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13/05/2017

Le miniaturiste, Jessie Burton

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Un livre qui a le parfum décevant de ceux qui avaient tout pour plaire : Amsterdam prospère et hypocrite, argent et bombance replètement replié sous les costumes protestants, et les fraises empesées des guildes ( vous saviez que les gâteaux en pain d'épice représentant une figure humaine pouvaient être interdits ?), un riche marchand mystérieux, iconoclaste et insolent, la réussite flamboyante accrochée à la guirlande du vent, et quelques pains de sucre qui moisissent dans des entrepôts ...

Le roman commence par un enterrement, une histoire sûrement bien sombre,car l'enterré est bien solitaire, entouré d'une communauté aussi curieuse que clairsemée, et très affairée à observer une femme ravagée, soutenue par sa servante dans le même état. Un passereau passe par là, aussi inutile qu'éphémère, une minuscule maison de poupée et cinq figurines anonymes en guise de fleurs et de couronnes.

Début allégeant, mais le riche marchand, Johannes se fait encore un peu attendre, (mais est-ce lui le futur mort, rien ne l'indique). Ce qui est d'autant plus singulier que Johannes vient de se marier, et que sa jeune, très jeune et très innocente épouse, arrive dans son opulente demeure. Nella, dix huit ans se trouve face à Marin, sœur de son mari, femme fort peu avenante et très mystérieuse, aussi comme le frère, le mari, absent pour affaires ... mystérieuses, évidemment.

Nella n'a pas eu le choix, son aristocratique famille n'avait plus un sous, et mari et richesses l'avait choisie, enfin, on pourrait le penser. Sauf que le mystère s'épaissit. Étrange maisonnée que celle de Johannes où Nella dort seule sous des édredons brodés trop lourds, que les bouteilles de parfums se brisent sous le lit, alors qu'en bas bruissent les sonorités des altercations entre le frère et la sœur, et que les deux domestiques, Cordélia et Otto, semblent ourdir des relations maîtres valets quelque peu décalées. Secrets de la maisonnée que tous gardent bien fermés à Nella, qui n'y comprend goutte à ce drôle de mari, à sa sœur bien fière, à ce domestique bien noir (au sens propre, il a été racheté au Dahomey par le maître), à cette servante qui écoute aux portes et gardant sa langue bien pendue dans le fond de sa poche.. Pendant ce temps, une silhouette scrute Nella, une femme blonde aux yeux clairs.

Johannes offre à Nella un drôle de cadeau de noce, une luxueuse maison de poupée, reproduction parfaite de la sienne, aussi vide et obscure. Puis des figurines arrivent, entre fantasme et cauchemar, elles se mettent à raconter une autre histoire que celle que Nella voit, à tâtons. La miniaturiste reste invisible, à défaut d'être muette, elle écrit de mystérieux messages, pas de raison qu'elle soit claire, alors que personne ne l'est dans cette histoire, pas même le lecteur.

Parce que lui, entre tant de couches de mystères, il peine un peu à la tâche à attendre que ça se décoince (bon, quand ça se décoince ça peut aller vite, d'un coup, il se retrouve dans un autre roman, qui se cachait derrière le premier). Tour de passe, jeu de colin maillard, la souris verte et amstamgram, la chevillette cherra finalement, les voiles seront levés, mais entre le fantastique, le roman fleur bleu, le roman historique, c'est un confus et lourd, finalement, on digère un peu gras ... 

 

06/05/2017

Caché dans la maison des fous, Didier Daeninckx

caché dans la maison des fous,didier daeninckx,romans,romans français,romans historiques,déceptionsL'histoire se situe à Saint Alban, dans son hôpital psychiatrique planqué en pleine Lozère. Et quand on connait la Lozère, on sait ce que planqué veut dire, la cache mérite son nom. C'est même un coin où la cache est idéale, voire côtoie l'oubli.

En 1943, cet asile pour les fous, mais aussi pour les psychiatres finalement, est devenu le refuge de quelques résistants. Et pas des moindres en littérature, puisque Paul Eluard y séjourna en compagnie de Nush. Dans ce livre, ils passent dans l'histoire d'une autre célébrité, même si elle est bien oubliée aujourd'hui, Denise Glaser. J'ai dû rechercher un peu dans ma mémoire des temps anciens que je n'ai pas vécus, pour retrouver trace de cette dame qui anima une mythique émission "Discorama" ( que nous connaissons en général pour les extraits montrant Brel, Ferré, Brassens ...). Ce fut bien après cette rencontre à Saint Alban, évidemment, où Denise n'est encore qu'une jeune résistante, mise à l'écart de son réseau actif, pour un moment de pause.

 Pendant son séjour à l’hôpital, Denise s'occupe comme elle le peut, elle regarde, écoute, range les livres éparpillés de la bibliothèque, tente un recensement. Elle entrevoit  quelques silhouettes d'internés, ombres qui passent derrière des murs qu'elle ne franchit que par des bribes de récits des soignants, ou gardiens. 

A Saint Alban, on accueille d'autant plus volontiers les résistants que l’hôpital est aux mains de médecins novateurs qui tente de pratiquer autrement que par la seule rétention, le soin des déviants de la raison.

Le directeur en est Lucien Bonnafé, résistant politique et médical. Il tenait un discours iconoclaste pour l'époque, pensant que la pratique artistique pouvait aider les esprits fêlés. il respectait, voire encourageait, leur libre expression. A ses côtés, œuvrait un autre médecin, François Tosquelles : républicain, marxiste et libertaire, condamné à mort par Franco. Voilà pour le côté médecins.

Côté littérature, Eluard et Nush apparaissent soudés l'un à l'autre, sur un coin de table ou au coin d'un lit. Denise ne s'en approche qu'à pas feutrés, si feutrés qu'on les entend à peine. De même pour les médecins, un dialogue ou deux autour d'un repas, pour organiser la disette de ces temps d'occupation alors que l’hôpital se doit de continuer à fonctionner et à nourrir les corps malades.

Avec tous ces personnages, l'histoire de saint Alban, si singulière, le roman, même court, aurait pu être foisonnant. Il est court, mais surtout elliptique. On garde l'impression d'être passé à côté d'un terrain tellement riche que les échos qui nous en sont donnés à travers le seul regard (très partiel en plus) de Denise, nous le rendent d'autant plus frustrant.

Daeninckx est pourtant souvent très tatillon et rigoureux dans ses reconstructions historiques, c'est donc étonnant d'en découvrir davantage par les annexes de la fin que dans le fil d'un bien mince récit ...

 

 

29/04/2017

Manderley for ever, Tatiana de Rosnay

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Suite à mon  enthousiasme pour La petite femelle, je me suis laissée dériver vers une autre biographie. Comme j'aime les livres de Daphné Du Maurier, d'un amour sans faille depuis qu'Ingannmick m'a relancée dans Rebecca, je suis passée outre la renommée grand public un peu facile d'effets de l'auteure de la dite biographie, en me disant que Daphné allait tout emporter, forcément.

Bon non, en fait, pas vraiment tout, car la passion tant littéraire qu'amoureuse qui fait que Daphné est une auteure bien plus sulfureuse qu'à l'eau de rose, retombe ici dans des plis bien repassés.  Tatiana de Rosnay suit son sujet pas à pas, et c'est sans doute ce qui m'a coincée, après les dérapages de Jeanada. Ici, tout dans le bon ordre : l'enfance, la fille chérie de papa, adoratrice de ce comédien à la mode, un poil égocentrique. Daphné est déjà solitaire, mélancolique, à part, et poursuivie par sa vie intérieure de garçon. Après, ben le fil est tiré tout droit jusqu'à la fin. Daphné grandit et avec elle son goût pour la lecture, l'écriture dans le carnet noir du journal intime. Le sentiment de sa différence aussi, elle joue toujours les rôles de garçon .... Le goût pour la France, lié bien sûr à ses origines, le goût pour le passé trouble des familles et les secrets, vu que dans la sienne, il y a en avait pas mal. La pension, la première aventure "vénitienne" dans les bras d'une pétillante professeure, leurs escapades, mi cachées mi relookées en stage scolaire, sont rendues ici aussi lisses qu'une permanente pour caniche de la bonne société.

738_maxpeoplefr184742.jpgDaphné en femme forte mais fragile a été effectivement couchée "for ever" sur le papier. Le livre est sûrement fidèle à la chronologie (je n'en sais rien, je n'ai même pas lu la notice de Wikipédia). On y trouve les intérêts de la dame ; la mer, la Cornouailles, les grandes demeures qui l'inspirèrent, dont "Mana", modèle de Manderley. L'auteure, en ne croisant pas les perspectives, s'en tient, sans apologie, quand même, à des analyses de surface. Le mécanisme d'écriture de l'auteure est démontré, à chaque fois de même : une "patère" dans la vie réelle (une maison, une femme ou un homme aimé, un fantôme du passé ...) donne la "route" de la fiction à la romancière qui s'enferme et file jusqu'au bout. Publication, Daphné gagne (Rebecca) ou perd (les derniers romans). Entre temps, elle a un mari qui part à la guerre et trois enfants.

De la sulfure, point n'en a été gratté le cul de la marmite. De la passion exclusive, par exemple, de la romancière pour son fils ... Même lorsque devenu grand et cinéaste ( de peu de renom visiblement), la romancière, si avare de ses apparitions médiatiques, consent à donner une interview en échange du passage d'un film sur les ondes. Moi, je veux bien, mais je me dis qu'il y avait du poil à gratter, là ... Mais bon, comme on n'a rien voulu m'en dire, et que j'aime bien le poil à gratter, je m'en vais aller lire du Du Maurier, sans autre filtre que ses fictions à elle : potions magiques et poisons ... 

01/02/2017

Le testament de Marie, Colm Toibin

Michelangelo's_Pieta_5450_cropncleaned.jpgL'idée du livre est juste de celles qui me font me précipiter sur un livre, l'histoire officielle retournée comme un gant et volte face vent debout aux constructions de la pensée, on culbute les mythes et on va voir sous leurs jupes.

Et ici, les jupes sont celles de Marie, la piéta, la mère des douleurs, celle qui a attendu sous la croix que le corps de son fils lui soit rendu, dans ce geste idéal de toute maternité souffrante qu'a sculpté Michel Age, figure éternelle de la tendresse humaine.

Sauf que Colm Toibin a pris le parti pris de laisser la piéta à Michel Ange et a pris en main une Marie humaine : elle a vu partir son Jésus avec ceux qu'elle dit être des fous, des laissés pour compte. Elle l'a croisé ensuite lors de certaines noces où on a crié au miracle, alors qu'elle dit qu'elle n'a trop rien vu, qu'il y avait bien trop de monde autour de lui,  et peut-être d'autres jarres de vin derrière. En tout cas, il était bien présomptueux ce jour là, son Jésus de fils, assez pour ne pas lui adresser la parole. Elle était venue le chercher, le prévenir de se cacher, les espions romains et juifs voulant sa perte. Ses discours et ses miracles font trop de bruit, il faut qu'il arrête ses paraboles auxquelles d'ailleurs, elle ne prête pas une oreille très attentive .... C'est juste que c'est son fils, qu'elle aime, comme elle a aussi aimé son père, Joseph, quoique les disciples de son fils, mort à présent, veulent lui faire dire dans sa maison solitaire à Ephèse. Elle, elle aurait quand même tendance à penser que la mort de son fils était programmée pour en faire le fils de dieu.

Marie subversive, Marie refusant de participer à la construction de la doctrine, Marie rétive à ces paroles de sanctification d'un mystère lui prenant fils et mari, l'idée était séduisante. 

Seulement voilà, le livre me laisse mi figue mi raisin. Marie résiste mais reste une figure nimbée de mysticisme. J'aurais adoré la voir lui fiche une bonne raclée à Paul (parce que cela ne peut être que lui qui vient ainsi la voir, tentant au passage de s’asseoir sur la chaise de Joseph). Des bons coups de battoirs qui lavent les voiles plus blanc et blanchit même les martyrs ...

Mais non, Marie, même mère plus que sainte, reste éthérée, insaisissable. Le halo de la sainteté ne se laisse pas soulever comme cela, mais bien tenté monsieur Toibin, on y est presque !

PS : pourtant, je persiste, il aurait bien mérité une bonne petite remise en cause le Paul. Depuis la lecture du Royaume, il m'énerve avec ses airs de monsieur je-sais-tout, celui-là ...

18/01/2017

Ciel d'acier, Michel Moutot

ciel d'acier,michel mourot,romans,romans français,amérindiensLe 11 septembre 2001, John Laliberté, dit Cat, assiste à l'effondrement des Twin Towers. Comme il est un "skywalkeur", un marcheur de ciel, un spécialiste des poutres d'acier qu'il faut monter pour construire la ligne d'horizon des buildings de Manhattan, il va aussitôt s'engager pour tenter de dégager des survivants du chaos. Dans les fumées toxiques et la chaleur insupportable, Cat découpe ce "mikado de l'enfer" à la plus grande vitesse possible de son chalumeau. Le roman dit l'urgence de ces premiers jours de la catastrophe, l'anéantissement immobile, la frénésie de la panique, puis la mise en route éberluée de ce chantier unique de désespoir. Cat y travaillera jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il ne reste plus un bout de béton et de fer, et que Ground zéro pointe sous le cimetière des tours jumelles.

Cat est une sorte de super héros de l'ordinaire des indiens Mohawks qui montent depuis des générations " à l'assaut du ciel". Il appartient à la sixième, dans sa famille. Il a quarante cinq ans, et il tient le chalumeau en honneur de ce métier et des valeurs qui y sont, selon lui, attachées depuis que ses ancêtres reprennent le marteau des mains de leurs pères. Il a d'ailleurs peu connu le sien, seul mort indien du chantier de construction des tours. Cat symbolise ainsi la fierté de la communauté indienne de ceux qui ont le vertige mais qui montent quand même.

Dans le sens inverse de l'histoire, un autre narrateur prend en charge le récit du début de la légende des Mohawks canadiens et retrace comment ces hommes des réserves se sont retrouvés liés à l'acier pour survivre après la disparition de leur principale activité sur les rives du Saint Laurent, qui était la conduite des bois flottés dans les rapides, la drave. En 1886 commence l'ère des ponts qui enjambent le fleuve et changent les donnent de l'économie du pays et donc des réserves indiennes. Alors les hommes des tribus s'adaptent et montent sur les piles, y semblent y danser, et se construit la légende.

 Un roman à deux voix donc, celle de Cat qui perpétue la tradition, et celle de l'ancêtre qui la fait naître, quelque peu contraint et forcé quand même, ce que le roman appuie peu, du moins, pas assez de mon point de vue. J'ai pourtant, beaucoup appris de ce roman, bien documenté, et en ce sens, réussi, mais c'est sur ce point qu'il m'a paru un peu court en bouche, mettant davantage en évidence la fierté de Cat et des siens d'appartenir à une sorte d'aristocratie indienne, alors qu'il me semble que ces quartiers de noblesse sont bien peu reconnus comme tels par ceux qui les embauchent, voire qui les exploitent, pour monter toujours plus haut les symboles d'une richesse dont les indiens profitent bien peu au quotidien.

Roman d'une légende plus que d'une réalité sociale, un livre qui vaut plus par son thème que par le traitement qui en est fait.

 

03/01/2017

California girls, Simon Liberati

california girls,simon libérati,romans,romans français,déceptions,dans le chaos du monde,famille mansonVoilà typiquement le genre de roman que je lis en me demandant pourquoi je le lis. J'ai quand même trouvé deux raisons en cours de route.

Raison numéro une : c'est un livre que l'on m'a prêté, et je lis toujours rapidement les prêts, (après, j'oublie de les rendre, mais c'est une autre histoire).

Raison numéro deux : un blog obscur comme le mien, inconnu des éditeurs, ne risque pas de parler d'un titre de la rentrée littéraire (oui, je sais, on en est à celle de janvier, mais par rapport à ma normale, je suis en avance ...), à moins qu'on ne me prête un livre de la rentrée littéraire. (je suis les indications de Sandrine pour faire remonter mon audimat)

Donc, j'ai lu California girls pour ces deux assez bonnes raisons mais qui ne contrebalancent pas complètement non plus mon interrogation principale : c'est quoi l'intérêt d'écrire un truc aussi plat sur un sujet aussi trash ?

Pour retracer l'itinéraire meurtrier, halluciné et pitoyable de la famille Manson, l'auteur prend le parti pris du métronome. On va de A à B pendant trois jours, le jour d'avant le jour J, le jour J, le jour d'après le jour J. Et il s'en tient là. Le jour J est, bien sûr,  (je me demande toujours pourquoi le jour J n'est pas celui du premier meurtre ... ) celui de l'assassinat de Sharon Tate et de ses amis, le 9 août 1969, dans la villa que la jeune actrice avait acquise pour y vivre d'amour avec Roman Polansky et leur futur bébé et où Susan, Patricia et Tex pénétrèrent, les considérant comme des cochons qu'il fallait saigner pour que prenne sens le cauchemar communautaire de leur gourou.

 La description de ces trois jours se fait sans mise en perspective. Manson commande, ses adeptes sous l'emprise de drogues obéissent, exécutent leurs victimes et reviennent au camp de base, comme on descend, visiblement d'un shut d’adrénaline.

Le point de chute de la famille est d'ailleurs longuement décrit, à défaut des motivations de ceux qui y vivent. Dans un ancien ranch pour séries télévisés devenu entreprise touristique plutôt minable, se côtoient des cows boys, un club de motards, un vieil homme aveugle et la communauté des hippies de Manson dont les mœurs très libres des filles permettent des orgies psychédéliques très dans l'air du temps. L'auteur s’intéresse tout particulièrement aux membres féminins, leur crasse et leur "esprit d'entreprise": voler du chou dans les poubelles, écarter les cuisses et s'occuper des enfants auprès de la cascade .... Rien que de très féminin tradi, finalement, nourrir, satisfaire le mâle dominant, materner ...

Leurs motivations pour rester moisir dans cette glauquitude se limite visiblement à la fascination sexuelle qu'exerce sur elles le gourou et à une forme de satisfaction sadique lors des meurtres, (dont le premier fut celui de Gary Hinman, un prof de musique un peu gay, qui avait eu la mauvaise occasion de côtoyer les modes de vie de ses meurtriers). Sinon, les filles, elles ont été cueillies sur la route ... et depuis, elle se droguent et elles s'envoient en l'air dès qu'elles le peuvent, sans même de petites culottes à enlever.

L'explication sexuelle ne fonctionne cependant pas pour Tex, ( l'auteur n'évoquant une possible attraction homo, mais peut-être parce qu'elle n'existait pas ....) le plus sauvage de la bande, mais aussi le seul homme, ce qui fait que d'explications, l'auteur n'en donne tout simplement pas. Ce qui est logique, vu le parti pris descriptif frustrant pour la lectrice que je suis.

Ce qui fait que dubitative, je reste. Au point que je me demande si je n'en ai pas appris autant en lisant les notices des personnages sur W. qu'en tournant les pages du livres, même si je le concède sans problème, le lyrisme noir autant que le pathétique aurait été de fort mauvais aloi pour évoquer la descente aux enfers du flower power, son pendant maléfique que fut, sans doute, la famille de Manson. L'aspect documentaire millimétré du roman ne m'a pas permis d'aller plus loin que l'immobilisme consterné devant les faits.

 

10/12/2016

Le testament caché, Sébastian Barry

plume-plomb.gifCe roman pourrait être l'exemple parfait d'un récit où une invraisemblance en cachant une autre, on se retrouve pantois au début, et finalement, aussi à la fin.

La situation de début : Roseanne Mc Nulty a cent ans et elle est internée depuis ses vingt cinq ans dans un hôpital psychiatrique, en Irlande. Hôpital est mot trop moderne en réalité, il s'agit d'une institution, l'institution de Roscommon, dirigée par on ne sait qui, mais le fait est que les bâtiments tombent en ruine, que les rats y règnent, et que le personnel, un balayeur distrait qui se balade la braguette ouverte, n'est pas de la première fraîcheur non plus. Il a été décidé que les locataires vont être relogés dans des locaux moins vétustes, et que la modernité allait balayer la poussière du passé sordide de cet établissement. Cet exil nécessite qu'une opération diagnostique soit menée et c'est le seul docteur Grene qui s'y colle : il doit établir qui peut être rendu à la communauté des vivants, dans cette collectivité de fous, dont il se doute bien, vu les temps anciens irlandais, que beaucoup ont été internés pour raison "familiale", que leur folie a surtout été de ne pas cadrer d'avec les normes sociales en vigueur dans une Irlande à la morale rigoureusement moraliste.

Le truc qui m'a bloqué est, bêtement sans doute, l'âge de Roseanne. A 100 ans, me suis-je dit, toujours bêtement, sûrement, après 75 ans d'internement, à quels vivants cette femme pourrait-elle être rendue ? Je comprends bien que pour que le roman fonctionne, il faut que ce personnage soit complètement coupé du monde, mais alors pourquoi partir du supposé qu'elle pourrait y retourner, le genre de cogitations internes qui me fait relire trois fois la même phrase, parce que je reste collée à ma question. Et que je m'en fait une montagne, quand, en plus Roseanne décide d'écrire son journal intime, pour dire sa vérité à elle, toujours bêtement, je me dis qu'elle en a quand même mis du temps, et quand elle le cache du docteur sous les lattes du plancher, je n'y comprends plus rien à la logique romanesque du bouquin.

Il se trouve, par ailleurs que la plume de la centenaire est drôlement alerte, comme sa vélocité pour cacher le journal (mais bon admettons  ...) et que même si elle a quelques trous, quelques visions troubles de son enfance, de son père et d'une histoire de sacs de plumes et de sacs de plombs qui tombent d'une vieille tour, et d'une autre histoire d’exécution dans un cimetière, elle tient quand même drôlement la cadence du stylo.

Les trous et les embellies vont être rectifiés par le second journal intime, celui du docteur, qui mène l'enquête sur le passé de Roseanne, une recherche un peu longuette, vue qu'il se perd souvent dans son histoire de deuil à lui, celui de son couple, puis de sa femme, en enfin, en gros, de ses illusions.

Il découvre que la père de Roseanne n'est pas l'homme intègre, victime du destin malheureux qu'elle décrit. Sur fond de première révolution irlandaise, sa misère et sa triste mort furent les conséquences de trahisons et de hontes que sa fille boira, à sa tour. Elle connaîtra le destin des femmes trop jolies, brisées par la rigueur morale d'un prêtre et d'une société rétrograde où les apparences et les ragots, firent son malheur, abandonnée sans pouvoir se défendre, comme un souvenir dont même la trace a disparu. Elle avait cru pouvoir être heureuse, avec Tom, son jeune et amoureux mari, dans une nouvelle Irlande. Elle sera bannie, rejetée de la communauté pour une rencontre furtive qu'elle ne peut pas elle même expliquer, avec un homme lié aux remords de son père, ou peut-être parce qu'elle avait en elle de la folie de sa mère.

Il y a de beaux, très beaux passages, à l'irlandaise, des passages de pluies, de rayons de soleil, de baignades et de jeunesse, des tristesses, des rêves de légendes et de rédemption ... l'écriture suit les méandres des pensées des deux personnages, si bien qu'on s'y croirait ... J'avais presque réussi à passer outre les cent de Roseanne quand j'ai vu se profiler le noeud de la fin, si gros et si inutilement dramatique, qu'un saumon irlandais ne passerait pas par le chameau de l'aiguille.

27/10/2016

Les réponses, Elizabeth Little

les réponses,elizabeth little,romans,romans policiers,romans américains,famille je vous haisJanie Jenkins est une sale gosse de riche, une it-girl genre Paris Hilton, elle n'a pas eu le temps de devenir aussi célèbre pour ses frasques sexuelles et alcooliques, mais elle a sans nul doute les mêmes marques dans sa garde robe. Janie commençait en effet tout juste sa carrière dans les tabloïds quand elle fut arrêtée pour le meurtre de sa propre mère, la richissime philanthrope mondaine et snobissisme Marion Elsinger. La fille y gagna la couverture de Vogue et dix ans de prison. Le mobile : la haine de l'autre, haine réciproque, il faut dire que dans le genre garces, la mère et la fille sont des pros. Sans doute une histoire de bottes Prada ....

Lorsque Jane sort de prison, à la faveur de la découverte d'erreurs dans les prélèvements du laboratoire scientifique, elle n'est pas blanchie pour autant, mais par contre, poursuivie par toute la presse à scandale, et principalement par Traque, un blog qui a mis sa tête à prix, dont le rédacteur est persuadé de sa culpabilité. Ben, oui, malgré toutes les preuves qui l'accablent, Janie clame son innocence, le problème est qu'elle ne se souvient de rien, elle était juste ivre morte quand elle a découvert le cadavre. De ce fait, elle part à la recherche de la vérité sur la base d'un indice tiré par les cheveux, qu'elle a épais, le dernier mot qu'elle a entendu dans la bouche de sa mère "Adeline", se révèle être le nom d'un trou du cul du monde, dans le Dakota du sud.

Et c'est ainsi que Jane, traquée par la haine de certains et la curiosité de tous, atterrit genre météorite people travestie en passionnée d'histoire, en plein festival des journées "poussières d'or", organisé dans une petite communauté totalement old fashion, et qui garde bien secret le mystère.

Mais le mystère de quoi ? C'est tellement alambiqué que j'ai rapidement renoncé à comprendre le pourquoi du comment du rapport entre l'avocat au sourire fluoré, les copines lesbiennes, les clefs de la penderie, le code du journal intime, les opossums, l'autre sale gosse, le méchant frère qui ne dit pas un mot, les gâteaux de l'organisatrice, le bal masqué, le coffre à la banque, et j'en passe ... L'intrigue est non seulement foutraque, mais les personnages sont aussi peu crédibles, l'intrigue se calque sur celle de Barbie et Kent (sous les traits d'un flic local)  au pays des ploucs. Et même si le rythme est assez enlevé par moments pour faire oublier les virages étranges du scénario, c'est un livre qui donne sans arrêt l'impression d'avoir loupé le début. ce qui est assez frustrant.

11/10/2016

Agnès Grey, Anne Bronte

agnès grey,anne brontê,romans,romans anglais,déceptionsLes côtes casées, ça vous incite à faire dans le léger, côté poids du livre. Donc, ma liseuse a (re)pris du service. Elle était pleine à craquer de titres classiques que je n'étais mis de côté, au cas où ... du Dumas, du Austen, des vieux trucs dont j'avais oublié les titres ... Du bout des doigts, j'ai parcouru la liste des pas lus, indiqués par un 0 °/°. il n'y avait que cela et des 1 °/°, quand j'avais cliqué sur la couverture. Du coup, j'ai aussi découvert les KO. En langage liseuse, c'est pour dire court ou long, du moins, c'est ce que j'ai compris. Alors, j'ai pris 0 °/° à 400 KO epub, et c'est comme cela que j'ai découvert Agnès Grey.

L'histoire sent l'autobiographie, même si j'espère que la Anne fut moins cruche que la Agnès ... Fille d'un membre du clergé anglican, Agnès a été élevée en vase clos avec sa sœur dans un presbytère, loin du monde et sans famille extérieure, vu que sa mère a choisi le mariage d'amour plutôt que la fortune. Le père, un peu fantasque et vaguement dépressif, perd le reste de leurs espérances dans une opération commerciale hasardeuse, et voilà Agnès qui décide, pour le bien commun de devenir gouvernante, au grand dam de sa famille, qui bien qu'aimante, a cependant bien conscience qu'elle ne sait quand même pas faire grand chose.

Qu'a cela ne tienne, Agnès se lance dans une première famille. Bien sombre, la famille, la mère est idiote, le père violent, le fils torture les oiseaux et la fille se tord par terre en crises d'hystérie pour rester ignorante. Chouette, du gothique, à la Brontë !!!! Ben non, finalement, Agnès, au lieu de tomber amoureuse du père violent, voire de la mère idiote, ou de se compromettre définitivement en des affres de culpabilité morbides face à son incompétence et à l'incurie de son sort, ben non, elle se contente de jeter l'éponge et d'aller voir ailleurs si le diable y est. Enfin, c'est plutôt le bon dieu de la morale qui guide ses pas, à elle. Et c'est bien dommage, parce que le diable, c'est plus rigolo.

En fait de diable, elle en trouve quand même un petit, dans la jeune personne dont elle se voit confier la charge. Vous devrez vous passer du prénom, parce que ma liseuse n'a pas l'option retour arrière rapide. En gros, la jeune, fille n'est pas un parangon de vertu aux yeux d'Agnès, elle qui s'évertue sans succès aucun à lui montrer le bon chemin. Car malgré son inclination pudique et effacée pour un clergyman aussi froid qu'un hareng saur et aussi démonstratif qu'un poisson plat, notre nonne de l'éducation ne se permet aucune mauvaise pensée, aucune initiative, pas un regard plus haut que l'autre, même quand l'autre reste sur la Bible ... Pas comme l'autre, la mauvaise élève qui papillonne autant qu'elle le peut et tente de briser tous les cœurs possibles à sa portée, même si le cercle restreint du village ne lui permet quand même pas faire les conquêtes qu'elle pense mériter. Une fois mariée à qui elle devait être mariée, le sort se chargera de lui faire regretter sa condition, alors que la souris grise d'Agnès, coulera des jours heureux, ternes, mais moralement ternes.

Bref, un Brontë aussi plat qu'une limande sans citron.

20/07/2016

La vérité sur Anna Klein, Thomas Cook

la vérité sur anna klein,thomas h. cook,romans,romans policiers,romans américains,romans historiques,déceptionsUn jeune journaliste rencontre un vieux monsieur, Thomas Danforth, une figure d'un autre temps des USA, celui de l'avant deuxième guerre mondiale, celui de la montée des périls en Europe, celui où, vue de Brooklyn, la ligne de partage entre les gentils et les méchants n'était pas encore clairement établie et où les nazis pouvaient encore passer pour un rempart contre le communisme.

Par hasard, en ce moment flottant, Thomas Danforth passera du côté des gentils, et du même coup, du statut de riche futur héritier et futur époux standard, à celui d'espion. Il intègre une mystérieuse organisation secrète qui a compris l'urgence de mettre en place un plan. Le problème étant lequel. Ben, à vrai dire, ce n'est pas clair, même à la fin du livre, je n'avais toujours pas saisi le fil. Ce qui est certain, par contre, c'est que la clef de voûte du plan qui n'existe pas encore est Anna Klein. Personnage protéiforme et insaisissable, venue du fin fond de l'Europe, elle semble déterminée à mourir. Mais on ne sait toujours pas pourquoi. Pas grave, elle fascine Thomas, juste pour ce mystère de cette détermination, et celui de ses origines, mi juive, mi turque, mi persécutée, mi machiavélique, (mi cochon d'inde ?), cette silhouette floue et très silencieuse entraine Thomas dans son sillage de bombe à retardement dans le fameux plan qui commence aux USA pour se poursuivre à paris, puis en Allemagne, toujours en quête d'un sens. pour elle, il tournera le dos à un destin tout tracé pour plonger dans l'inconnu sur les pas et dans la flamme d'Anna.

Mais que ce livre est lent ! Les chapitres languissent en alternance entre l'histoire de Thomas et d'Anna, et les remarques du journaliste sur le vieux monsieur qui raconte cette histoire en face de lui, lui-même louvoyant dans son passé en de longues circonvolutions ressassant le charme d'Anna, le mystère du charme d'Anna, ce qui finit par flinguer l'un et l'autre, le charme et le mystère, je veux dire ( et l'intérêt de la lectrice qui s'étire ...)

Les étapes de la formation d'Anna sur le sol américain n'en finissent pas de piétiner. On se dit qu'une fois sur le sol européen, il va bien falloir que ça s'accèlére, que ce famaux plan nous fasse vibrer d'angoisse. Ben, non, vu qu'il va s'agir d'assassiner Hitler, et que Hitler, on sait bien comment il finit, et que Anna n'y fut pour rien. On aurait pu alors frémir au tragique d'une grande passion d'amour déchirée par les affres de l'histoire, histoire de se rattraper aux branches. Ben, non, non plus, tant passions et trahisons sont diluées dans le flapi.

Bref, à mon grand dam, et contrairement à ce que m'a affirmé la libraire, tout n'est pas bon dans Thomas Cook, et m'en voilà fort marrie.

11/06/2016

Le violoniste, Mechtild Borrmann

le violoniste,mechtild borrmann,romans,romans historiques,romans policiers,roman allemandsBon, j'avoue, je n'ai pas tout compris, je me suis un peu paumée dans les pères et les grands pères et leurs potes apparatchiks vieillissants, mais c'est aussi parce que quand je lis un polar, je mets mes neurones de côté, ça leur fait du bien et à moi aussi. Sauf que dans ce polar là, il en faut quand même deux ou trois pour retenir qui est qui et qui a fait quoi dans les noms russes. pourtant, ils ne sont pas trop compliqués puisque le héros, Sacha Genko, a perdu une partie du sien, Ossipovitch. Enfin, c'est son père qui l'a perdu, en arrivant de Russie quasi post soviétique, en Allemagne, et avant lui, le grand père avait perdu son violon, un stradivarius légué par son grand-père à lui, un prodige musical, aimé du tzar. Il est donc indubitable, dès le départ, que nous avons là une famille où il y a beaucoup de pertes. Et encore, je ne les dis pas toutes, juste le point de départ.

1948, Ilia Genko se fait arrêter par la police secrète et son mode lui tombe sur la tête, à lui, musicien aveugle au régime, ne vivant que par la musique, planant de concerts en concerts (même à l'étranger, il n'a pas entendu parler des exilés), sans rien voir, pas même que le communisme stalinien allait lui couper les ailes ( et les doigts aussi, mais, c'est pour plus tard). Et c'est là que le violon s'égare.

Sa femme, la belle actrice, Galina, vivait dans le même cocon et Ilia, va, sans le savoir, l'entrainer dans sa chute vers la sous humanité des camps glacés et perdus.

Deux générations plus tard, Sacha, ni musicien, ni surdoué mais un peu paumé, car il porte en lui l'atavisme de la perte de soi et de ses repères, n'a par contre jamais entendu parlé de celle du violon. Il se pensait fils d'émigrants russes, plus paysans qu'artistes. Un appel de sa sœur, perdue, elle aussi, et il se retrouve à remonter le fil vers son illustre ancêtre à la mémoire disparue (ben oui), et souillée, à l'aide d'une lettre écrite au verso d'une étiquette de boite de conserve du goulag, et de l'aide bienveillante de son mystérieux patron pour lequel, il craquait, jusqu'ici gentillement, des logiciels informatiques de surveillance.

Dire que ce titre m'a emballée serait quelque peu mentir, trop d'invraisemblances politiques et finalement peu d'atmosphère. Sacha va très vite dans sa retombée vers le temps de ses ancêtres, du moins trop vite pour moi qui aime les chemins de traverse et le glauque historique sans fond. J'ai eu l'impression d'un saupoudrage, une fine couche de KGB et quelques pointes de stalag pour la couleur locale et un ancrage minimum pour faire tenir debout la course poursuite au violon. Qui court vite et bien, mais un peu dans le vide quand même ...

03/06/2016

Blés de Dougga, Alia Mabrouk

les blés de dougga,alia mabrouk,romans,romans tunisie,romans historiques,déceptions.Dougga dépend de Carthage et Cathage dépend de Rome. le peuple de Rome a faim et les terres de Dougga ont du blé à foison. L'empire commence à s'effriter, les Barbares ont remporté quelques victoires, et Dougga commence à le savoir. La protection accordée par l'Empire baisse la garde, alors que les impôts imposés aux provinces en échange, augmente. En ce début d'été antique, Rome pour apaiser son peuple exige de ses possessions lointaines le double de la moisson habituelle.

C'est la mission que le jeune et beau procurateur Caecilius Metellus s'est vu confié et qu'il compte mener à bien en arrivant dans la ville assoupie, pour le moment dans la torpeur des terres africaines. Il y retrouve un ami, Marcillius, représentant officiel de Rome en cette terre anciennement numide, riche et fertile, que Rome a asservi, du temps de sa puissance. Si Caecilius se veut fidèle à l'Empire et à son bon droit, Marcillius, lui, a commencé à douter. Un peu, seulement.
Ce qui ne l'empêche d'offrir fraîcheur de la demeure et cénas pléthoriques. Caecilus arpente la ville, découvrant thermes, marchés, temples et richesses. Il se laisse séduire, lui, l'homme des étendues de mer bleue, par les charmes des vagues blondes des blés et autres odeurs du vent qui passe. Une séduction qui reste inconstante, pas suffisante en tout cas pour comprendre que la misère guette les populations, si ses exigences demeurent aussi élevées. Les seigneurs locaux ont préparé une coalition, qui tente de lui faire raison revenir. Mais fidèle à un idéal qui l'a élevé, Caecilus n'en retire que la gloire de les vaincre et l'énervement de les entendre.

Qui n'a qu'une oreille n'a point de raison, aurait pu être le fil conducteur de cette histoire, qui en fait n'en a guère, de fil. Le charme exotique du cadre et de cette antiquité carthaginoise est rapidement rompu par le trop plein d'érudition. L'auteure connait si bien son arrière plan historique qu'elle en met partout, ça déborde de l'histoire. Les personnages restent plats, sans liens, on les croise et ils disparaissent du noeud de l'histoire, n'ayant plus rien à faire, support d'un morceau d'exotisme , d'une odeur, d'une pratique, d'un dialogue ... Un ou deux chrétiens, deux prostituées, une beauté fatale, un prêtre taciturne, des courses de chevaux, on a l'impression d'un passage en revue.

Et si on garde l'envie de plonger dans des thermes à mosaïques avec le beau ( mais quand même pas fun) Caecilius, et de se faire au passage masser les petons par le gros balèze des bains, l'ancrage social, politique et le dilemme intime sont tellement esquissés qu'on les perd complétement de vue.

Et c'est quand même dommage.

 

 

26/05/2016

Le jour de la cavalerie, Hubert Mingarelli

la-cavalerie.jpgEt bien, la cavalerie n'est jamais arrivée, on est pas dans Rio Bravo, on est dans "l'art de l'ellipse" (dixit la citation qui est sur le quatrième), y'a même tellement d'ellipses que je me suis mise à chercher l'histoire, je ne l'ai pas vraiment trouvée, mais je pense que l'auteur l'a bien cachée, trop pour moi, en tout cas.

Il y a une vieille, muette et paralysée dans un fauteuil qui communique de la main avec le gars Samuel, qui fait donc toute la conversation à lui tout seul en tentant d'animer le dialogue avec des tours de passe passe à l'aide d’œufs. Il rumine des projets, tuer un serpent, tuer le vieux, réparer un moteur, une ampoule, faire un élevage, combler un fossé, dévier une rivière (non, là, j'en rajoute, ça fait trop ...), projets dont on comprend très vite qu'ils sont tellement ressassés que la vieille passera de vie à trépas avant que le moindre clou ne soit planté dans la poussière de la vieille ferme qui tombe en ruine.

On est quelque part au nord du sud des Etats Unis, ce qui ne change à la paumitude des lieux et de ceux qui y passent un temps qui semble infini, tant il ne s'y passe rien, et tant on y pense à ce rien. (Un rien voulu par l'auteur, c'est l'ellipse)

Un homme passe, Chester, il marmonne une histoire de stand de tir et de trophées qui ne valent pas un vrai tir à la chasse. Un autre arrive, Homer. Il vient du sud et dit la mer, enfin, surtout le chantier de démolition des bateaux qui ne voguent plus. Il pourrait peut-être redonner vie aux projets. Peut-être que d'ailleurs la vieille n'existe pas, peut-être que Sam a déjà tué le vieux, peut-être qu'il n'a pas tué de serpent, peut-être que Chester et Homer ne sont que des ombres de lui-même, égarés dans ce nul part que rien ne vient agiter, sauf la valse des oeufs entre les doigts du personnage.

De beaux tableaux de solitude, mais très très très, on l'aura compris, elliptiques .... Bêtement, j'en suis arrivée à palpiter à l'idée de la chute d'un oeuf ...

04/05/2016

Le rire du grand blessé, Cécile Coulon

printemps-poetes-2012-7-L-QBRckV-175x130.jpegL'auteure se glisse ici dans le dystopique. Le hic, c'est que dans le genre, il y a quand de grands ancêtres, et que pour le thème choisi ; le pouvoir libérateur de la lecture face à une société qui le nie, le réprouve ou le combat, on est quand même dans du classique de chez classique, normé, encadré, calibré de topoï que l'on retrouve ici, sans surprise aucune.

Un individu solitaire, issu de la classe sociale de la plus méprisée d'une société futuriste quelconque, fait preuve de qualités exceptionnelles, sang-froid, rigueur, forces physiques et mentales pour se hisser dans le corps d'élite des Agents. Il porte évidemment un numéro de robot, 1075.

Les agents sont une sorte de police-milice affectée à l'encadrement des grandes manifestations de lectures publiques. Lesquelles manifestations sont organisées dans de gigantesques stades, par le pouvoir, comme des exutoires pour une population dressée à ne pas lire en dehors. Ce sont des "manifestations à haut risque". Un lecteur balance à la foule électrisée les mots écrits dans un moule par un écriveur, autre corps d'élite pris en charge par le programme du service national. Il se produit alors l'heure de grâce, un moment de transe et de folie collective, l'hystérie des sentiments que les histoires formatées pour libèrent en vrac. Parce que les mots et les histoires sont calibrés, ils font adhésion et catharsis.

Le pouvoir a pris les mots et a lissé les histoires, la paix sociale est garantie par les déchainements réguliers, encadrés par des Agents parfaitement insensibles, eux, aux pouvoirs des mots dévidés en boucle. 1075 est l'Agent parfait, analphabète et ambitieux, fier des avantages de sa position.

Croyant se maitriser et maitriser les rouages de la machine, 1075 va pourtant tomber dans le piège des livres, des vrais, ceux qui entrainent réflexions et profondeurs intimes, et non une stupide identification, et le numéro deviendra âme sensible à l'aide d'une femme et d'un double jeu.

Le propos est louable, et court, les cibles évidentes : la manipulation des masses par l'émotion, la littérature fabriquée. L'écriture, très classique et linéaire, ne sauve pas l'intérêt ... Un exercice de style sur lequel l'auteure a voulu faire ses griffes personnelles comme on fait ses gammes ?

Je ne sais, mais ce livre n'a rien a voir en tout cas avec les qualités de "Méfiez vous des enfants sages" ou "Le roi n'a pas sommeil".

21/04/2016

Délivrance, James Dickey

délivrance,james dickey,romans,romans américains,western et cie,déceptions"Tiens toi au canapé, vieille branche," me suis je dit en commençant la lecture de ce classique du nature writing de l'angoisse, "ça va tanguer de l'adrénaline, les boyaux vont se tordre aux tripes et tu vas encore finir ce soir en te tenant les branches de lunettes devant les yeux pour ne pas finir trop en vrac au fond de ton lit."

Et finalement, ben non, pas vraiment, en fait.
Mais, et j'en suis certaine, ce n'est pas de MA faute, c'est celle de Lewis ( d'ailleurs, je respecte ici parfaitement la logique de "c'est pas moi, c'est l'autre", du personnage) !  Lewis, c'est le meneur, le gos body boodybuldé qui roule de la mécanique, en entrainant ses trois camarades dans un discours débile sur le retour au vrai sauvage, celui qui remplace la flotte des verres de bière au fond du bar en vraie adrénaline qui coure dans les rapides, et tout le folklore viril qui va avec la plouquitude de celui qui a toujours raison face à ceux qui l'écoutent. Je crois qu'il a trop causé pour moi, et quand ladite aventure commence, il m'avait déjà saoulée.

Donc, l'aventure dans laquelle Lewis entraine ses trois copains, plus ou moins déjà vaincus par la platitude de la petite vie dans une bourgade de quelque part aux Etats Unis des bouseux, est de descendre en canoë une partie de la rivière sauvage qui coule pas loin et sur laquelle des promoteurs vont mettre la main pour en civiliser les abords. Selon lui,  il s'agit de vivre un moment sauvage entre hommes avec la bière et la guitare qui vont avec. Si les autres ne viennent pas, c'est qu'ils sont des couilles molles, en gros. Ce pourquoi, ils vont le suivre.

Moi, j'ai trouvé la motivation quelque peu légère, mais bon, vu que des couilles, je n'en ai pas, elles ne peuvent donc ni être molles ou dures, d'ailleurs, ce qui fait que ce genre d'argument à qui fera pipi le plus loin, me reste étranger ... Et c'est donc avec ce sentiment de ne pas être à ma place, que je les ai suivis dans une expédition fort mal embouchée, le Lewis conduisant comme un malpropre sans même savoir où se trouve exactement l'eau sauvage pour poser le canoë dessus.

En chemin, ils rencontrent des autochtones fort peu avenants et s'arrêtent pour un duo musical d'anthologie ( dans le film) et qui fonctionne aussi très bien avec les mots et sans les images, moment entre tension et vibrato qui enchaine sur la virée sauvage tant attendue, qui tourne au cauchemar, avant de se terminer en expédition à la Rambo. Lewis entre temps a fini par se taire, ce qui ne m'a pas empêché de finalement quand même rater mon rendez-vous avec une lecture, à laquelle, moi, je m'étais bien préparée, calée entre mes coussins et ma tasse de thé ...

05/04/2016

Je n'ai pas peur, Niccolo Ammaniti

je n'ai pas peur,niccolo ammaniti,romans,romans italiensSous la chaleur d'un été dans les Pouilles, Michele, le narrateur, sa petite sœur et les quelques enfants du village, passent le temps comme ils le peuvent. A peine une dizaine de maisons, des champs, une mare d'eau boueuse, un caroubier, cet univers confiné et asséché offre peu d'échappatoire à l'ennui des gamins. Rackam est le chef, et aussi le plus stupidement violent, un autre, Salvatore, est un peu plus à part. Il est le meilleur ami de Michele. Son père est l'homme le plus riche du village, tous les autres pères ont, un moment ou un autre, travaillé pour lui. Tout le monde se connait, depuis toujours et même depuis trop longtemps. C'est un lieu dont on voudrait partir, pour aller à la mer, manger une glace ... Personne n'en a vraiment les moyens.

Pendant que les parents vivotent, les enfants courent les champs et les chemins, à vélo, en se jetant des gages dont la victime sort toujours humiliée. Rien de bien neuf sous le soleil de l'enfance. Et puis, un jour, une ferme où les cochons ont un appétit féroce mène les enfants vers une maison abandonnée, et un gage conduit Michele vers un prisonnier qui y croupit et le prend pour un ange ...

L'atmosphère est lourde et pesante, comme le secret du village que le petit narrateur de neuf ans va peu à peu découvrir, et sans le vouloir vraiment, mettre le pied dans l'engrenage des grands, qui n'est pas plus beau que ses jeux d'enfants et bien plus inquiétants que ses cauchemars. Au moins dans les cauchemars, on sait que les monstres n'existent pas et que l'on peut les garder dans son ventre. Mais ici, c'est la réalité qui est peuplée de ces monstres aux visages familiers.

Je pense que j'aurais pu adorer ce livre, mais finalement, l'invraisemblance de la situation dans ce cadre, justement, si réaliste, m'a peu à peu gênée, sans doute aussi, parce qu'à la taille de l'enfant, les motivations des grands restent dans l'ombre, inquiétante à souhait, soit, mais aussi quelque peu nébuleuse.

 

 

19/03/2016

La formule préférée du professeur, Yoko Oguwa

racine carrée.jpgParmi mes formules de mauvaise foi maintes répétées, il y a cet à-priori définitif : "je ne comprends rien à la littérature japonaise." D'ailleurs, je n'en lis pas. Ce qui, évidemment, n'est pas de nature à me faire changer d'avis. Ce qui est le principe même de la mauvaise foi. Je suis donc parfaitement logique.

Une autre formule, tout aussi avérée, est que, face à des chiffres, même tout petits et inoffensifs ; genre le problème de conversion de hectolitres en millilitres de fifille ; j'éprouve une sorte de vide abyssal qui touche à la stupéfaction. Ce qui n'est pas sans conséquence sur mes réalisations pâtissières, malgré l'achat récent d'un super moule à cheese cake (qui fait pas les conversions tout seul, le con.)

Troisième formule perso ; face à quelqu'un qui m'affirme avoir le goût du sport, je me métamorphose en poule sur un mur qui regarde passer un okapi volant et me planque sous un tapis en attendant qu'il ait fini de passer.

Ce livre, donc, car ce blog est censé parler de livres,et pas de moi, qui est japonais, parle de maths et de sport, est donc une sorte d'erreur d'aiguillage vers l'incongru, quasi une expérience mystique pour moi, une variante personnelle de l'exploit.

Un vieux professeur de maths, genre prix Nobel en puissance, a perdu la mémoire lors d'un accident de voiture. Depuis, elle s'arrête au bout de 80 minutes et repart à zéro. Les seules connaissances qui restent constantes sont celles des formules mathématiques. Il a besoin d'une aide ménagère qui se matérialise, elle, avec constance. Et il se trouve que c'est la narratrice du roman. Elle tombe sous le charme des explications du professeur, se retrouve passionnée pour les nombres premiers, se prend d'amour pour eux et d'amitié pour lui. Il se trouve qu'elle a un fils de 10 ans, fan lui de base ball, et qui a la tête plate comme une racine carrée. Ben me voilà bien ....

Faisant fi de ma mauvais foi ( ce qui est très, très rare !!!), je dirais qu'il y a quelques scènes touchantes entre des digressions, pour moi, interminables, mais en réalité assez courtes, sur la beauté des racines carrées, des nombres premiers et la quête de la vérité mathématique, l’élégance des formules à plein de chiffres qui s'étalent sur la sable du parc, avant de s'effacer sous les pétales de cerisier, la perfection de la mesure de la forme de la base de tir en base ball, le compte de la vitesse du lancer de la balle. J'ai dû bien survolé du cerveau quelques pages, mais là encore, assez peu finalement.

Ce qui me ferait penser que ce pourrait être un livre passionnant, mais que je vais continuer à regarder pousser la littérature japonaise dans les vitrines.

 

03/03/2016

Va et poste une sentinelle, Harper Lee

va et poste une sentinelle,harper lee,romans,romans américains,déceptionsIl ne faut pas secouer le bocal aux souvenirs, ni accrocher les ailes des salopettes aux plaques commémoratives. Pour qui, comme moi, a lu "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" et a gardé chaud dans le coeur la petite et grande histoire de Scout, Jem, Dill et Atticus (Henry, je m'en souvenais moins, mais visiblement, il était aussi dans la bande des enfants que Capurnia régentait sous son aile ...), il vaut mieux passer le chemin qui ramène à Maycomb Scout, devenue une jeune fille quasi responsable.

Scout a fait des études, elle vit à New-York et revient pour quinze jours de vacances chez son père Atticus, veillé à présent par la tante Alexandra, fidèle à elle même. Jem a eu le temps de devenir un jeune homme bien normé, étudiant et footballeur émérite. Il aurait sans doute fini par épouser une bécasse quelconque et pris la succession de son père, si il n'était mort d'une crise cardiaque subite en pleine rue. Il s'est donc figé en une vague silhouette dans la mémoire de son ex-petite sœur.

La maison et sa véranda, ses voisins et ses arbres, ses champs, le domaine de l'enfance, n'est plus non plus. Après la mort de Jem, Atticus l'a vendue. Maintenant, on y vend des glaces qui fondent sur une terrasse asphaltée.

Finis les jours heureux, l'insouciance de la fameuse salopette, Scout joue encore sa rebelle, pour la forme. Elle est bien près d'épouser Henry, fade chevalier servant pourtant, rangé en fidèle bras droit d'Atticus, qui en a bien besoin car son corps le rattrape et la maladie le diminue, même si pour Scout, il reste le modèle moral, la droiture incarnée, la justice sans préjugés.

Enfin, presque, car coup de tonnerre, Scout découvre que son père et Henry sont passés du côté de l’ennemi. Ils assistent aux côtés des pires ségrégationnistes de la petite ville à des réunions préventives face aux revendications égalitaires qui montent de toutes parts et menacent l'équilibre racial séculaire. Etre dans la gueule du loup blanc, disent-ils, pour éviter aux noirs de tomber dans les griffes de la NAACP ( en français, l'association nationale pour la promotion des gens de couleur), qui, si on laissait faire, pourrait faire croire aux nègres qu'ils pourraient être autre chose que les bons nègres qui servent les blancs.

Capurnia, d'ailleurs, se charge d'un regard, sans nostalgie aucune, de remiser aux oubliettes l'angélisme des souvenirs de Scout. La gentille servante noire, la mère de substitution, fige ses illusions. Et Scout se débat avec ce qu'elle croyait être, une gentille blanche aux idées libérales, avec un père formidable. Si le roman préserve quelques retours arrière qui ont le goût de "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", les yeux de Scout se décillent.

Mais ce n'est pas ce qui est décevant, ce qui l'est, c'est que les grands discours de Scout tombent à plat, elle devient moralisatrice, d'une morale didactique et plaquée sur le personnage qui semble alors réciter une bienpensance anti ségrégationniste, ça sent le fabriqué. Et l'entourloupe finale est juste à pleurer ... Une sorte de gloubi boulga : comment respecter son papa devenu raciste, mais pour la bonne cause = poster une sentinelle avec des oreillettes ?

15/02/2016

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

des mille et une façons de quitter la moldavie,vladimir lortchenkov,romansBurlesque et pathétique, la Moldavie est un pays que l'on quitte, ou plutôt que ses habitants cherchent sans relâche à fuir, pour une vie meilleure, vers une utopique Italie, qui d'ailleurs, selon certaines rumeurs, n'existerait même pas. Du moins, pas exactement telle que les Moldaviens se l'imaginent, c'est-à-dire comme un paradis du porte feuille avec vue sur l'avenir. On dit même que certaines moldaviennes y perdraient leur vertu et que les Moldaviens n'y gagneraient pas grand chose. Mais peu leur chaut, les villageois de Larga s'accrochent au pays de Cocagne, vu qu'ils n'ont le choix qu'entre cette fuite là ou rester visés au pays d'Ubu, entre des choux et des choux.

Des mille et une façons tentées par les ingénieux candidats à l'immigration, l'auteur dresse un catalogue loufoque ; pseudo équipes de carling, pseudos voyages organisés, les moldaviens sont autant victimes de leur rêve que des arnaques des passeurs, ils tentent tout, du trafic d'organes à la croisade de gueux qui tourne à l'orgie contre utopique. Les frontières restent infranchissables, pour qui n'a pas la foi en son propre pays.

Seule l'épopée de Vassili et séraphin apporte un souffle un peu plus romanesque à la litanie des échecs sans gloire. Les deux compères transforment un tracteur en avion, bloquent les trains à la vitesse de leur rêve, se carapatent en sous marin sans amphibie, caressent les étoiles de mer ... Et si Séraphin n'a pas vu l'amour de Stella à temps pour comprendre qu'il avait le bonheur à portée de main, c'est que l'aventure l'aveuglait, bien plus que le but qui s'échappait.

On l'aura compris, il s'agit d'une fable politique. Le ton se veut grinçant et satirique, à la façon d'un conte philosophique sur les illusions de l'exil économique. On est censé en rire tout en réfléchissant. Et je ne suis pas certaine d'être le bon public pour ce genre d'écrit. c'est mon côté poisson rouge, j'ai du mal à sourire en cogitant, et à faire l'inverse aussi.

Donc, ce sera, sans jubilation pour moi, ni consternation non plus, je n'ai juste pas suivi la sarabande endiablée des pauvres hères drôlatiques qui voulaient aller brouter ailleurs ...

13/02/2016

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski

les impliqués,romans,romans policiers,romans pologneVarsovie, 2005, et c'est presque un autre monde qui s'ouvre avec ce polar où c'est un procureur qui mène l'enquête. Ce procureur , Teodore Szacki, a bien des soucis. Sa vie l'ennuie. Incolore, elle tend à se confondre avec la banalité déteinte des tee-shirt que porte sa femme, Wéronica, quand il rentre le soir dans son appartement étriqué où elle a déjà couché sa fille, Héla, alors que lui, il a encore oublié d'acheter le beurre, ou autre bouquet de fleurs qui pourrait ranimer un peu la flamme. En lassitude, il se concentre sur l'écran de son jeu vidéo. Ce qui, évidemment, en terme de réanimation, ne fait pas progresser les élans affectueux. Bref, Szacki a besoin de changement.

Henry Telak aussi, sans doute, voulait changer quelque chose dans sa vie, sortir d'une dépression que l'on apprendra être chronique, ce pourquoi il s'était inscrit à un séminaire en vase clos de cinq patients du docteur Rudzki, spécialiste d'une nouvelle méthode de psychothérapie de groupe, "la constellation familiale". La singularité de cette immersion est de permettre de mettre en place un système de jeu de rôle où les patients, à tour de rôle, incarnent une figure de de l'histoire personnelle de chacun. ça secoue l’inconscient et Henryk a été le premier à passer à la moulinette. Au matin, ses partenaires le retrouvent embroché de l’œil droit par une incontestable broche à rôtir.

L'arme du crime est d'ailleurs a peu près le seul élément incontestable de l'enquête. Un huis clos parfait, aucun lien ne semble exister entre les différents patients, Barbara Jarcky, Kwiatkowska, Kaim, mis à part leur nom imprononçables en français, mais cela ne compte pas pour un procureur polonais. Szacki fouille dans leur passé, tire des fils un peu dans tous les sens;  le fil du passé trouble, puis, le passé politico économique, l'arrière fond du Varsovie de 2005 qui transpire toujours un peu du dessous, enfin, le fil plus intime d'une famille marquée par les pertes et une infinie tristesse du manque d'amour ... L'enquête balbutie en butte aux méandres d'une administration qui n'en finit pas de lanterner et de compliquer les tâches policières les plus simples.

Pendant que les pistes s'étiolent et que sont décrits longuement les conséquences et présupposés de la "constellation familiale" , notre procureur tergiverse, englué dans les affres du désir d'un renouveau amoureux. Cèdera-t-il, ou pas, aux sirènes érotiques de la jeune et séduisante journaliste, Monika, qui lui fait sacrément envie, une sorte de chou à la crème versus la tarte du quotidien.

Des inserts informatifs s'intercalent dans la narration, énumérant les actualités banales du pays; défaites de l'équipe de foot, activités culturelles, manifestations diverses, qui sont censées faire contrepoids et ramener à la surface une forme de déni politique du passé, là aussi, refoulé et mis sous cape, comme l'inconscient des patients de la "constellation familiale", mais à la dimension de la constellation du pays. En prime, on a droit au bulletin météo du jour.

Une lecture qui m'a un peu perdue en route, malgré mon intérêt croissant pour la libido du procureur. Mais je pense que ce n'était pas le but ....