une liaison amoureuse à l'essai. Son ennui, la chaleur, sa beauté inutile entraînent la belle indifférente au bord de la falaise ... Dans "Mobile inconnu", un arrière goût d'Agatha Christie flirte avec la folie d'une jeune femme pour qui la naissance d'un enfant aurait dû être une joie ... 

Un pur régal, le ton Daphné jusqu'aux bout des ongles, entre lumière et crépuscule, où le pire n'est jamais sûr mais toujours incertain, et c'est encore pire ....

16/06/2015

Les arpenteurs, Kim Zupan

les arpenteurs,kim zupan,romans,romans américains,western et cieLes arpenteurs ne sont pas des cow-boys, ni des vachers, ni proches des figures mythiques de l'ouest américain des westerns classiques, d'ailleurs, on n'est presque pas dans l'ouest, puisque l'on est dans le Montana, ce qui n'a d'ailleurs presque pas d'importance, sauf pour le côté grands espaces et trou du cul du monde en même temps. 

Les arpenteurs sont deux, et en plus, ils n'arpentent pas grands chemins, à vrai dire. Le titre en anglais est "The Ploughmen", ce qui, selon ma traduction toute personnelle donnerait quelque chose comme "des laboureurs nostalgiques qui traînent des charrues imaginaires et des grosses névroses" ou " des mecs qui remuent la terre de champs où pas grand chose ne pousse, mis à part des crimes et des fantômes, mais dont la poussière colle aux godasses et à l'âme". Pour moi, c'est plus juste, mais évidemment, je comprends l'éditeur, cela fait un peu long.

Le plus vieux des arpenteurs est un tueur sans remords, il a commencé très jeune dans la carrière, presque par hasard ( un histoire de chien qui japait un peu fort ...), et continue le job depuis des décennies, sans jamais se faire vraiment prendre, puisqu'il a une technique imparable, il disperse les morceaux de cadavres dans la nature pour empêcher toute identification. Son seul mobile est le vol. Il peut rester des heures sur le pas de la porte de sa ferme, et puis se lever et partir au boulot, laissant sa femme, Francie, comme seul point d'ancrage derrière lui. Ses grandes mains sont expertes à démembrer et à creuser des fosses, même si il l'aime, sa Francie ... Sur son dernier coup, il a laissé un partenaire vivant, ce va causer sa chute.

Dans le couloir où il attend son procès, arpente le jeune Valentine Millimaki, adjoint au coeur presque tendre, et un peu en vrac, à cause du manque de sommeil, le nouveau rythme de ses nuits de garde est en train de lui coûter sa femme, son point d'ancrage à lui aussi, sauf qu'elle en a vraiment assez de s'ancrer dans une ferme où la porte laisse passer les chacals, sans compter les courants d'air. Valentine est un homme de fantômes, celui de sa mère, celle de la ferme de son enfance, ceux des disparus dont il retrouve les cadavres, toujours trop tard, dans les montagnes où les hommes se perdent, s'enfuient, s'effacent ...

Face à face, l'un enfermé, l'autre presque libre, le salaud livre des brides de sa mémoire meurtrière au candide, qui semble devenir une proie, qui flotte ... Une pomme, une femme, une ferme, trois points communs de trop avec le tueur et ce n'est pas sans faire frissonner sa lectrice, qui reste attachée aux pages, tremblante comme un agneau survolée par les cercles concentriques d'un faucon au sang froid.

Oui, c'est un livre qui vous accroche, qui vous râpe dur et vous empoussière. De superbes pages, où la cadence des mots vous vrille une lectrice en plein vol de nature writing au-dessus du cul de basse fosse des âmes, et pourtant ... il y a du vide autour des personnages, je veux dire qu'ils ne sont pas vraiment plantés quelque part, l'itinéraire de chacun est elliptique et m'a laissée (un peu) au bord du champ final. Quelques points de suspension dans le récit, une impression de collage de deux histoires, (un peu) artificiel. Mais ce n'est qu'un bémol d'après lecture. Un petit bémol après une lecture que j'ai dévorée, c'est (un peu) injuste .... 

 

Une première lecture commune avec Philisinne Cave , en attendant les suivantes ... 

 

12/06/2015

Du bon usage des robots

robot-d-android-avec-des-lunettes-de-soleil-32724235.jpgSans en vouloir aucunement aux tenanciers/tenancières des blogs que j'aime, mais/et, où il faut prouver que l'on est pas un robot avant de poster un commentaire super dispensable (je parle des miens, bien sûr ... pas de ceux des autres qui arrivent toujours avant moi, et que je me dis "mince, c'est ce que je voulais dire ... et maintenant, je dis quoi ? ben rien"), j'avoue que je ne peux m'empêcher de  dire que l'exercice me plonge dans des affres existentielles, que, j'avoue encore, je n'aurais jamais pensé avoir à patauger dedans ...

Parfois, il faut sélectionner, après avoir commenté "Je note, il a l'air super bien ce titre" ( ce qui ma tendance générale) , toutes les images de café. Moi, tant que le café est dans une tasse (un mug, un bol), ça va ... Mais, l'affre commence devant l'image floue d'un grand verre (le flou étant peut-être dû au fait que je retrouve rarement mes lunettes, car il se trouve que comme je n'ai pas besoin d'elles pour lire les commentaires, je m'en munie rarement à l'avance devant l'ordi). Un grand verre avec du liquide noir dedans, cela peut-être une guiness ou un Irish Coffée, or dans un Irish, il y a du café. Faut-il sélectionner les images avec du café pur ou du café avec des trucs dedans ? C'est pas marqué. J'angoisse : je valide ? je ne valide pas ?

En soi, je m'en fiche de valider (ou pas) une Guiness déguisée en Irish ( ou l'inverse ( pour les lecteurs qui suivent encore, sachez que j'ai bu un Irish il n'y a pas longtemps et qu'il y a bien du café dedans ...)). MAIS, c'est juste que si je me gourre, je devoir passer la sélection de rattrapage, celle des aliments, qui est la sélection que je redoute le plus.  Surtout à cause des petits pots en verre, les verts, surtout.

Des petits pots en verre genre batraciens, verrines de pistache fluo, des trucs qui n'existent pas en vrai ( en tout cas, moi, je ne les mangerais pas, même sous la menace de devoir lire un Musso, un Houellebeck, sans parler d'un Levy Marc Jean Bernard Henry confondus). Je regarde, pétrifiée,  l'image floue d'un guacamole boosté aux colorants d'avocats génétiquement modifiés par un accouplement de reinettes égarées hors d'Andersen, et je me dis "je coche ou pas ? C'est un aliment ? ou pas ? 

Et me voilà plongée dans mes affres d'incertitudes ... J'ai beau plisser des yeux, le flou reste ( évidemment, je ne suis pas allée chercher mes lunettes, trop plongée dans mon affre ...), le vert reste aussi. Et je n'ai toujours pas publié mon commentaire. 

Ai-je déjà dit à quel point je ne lirai pas Ferrari, parce que Ferrari, je ne peux pas depuis que je n'ai jamais réussi à passer les dix premières pages de "Là où j'ai laissé mon âme", ai-je déjà dis à quel point "Le liseur" est pour moi un livre qui m'a mis sur la piste d'Hannah Arenth ? Je ne sais plus.

Mais la souris tendue, je clique, je suis en sueur froide, j'ai bon. J'ai prouvé que je ne n'étais pas un robot. Je suis super fière. J'ai reconnu tous les aliments.

Quand même, les concepteurs du machin sont de sacrés vicelards, anti-commentaires. Ils mériteraient de bouffer les verrines verdâtres en buvant la guiness déguisée en sushi.

Bons commentaires à tous ! 

 

08/06/2015

(Re)lire Mauriac : un message de la coterie des sagouins/ sagouines

4412968_Fotor.jpg

Vous aimez que l'on vous conduise dans la dense amertume des obscurs tréfonds de l'âme ?

Depuis que votre arrière grand oncle a légué tout son héritage aux bonnes oeuvres de la paroisse, vous avez un scalpel contre la mesquinerie hypocrite de la bourgeoisie provinciale ?

Vous prenez un plaisir sadique à voir disséquer les failles des amours qui auraient pu être, mais ne sont jamais nés, étouffés dans le silence d'un feu de cheminée où le bois des landes crépite ?

Venez découvrir (ou redécouvrir) un univers suranné et oppressant, où toute joie est un péché, où la terre compte plus que les hommes ....

Mieux que Chabrol et Stephen King réunis, le monde impitoyable de Mauriac vous ouvre ses pages, peut-être un peu cornies et jaunies, mais terriblement palpitantes, pleines de rage et de coups de griffe.

Ingannmic et moi-même nous y sommes déjà risquées, à pas feutrés, nous avons rouvert "Génitrix" (ici pour elle et pour moi), goûté son poison distillé avec tant d'amour que nous vous proposons de nous rejoindre, plumeaux en main, pour dépoussiérer vos étagères de lycéens / lycéennes, de sagouins et de sagouines en herbe ou en puissance, langues de vipères s'abstenir ...

Le 30 ou le 31 de chaque mois (selon le nombre de jours du mois, ce qui va me demander un tant soi peu de concentration ...), rendez-vous autour d'une oeuvre, sans obligation d'inscription ou de suivi : on peut s'y tremper une fois, pour tenter, ou prendre le grand bain, sous le feu du soleil piégeux, quand même ...

Pour le 30 juin, "La pharisienne" vous attend au coin du bois.

 

 

 

 

 

06/06/2015

Dans le jardin de la bête, Erik Larson

dans le jardin de la bête,erik larson,documentaires,documentaires historiques,docufictions,dans le chaos du monde" Dans le jardin de la bête" est un texte passionnant, qui m'a passionnée et dans lequel je me suis quand même passablement ennuyée.

Je dis texte parce que c'est une sorte de docu fiction, entre documentaire très documenté (archives à l'appui) et reconstitution romanesque pointilliste. Il retrace l'itinéraire de monsieur Dodd, un déjà vieil historien, passionné par l'histoire du sud des Etats Unis, qui se retrouve propulsé, par les hasards d'une morne carrière et d'une vacation des professionnels de la diplomatie, au poste d'ambassadeur dans le Berlin de l'année 1933. Armé de sa famille et de ses convictions, il s'embarque avec voiture hors d'âge et directives diplomatiques floues, vers le jardin de la bête en construction, et  se retrouve coincé dans un rôle qui ne semble pas, de l'avis de tous et de lui-même, taillé à sa mesure. 

La haine est déjà bien mise en oeuvre dans la ville gangrenée, mais la façade est encore séduisante et propre, alors que commencent à se déchaîner les rancoeurs, les violences anti sémites et la volonté de revanche. Dans une sorte d'impuissance vague, Dodd n'en prend la mesure que par ricochets. Par contre, sa fille, la belle Martha, frivole, volage, est piquée par la beauté de cette nouvelle force qui va, droite et fière comme la jeunesse blonde. Elle va y puiser amants, fêtes, promenades en voitures décapotables, pique nique bucoliques, jusqu'au moment où, elle réalisera la véritable nature du régime nazi et tournera casaque.

 Mon résumé est très schématique et incomplet. Ce qui m'a passionnée dans cette lecture est le décorticage de l'impuissance de Dodd, une impuissance qui n'est pas vraiment de son fait mais qui prend racine dans l'incapacité intellectuelle de comprendre ce qui est en train de se mettre en place. Comme beaucoup, il ne peut pas penser ce qui est proprement impensable, et comme beaucoup, il regarde s'agiter Hitler avec le scepticisme d'un vieil humaniste : le régime nazi ne pourra se maintenir avec de tels olibrius à sa tête ...  Quand Dodd a des éclairs de lucidité, ils sont contrariés par les mécanismes des démocraties européennes, l'administration américaine, entre autres, qui se focalise sur le remboursement de la dette de l'Allemagne ... Un petit pas de Dodd, vers une expression libre lors d'un discours, lui vaut des remontrances de l'appareil, qui, cependant, lui aussi, est faillible et ne fait guère preuve d'un dynamisme anti-anti-sémite à toute épreuve, préoccupé surtout par les agressions commises par les S.A sur les américains ignorant le salut nazi. 

L’ascension était résistible a dit Brecht, on voit à travers ce livre que la résistance était aveuglée par bien des filtres, et que l'histoire ne se réécrit pas.

Ce qui m'a ennuyée, quand même, car ennui il y a eu, ce sont les répétitions, le recours constant aux archives diplomatiques et archives personnelles de Dod et de sa fille, journal intimes, lettres, rapports diplomatiques ... le rythme de lecture en est ralenti car l'écriture s'auto valide sans cesse. Le mélange entre les deux genres, document historique emballé dans la serviette de la fiction, m'a gênée, ce qui ne remets pas en cause la qualité du propos, évidemment !

 

03/06/2015

Le rapport de Brodeck, Manu Larcenet, d'après le roman de P. Claudel

romans graphiques,bandes dessinées,manu larcenet,philippe claudel,le rapport de brodeckLe rapport de Brodeck vu par Manu Larcenet, forcément, ma main n'a fait qu'un geste quand je l'ai vu en librairie, je l'ai saisi, puis, je l'ai feuilleté, puis, chose incongrue soulignée par fifille : "Tu le reposes ???". Ben oui. Là, tout de suite maintenant, tant de noir à la fois, je ne sais pas, je recule.

Mais comme je suis entourée de bonnes âmes, dès le lendemain : "Tiens, il vient de sortir, j'ai pensé à toi, je te le passe ...". Non seulement les âmes sont bonnes mais en plus, elle me connaissent bien. Donc, je prends, je pose (parce qu'il est lourd) et je tourne les pages. Assez vite d'ailleurs, car il y a peu de texte en fait. Et beaucoup de noir.

Il faut le dire, c'est un bel objet, un très bel objet, même, une bande dessinée d'un format inhabituel (à l'italienne, je crois) enfermé dans un carton protecteur très sobre, élégant, raffiné. Ce qui va ni avec le propos, ni avec le dessin. Mais bon, c'est un bel objet quand même.

Larcenet, peu être "Blast" ou "Retour à la terre", là c'est celui de "Blast", en noir donc, un noir très traits d'encre de chine, précis et brouillon à la fois, anguleux, d'un noir sans nuance de gris, un noir plaqué comme des traces cruelles qui clouent les personnages sur la page, les arbres aussi, les maisons, et quand c'est blanc, c'est, en général, de la neige. 

Le village, les habitants, les cochons, les renards, le camp, le marché, Brodeck, l'Anderer, son cheval, sa mule, tout y est. L'atmosphère est étouffante, un huis-clos laid, sale, crasseux, poissant. Pendent dans une vignette des lapins sans tête, dans une autre, des poules écorchées. C'est bien le roman de Claudel, celui de ces âmes noires et lâches, celui de cette oppression, celui de cette haine de l'autre, mais où le dessinateur a fait le choix d'enlever la grâce des petites lumières, Emelia, Poupchette, la respiration de la tendresse qui fait de Brodeck, l'épaisseur de l'être faillible, mais humain, du roman.

C'est beau, c'est du très bon, de l'excellent même, mais moi, il m'a manqué des pauses, des respirations, dans le tendu de l'histoire.

Et puis, sûrement que j'aime trop le roman, que je le connais trop aussi, alors, je cherchais telle scène, telle image, l'Anderer, je ne le voyais comme cela, pas sur le même plan que les autres, à la fois plus solaire et plus lunaire.

Bref, je n'ai pas lu du Larcenet, mais du Larcenet adaptant Brodeck, ce n'est pas la bonne posture pour apprécier cette oeuvre car c'est une non-lecture de Larcenet, je suis passée à côté.

 

31/05/2015

Génitrix, François Mauriac

génitrix,françois mauriac,romans,romans français,famille je vous haisJe ne sais plus par quelle aiguille nous sommes arrivées, Ingannmic et moi, à cette idée de (re)lecture commune, mais ce fut une très bonne idée.

En disant relecture, je me fourvoie quand même un peu, parce que, en ce qui me concerne, la première lecture de ce titre est si lointaine, que je ne gardais de "Génitrix" qu'une vague nébuleuse d'un truc à la Mauriac. Et c'est exactement cela, la cruauté d'un huis-clos des âmes dans une écriture classique et sans surprise, qui tranche dans le vif aussi efficacement qu'un vers de Racine.

Mathilde a épousé Fernand pour de mauvaises raisons. Pauvre cousine pauvre d'une dynastie bourgeoise qui ne peut que la considérer avec le mépris social dû aux cousines pauvres et orphelines, déclassée, arrogante sans pouvoir le dire, elle jette son dévolu sur le voisin, ce Fernand, qui lui a paru une proie facile et sa seule bouée de de sauvetage social de son existence. L'amour n'est pas le sujet de Mauriac.

Fernand, lui, a épousé Mathilde pour d'autres mauvaises raisons. Vieux garçon emmitouflé par sa mère depuis des décennies dans un carcan d'attentions, il est une sorte d'être immobile. Il a de temps en temps des velléités de révolte. Mathilde fut un de ses caprices d'indépendance, qui rapidement a tourné vinaigre, forcément .... 

Mathilde et Fernand se loupent, Félicité, la mère, jubile, elle récupère sous fils sous son aile, en bonne mére poule qui lui avait coupé si bien les ailes que le poussin ne pouvait se faire coq. Voilà la rivale à terre.

Seulement, voilà, Mathilde se meurt des suites d'une fausse couche, laissée solitaire dans les draps blancs glacés et la fièvre qui fait trembler son lit, abandonnée de toute affection. La mort fait de la rivale de la mère une icone dans le coeur du fils. Souffrance, jalousie, remords vont les tordent.

Dans ce très court roman, on passe de l'un à l'autre des personnages, tous les trois méprisables s'ils n'avaient l'excuse d'être étouffés dans le silence tordu des vrais sentiments, qui jamais ne sortent de ce huis-clos, comme jamais ne circule l'air dans les pièces de la vieille demeure. Chacun tricote le malheur de l'autre et le sien sous le regard de la vieille bonne, ultime refuge d'affection pitoyable. C'est cruel et feutré comme un règlement de compte dont les victimes sont aussi les coupables, sans rémission possible.

Du Mauriac, quoi !

 

29/05/2015

Le chant d'Achille, Madeleine Miller

Jacques-Louis_David_Patrocle.jpgIl n'y a pas longtemps, j'ai relu dans une note sur un blog que je sais fréquenter assidûment , ( j'ai recherché mais je ne retrouve plus lequel, désolée ...), cette expression de Colette, pleine de confitures et de douceurs pour moi : "Que j'ai eu du goût ....". Et ce roman me donne l'occasion de la réutiliser à mon tour, car, oh oui, que j'ai eu du goût à lire "Le chant d'Achille" ...

Ce n'est pas une pépite, un livre "où l'on a du goût". Dans une "pépite", il y a le coup de foudre de l'immédiat, la stupéfaction du temps suspendu. Dans l'autre catégorie, il y a le goût de s'enfoncer sous une housse de couette à plume, ou de mettre les doigts dans le pot de pêches au sucre ... Quelque chose de l'ordre du plaisir en cachette. Non pas que "Le chant d'Achille" soit une lecture à cacher, mais elle a le goût d'une relecture pour esprits retors et enfantins.

Imaginez-vous donc l'enfance d'Achille et son épopée troyenne, revue par les yeux de Patrocle, l'ami intime, ici devenu l'amant fidèle et inconditionnel du demi dieu, qui le lui rend bien. Achille et Patrocle en couple fusionnel, voilà qui vous retourne l'antique modèle, sans d'ailleurs que la virilité du super héros en prenne un coup, simplement, elle résonne autrement.

Imaginez-vous Thétis en mère poule (inquiétante, quand même) elle a un petit trident contre Patrocle ... Elle vous sort des eaux pour un oui ou non, de peur d'une atteinte à la future gloire éternelle promise à son fils par les dieux (volages comme ils sont, une promesse n'est jamais sûre ...)

Imaginez-vous un Achille rayonnant de poussière d'or qui jongle avec des figues fraîches sous le soleil de la Grèse Antique

Imaginez-vous un Ulysse plus roublard que nature qui arrache d'une ruse sa Pénélope en mariage, et le serment de fidélité en prime, à tous les prétendants éconduits, en refilant Ménélas à Hélène. 

Imaginez-vous les derniers regards d'Iphigénie briller de mille feux dans les regrets d'Achille.

Imaginez-vous l'endroit où le torse humain de Chiron devient cuir de cheval ...

Imaginez-vous au royaume du centaure sous les cascades des sources fraîche des premiers temps d'un monde encore sans guerre.

Imaginez-vous Achille, planqué par sa mère à la cour de Lycomède, et qui danse en jupette devant les sourires goguenards et entendus d'Ulysse et Diodème ...

Ils sont tous là, Ajax, Agamemnon, puis Hector, Paris, tous reprennent leur corps de héros aux pieds des murailles de la ville fabuleuse dont un seul gond de la porte des murailles faisait la taille d'un homme .... Les mécanismes de remplacement fonctionnent, l'amour d'Achille et Patrocle donne aux épisodes une nouvelle saveur, à la fois connue et inconnue, ils prennent une vie nouvelle, dynamique, à la fois intacts, tout neuf et immuables.

Habillée de neuf, la colère d'Achille, la mort de Patrocle, tout y luit d'un éclat nouveau, dépoussiéré des ruines de Troie, sous l'oeil peu amène des dieux qui ne rigolent pourtant pas avec le destin qu'ils ont tricoté aux hommes.

Un régal, je vous dis ....

Merci Dominique

26/05/2015

Nouvelles (moins) fraîches d'un étonnant toujours voyage

Athalie.jpgDeux ou trois choses extraordinaires qui me sont arrivées en ce festival du livre de Saint Malo : (et qui n'ont rien à voir avec les livres)

Madame Taubira m'a serré la main. D'accord, elle m'a prise  pour personne, juste une main à serrer en passant dans les allées quasi incognito ( deux gardes du corps seulement avec oreillettes). Elle n'avait pas le cadre de la lucarne autour, j'ai hésité en me disant, je la connais cette dame ...  Ce qu'on est couillon parfois !!! (la veille, il m'est arrivé la même chose avec Audrey Pulvar ... Je me suis arrêtée devant son stand comme une poule qui a pondu un oeuf ... Elle a juste souri "Bonjour madame" ai-je répondu, et j'ai pondu un autre oeuf). Bon, Taubira et Pulvar, ce n'est pas la même chose, évidemment. Devant Taubira, je pourrais pondre un coquetier.

J'ai applaudi Val. Enfin, avant qu'il ne fasse du Val et m'explique comment penser juste. J'ai une excuse, c'était après la projection du documentaire excellent "C'est dur d'être aimé par des cons". A ce moment là, je me sentais vraiment Charlie. Après, Val nous a expliqué comment il fallait être Charlie. Et là, je ne sais pas, mais j'ai voulu être Charlie autrement. A ma façon, sans diktat de sanctification.

Il y a eu débat entre les A. Pas sur le choix du panini ( Chorizo y corazon, surtout corazon, pour tout le monde) mais sur l'importance du "mais" de Russel Banks et de Taiye Selasie (l'auteure de "Le ravissement des innocents", tellement belle, jeune, fine, intelligente, que Wolinsky aurait fait du Tex Avery) : "Il y a eu barbarie". POINT versus "Il y a eu barbarie MAIS". J'étais pour le point ET le mais. Ce qui n'est pas une version facile à tenir face à mes copines A. qui ont autant de mauvaise (et bonne) foi que moi  ... (Référence à la lettre signée par certains auteurs américains qui n'étaient pas d'accord avec l'attribution du prix du "Pen club" à Charlie dont Russel Banks et Taiye Selasie). J'espère que sur un autre plateau, au moins, quelqu'un a parlé à Russel Banks de littérature ...

Pour finir, Olivier Gallmeister est juste extraordinaire (mais ce n'est pas un scoop) ... La suite de "Lonesome dove" (qui est en fait le début) paraîtra en automne prochain, et "La colline aux potences" aussi, un éditeur  qui tient ses promesses, quoi ... 

Ah non, il en reste un, un attaché de presse de chez Albin Michel ... J'hésitais devant l'achat du dernier livre de Doeer, "Toute la lumière que nous pouvons voir". Il me dit que c'est très bien. Je n'en doute pas. Je feuillette quelques pages. Je reste dubitative. Il me demande ce que je viens d'acheter. Je lui montre "Les arpenteurs". Il m'a proposé " La battue" de Rohan Wilson. Je l'ai sous le coude. Le scoop, c'est qu'il y a des attachés de presse honnêtes. 

 

25/05/2015

Nouvelles fraîches d'un étonnant toujours voyage

Athalie.jpgJe raconterai après, peut-être ou peut-être pas, comment on voyage, dans un Saint Malo de pacotille touristique, entre énervements, détestations, coups de coeur, coups de gueules, de coeurs (encore), découvertes et files d'attente et paninis au chorizo ( ou au corazon) ...

Deux journées en immersion livresque et  une mention spéciale pour le fanta à l'orange et aux pastilles perles de gorge (seuls ceux qui m'ont entendu tousser pendant deux jours pourront comprendre l’importance des conséquences des  frimas sur la qualité (oups !!!) de mes chroniques ( et merci aux A. qui m'ont soutenue à coup de bouteille d'eau, de champagne, et autres regards ...)

La liste est : 

"Le coeur qui tourne" Donal Ryan

"Les ombres mortes" Christian Roux

"Tu ne verras plus" Pascal Dessaint

"La battue" Rohan Wilson

"Incandescences" Ron Rash

"Les oiseaux" Daphnée du Maurier

"L'île du point Nemo" Jean Marie Blas de Robles

"Les belles choses que porte le ciel" Dinaw Mengengestu

"Un vent de cendres" Sandrine Colette

"La tristesse du samouraï" Victor del Arbol

"Les arpenteurs" Kim Zupan

"Le ravissement des innocents" Taiyie Selasie

"Le fils" de Philipp Meyer"

Toujours plein d'ailleurs qui sentent le neuf ... qui fleurent la découverte .. Et qui vivra la chevillette cherra  ...

 

 

20/05/2015

Etonnants voyageurs : y'a du lourd !

etonnants-voyageurs-2015-2.jpg

"T'as pris la bouteille de blanc ?" dit Athalie, diteIrma la douce.

"Celle de l'année dernière qu'on devait boire sur la plage, avec tes copines ? et qu'on a pas bu, vu que ça caillait / ventait / pleuvait / crachotait / que c'était trop loin ? Non." dit l'homme de la pampa.

"Et si pour changer on prenait du rosé pamplemousse ?"

"Tu crois que le rosé pamplemousse évite la pluie / le vent / la bruine (autre nom chez nous du crachin, faut varier les appellations, sinon on se lasse ... On n'est pas en Bourgogne, mais à saint Malo) ?

"Non, mais ça évite le tire bouchon."

"T'as pris les sandales, les bottes, les après ski ?"

"Les sandales sont dans le sac à dos et les bottes dans l'autre sac à dos. En cas d'inondation subite du palais du grand large. "

"T'as pris les tee- shirts ? les petits pulls ? le parapluie ? le maillot de bain (un moment surréaliste, dédié à A. dite Irma la baigneuse), les pyjamas d'intérieur ?"

.... moment de stupeur dus aux pyjamas d'intérieur, les nuisettes seraient-elles passées d'âge, (me dirait la A. qui se garde d'une jeunesse indélébile ?) ....

( Notice à l'usage des inconscientes qui oserait encore la nuisette dans les couloirs nocturnes d'un hôtel surpeuplé : elle doit être couvrante aux varicosités en tout genre, et autres rebondissements ventraux incongrus, voire aux pieds qui grossissent de manière inopinée )

"L’hôtel est réservé ? le resto ?" (là c'est la A. organisatrice)

"Les mêmes"

 "Non, parce que si on innove avec le rosé pamplemousse, faudrait pas abuser sur la moule, la soupe de poisson et le menu à 14 euros 50 ( de tête)"

" Tu crois pas qu'on pourrait prendre des cahouèttes en cachette ?"

" Pour les jeter aux auteurs ?"

" ...."

"Athalie, ma douce Irma, (et c'est là que l'on réalise que je suis pleine phase d'imagination idéalisante de moi même), nous partons pour un festival du livre, pas pour un zoo ... 

" Y'a quand même un côté musée des plantes anciennes, non ? un truc plein de livres, avec des gens qui causent d'idées, des qui font la queue pour des débats, qui mangent des paninis au rythme du café littéraire, qui achètent des livres uniquement pour avoir le nouveau sac de plage qui va avec ?"

"Un musée vivant de souvenirs à faire et à venir (c'est le côté sagesse ancienne de mon homme)."

Moi, je vois uniquement le côté pratique.  Comme chacun sait.

PS : promis, je réactualise mon portable avant ! Je ne râle pas sur la couleur des bracelets en plastique qui vont enserrer mon délicat poignet pendant trois jours ! 

Que chaque A. se retrouve, je distribue les bons points à la fin du week-end ... Qu'on se le dise !

 

 

 

15/05/2015

Bérénice 34-44, Isabelle Stibbe

bérénice 34-44,isabelle stibbe,romans,romans français,romans historiquesUn livre qui tient toutes les promesses de sa couverture, aussi alléchante qu'une affiche du "dernier métro" (enfin, pour moi, hein, tout le monde n'est pas obligé d'adhérer au kitsch historique ...) : le rouge de la sanglante histoire du nazisme envahit une salle de théâtre à l'italienne, le visage de la tragédienne glamour en papier glace collé dessus, en la pose affectée attendue.

L'autre promesse est dans le titre qui balise les trois coups du début et les rideaux de la fin ; 34, le début de la gloire, 44, forcément, la fin de quelque chose.

Evidemment, du coup, on pourrait reprocher un certain formatage : une héroïne fictive dans le milieu du théâtre, pendant l'occupation, son destin taillé pour la romance historique, et pourtant, paradoxalement, c'est ce balisage qui fait le charme de cette lecture.

Bérénice, au prénom prédestiné, aurait dû naître Kapelouchnik, si son père Moische, n'avait pas fui la Russie, la pauvreté et les pogroms, pour devenir Marcel Capel, soldat de seconde classe pendant la première guerre mondiale, et fier de l'avoir été, d'avoir combattu aux côté d'un instituteur féru de Racine, pour le pays des droits de l'homme. A la naissance de sa fille, Marcel est tailleur à Paris. A la mairie, un fonctionnaire va déjà changer l'identité de Bérénice, son nom de baptême sera Capet. Comme les rois de France, se vante le Marcel. Et la vie suit son cours dans la France des droits de l'homme ....

Dès petite, Bérénice est belle, Bérénice veut être une star, Bérénice rafle les premiers prix de récitation à l'école et s'applaudit en jouant devant les morceaux de fourrure, qui dans les mains de son père deviennent des manteaux. Puis, une cliente fortunée lui offre une soirée à la Comédie Française. Et ce devait arriver arrivera, la vocation lui tomba dessus, radicale et définitive, c'est sur ses planches qu'elle veut triompher, la scène de la Grande Maison, tragédienne sociétaire, sinon rien.

Evidemment, encore, comédienne et juive, selon ses parents, c'est incompatible ; une juive normale reste à sa place, ne fraye pas avec les goys dans une vie dissolue, évidemment, toujours, Bérénice y parviendra quand même, en coupant tous les ponts, en changeant de nom, en trichant avec ce passé-là, celui des pogroms et de la normalité juive ... Evidemment, toujours et encore, un peu de romance et d'aventure ; Bérénice croise l'ami fidèle, en la peau d'un écrivain symboliste, l'amant éclatant, dans le rôle de Nathan, musicien, juif et allemand, exilé et lucide sur ce qui est en train de se jouer, ailleurs que sur la scène de la Comédie Française où Bérénice fait ses classes, entre autre celle de Jouvet ...Evidemment, inévitablement, les nazis occupants arrivent et les lois antijuives se font carcan ... 

Un parcours de lecture, certes, convenu, l'héroïne y accomplit son destin exemplaire et édifiant, mais une lecture passionnante malgré tout, grâce au milieu dans lequel elle se déroule, pour l'essentiel, la petite marmite du théâtre durant l'occupation, où l'on voit que l'engagement artistique peut faire taire l'engagement tout court. Pas facile de secouer cette poussière trouve sans tomber dans le jugement à l'emporte-pièce, ce que le livre évite, et Bérénice porte bien jusqu'au bout son destin de papier.

Merci Katell

 

12/05/2015

L'arabe du futur, Riad Sattouf

l'arabe du futur,riad sattouf,romans graphiques,autobiographiesQuand mon homme est rentré à la maison avec cette bande dessinée sous le bras, honte à moi, mais j'ai lâché le Modiano en cours illico presto ( ce qui lui vaudra quelques aventures ...) et je me suis ruée sur ce titre, ô combien louangé, me semblait-il. (voir les restrictions d'Hélène)

Et rapidement, je n'ai pas compris ce qu'il y avait à louanger autant là ... Je passe sur le dessin, je n'y connais rien et il m'a semblé assez classique pour un roman graphique tels qu'on les lit depuis un certain temps, monochrome tirant vers le gris, avec des nuances de vert, jaune,bleu, pour distinguer les époques ( enfin, je suppose ...), et des gros traits noirs pour les personnages, très cadrés moyen.

Il est donc question de la jeunesse de l'auteur au Moyen Orient de 1978 à 1984. L'auteur est blond, très blond, ce qui lui vaut l'admiration de tous, vu qu'il est né d'un père sunnite syrien et d'une mère bretonne. Mère que le père a draguée de manière pitoyable au restaurant universitaire de la Sorbonne, et elle, prise de pitié, futla bonne copine qui se rend au rendez-vous.

Pauvre mais ambitieux, le père court après son titre de docteur en histoire, l'obtient sans gloire, se branche les oreilles de rancœur à Radio Monte Carlo avant de décrocher un poste de "maître" en Lybie. Premier séjour en dictature pour la famille. La mère, soumise, se convertit à un repassage éternel et à l'ennui. L'auteur ne découvre pas grand chose du pays, et nous non plus, du coup. Les affiches de propagande, les lézardes des murs des appartements, les restrictions alimentaires ... Cependant, rien n'entame les certitudes paternelles dans la croyance en la réussite de la politique de Kadhafi, et surtout dans la recherche de la sienne, qui si, elle pouvait se concrétiser sous la forme d'une Mercedes serait davantage la bienvenue encore.

Profondément agaçants, les personnages se limitent à leur hauteur de vue, et le narrateur à celui de son enfance, pas de distance critique, il reste dans l'admiration du père, et on se demande bien pourquoi, vu qu'en même temps, il en dresse un portrait de faux-cul de première.

La famille retente sa chance en Syrie, un retour aux sources auprès de la famille paternelle, et un nouvel espoir pour le père, construire une grande maison. Hafez El Assad remplace Kadhafi et le même point de vue d'un appartement vide sur un autre pays encore plus pollué, plus sale ... les habitants y sont les mêmes, ils puent la sueur, pour les femmes, l'urine, pour les hommes, les enfants y sont violents, stupides et morveux. Ils ne jouent pas avec les chiens, ils les enfourchent ... 

Le père est toujours aussi borné, l'enfant, toujours aussi, blond, la mère suit.

Je n'ai jamais fichu les pieds dans une dictature arabe, la véracité de la vision donnée n'est donc ce qui m'a dérangée, vu que je n'en sais rien. Juste, je me demande quel est l'intérêt de livrer cette vision, peut-être enfantine, mais justement, parce qu'enfantine, réduite à des sensations primaires et égocentriques et aux "analyses" politiques à très courtes vues d'un père spongieux et incohérent ....

 

08/05/2015

Une plage au pôle nord, Arnaud Dudek

une plage au pôle nord,arnaud dubek,romans,romans français,pépitesOù il n'est nullement question ni de plages, ni de pôle nord, mais plutôt de banquises oubliées qui se réchauffent les unes contre les autres, des petites, toutes petites banquises, des banquises qui n'en ont pas l'air (rien à voir avec le Titanic, en plus, c'était un iceberg), des banquises de tous les jours, des banquises invisibles, quoi, qui vont se faire un bout de chemin ensemble, et peut-être se fondre ... Allez savoir avec les banquises, c'est aléatoire, comme le hasard d'une rencontre entre un appareil photo numérique ( le numérique a son importance) perdu et d'un rendez-vous chez le podologue.

La femme d'âge bien mûr qui avait rendez-vous avec le dit podologue, Françoise Vitelli, fouille dans l'appareil trouvé par hasars avec méthode pour en retrouver le propriétaire qui s'avère être aussi anonyme que Pierre Lacaze, " scénariste et dessinateur de la série de S.F. burlesque "Les écuyers de l'espace", publiée par un micro éditeur savoyard. Trentenaire né à Lyon. Juriste en entreprise". Du lourd, quoi. De Pierre, on glisse à Jean Claude, son ami, le vrai propriétaire, en fait, esquissé en vrai loser en une phrase attendrie : " La vie est parfois sinistre, même pour les gentils garçons". 

Mais attention, Jean Claude, n'est pas un gentil bêbête, c'est un vrai gentil, au chômage, avec mariage raté et petite fille sur le coeur fondant.

Un appareil photo, un coup de sonnette, ainsi commence la tranquille Odyssée de Françoise et Jean Claude qui s'écrit dans un pavillon de banlieue, entre buffet en chêne avec santon de Provence, et coups de portos du dimanche partagés. Une histoire d'amitié entre une veuve que son Clyde de mari a laissé finir en Bonnie institutrice à la retraite, et un encore presque jeune homme ; l'histoire en pointillée de deux béquilles l'une à l'autre indispensables et fragiles.

Pourtant, rien de triste (ou plutôt, si, mais ce n'est pas écrit triste) dans ce récit (très, trop ?) court, un côté narquois au contraire, une sorte de tiré à la ligne d'Echenoz, sautillante et elliptique à la fois ... L'écriture de Dudek ressemble à ces minuscules éclipses de vie qu'on aurait croisées, un pas de côté dans la vision attendue, une acrobatie dans les lignes des phrases et des destins ; "Quelques détails, trois fois rien, l'essentiel. Faire quelques pas dans une maison, pour visiter, savoir si elle nous plait".

Attention, pépite ! 

Merci Keisha ...