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26/02/2017

Numéro 11, Jonathan Coe

numéro 11,jonathan coe,romans,romans angleterre,satire,burlesque,au jour d'aujourd'huiC'est un roman melting-pot pot où l'auteur semble si à l'aise avec son oeuvre, qu'il emmêle les pinceaux et construit, avec une  communicative jubilation, un tableau final, hétéroclite et super malin. Il balade son lecteur dans différents sous sols, lecteur qui se retrouve sans cesse à se demander ce qu'il est en train de lire, motivant une attitude distanciée qui sert parfaitement le propos, si tant est qu'il n'y en ai qu'un ...

La tonalité dominante serait sans doute finalement, après méditation avec moi même, le roman social, mais un social modelé fantastique ou fantasque dont toutes les occurrences se rattachent à un seul personnage, Rachel. Ce qui fait un social échevelé (du coup, je crée la catégorie, mais elle ne va pas être vite remplie, parce que des comme cela, il n'y en a pas beaucoup quand même ...)

Dans la campagne anglaise, mais une campagne de pavillons et de petits jardins clos, (on oublie Austen),  Rachel, en vacances avec son frère chez ses grands parents, est une petite fille qui fait connaissance avec le mensonge, la peur et rencontre pour la première fois, la folle à l'oiseau. L'envers du décor ne lui en sera révélé que bien plus tard.

On la laisse pour suivre, plus ou moins, son amie d'adolescence, Alison, perdue de vue par Rachel, à cause d'une lettre manquante dans un message sur un réseau social éphémère. Et c'est à partir d'Alison, et de la mère de celle ci surtout, Val, qu'est permis une virée au vitriol dans l'univers de la télé réalité, en un épisode caricatural de l'attrape cœur de la célébrité qui mange les âmes, même de bonne volonté. Val y perdra les quelques illusions que sa vie d'ex chanteuse d'un succès, lui avait encore laissé dans son pavillon que la crise refroidit sans pitié.

Alison fait une autre cible de choix à la force destructrice du nouvel ordre social à l'anglaise. Handicapée, de couleur et homosexuelle, ( ben oui, il y en a qui abusent quand même ... ), elle ne voit pas fondre sur elle le bec et les ongles vernis de la fille d'Hilary Winshak (oui les affreux Winshak du Testament à l'anglaise), Joséphine, qui, pour conquérir sa marque de fabrique journalistique : "la crise c'est la faute des pauvres qui profitent des allocs", n'hésite devant aucune vilenie. Digne fille de sa mère, de son père, de sa caste de privilégiés cloîtrés dans un monde douillet qui plane, menaçant et invisible. 

Dans ce monde des riches, Rachel s'y retrouve coincée, par hasard. Elle est est la préceptrice des enfants Gunn ; un jeune homme, deux petites filles, un père ultra mondialiste, une mère bâtisseuse d'une étrange extension en sous sol de leur demeure ultra sécurisée de Goulcester Road, près de Hyde Park où Livia, réfugiée albanaise, exerce avec une sagesse toute orientale, le métier de promeneuse de chiens, chiens dont elle ne voit jamais les richissimes propriétaires, comme Rachel voit peu les parents Gunn, de l'autre côté des portes à codes de la maison. Mais dans les sous sols grouillent des invisibles ....

Même si certains personnages sont les descendants des méchants du fabuleux "Testament à l'anglaise", ce roman n'en est pas la suite, il est parfaitement autonome, même si dans la même veine, à la fois satirique et drolatique. Il extirpe du réel les mêmes saloperies de l'exploitation, la même indifférence de la richesse envers ce qui grouille à ses pieds ; le monde des petits boys, prêts à même devenir des menus-potiches vivantes lors d'un banquet surréaliste où un inspecteur, Nathan, digne de son but humanitaire, fait, quand même avancer un peu de justice et pousser la romance.

Hétéroclite, soit, mais pas foutraque, on y retrouve sans problème le Coe à la plume de vitriol, et ses dérapages contrôlés vers le burlesque qui décape.

Dois-je vraiment rajouter que j'ai adoré ?

 

01/01/2017

Mister Brown, Agatha Christie

mister brown,agatha christie,romans,romans policiers,déceptionsAprès quelques vicissitudes informatiques, me revoilà ! Avec pour commencer cette nouvelle année de publications un titre bien dispensable parce que j'ai beau me triturer les méninges, je me demande bien ce qui m'a mis ce livre dans les mains, un Agatha Christie, et qui plus est, un Agatha Christie sans Hercule Poirot. Déja que je n'adore pas avec (enfin, pas depuis que je n'ai plus quinze ans, ce qui fait que mon goût date quand même un peu ...), mais alors sans, je ne vois pas, j'ai dû avoir un problème d'espace temps, une histoire d'escalier sombre où ma mémoire a grillé une ampoule ... Le fait est en tout cas que le titre ne m'a pas fait jouvence !

Deux jeunes gens entrent en scène, Timmy et Tuppence. Ils sont alertes et parlent dans un style aussi daté que des jeunes qui auraient avalé un bon de ravitaillement pour un kilo de naphtaline. Lui, c'est "mon petit vieux" et elle "ma vieille branche". Ils sont aussi fauchés l'un que l'autre dans cette immédiate après première guerre mondiale dans une Angleterre si compassée que s’interpeller dans la rue comme ils le font, ces deux jeunes étourdis, est un motif d'embouteillages pour passants à chapeaux melons et vieilles dentelles amidonnées.

Autour d'une tasse de bon thé, ils décident de faire fortune en passant une annonce, une petite dans les journaux, proposant leurs services de jeunes aventuriers à qui en voudrait bien. Du moment qu'ils y gagneraient une forte prime, ils sont prêts à toute mission, même déraisonnable. En fait de déraisonnable, on va être servi ; mystérieux commanditaire, mystérieux documents, enlèvements mystérieux, victime mystérieuse ( mais à double visage, faut faire gaffe pour suivre), paquet mystérieux (mais vide), clinique mystérieuse et cachettes secrètes derrière des rideaux.

Tant de mystères cache sûrement une affaire louche ... Me suis-je dis, fine mouche, rattrapant de justesse une paupière qui avait tendance à tomber et à me masquer la résolution de l'énigme, pourtant aussi évidente que les pièges où la pétillante Tuddence et son toujours bondissant acolyte foncent tête baissée toutes les 10 pages, alors que le toujours mystérieux mister Brown s'obstine à leur filer entre les doigts avant d'être pris la main dans le sac.... 

Evidemment, on ne peut reprocher à Agatha Christie d'écrire dans un style compassé une intrigue sans relief, ce mister Brown doit être un amuse bouche, que j'aurais dû prendre comme une curiosité paléontologique, plus que comme un vrai livre.

Pour une première publication 2017, j'aurais pu trouver plus attractif, mais promis, on ne m'y reprendra plus ....

11/10/2016

Agnès Grey, Anne Bronte

agnès grey,anne brontê,romans,romans anglais,déceptionsLes côtes casées, ça vous incite à faire dans le léger, côté poids du livre. Donc, ma liseuse a (re)pris du service. Elle était pleine à craquer de titres classiques que je n'étais mis de côté, au cas où ... du Dumas, du Austen, des vieux trucs dont j'avais oublié les titres ... Du bout des doigts, j'ai parcouru la liste des pas lus, indiqués par un 0 °/°. il n'y avait que cela et des 1 °/°, quand j'avais cliqué sur la couverture. Du coup, j'ai aussi découvert les KO. En langage liseuse, c'est pour dire court ou long, du moins, c'est ce que j'ai compris. Alors, j'ai pris 0 °/° à 400 KO epub, et c'est comme cela que j'ai découvert Agnès Grey.

L'histoire sent l'autobiographie, même si j'espère que la Anne fut moins cruche que la Agnès ... Fille d'un membre du clergé anglican, Agnès a été élevée en vase clos avec sa sœur dans un presbytère, loin du monde et sans famille extérieure, vu que sa mère a choisi le mariage d'amour plutôt que la fortune. Le père, un peu fantasque et vaguement dépressif, perd le reste de leurs espérances dans une opération commerciale hasardeuse, et voilà Agnès qui décide, pour le bien commun de devenir gouvernante, au grand dam de sa famille, qui bien qu'aimante, a cependant bien conscience qu'elle ne sait quand même pas faire grand chose.

Qu'a cela ne tienne, Agnès se lance dans une première famille. Bien sombre, la famille, la mère est idiote, le père violent, le fils torture les oiseaux et la fille se tord par terre en crises d'hystérie pour rester ignorante. Chouette, du gothique, à la Brontë !!!! Ben non, finalement, Agnès, au lieu de tomber amoureuse du père violent, voire de la mère idiote, ou de se compromettre définitivement en des affres de culpabilité morbides face à son incompétence et à l'incurie de son sort, ben non, elle se contente de jeter l'éponge et d'aller voir ailleurs si le diable y est. Enfin, c'est plutôt le bon dieu de la morale qui guide ses pas, à elle. Et c'est bien dommage, parce que le diable, c'est plus rigolo.

En fait de diable, elle en trouve quand même un petit, dans la jeune personne dont elle se voit confier la charge. Vous devrez vous passer du prénom, parce que ma liseuse n'a pas l'option retour arrière rapide. En gros, la jeune, fille n'est pas un parangon de vertu aux yeux d'Agnès, elle qui s'évertue sans succès aucun à lui montrer le bon chemin. Car malgré son inclination pudique et effacée pour un clergyman aussi froid qu'un hareng saur et aussi démonstratif qu'un poisson plat, notre nonne de l'éducation ne se permet aucune mauvaise pensée, aucune initiative, pas un regard plus haut que l'autre, même quand l'autre reste sur la Bible ... Pas comme l'autre, la mauvaise élève qui papillonne autant qu'elle le peut et tente de briser tous les cœurs possibles à sa portée, même si le cercle restreint du village ne lui permet quand même pas faire les conquêtes qu'elle pense mériter. Une fois mariée à qui elle devait être mariée, le sort se chargera de lui faire regretter sa condition, alors que la souris grise d'Agnès, coulera des jours heureux, ternes, mais moralement ternes.

Bref, un Brontë aussi plat qu'une limande sans citron.

24/09/2016

L'authentique Pearline Portious, Kei Miller

l'authentique pearline portious,kei miller,romans,romans jamaïquePearline Portious est une crieuse de vérité jamaïcaine échouée en Angleterre. Monsieur Gratte Payé écrit son histoire, à sa façon, qui ne plait pas toujours à la vieille femme. Parce que si monsieur Gratte Payé l'écoute, il transforme, arrange, à sa manière d'écrivain qui n'y connait rien à la Jamaïque, deux journées en une, deux lieux en un. Il veut que Pearline Portious retrouve son histoire perdue dans une mémoire que l'Angleterre a prise pour celle d'une simple folle. Seulement, monsieur Gratte Payé ne le lui a pas dit.

D'ailleurs, à commencer par son nom, depuis le temps qu'elle le dit, qu'elle ne s'appelle pas Pearline Portious mais Adaminte. Pearline Portious, c'était sa mère, celle qui lui a donné naissance dans une léproserie parce qu'elle n'arrivait pas à vendre ses napperons violets. Alors, de fil de couleur en fil de couleur, elle s'est installée avec les derniers malades grâce à qui les napperons sont devenus bandages et les malades arc en ciel. Et puis, un homme est passée par là et maman Lazare a dû repousser sa mort pour veiller sur Adaminte.

Le réalisme magique marque les pages de ce début de roman en Jamaïque. Entre songe et superstitions, les dons vous tombent dessus comme autant de malédictions. C'est ainsi qu'Adaminte est devenue crieuse de vérité. Et même si on se trimbale une paire de ciseaux au cou pour couper les fils des esprits qui s'emparent des âmes, et même si on est la reine des égorgements de poulets, en Jamaïque ou pas, quand on dit une vérité que personne ne veut entendre, on est rarement crue.

Adaminte ou Pearline, l'atmosphère en Angleterre est moins propice au réalisme magique qui a tendance à s'étioler, non seulement pour le personnage, mais aussi pour son histoire. Et ce qui fonctionne parfaitement dans un univers finit par faire hiatus dans l'autre.

Alors, même si c'est un chouette premier roman, avec un style maitrisé, parsemé d'exotiques expressions qui fleurent bon le créole, qu'y sont aussi semées de belles remarques sur les rapports entre le romanesque et la réalité, les épisodes liés au récit de la déchéance d'Adaminte dans le réalisme sordide m'ont moins convaincue. La brume et les frimas londoniens atténuent les couleurs d'un personnage qui devient simple figurante d'un triste fait divers.

A lire l'avis d'Ys, qui a aussi animé le plateau de cette rencontre sur le réalisme magique, avec la Carole Martinez en grande forme, même si elle est arrivée super en retard ! mais bon moi, je lui pardonne tout ... Et avis aux lectrices bretonnes, elle serait en recherche d'un village autochtone avec un bureau de poste de poste dedans ! Quant à savoir ce qu'elle veut en faire !!!!

26/07/2016

Auprès de l'assassin, Louis Sanders

auprès de l'assassin,louis sander,romans,romans policiers,romans français,romans angleterreUn couple d'anglais s'installe pour une nouvelle vie dans le Périgord, pas le coin le plus touristique, celui de Sarlat, mais dans un autre, du côté de Périgueux, un peu plus rural, avec même un côté encore brut, et pour eux, même, brutal. Des clichés de l'authenticité, ils en sont l'archétype, mais cette authenticité qu'ils recherchaient, ne va pas se révéler pour eux sous son meilleur jour.

Mark et Jenny ont acheté une vieille bâtisse "à rafraichir", ils ont un petit pécule pour voir venir et un projet, le kit vieille maison de caractère, jardin, pierres, cheminée, rivière, tout en main, ou presque pour transformer la grange en de délicieuses chambres d'hôtes avec enduit chaulé et décoration champêtre. D'ailleurs, Jenny hésite, faudra-t-il leur donner des noms de contrées anglaises ou s'inspirer de la botanique locale ? Pourtant, si Mark est enthousiaste, dès le premier jour, elle renâcle un peu à tout voir en rose ... Il y a des odeurs, des présences, une réalité que les magasines de décoration ne laissent pas pénétrer dans leurs pages. Jimmy, leur petit garçon, lui, a du mal à lâcher sa DS pour s’extasier aux charmes du champêtre.

Mark y croit dur, il prend sa petite famille par les sentiments pour aller faire connaissance avec leurs voisins, un drôle de couple que Martin et Georgette, du moins aux yeux des anglais. Les échanges tournent rapidement à l'angoisse de l'incompréhension entre le monde pasteurisé des nouveaux arrivants et la rusticité costaude de la ferme où l'on trait des vaches pour de vrai et où l'on composte le fumier. L'animosité se construit sur des échanges anodins ; un lapin offert, du lait que l'on ne boit pas. Mark, Jenny et leur fantasme s'écroule et leur déception se focalise sur la personne de Martin.

Alors que Jenny s'enfonce, Mark se lance dans l'intégration à tout prix et tente de faire couleur locale et copain copain avec Jean Louis, grande gueule, grand buveur et grand chasseur, bien illusoire rempart contre la paranoïa qui envahit le rêve anglais. D'un autre côté, les anglais locaux ne sont guère plus fiables, snobs, alcoolisés, ils forment un autre monde, à part, lui aussi.

Le tableau est acide et grinçant, de l'Eden à l'enfer, le récit franchit très (trop ?) vite le pas. L'atmosphère est oppressante à souhait, l’obsession de Mark est prégnante, et l'intérêt de l'intrigue est que l'on ne sait qui, des voisins, ou des anglais, dérapent, ni si il y a vraiment dérapage d'ailleurs, et quelle est la place du fantasme et de la sur interprétation entre les deux univers. En tout cas, un retour à la terre complétement loupé !

 

 

 

      

27/06/2016

Les filles de Hallows farm, Angela Huth

IMG_6394.JPGC'est fou ce que la campagne anglaise peut avoir comme effet sur les jeunes filles anglaises : elle vous les retourne comme de la pâte à pan cakes ou vous les attendrissent comme de la crème du même nom, à moins que ce ne soit le lecteur (lectrice) qui ne se laisse prendre au charme mousseux des haies d'églantiers ...

Pendant la première guerre mondiale, elles ont trois volontaires, engagées dans le programme qui, face à la pénurie d'hommes dans les champs agricoles, propose de les remplacer par de jeunes citadines. Trois semaines de formation et un uniforme plus tard, elles se retrouvent à traire des vaches, tracer des sillons droits, chasser des rats, couper les haies (droit aussi), nourrir les poules, faire copine avec une truie des plus farouches, nettoyer le cul des moutons, et cela de six heures du matin à la nuit tombante, avec pluie, brouillard et autres animosités à convaincre de leur bonne foi et de leur grande bonne volonté ...

Durant un hiver et un été, Prue, Stella et Agatha vont être les volontaires, très volontaires de Hallow Farm. C'est la propriétaire, Mrs Lawrence, qui en a eu l'idée. Mr lawrence, lui, n'était pas trop pour, c'est un taiseux ombrageux. Leur fils, Joe, n'en a sûrement rien dit, mais n'en profitera pas moins ... Ratty, l'intendant en quasi retraite, encombré de sa femme irascible, n'a pas eu voix au chapitre. Mais chacun se transforme face à cette arrivée dans les champs et les étables, de cette féminité virevoltante de jeunesse et de charmes ...

La plus virevoltante est Prue. Coiffeuse de son état, elle porte contre l'adversité rurale haut les cœurs, l'usage intensif des rubans bouffants dans les cheveux et de l'eau de pluie en eau de jouvence pour cheveux ternes ... Pétillante et superficielle, elle est pourtant la reine du tracteur, qu'elle manie aussi fermement que le désir des hommes. Son rêve est de trouver le bon, mais seulement après la guerre. En attendant, elle tente toutes les occasions possibles. Stella, elle, croit déjà avoir trouvé le bon, une enseigne de vaisseau à peine croisé avant son départ à elle pour la ferme, et lui pour son vaisseau. Elle lui écrit des déclarations enflammées, parce qu'il faut bien aimer quelqu'un pour être romantique. Agatha, c'est l'intello du dortoir, la raisonnable qui raisonne, parfois trop, mais qui rêve parfois de recevoir, comme les autres, un peu d'amour d'une étoile très lointaine.

Trois jeunes filles dans une ferme isolée du Dorset, ça vous secoue les habitudes austères des fermiers mais comme c'est un pur roman de campagne anglaise, on y boit du petit lait. Évidemment, il ne faut pas y venir chercher trop de vraisemblance, et le pays des bisounours trouve ici une de ses plus charmantes incarnations, mais je n'aurais cru que le Dorset puisse être aussi plaisamment cultivé. Ses champs fourmillent de petites aventures énamourées et même une chasse aux rats peut être l'occasion de frémissements sensuels (en tout bien tout honneur ...) Très "sweet", mais les personnages, surtout les personnages secondaires, donnent corps à une peinture de moeurs même pas mièvre.

Par le plus grand des hasards, Hélène et Kathel ont publié une note sur ce même titre, il y a quelques jours, je vais enfin pouvoir aller les lire en entier !

18/06/2016

Le ravissement des innocents, Taiye Selasi

romans,le ravissement des innocents,taiye selasi,romans angleterre" Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de sa chambre", est la première phrase du roman. Kweku tombe d'un infarctus devant l'atrium de la nouvelle maison, celle qu'il a fait bâtir pour sa deuxième vie, son retour au Ghana. Après, il l'a trouvée trop vide, il y a alors installé une nouvelle épouse, mais pas d'enfants. Il a repris sa carrière de chirurgien réputé, et puis, ce matin-là, tout s'arrête sans réponse et l'atrium est la dernière chose qu'il verra.

Une mort soudaine qui laisse ses deux vies inachevées, la première a cassé, la seconde n'a rien reconstruit. Entre les deux, il y a un trou et du silence, beaucoup de silences. Les enfants de la première vie de l'autre côté du monde se partagent le choc, le père est mort, et il va falloir se retrouver, retrouver la mère et partir ensemble enterrer Kweku au Ghana, se confronter à ce nouveau père, celui de la deuxième vie, sans avoir compris l'ancien.

La première vie de Kweku, pourtant, s'annonçait plutôt bien, tout semblait devoir réussir à ce jeune étudiant en médecine parti aux USA avec au bras, Fola, sa superbe épouse, et dans ses mains de chirurgien un avenir radieux. Est né Olu, en premier, dont le prénom annonçait le bonheur, puis les jumeaux, puis Sadie, en entier, "Folasade", "la richesse me couronne". Entre les deux prénoms, cependant, l'avenir radieux a pris un coup dans l'aile, l'exil a marqué les parents. Se transmet aux enfants leurs silences et leurs deuils, jusqu'au plus assourdissant, le départ sans un mot de Kweku pour un retour solitaire dans un pays dont ils ne connaissent rien.

Le livre retrace leur parcours depuis l'annonce de la mort subite du père, l'onde de choc, pour remonter le temps, celui qui fut celui de l'admiration, du doute, du rejet, le temps de la défection de la mère, Fola, le temps du ressentiment et des failles, puis, peut-être, celui du presque pardon, ou du moins, celui de la connaissance, celle de ses origines, c'est déjà ça. Chacun des quatre s'est construit sur l'exil soudain de l'innocence de l'enfance et les promesses non tenues, des lézardes qui les grattent, chacun à leur façon. Et chacun de tenter face au silence de trouver un bout de réponse sur le sol du début et de la fin de l'histoire.

Un thème donc assez classique finalement, auquel la construction non linéaire du roman apporte quand même un certain souffle et un intérêt certain, et pourtant, il m'a manqué, je l'avoue, un je ne sais quoi de frisson pour les personnages ...

 

15/06/2016

Il faut tuer Lewis Winter, Malcolm Mackay

il faut tuer lewis winter,malcom mackay,romans,romans écosse,romans policier,séries policièresGlasgow, de nos jours, dans ce polar, a des airs de Chicago underground des années 50. Pas un seul kilt à l'horizon, pas un fantôme, pas un château hanté, quelques banlieues, quelques bars, une urbanité  en clair obscur à peine esquissée, le décor juste nécessaire à planter l'histoire : la préparation minutieuse d'un meurtre par un tueur à gage.

Ce tueur se nomme Calum Maclean, et même si il est encore très jeune, il est considéré comme talentueux, efficace, un animal à sang glacé qui tue comme on fait un métier, sans prise de risques inutile ni questions de conscience. La seule conscience qu'il connaisse est celle de bien exécuter le contrat. Par ailleurs, il tient à sa liberté, ne réalise que les commandes indispensables pour gagner sa vie, sans plus. Il ne sort jamais de son monde, et analyse faits, gestes, causes et conséquences comme un caméléon du crime.

Le prochain contrat est sur Lewis Winter, un trafiquant plutôt minable qui semble mordre sur d'autres plates bandes que les siennes. Pour l'instant, il se fait mener par le bout du nez par Zara, une jeunette aguerrie dans le milieu de la pègre, ce qui donne un couple de guingois. Ce qui n'est pas le souci de Calum Maclean, mais qui deviendra celui de l'enquêteur, côté police, après l'intervention du professionnel. Un enquêteur très mal embouché, mais qui s'annonce être la mouche du coche ...

Si vous voulez changer de carrière, c'est le livre qu'il vous faut. Vous y trouverez tout ce qu'il faut savoir pour devenir (et rester) un tueur efficace ; préparation, gestion des risques, évaluation des tensions à prévoir, évacuation des tensions ... Le tout en un kit très dépouillé du style. Très sec. Très phrases courtes, sujet-verbe-complétement, comme le dit tueur. Un minimum est consacré aux causes du meurtre, et rien sur les motivations de Calum, type par ailleurs parfaitement équilibré et sans cynisme aucun ...

Cette sécheresse a fait que j'ai mis quelques pages à me sentir à l'aise dans cet univers du crime, très rationalisé et sans affect. Mais finalement, je m'y suis faite assez rapidement, et me suis même surprise à basculer aussi froidement du côté du tueur. L'intérêt est aussi relancé par l'enquête qui démarre, menée par un policier aussi sympa qu'un fil de rasoir, et qui s'apprête à malmener les jolies ficelles de Zara ( comme c'est une trilogie, son sort reste en suspens !)

A suivre sans doute ...

 

20/02/2016

L'intérêt de l'enfant, Ian McEwan

l'intérêt de l'enfant,ian mac ewan,romans,romans angleterreFiona Maye a presque soixante ans. Ce presque qui fait trembloter la plupart des femmes, l'indiffère. Magistrate spécialiste du droit des familles, on dit d'elle qu'elle est encore belle, mais froide, distante. Sauf quand elle chante. Dans son grand appartement chic et sans enfant, Fiona travaille.

Elle a un mari, un bel homme qui a bien vieilli à ses côtés, un brillant universitaire, un fin lettré, mais qui lui indique aussi, fort peu finement, qu'il commence à en avoir assez de leur grand lit froid et qu'il aurait bien se réchauffer ailleurs, se carapater avec une plus jeunette qui aurait davantage le goût de la gaudriole. Fiona, face au vide qui s'ouvre devant elle ne vacille point sur ses haut talons ni sur son piédestal, et c'est d'une main sûre qu'elle commence sa partie d'échec avec lui, tout en continuant à feuilleter le dossier en cours d'une main ferme.

L'affaire concerne un jeune homme de presque dix huit ans, et ce presque a lui aussi beaucoup d'importance. Il est atteint d'une leucémie, pour survivre il lui faut une transfusion en urgence. Ses parents s'y opposent et lui aussi. Commence la deuxième partie d'échec de Fiona.

Les parents d'Adam sont témoins de Jéhovah. Dans cette foi, ils ont trouvé la rédemption. Ils ont élevé leur fils dans ces certitudes et Adam est d'accord pour mourir. Son intérêt est d'être fidèle à ce en quoi il croit, et ses parents sont d'accord. A coup d'une plume sèche et quasi juridique, MCEwan expose le cas. Ce sont là gens de foi, d'une autre que celle de Fiona, qui décide alors de connaître Adam.

Et le jeune homme qu'elle découvre est loin d'être un fanatique obtus. Poète, violoncelliste, il est beau comme la jeunesse peut être belle. Mature, il ne plie ni ne rompt. Le roman vacille alors en un duo inattendu entre le musicien et la chanteuse, entre la loi et la foi. La magistrate y perdra quelque peu pied et aussi de vue une certaine forme de rigidité et de loyauté. Jusqu'au bout du roman, Adam sera son étrange faille ..

Deux parties d'échec et un remarquable roman sur la responsabilité, le choix et la culpabilité, sur ce qui échappe aussi, lorsque l'on se donne à suivre une seule ligne droite. Religion et justice ne sont ici que des prétextes à une expérience intime. En effet, l'écriture suit Fiona de près et ne lâche pas ses moindres tremblements. Elle a la musique, il avait la foi, deux élans en dehors de la raison. Et si Jack cherche son nouvel élan à lui du côté de la nouveauté, pour Fiona et Adam, le choix de la fidélité et finalement, de la sincérité, a des conséquences dérangeantes et glacées. 

On peut vaciller avec eux, car McEwan nous pose là sans sentiments cette simple question : et si à la fin de son histoire, on réalisait qu'on n'avait rien compris, qu'on avait jugé, décidé,  mais que l'on n'avait rien compris ? On fait quoi ? semblant d'avoir gagné ? On retourne dans un appartement froid comme un lit non nuptial ? Et on tourne la dernière page ?

 

18/02/2016

Mauvaise étoile, R.J. Ellory

mauvaise étoile,r.j. ellory,romans,romans angleterre,romans policiersDeux demi frères partent dans la vie avec un sacré poids de poisse crasse dans la tête. Chacun en a peu près la même dose. Le père du plus âgé, Elliot, dit Digger, a filé dans l'inconnu avant même de l'avoir vu. Le père du plus jeune, Clarence, dit Clay, vient de tuer leur mère commune, vingt cinq ans de vie poisseuse aussi à elle toute seule. Juste après ce meurtre, il s'est fait descendre en voulant dévaliser une boutique d’alcool.

En héritage, ils ont leur nom de famille, Luckman, qui ne pourrait être plus mal porté, on l'avouera. Quinze ans d'orphelinats répressifs plus tard, les deux frères se sont forgés l'un de l'autre. Digger frappe, se défend, attaque, rue dans les cordes, acculé à la haine, pense-t-il, par la violence subie. Clay l'adoucit parfois, quand la loi du plus fort lui laisse un peu de place, quand le soir, enfermés tous les deux dans l'obscurité, ils peuvent quand même rêver d'en sortir. Digger balade dans sa poche une image de leur futur paradis, un village de vacances clinquant, nommé Eldorado, dans le sud du Texas.

Ils auraient peut-être pu le conserver intact si Earl Sheridan n'avait pas mis le feu aux poudres qui couvaient chez Digger. Earl est un psychopathe. Sur la route qui le mène à son exécution, interné pour un soir dans institution des deux frères, il s'en évade, prenant Digger et Clay en otages, plus ou moins consentants. Si Earl, ultra violent, fascine l'un, il terrorise l'autre. Dans le début d'une course folle et meurtrière le long de l'I 10, qui mène aussi bien à l'Eldorado qu'à l'enfer, l'entente des deux frères se lézarde, et ce sont deux parcours qui se construisent en se croisant aux tournants de cette même route, que l'on suivra jusqu'à la fin.

L'itinéraire est jalonné de rencontres, vieux garçons solitaires conduisant des pick up bringuebalants, familles en route vers leur home sweet home, jeunes filles fraîches ou perdues, selon le frère qui les entraînent hors de l'asphalte. Les mêmes paysages se succèdent, fermes exsangues, boutiques de confiseries, coffee bars poussiéreux, serveuses peu accortes, bourgades où le temps s'est figé. Des vies normales qui ne verront pas toujours leur fin arriver.

A ce pick up movie, meurtrier ou amoureux, Ellory adjoint un quiproquo policier peu crédible mais qui relance malgré tout l'intérêt lorsque le côté catalogue sanglant en crescendo pourrait commencer à écœurer. Enrichi de ces portraits de quidams qui bordent la route des deux frères, se construit un roman en montagnes russes où l'on reprend rarement son souffle peinard. La fin est un peu grand guignol, ce n'est sans doute pas un grand Ellory, un poil trop manichéen, et excessivement violent, mais il fait froid dans le dos très efficacement.

 

11/02/2016

La douce colombe est morte, Barbara Pym

la douce colombe est morte,barbara pym,romans,romans angleterre,cup of tea timeQuelle insupportable héroïne que Léonora ! Assez à son aise financièrement pour vivre en célibataire endurcie, elle a le regard acerbe sur celle de ses amies qui cherche une âme sœur, là où elle a pu la trouver ... La demoiselle, férue de l'ère victorienne, si délicate et si raffinée d'apparence, est bien digne de cette période guindée, rigide, corsetée, qui limitait les battements et les vibrations de l'âme aux délicats pétales des pivoines peintes sur des tasses de thé. Là, au moins, elles ne laissaient pas de saletés inconvenantes.

Agnès Varda dit : "Si on m'ouvrait, on trouverait des plages" ( ce qui n'a rien à voir,  mais je viens de revoir "Les plages d'Agnès", alors cette phrase me trotte dans la tête ...). Et bien, si on ouvrait Léonora, on trouverait des tas de petites saletés mesquines, bien rangées, mais des tas de petites saletés quand même ...

Pourtant, elle n'en n'a pas l'air lors de cette vente de livres rares, où un malaise, fort délicat, lui permet de faire la connaissance d'Humphrey Boyce, antiquaire de bonne figure, et de son neveu, James, de meilleure figure, car beaucoup jeune, plus naïf et plus accessible aux charmes de cette femme, un peu plus âgée, mais si proche de goûts délicats ... Par ailleurs, Léonora est peu incline aux débordements physiques qui, sûrement, lui dérangeraient les dentelles.

Léonora va donc choisir James pour l'agripper dans sa toile d'araignée d'une parfaite courtoisie, un jeu d'amitié amoureuse dont sa solitude se serait bien faite un cocon égoïste pour ses vieux jours. Ces deux là se jouent leur comédie, lui, en jeune gandin effarouché par la modernité, elle, en Pygmalion intouchable, poudré et toiletté. Mais la jeunesse est fébrile, et imprévisible, parfois, elle s'échappe, par la fenêtre dérobée, des mains de celle qui voulait la garder pour préserver l'illusion de la sienne ...

Je découvre avec ce titre une auteure appréciée de Aifelle, Keisha et Dominique, et je ne regrette pas d'avoir suivi leurs pas dans cet univers de coups de griffes feutrés, typiquement english, mais d'un english amer, très vintage, où comme le dit Dominique, "affleure un rien de cruauté", toujours très délicatement distillé dans un "cup of tea time".

 

04/02/2016

L'analphabète, Ruth Rendell

l'analphabète,ruth rendell,romans,romans policiers,romans angleterreAvoir vu, voire revu "la cérémonie" de Chabrol, ce film aussi magistral que le meilleur des thrillers bourgeois du maître es-psycho des entrailles mouchetées (je pense à "Que la bête meure" ou "Le boucher"), avoir, la première fois, sursauté d'horreur, avoir accroché son fauteuil, glacée d'effroi, lors de la scène du crime, ne gêne en rien le plaisir de lire ce roman dont Chabrol s'inspira ...

Les deux œuvres se complètent en réalité, car là Chabrol ne dévoile que petit à petit l'origine du mystère de Sophie, Ruth Rendell en fait sa première phrase : "C'est parce qu'elle ne savait ni lire ni écrire qu'Eunice Parchman tua les Coverdale". Du moins quatre d'entre eux. Georges en premier, le père, distingué, prévenant, profondément amoureux de sa femme, Jacqueline, si belle, si soignée, si élégante, grande connaisseuse d'opéra. Ils forment une sorte de couple idéal, brillants, humanistes, souples et ouverts d'esprit, profondement snobs sans même le savoir et rigides, clos dans les valeurs implicites de leur classe sociale.

Ce soir de folie là, Eunice et sa complice firent aussi feu sur les deux adolescents : Mélinda, belle comme les blés, étudiante et amoureuse, aussi libérale et libérée qu'un poisson rouge dans son bocal. Et enfin, elles tuèrent Gil, sombre jeune homme torturé, mystique et boutonneux comme peut l'être un fils de bonne famille tracassé par ses hormones.

Ruth Rendell analyse, là où Chabrol ne laissait rien paraître trop tôt, les étapes de la haine entre la domestique, analphabète, paranoïaque, hermétique à tous sentiments, enfermée dans son incapacité d'empathie, sauf pour les jolies objets qui entourent ses patrons et les séries télévisées dont elle se gave, et eux, les bourgeois intellos qui se piquent d'elle comme d'une bouée de sauvetage contre la poussière.

De tensions en incompréhensions, la victime se fera vengeance d'un crime qu'ils n'avaient pas vraiment commis, celui du mépris qu'elle s'était imaginé, vengeance glacée comme une plongée dans les eaux troubles, dans la mare des ressentiments qui n'avaient jamais trouvé de porte de sortie.

Merci à Ingannmic de m'avoir refait penser à lire ce titre depuis si longtemps noté.

20/12/2015

Avril enchanté, Elisabeth Van Arnim

Freesias-Luxury-Bouquet.jpgUn roman antidote à la triste "condition pavillonnaire", qui met en scène deux chrysalides qui vont devenir papillons. Foin de tout réalisme, il faut juste rentrer dans la danse, ici, on baigne dans les fleurs, l'amour de son prochain, et même celui de son mari, c'est dire ...

Il pleut sur Hampstead, une banlieue morne de Londres. Il pleut, il a plu, et il va continuer encore à pleuvoir. Pas un rayon de soleil d'avril en vue. Deux femmes, encore jeunes et qui pourraient même être jolies, si on les regardait un peu, se croisent dans un club. Toutes deux ont lu la même annonce dans le Times : " Particulier loue  petit château médiéval meublé au bord de la méditerranée", en Italie. Nos deux souris grises ne se connaissent pas, mais elles se reconnaissent,  elles sont aussi étriquées et vertueuses l'une que l'autre, et l'une comme l'autre ont terriblement envie de cette folie. Rose Arbuthnat et Lolly Wilkins vont se secouer la poussière et accomplir l'impensable, répondre à l'annonce et partir, quasi en cachette de maris indifférents ou/et acariâtres. Tandis que Lolly a des visions de bonheur, Rose a des scrupules, car Rose a des pauvres, et va devoir les priver de sa charité pour se faire plaisir. La notion de plaisir n'entrant pas dans la pratique normale de Rose, il va falloir toute la passion de Lotty pour qu'elle s'y laisse un tant soit peu aller.... Un peu raide encore dans la posture, quand même ...

Pour souci d'économie, elles vont s'adjoindre deux autres inconnues, sans trop prendre de précautions ; une vieille grincheuse victorienne, Miss Fisher, et une lady, trop belle pour être heureuse.

La comédia se jouera donc à huit mains dans le château de San Salvadore, le château du paradis, où les freesias poussent en dehors des magasins et des vases, où le soleil brille  en un avril bien plus caressant que prévu, les nuages jouent à saute moutons et, etc ...

Les frotti frotta entre les quatre locataires s'emparent des lieux, la vieille grincheuse grince des dents, la Lady s'enfonce dans son coin secret à elle, pour ne plus être admirée, gâtée, adulée, Rose se coltine la nostalgie du désir alors que Lotty cavale en pleine euphorie visionnaire. Et c'est elle qui emporte tout dans la magie de San Salvatore ....

Un livre où l'eau de rose est si rose qu'on ne peut avoir envie que de s'y délecter !

19/10/2015

Passé imparfait, Julian Fellowes

Candle_downton.jpgLa vraie raison, la seule raison pour laquelle j'ai acheté ce livre, ce n'est qu'une petite phrase murmurée à mon oreille de lectrice par l'amie C. "L'auteur, c'est celui qui a écrit Dowton Abbey". Je n'offre aucune résistance à une flagrance de cup of tea time sur fond de guimauve anglaise. C'est donc avec force salivage que j'ai mordu dans la porcelaine.

Le narrateur est un écrivain, qui se souvient de sa jeunesse ... Il est issu de cette très bonne société londonnienne de la fin des années cinquante où les jeunes filles cherchaient un mari bien sous tout rapport en n'ayant pas vraiment le choix du panel. Il y avait les chevaux de course et les juments de trait. Dans cette saison de bals qui a tout du terrain de chasse, la narrateur avait introduit le chien de race dans le jeu de quille : Damian Baxter. Et Damian avait bouleversé les règles du jeu en cette dernière saison des sixties où le vent avait balancé les jupes des filles dans les buissons de la tentation du bel arriviste. Elles ont été cinq à avoir succombé aux charmes exotiques de Damian : Lucy, Joanna, Dagmar, Candida et Terry. Quant à Séréna, la sublime Séréna, c'est peut-être une autre histoire ....

Cette liste, le narrateur ne le découvre que quarante ans après cette ultime saison qui fila comme une jeunesse qui se passe et trouva sa conclusion en un mystérieux séjour au Portugal qui mit fin à toutes les illusions et à son amitié avec Damian.

En quarante ans, ils ne se sont jamais revus, ni même cotoyés. Le narrateur a rompu tous les liens d'avec son milieu aristocratique. Mais ces jeunes filles, devenues femmes mûres, il va pourtant devoir aller leur arracher un secret. Laquelle d'entre elles serait la mère de l'enfant caché de Damian ? Laquelle lui aurait écrit, vingt ans auparavant, pour lui révéler cette paternité, née d'une de ses liaisons sans lendemain dont la saison fut riche ? ( pour Damian, car le narrateur, lui, il était plutôt en fin de peloton). Quarante ans de silence dont vingt d'indifférence, et voilà le Damian qui resurgit de sa boite, riche en diable, et malade à en crever bientôt. Le narrateur dispose donc de peu de temps pour trouver l'héritier d'une fortune sans fond, confiée par son meilleur ennemi.

L'idée a le défaut de ses qualités. Le secret ne peut être révélé qu'à la fin, donc la gagnante du gros lot sera forcément la dernière rencontrée. Mais parce que l'auteur n'est pas complètement tartignole, ce n'est pas vraiment ça, pas tout à fait, on va dire ... Chaque rencontre est par conséquent le prétexte à construire une galerie de portraits, un passage en revue de destinées disparates et parfois attachantes : Lucy, qui a foncé dans le succès people pour ensuite se rattacher à des morceaux du radeau, Dagmar qui a réalisé le rêve de sa mère pour à jamais s'en mordre les doigts, Joanna, qui s'est perdue dans une révolte anti conventions, Candida, restée égale à ses ambitions, Terry, une ogresse américaine parvenue à pas grand chose. Et Séréna, la seule à s’être sortie intacte de l'impact, est plus Downton Abbey que Lady Mary elle même.

Quelques longueurs font traîner la lecture de cette chasse aux souvenirs, le narrateur ne pouvant visiblement pas se passer d'un certain radotage social, et dès fois même, il se hausse du col de la morale bien pensante.

Faut bien des nuages de lait dans le thé à l'anglaise.

 

 

09/10/2015

Le général du roi, Daphné Du Maurier

daphné du maurier,le général du roi,romans,romans historiques,pépitesUn roman de la grande Daphné qui a le goût chevaleresque très prononcé d'un amour d'amour impossible, mené au fil des épées de l'éternelle absence de l'aimé et de ses éternels retours, entre deux attentes de l'aimée, dans les brumes et les fracas des châteaux assiégés.

Mais la cause du pourquoi de l'impossible amour, pourtant partagé, entre l'aimé Richard et l'aimée Honor, je ne peux pas vous le dire, sûrement pas. Ce serait gâcher.

Donc, juste dire que nous sommes transportés en Angleterre au XVIIème siècle. La fronde des nobles de Cornouailles gronde contre la tyrannie financière du parlement de Londres. Eux soutiennent le roi, Charles 1er, pourtant bien falot, à mon très humble avis de roturière du XXIème siècle. Parmi ces fidèles, qui bientôt prendront les armes, se distingue tout particulièrement une famille, les Grenville, dont le panache est flambloyant. Le frère ainé est un modèle du genre, loyal, noble et juste. Par contre, le frère cadet, Richard, a le sang plus chaud que bleu, une réputation détestable de coureur de dots. Sans scrupules, il agit avec autant de cruauté que d'absence de remords, rempli d'orgueil, et de vanité méprisante. Sauf que en ces temps de guerre civile, il est aussi un stratège militaire hors pair, un meneur de troupes sans égal. Alors forcément ... Il lui est beaucoup pardonné, et il est si beau ... 

Lors d'un dîner de victoire, Richard va poser les yeux sur Honor et Honor va choisir Richard, sous les yeux effarés de sa propre famille, car si elle était la petite dernière, un peu gâtée par ses frères, un peu rebelle déjà, là, Honor va rompre avec une certaine bienséance et la petite trouver son maître et son amour. La première rencontre sera la définitive alliance de cette jeune fille de petite noblesse de sang, mais non de coeur, et de ce chevalier pour le moins atypique. Bouillants l'un de l'autre, consentants à leur perte sociale et unis à jamais.

Euh, pas de souci, hein, on n'est pas dans de l'eau de rose, même si j'ai bien conscience d'en aligner tous les clichés. Enfin, si, il y aussi de l'eau de rose mais portée à ébullition, une sorte de concentré. Les capes volent, les épées claquent et frôlent des jupons d'amazone intrépide et l'amour des deux tourtereaux insolents croise quelques obstacles, il faut bien le dire. Surtout quand la méchante soeur Grenville pointe son nez de rapace, séductrice et torve, genre Milady.

"Le général du roi" est un roman qui mène ses clichés à la baguette, tambour battant, sans complexe, et pioche aussi au passage dans le gothique des châteaux avec chambre secrète, porte qui grince, enfant caché, araignées comprises. Il se lit à la vitesse d'un cheval au galop.

Romanesquissisme .

 

20/06/2015

Les oiseaux, Daphné Du Maurier

3466755_7_7941_devant-les-centaines-de-mouettes-on-replonge_e526533a71beafa0caedc0b4fe586585.jpgSi vous n'aimez pas les nouvelles, si elles vous laissent un goût de trop peu, si le format court frustre votre goût immodéré du romanesque au long court, alors, il faut, d'urgence lire "Les oiseaux". A cause que ces sept nouvelles remplissent tellement toutes ces anti-conditions, qu'on en redemanderait alors qu'on est déjà plein. Moi, ça me fait cet effet-là avec les trucs que j'aime vraiment: les fraises tagada, les oeufs à la neige, le pain perdu, le chocolat blanc fourré aux myrtilles, et donc, logiquement, Daphné du Maurier.

Le must du recueil est est, bien évidemment la nouvelle titre, "Les oiseaux". Je ne dirai rien du film Hitchcock, que je connais évidemment par cœur, ce qui ne me gêne absolument pas pour le revoir encore, malgré les commentaires acerbes de fiston : "On voit tous les trucages" - "M'en fiche" articule-je, enfoncée jusqu'aux doigts de pieds dans le plaid et gavée de chocolat blanc fourré aux myrtilles

Grande surprise ! La nouvelle n'a que peu de points communs avec le film ; point d'inséparables, pas de blonde citadine hyper classe et hyper injustement traitée par le beau Nath, mais, un Nath seulement, avec femme et enfants, fermier, père de famille tranquille, qui voit poindre sur les vagues les attaques ailées et tente de résister, dans le silence assourdissant de la radio, à ce qui semble bien être la fin du monde ... Rien de moins qu'un pur chef d'oeuvre, ce qui fait qu'avec le film, ça fait deux.

 Suivent six autres histoires qui mêlent, elles aussi, avec une efficacité ciselée, l'étrange et l'ordinaire. "Le pommier" par exemple, où dans une campagne très "country", une femme acariâtre meurt, libérant ainsi son mari de sa tristesse stérile. Mais dans le verger, repousse un vieux pommier dont le poison se distille à petites gouttes.... "Encore un baiser" mène une très chic mère de famille, lors de vacances très vides, dans un hôtel très chic aussi et bondé d'admirateurs potentiels, vers une liaison amoureuse à l'essai. Son ennui, la chaleur, sa beauté inutile entraînent la belle indifférente au bord de la falaise ... Dans "Mobile inconnu", un arrière goût d'Agatha Christie flirte avec la folie d'une jeune femme pour qui la naissance d'un enfant aurait dû être une joie ... 

Un pur régal, le ton Daphné jusqu'aux bout des ongles, entre lumière et crépuscule, où le pire n'est jamais sûr mais toujours incertain, et c'est encore pire ....

28/01/2015

Les neuf cercles R.J Ellory

63779074.jpgUn policier, ex-engagé dans la guerre du Vietnam qui tourne en rond dans l'enfer de ses souvenirs, quoi de neuf sous la plume de la littérature américaine? Pas grand chose. Vraiment pas grand chose. Mais, ça peut être bon quand même, c'est le dernier Ellory. Malgré quelques déceptions, c'est du solide, Ellory, avec en plus un parfum du sud, un rien de "Seul le silence", un article de Dominique. Et je m'y colle aux neuf cercles.

John Gaines, après l'enfer du Vietnam, a passé le concours pour devenir policier, et est revenu auprès de sa mère, qui a son enfer à elle, un cancer auquel elle résiste depuis des années, peut-être attendant que son fils aime à nouveau, peut-être plus encore, grâce à ses incantations quasi-vaudoues anti Nixon.

Dans la petite ville du Mississipi, on tourne en rond, pantouflarde et tranquille, elle ronronne, et John Gaines aussi, dans un cycle pépère de contraventions civiles et routinières, d'une banalité reposante pour son traumatisme guerrier. 

Mais, surgit l'invraisemblable par les hasards d'une pluie battante : le corps  d'une jeune fille, toujours belle comme le jour, Nancy Denton, disparue depuis vingt ans, sort de la boue. Le corps a été préservé intact, donc (sic), comme son étrange blessure, une mutilation qui sent le bayou et ses sortilèges ... Dans le livre, surgit alors une autre voix, que l'on comprendra par la suite, être celle de Maryanne, la meilleure amie de Nancy, et avec elle, les souvenirs d'une radieuse journée d'été, le groupe des amis inséparables, elle, Nancy, le tendre et fort Mickaël, et les deux frères Wade. De la famille Wade, de la puissante famille Wade. L'un est lunatique, un peu à part, l'autre, un brin jaloux. Ce jour-là, Nancy avait une jolie robe, un pique-nique en forêt, une baignade, un air de tourne disque, une danse, les amoureux, Nancy et Mickaël, Mickaël et Nancy, tournent et s'aiment. Tout le monde s'aime. Et puis, plus rien. Nancy a disparu.

Depuis vingt ans, la mère de Nancy attend, Maryanne flotte entre deux temps, et l'amoureux, Mickaël est devenu une épave. Mis à part eux, toute la petite ville avait oublié,plus ou moins, un drame laissé entrouvert.

Une enquête à handicaps, donc, pour John Gaines, quelque peu inexpérimenté sur ce terrain là, ne disposant pas vraiment d'une logistique à toute épreuve, sans témoins, et avec comme seul suspect, un clochard halluciné, l'ex-amoureux de la disparue ... On se dit qu'il a intérêt à se sortir fissa de ses neuf cercles et d'avoir du ressort. 

Comment dire, même si le personnage tient la route, finalement, que certains coups d'accélérateur m'ont fait parfois y croire, l'intrigue est quand même peu haletante, marque des pauses, cohérentes, vu le contexte, mais les fameux ressorts sont un peu rouillés. Les portes du mystères s'ouvrent une à une avec des grincements poussiéreux, attendus depuis trop longtemps.

Un Ellory moyen, moyen, moyen moins, même. 

30/09/2014

Le phare P.D James

Ma première lecture sur liseuse !!! ( celle de mon fiston, en réalité,  lui, il est re-passé au papier), et je dois le dire, une première tentative mitigée.
Tout d'abord, l'objet fut apprivoisé assez rapidement, je dois le dire fièrement, il s’avère notamment très pratique pour manger en continuant à lire. Manger autre chose que des fraises tagada, je veux dire. J'ai ainsi pu, sans dommage, assouvir une fringale express et irrépressible de tartines de "rillettes Hénaff sur pain italien", alors que l'inspecteur principal (le roman est un policier, de facture classique) se faisait réchauffer un osso bucco. Le pain, c'est ce que j'avais de plus italien chez moi sous la main, et, je peux l'affirmer, la liseuse permet un parfait tartinage de rillettes bretonnes en boite en kit mains libres.

Un truc gênant, mais ce n'est pas la faute de la liseuse, l’affichage des pourcentages. 75% de lu, j'imagine que cela veut dire que c'est bientôt fini ... mais bientôt fini, c'est combien de pages à lire encore ? Bon 25 %, je suppose, mais 25 % de pages sur combien ? Parce que cela fait combien de pages 100 % ? Le livre, vous allez me dire. Mais les pourcentages, moi, ils ne me causent que pendant les soldes : à partir de 50 %, je sais que c'est moitié moins. Fastoche. Mais; là moitié moins de quoi ? Une liseuse, c'est plat et n'affiche pas les prix de départ.

Le principal obstacle, quand même, fut le texte en lui même, d'où mon intérêt croissant pour les pourcentages. Mais qu'il est long, qu'il est long, mais vraiment long ( et je vois la longueur de ma note s'allonger, pas de pourcentages à l'horizon, Hautetfort ne comptabilise pas le nombre d’arrêt en route de la lecture des notes, heureusement pour moi ...). A 47 %, l'inspecteur principal interroge son premier suspect. Dans les 20 % du début, on a eu la présentation de l'inspecteur, de l'inspectrice et du sous inspecteur ( il faudrait que je rouvre la liseuse pour retrouver les noms et les caractéristiques de chacun, et comme je ne sais plus à quels %, ils apparaissent, j'ai la flemme. Disons, un poète, une complexée sociale et un arriviste bel homme mais qui se tient à sa place (pourquoi en dire qu'il est arriviste bel homme, alors ? je ne sais pas, Y'a pas la fonction explication sur la liseuse)

Sur une île au large de l'Angleterre, une mort suspecte nécessite que les trois s'y rendent dare dare, vu que le mort est un écrivain très célèbre. En chemin, on apprend qu'ils font leur sac ( chacun leur tour), ce qu'ils y mettent et pourquoi, qu'ils prennent l’hélicoptère et que l'inspectrice, elle lit pendant le voyage parce qu'elle a un peu peur. On ne sait pas si elle lit sur liseuse, elle. Mais moi en hélico, j'aurais peur aussi, liseuse ou pas ... Surtout qu'elle vient de quitter un amant super top.

L'île a un statut très particulier ; n'y sont reçus que des invités de marque et de marque prestigieuse pour y retrouver calme et sérénité : comprendre, ils sont hébergés dans des cottages en pierre d'où l'on voit la mer, il n'y a pas un seul magasin, ni même une piscine. Les falaises sont battues par les vents, les cheminées fonctionnent, pas de soucis, et le phare est rouge. Normal. 

La paix, le silence, les repas, les bons vins, le bois de chauffage et tout le reste sont fournis par les résidents de l'île, chargés de son administration discrète : le commandant, le médecin, l'infirmière ( sa femme), le marin, la cuisinière, l'intendante, une jeune fille recueillie sur l'île par le marin. Il y a  aussi une invitée à demeure permanente, une intello irascible et son ex-chauffeur (vu que sur l'île, il n'y a pas de voitures, normal) ....On a droit à un portrait pour chacun pareil que les trois autres, sauf qu'ils ne font pas leur sac, mais que certains ont un passé trouble ... Ha, oui, il y a aussi la fille de l'écrivain, et son fiancé, les deux furent exploités par l'écrivain. L'écrivain étant très méchant, personne ne le regrette vraiment. Sauf moi, parce qu'il aurait pu rendre toute cette histoire un plus plus coriace. (on  est a 40%, là)

Voilà, je m'y copieusement ennuyée dans ce texte, comme on l'aura compris, et même, je pense qu'à des moments, mon handicap des pourcentages a contaminé ma logique des phrases. Ainsi, lorsque je lis qu'un homme, retrouvé mort le crâne fracassé sur le sol d'une église, a dû mourir sur place parce que les draps de son lit ne sont pas défaits, je secoue la liseuse pour voir si l'engin n'a pas une fonction boule de neige, ou boule de cristal qui s'est mise sur le mode off, sans prévenir. 

Bref, dernier handicap de la liseuse, elle ne veut pas tourner les pages plus vite, enfin, pas la mienne, elle s'embrouille ...

 

18/08/2014

Dans l'ombre des Tudors, le conseiller, Hilary Mantel

Après un premier chapitre qui laisse présager un bon gros roman historique plein de sang, de sueur et de larmes ( je rejoins Sandrine sur ce point), je dois l’avouer, j’ai bien failli laisser tomber ce pavé.

Cromwell, cette ombre du pouvoir plutôt méconnue ( de moi, en tout cas …), obscur fils d’un simple forgeron aux accès de violence incontrôlables, on le prend au départ de son ascension (  et l’ascension est longue). Après sa fuite de sa ville natale et ses périples en Europe qui ont fait de lui, simple soldat mercenaire à la solde française, un fin connaisseur de la finance et des banquiers italiens, et aussi de l’art de la politique à la Machiavel, Cromwell est petit à petit devenu le conseiller favori du conseiller favori du roi Henri VIII, le cardinal Wolsey.

Un cardinal qui fait office de premier ministre et tire les ficelles, espionne , manigance, dilapide et remplit les caisses du royaume. On est bien dans l’ombre, dans les coulisses, dans les souterrains du suzerain, déjà quelque peu atrabilaire … Et là dedans, c’est plein de traquenards et d’ennemis qui n’attendent qu’un faux pas pour vous achever, les ragots acérés font souvent mouche.

Le déclin du cardinal s’amorce quand il échoue à faire se réaliser la suprême volonté royale ( à croire qu’il n’a que cela à faire, le Henri VIII) : obtenir l’annulation de son mariage d’avec Cathrine d’Aragon, après 18 années de bons et loyaux accouchements, elle n’a pas donné de fils, et qu’il puisse enfin convoler avec Anne Boleyn, vierge douteuse, mais devant laquelle le roi tire une langue genre « loup de Tex Avery ». Le pape Clément se fait lui très longuement tiré la sienne pour accorder la permission  qui fera que Anne se retrouve enceinte en étant reine et non catin du roi. Le cardinal va échouer mais Cromwell y réussira (enfin, à sa façon …)

Le portrait des temps et des hommes gagne peu à peu en intensité et en intérêt, on croise des mœurs et des personnages qui épaississent l’attente du consentement papal et le récit biographique. Thomas More, par exemple, se révèle moins humaniste qu’obtus, le grand ami d’Erasme et son utopie prennent un bon coup dans l’aile. Anne Boylen est assez épaisse aussi, portraitisée en perfide harpie à laquelle on se met à préférer sa sœur Mary, dont la cuisse légère fut la première dans le lit du roi, et qui lui sert de remplaçante autorisée lors de la première grossesse de celle qui est enfin devenue reine … Mœurs exotiques …

 

Les longueurs, il y en a, mais elles se dépassent finalement. Et comme ce tome se termine avant la chute d’Anne, et que Cromwell résiste encore à trois mariages royaux, si mes souvenirs sont exacts, il reste donc quelques exécutions et  quelques tractations amoureuses à venir, et comme les deux s’accélèrent, on peut supposer que par la suite (il reste deux tome aussi pavés que celui-ci), le rythme se fasse un peu plus trépidant.

12/08/2014

Avec vue sur l'Arno E.M. Forster

Ce livre est bien sûr celui qui a inspiré le sublime « Chambre avec vue » de James Ivory et tout le charme des images du film se trouve dans les mots du livre.

Tout commence à la pension de Florence, pension pleine de touristes anglais et où viennent d’arriver la jeune Lucy et son insupportable cousine chaperon, toute de reconnaissance éperdue ( c’est la mère de Lucy qui finance le chaperonnage), elle se donne pour rôle de tenir les rênes de la bienséance. Vieille fille et parente pauvre, elle s’érige en championne de ce qui ce fait et de ce qui ne se fait pas, corsetée dans sa morale victorienne. Lucy veut bien faire, elle aussi, mais elle a juste un peu « trop de Beethoven » dans la tête et dans le cœur. Parfois, le trop déborde un peu du corset. Mais pas trop.

Dans la pension, Forster fait s’agiter le microcosme touristique : les deux femmes doivent-elles, ou non, accepter l’échange proposé par un autre couple, atypique et moins victorien, les Emerson père et fils ? Eux ont ces chambres avec vue que l’on avait promis aux deux femmes. Le portrait de groupe touristique est drôle et grinçant à souhait : un clergyman aux idées plutôt larges, une excentrique écrivaine qui se la joue bohème dans le pur style des snobs qui cherchent « l’authentique couleur locale », aussi authentique que les clichés d’une anglaise sur le retour d’âge peuvent l’être, et les deux inévitables sœurs vieilles filles, aux dentelles fanées et la conservation aussi plate qu’une bouteille de San Pellegrino sans bulle. Le débat est feutré,  puis la question réglée, les deux femmes peuvent, tout en respectant les convenances, accepter la proposition, au départ indécente, autant que peut l’être la simple mention d’un homme prenant un bain dans une baignoire.

De là, part le trouble de Lucy, de là, et aussi de la visite de Santa Croce, que la jeune fille devra faire sans guide. Une jeune fille perdue, sans l’habitude de penser par elle-même et qui ne sait qu’y admirer : où sont les merveilles attendues ? n’est-elle pas en train d’admirer ce qui n’est pas admirable ? Une œuvre mineure, indigne ? De là, Lucy commence à se heurter à la véracité de l’expression des sentiments en acceptant d’entendre le discours d’Emerson père,  puis, sur la place, où le sang d’un crime va éclabousser les cartes postales, et enfin dans un champ de violettes où la recherche de la vue sur l’Arno va s’égarer dans un baiser volé. Lucy fuit celui qui fait s’échapper d’elle ce "trop plein de Beethoven" en elle.

De retour en Angleterre, dans son home protégé de l’expansion de ces dangereuses ardeurs, Lucy va mettre beaucoup d’énergie dans la fuite d’elle-même et de ses sentiments véritables, de fiancé coincé en pare-feu de vieilles filles. Lucy se leurre et se masque et l’on s’amuse à voir le papillon refuser de sortir de sa chrysalide …

Un régal de comédie satirique où chaque personnage est solidement campé dans ses positions, portraitisé à grands traits bien solides mais sans caricature, les scènes au jardin sont fraiches et ensoleillées comme des tableaux impressionnistes, le ton enlevé comme les notes du piano de Lucy, on entendrait presque la voix pétrie de pédantisme de Cécil ( le fiancé coincé) lire les pages du roman qui forcera la jeune fille à prendre l’envol redouté.  Une bien agréable lecture, avec tout ce qu’il faut de « trop de Beethoven » et une bonne vieille crème anglaise !

Et une pensée pour Ingannmic qui doit y flâner encore, peut-être, sur les bords de l'Arno ....