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19/03/2016

La formule préférée du professeur, Yoko Oguwa

racine carrée.jpgParmi mes formules de mauvaise foi maintes répétées, il y a cet à-priori définitif : "je ne comprends rien à la littérature japonaise." D'ailleurs, je n'en lis pas. Ce qui, évidemment, n'est pas de nature à me faire changer d'avis. Ce qui est le principe même de la mauvaise foi. Je suis donc parfaitement logique.

Une autre formule, tout aussi avérée, est que, face à des chiffres, même tout petits et inoffensifs ; genre le problème de conversion de hectolitres en millilitres de fifille ; j'éprouve une sorte de vide abyssal qui touche à la stupéfaction. Ce qui n'est pas sans conséquence sur mes réalisations pâtissières, malgré l'achat récent d'un super moule à cheese cake (qui fait pas les conversions tout seul, le con.)

Troisième formule perso ; face à quelqu'un qui m'affirme avoir le goût du sport, je me métamorphose en poule sur un mur qui regarde passer un okapi volant et me planque sous un tapis en attendant qu'il ait fini de passer.

Ce livre, donc, car ce blog est censé parler de livres,et pas de moi, qui est japonais, parle de maths et de sport, est donc une sorte d'erreur d'aiguillage vers l'incongru, quasi une expérience mystique pour moi, une variante personnelle de l'exploit.

Un vieux professeur de maths, genre prix Nobel en puissance, a perdu la mémoire lors d'un accident de voiture. Depuis, elle s'arrête au bout de 80 minutes et repart à zéro. Les seules connaissances qui restent constantes sont celles des formules mathématiques. Il a besoin d'une aide ménagère qui se matérialise, elle, avec constance. Et il se trouve que c'est la narratrice du roman. Elle tombe sous le charme des explications du professeur, se retrouve passionnée pour les nombres premiers, se prend d'amour pour eux et d'amitié pour lui. Il se trouve qu'elle a un fils de 10 ans, fan lui de base ball, et qui a la tête plate comme une racine carrée. Ben me voilà bien ....

Faisant fi de ma mauvais foi ( ce qui est très, très rare !!!), je dirais qu'il y a quelques scènes touchantes entre des digressions, pour moi, interminables, mais en réalité assez courtes, sur la beauté des racines carrées, des nombres premiers et la quête de la vérité mathématique, l’élégance des formules à plein de chiffres qui s'étalent sur la sable du parc, avant de s'effacer sous les pétales de cerisier, la perfection de la mesure de la forme de la base de tir en base ball, le compte de la vitesse du lancer de la balle. J'ai dû bien survolé du cerveau quelques pages, mais là encore, assez peu finalement.

Ce qui me ferait penser que ce pourrait être un livre passionnant, mais que je vais continuer à regarder pousser la littérature japonaise dans les vitrines.

 

18/11/2014

Cats Kang Hyun-Jun

Ce manga ( qui se lit à l'endroit, ce que je n'avais pas compris tout de suite ...) est la preuve incontestable que l'âme des chats est universelle ( ce dont j'étais déjà persuadée, du fait que mes chats successifs, mon chat actuel, et ceux que je peux observer par ailleurs, prennent ce postulat au pied de la lettre, comme les humains, d'ailleurs, sauf que pour les chats, c'est vrai) et aussi que le japonais (l'homme) est étrange (pour moi, mais ça aussi, je le savais déjà aussi vu mes échecs successifs et redondants face à la littérature nippone).

De courtes historiettes mettent en scène des aphorismes : "le chat ne voit pas l'homme qui balaie, mais seulement le balai" est par exemple indéniable (ça marche aussi avec la serpillière et la fragola, je sais de quoi je parle ...) , de même que "Le chat peut dormir comme un homme alors que l'homme ne peut pas dormir comme un chat", illustre, entre autres la supériorité évidente de l'animal pour qui se rouler en boule la patte derrière la tête n'engendre aucune courbature. ou encore, une autre évidence qui m'a fait vraiment rire "le chat pense qu'il est humain" ce qui conduit "l'homme à oublier qu'il est un chat", légitime que l'on se retrouve à expliquer à une bestiole faussement candide que vous commencez à en avoir franchement assez qu'il salisse les draps de ses pattes sales ( dans le manga), qu'il confonde le sèche linge avec un hamac (chez moi). Le chat japonais, comme tout chat normal fait les choses essentielles dans le même ordre, il dort, se lave, mange, dort, se lave, mange ... C'est rassurant et plutôt drôle.

Là où j'ai ouvert des yeux étonnés, c'est sur le propriétaire de chat japonais qui nourrit son chat avec une pêche à la ligne ou s'en sert comme moyen d'obtenir un baiser indirect de sa petite amie, les allusions scatologiques, l'immaculé carrelage des W.C qui semble servir de litière au félin ... C'est parfois un peu étrange, mais l'humour passe et l'on passe un moment d'identification plutôt amusant. 

Un manga qui m'a été offert par ManU (ben, je ne fais pas des SP¤ mais ceci est une SB¤). Merci beaucoup ! 

¤ Service de presse

¤Service de blogs

25/12/2012

Les paradis aveugles Duong Thu Huong

les paradis aveugles,duong thu huong,romans,romans vietnamEvidemment, comme toujours (pour l'instant, du moins, dans ce que j'ai lu), l'action se situe au Vietman, le Vietnam communiste, et sa ville et sa misère des petites gens, son goût des voisins, ses odeurs, ses saveurs, ses cris des rues, ses entrelacs d'avec la campagne proche et ses traditions rurales qui résistent comme elles le peuvent à la mesquinerie d'en haut, le pouvoir mesquin des petits qui l'exercent.

La trame est mince, elle suit l'itinéraire de Hang, jeune fille à l'avenir prometteur, celui que son oncle Ching va un peu tout gâcher, et de sa mère, Qué, qui y a mis aussi de la bonne (ou de la mauvaise) volonté, et enfin, de sa tante paternelle,Tâm, qui tente de sauver les meubles, et les souvenirs, du père trop tôt disparu.

L'oncle Ching est un petit fonctionnaire, sa soeur est une petite commerçante, ce qui ne lui convient pas au frère, parce que le commerce, c'est l'ennemi de la classe ouvrière ; sauf que le fonctionnaire est pauvre, égoïste et la soeur généreuse et soumise aux lois familliales ancestrales plutôt qu'aux nouvelles règles du parti. Soumise jusqu'à l'idiotie, Qué va choisir son frère,  insipide, méprisant et orgueilleux, plus tard, corrompu, à sa fille, brillante, aimante, mais trop attachée à sa tante, celle qui tente de lui garder l'avenir ouvert, avec son royaume rural tout de douceurs parfumées et de gestes tendres, de fêtes et de fiertés.

Hang regarde, sans trop comprendre ainsi s'effilocher les liens entre elle et sa mère qui se saigne inutilement pour son falôt de frère et sa famille, la laissant elle, le long du chemin. D'héritière d'un royaume, elle deviendra ouvrière tisseuse en URSS, malade et affaiblie. Du moins est ce ainsi qu'on la découvre dans les premières pages du roman, alors que malgré tout elle se rend au chevet du Ching, toujours petit malfaisant sans envergure, qui l'appelle à son chevet.

Vu ce que l'on apprend après, évidemment, rien de très logique et il me faut bien le dire, ce n'est pas l'intrigue palpitante qui me retient à cette lecture, ni de voir que le communisme,  ça n'empêche pas de faire fortune, ni de mourir de faim ... Mais que la palpitation est belle et que je voudrais savoir quel goût a le "poulet mariné aux graines de lotus", "le riz gluant au momordique", "les graines de nénuphars cuites", quelle odeur a "la senteur fraîche des noix d'aréquier", quelle couleur, quelle pétale pour les fleurs de lentilles d'eau. Il y en a qui ont leur palais des mille et une nuits, moi, j'entrouve le mien en ces pages d'un monde si beau et si perdu où " des ordures flottaient agglutinées aux cadavres des éphémères";

Un des premiers romans de l'auteure, réédité par les très remarquables éditions Sabine Werpiesser, éditeure et auteure que je ne lâche pas de vue depuis l'envoûtant "Terre des oublis" ; envoûtant, ce roman-là l'est moins, mais il résonne d'échos ..... Ce qui est déjà pas mal du tout !

 

Athalie

 

De la même auteure sur ce même blog et non cité dans la note ci-dessus :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/10/29/sanctua...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/05/19/roman-s...

 

Mille Mercisssss et bisesssss A.B !

20/12/2012

Grand-père avait un éléphant Vaikom Muhammad Bascheer

grand-père avait un éléphant,vaikom muhammad bascheer,romans,romans indiens,contesOu comment se faire avoir totalement de son plein gré et en toute conscience par une couverture rose kitch, le genre fluo à paillettes, qui vous fait cligner des yeux sur l'étalage. Avec une grosse éléphante glamour dessinée dessus qui rigole, ma fibre Bollywood  a vibré. La quatrième disait "conte et sagesse indoue", trop tard, le rose m'avait convaincue. Mais trop de rose nuit.

C'est la très courte histoire d'une jeune fille qui porte, par contre, un prénom à rallonge, si bien que je vais pas l'écrire souvent, KounnioupaHoumma ( le genre de nom à vous faire faire une faute de frappe de plus !). KounnioupaHoumma est fille de Houmma, elle même fille chérie de Anamakkar, le grand père qui avait un éléphant, visiblement un signe de gloire et de respectabilité, vu que la Houmma (mère), elle n'en démord pas. La famille est riche, très riche, supérieure, très supérieure, mulsulmane, très musulmane, fermée, très fermée. Pas comme ces "égarés", les Kafir. Pas trop compris ce que cela recouvrait comme religion ou comme caste, sauf qu'il peut y avoir des Kafir mulsumans et qu'une Kafir se reconnait à ce qu'elle porte un sari et un corsage à manches courtes qui découvre la taille. Ce que KounnioupaHoumma rêve de porter quand elle sera grande, ce dont il n'est pas question pour l'instant et pour ses parents. En attendant son mariage, elle reste immobilisée, dans la maison, couverte d'or et sans révolte. Elle attend qu'on vienne l'épouser. La mère est difficile et le père bientôt ruiné. Plus de mariage en vue, mais toujours pas de sari. Peut-être une liberté nouvelle en vue grâce à la pauvreté (oui, là, je tique un peu ...) un puits, une mare miroir du monde méchant, des toilettes sèches et déplaçables (non, je n'exagère pas).

Fable légèrement troussée sur (me semble-t-il) :

  • la différence religieuse et les apparences à dépasser, parce que ce n'est pas bien de ne pas dépasser les apparences, et qu'en les dépassant, on peut être heureux,
  • l'acceptation de son sort mais qu'on peut améliorer quand même un peu grâce aux toilettes séches et à la sagesse pragmatique d'un prince charmant.

Se laisse picorer en passant, mais bon, moi et la sagesse indoue, j'ai encore du boulot, faut croire.

 

Athalie

 

 

19/08/2012

Vivre Yu Hua

vivre,yu hua,romans,romans chineOù l'on retrouve le monde de "Brothers", la campagne chinoise, à l'écart des centres des pouvoirs, l'ancien, puis le nouveau qui se met en place à coup de révolution, la guerrière, puis la culturelle, ses habitants, la pauvreté, comment s'en sortir, ou pas ... les conséquences du séïsme politique, ses répliques en vaguelettes miniatures vues d'en haut (mais le haut regarde-t-il le bas en ces temps de révolution?), mais ici, on les voit d'en bas, et les vagues sont bien plus grandes.

La construction romanesque est assez classique, centrée autour de la vie d'un personnage principal et de sa famille, contrairement à l'(excellent) pavé déjà cité du même auteur, la tonalité est aussi plus réaliste et le burlesque n'affleure que dans la première partie, très courte, qui campe la jeunesse inconséquente du héros, Fuiji. Alors fils d'un riche propriétaire terrien, il dilapide à la ville, très rapidement, un patrimoine déjà largement écorné par son propre père. Joueur, jouisseur, égoïste, provocateur de fort mauvais goût, il fait fie de tous ses devoirs jusqu'à la ruine complète, totale, définitive et honteuse. Cela fait, sa vie, la vraie, commence.

Perdues au jeu, ses terres sont passées entre d'autres mains, et Fuiji se retrouve paysan comme devant, incompétent mais doté de bonnes intentions.  Qu'à cela ne tienne, une bagarre et un hasard plus tard, il se retrouve Candide à la guerre, enrôlé de force dans une armée déjà décimée. De retour auprès des siens, tout reste à reconstruire avec ce qui reste, sa femme, qui ne méritait pas son sort mais valeureuse, fait face, son fils, qui ne le reconnait pas, et sa fille, sa fidèle et silencieuse fille ...

Quelques épisodes cocasses découlent encore des décisions absurdes du pouvoir ; la cantine collective qui qui s'épuise aussi rapidement que la collectivité du travail et des terres, la fonte des poêles domestiques dans un fondoir à eau qui demandera autant d'efforts qu'un résultat dérisoire. Mais, dans l'ensemble, c'est Fuiji qui est au centre, lui, sa famille, ses drames personnels, qu'ils soient liés à la grande Histoire ou au destin qui, vraiment, s'acharne. Il s'acharne tellement que ce sera mon seul bémol pour cette lecture, comme si on avait un condensé de malheurs possibles pour un hymne, finalement, à la beauté de la vie malgré tout, une acceptation des malheurs, causés par soi-même ou subis. Les dernières phrases ont sonné, pour moi, comme un glas à la Millet ; " Immense, la terre s'étendait nue et musclée devant moi. Il me semble entendre son appel, pareil à celui des femmes cherchant leurs enfants. La terre annonçait la nuit."

Le titre a, peut-être, son point d'exclamation en trop.

Athalie

20/05/2012

Le vrai monde Natsuo Kirino

imagesCAE1WJR2.jpgSi ce monde-là est le vrai monde, alors il fait glacial dans le dos, des sueurs vous en poussent sous les masques de petites filles modèles, si ce monde ressemble un peu soit peu à celui qui est dans les têtes juvéniles des poupées nippones, alors il faut aller d'urgence numéroter les abattis des survivants ...

Quatre jeunes filles, quatre amies, de ce qui semble de la classe moyenne, fréquentent le même lycée, subissent les mêmes règles exigeantes de la réussite scolaire, habitent dans des quartiers résidentiels, ont des familles en gros "normales", elles sont amies, elles semblent partager une certaine complicité, amitié, normalité : portables roses, goût des garçons ou des filles ...  un léger dédoublement de la personnalité, un double nom, un jeu des apparences. C'est lisse, ça bout sous le karaoké.

Tour à tour, elles vont prendre la parole et raconter comment "ça" va leur péter à la figure. Toschi, la plus sérieuse, Kiranin, la plus gentille, Yusan, la presque la plus sincère et pour finir Térouchi, la plus philosophe des tueuses. Toschi commence. Elle se prépare, comme tous les matins pour se rendre à ses cours de préparation intensive, lorqu'elle entend un bruit étrange chez les voisins. Peu s'en soucie vraiment, croise le lombic, le fils des voisins, qui lui chaut peu, d'où ce surnom qu'elle lui a donné et qui lui restera tout au long du roman. Parce que le lombic a une drôle d'allure, celle d'un besogneux fade, et qu'elle a autre chose à faire dans son vrai monde à elle. Seulement voilà, on lui vole son vélo et son portable, et il se trouve que c'est ce lombic-là qui les a, vu que le matin le bruit bizarre, c'est parce qu'il était en train de tuer sa mère à coups de base-ball, elle ne faisait rien que le critiquer, alors vous comprenez, il en a besoin pour fuir. Ben non, là, je ne comprends pas, je n'adhère pas, surtout que Toschi, ça l'énerve cette histoire, non pas tant que le lombic ait massacré sa mère de sang froid et sans culpabilité aucune, mais de se retrouver mêlée à cette vicissitude de l'existence de l'autre, et que ses trois copines s'en mêlent elle aussi, toutes se jouant de l'idée du monstre comme de leur première paire de soquettes blanches et même avec une certains fascination pour l'être palichon qui, de lombic passe au stade de super héros, ou d'objet de curiosité, voire de pitié compatissante.

Elles sont glaçantes de frivolité ces petits papillons attirées par ce lombic sans colonne directrice, tant tout sentiment vrai semble avoir été absorbé par le mécanisme intégré, pesant mais intégré, du modèle de la réussite scolaire de l'excellence imposé par des parents tout aussi pris par eux-mêmes. Le crime du lombic les ramène à leur coeur d'ombre, sans que le geste criminel ne soit problématique. Ce qui compte, c'est comment, tour à tour, s'en sortir, ou pas.

Glaçant.

Athalie

PS : le lien vers le billet d'Esperluette qui m'a fait découvrir ce roman :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/04/le-vrai-monde...

10/05/2012

La brocante Nakano Kawakami Hiromi

la brocante nakano,kawakami hiromi,romans japonais,romansLa littérature nipponne envahit mon horizon de lectrice-blogueuse, j'en vois partout. La vague japonaise ne me léchouille point trop le bout des pieds vu que mes rares tentatives d'immersion se sont souvent soldées par des marées d'ennui ( sauf pour Kafka sur le rivage, je l'avoue). Cependant, comme je peux varier d'avis, face à l'enthousiasme d'une amie, me voilà avec La brocante Nakano entre les pattes. On aurait pu faire pire, même si ma conviction n'est pas débordante. 

Nakano est le drôle de petit patron, ni despote, ni généreux, ni compatissant, ni vraiment attentif, d'une brocante à l'écart des mouvements citadins trépidants, au fond d'un quartier vague. Sont posés là les fruits de ses récoltes, de ses débarrassages de grenier : des objets anonymes, uniquement des "utilitaires de l'ère Showa" ( des survivants de, si j'ai bien compris, la "mode" décorative des années d'après guerre nipponne). C'est un bric à brac, un peu comme ses histoires de rien, ses trois femmes, sa maîtresse, la belle Sarako qui ne crie pas au lit et écrit des trucs érotiques trop compliqués pour lui.

Dans ce petit monde, il y a peu d'habitants : Nakano " règne" sur deux employés. Il a aussi une soeur. La première employée est sa vendeuse, Hitomi, c'est son regard que l'on prend sur la brocante et ceux qui en poussent parfois la porte : quelques vendeurs, des acheteurs du quartier, la soeur, le patron donc, elle et l'aide déménageur. Ils se posent là, au milieu de la vaisselle dépareillée, entre une affiche publicitaire géante vantant les mérites d'une machine à coudre d'un autre âge et un poële encore un peu en état de marche. Hitomi semble immobile dans ce temps-là, ce petit temps de la brocante, suspendue à un autre immobile, l'autre employé de Nakano, l'aide déménageur, Takéo. L'aime-t-elle ? on ne sait ... L'aime-t-il ? On ne sait ... Dès fois, ils lâchent des phrases, dès fois non, dès fois on peut penser que, et puis non. Ce qui fait que quand l'histoire s'esquisse, on a eu le temps de voir venir. De fois en fois, le temps s'écoule. La soeur passe, repasse, reste, ressort, revient, son amant disparait, revient. C'est tout de l'ordinaire, du pas dit, du pas vécu et pourtant si.

Lectrice qui cherche de la trépidation sentimentale, passe donc ton chemin, inutile de fouiller davantage dans ce bric à brac, ni joyeux, ni jouissif, plutôt gris et terne, d'objets, parfois vendus, parfois achetés, de personnages, comme une famille d'occasion recomposée, dans ce microcosme sans ordre ni necessité d'être là, ils semblent en aussi posés en attendant qu'il leur arrive quelque chose d'autre. Ce n'est pourtant pas ennuyeux, juste ciselé dans un presse papier ébréché en forme de grenouille.

Athalie

14/04/2012

Brothers Yu Hua

1002016-Bruegel_lAncien_les_Mendiants.jpgOu comment mettre sous cloche, sous boule de verre, un village, ses habitants et plusieurs décennies d'histoire chinoise, de la Révolution culturelle à la modernisation du capitalisme déguisé par les rouages corrompus du parti des "Masses", un concentré de la métamorphose des choses et de ce que les choses font aux gens.

Le microcosme, c'est le village des Liu, les deux spécimens principaux sont deux frères que rien ne lie par le sang mais tout par l'enfance, frères de coeur et de survie. Li Gangtou pourrait être la face noire : vantard jusqu'aux mensonges de bonne foi, hâbleur, obsédé par le sexe jusqu'à orgasmer les poteaux électriques, vulgaire, excessif en tout, aveugle à ce qui n'est pas satisfaction de ses désirs, forcément réalité. Mais pas toujours, ce serait trop facile : il peut aussi mettre tous ses défauts au service d'un bon sentiment : organiser un pélérinage " tout confort", rembourser ses dettes à ceux qui n'en attendaient pas tant ... Song Gang, le deuxième frère n'est pas la face blanche, plutôt l'agneau, doux jusqu'à l'impuissance, fidèle à la parole donnée jusqu'au don de soi, sensible, faiblard, se contentant des restes, il donne parfois envie de lui cogner des beignes, ce que ses décisions ne manquent parfois pas de faire, en un cruel boomerang.

Leur histoire pourrait être l'épopée burlesque de deux trajectoires ratées ; la figure fondatrice serait le père, le vrai pour un, le pas vrai pour l'autre, même on finit par ne plus savoir pour lequel. Le vrai de Li Gangtou a fait de sa mort l'humiliation de sa femme,  noyé dans la fosse des excréments pour avoir voulu trop mater les fesses des femmes du village. Li Gangtou est élévé dans l'obscurité de la honte jusqu' à ce que, le nouveau père apparaisse au détour d'un cortège d'enterrement ( des cortèges, d'ailleurs, il y en a souvent, sorte de point d'orgue, ils dégénèrent en bagarres cruelles, poussièreuses ou franchement drôles, ça dépend). Cet homme-là, c'est un soleil, grand, fort et bon, il va lui faire relever le regard, à cette femme qui ne sortait plus que la nuit, prendre tout le monde sous son aile, et  marquer le seul drunk de toute l'histoire du village. Mais la Révolution culturelle arrive et de conquérant, il va passer accusé " propriétaire terrien", la pancarte au cou et le balai à la main, un écrasé des circontances au sourire sans faille, à la parole fidèle.

Les deux héros  se dépatouillent dans les rues du village. Li Gangtou, le voyou, Song Gang le frère fidèle, "l'âme damnée" bien malgré lui. Le premier a déjà une légende, une solide réputation depuis que, comme son père, il s'est régalé des fesses des femmes dans les toilettes publiques. Sauf que lui, non seulement il n'en est pas mort, mais il a fait commerce de la beauté du postérieur de la sublime Ling Hong, la beauté du village, celle qui fait fantasmer la bande des "fidèles" : amis ou ennemis selon les circonstances et la politique qui tourne , les accolytes qui sont la deuxième strate du roman, ceux qu'avec les héros on suivra dans les étapes de la grande marche vers la modernisation, liés  ou déliés, témoins ou complices des entourloupes de l'un, de sa course à la gloire autoproclamée, de sa réussite autogérée, du bonheur tranquille de l'autre, Song Gang, dont la seule gloire sera de posséder une bicyclette, pour conduire sa femme, conquise sans le vouloir sur son frère, à la porte de l'usine, même quand les vélomoteurs prendront le pas sur son bonheur passé.

C'est un livre de parades, conduites de main de maître, jubilatoires et cocasses qui se succèdent et qui mènent à l'échec : ni la quête de la vierge, ni celle de l'amour pur, seul un escroc en faux hymens tire son épingle du jeu. Et encore, il n'y a même pas de leçon, juste pas de pitié pour les faibles ( et encore), juste aux queutards, aux chanceux, aux profiteurs, aux jouisseurs ( et encore). Il colle aux doigts, parfois gras et sale, ça pue, ça rôte et ça pète. D'un anti-romantisme primaire mais génial.

Athalie

Ps : merci à Ingannmic !

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/10/brothers-yu-h...

Athalie

30/10/2011

Sanctuaire du coeur Duong Thu Huong

Le hors d'oeuvre

Un des problèmes avec Duong Thu Huong, c'est d'orthographier son nom correctement. Par contre , pour le prononcer, on peut aussi dire, "Tu sais, l'auteure de Terre des oublis (le souci étant que celle (celui), à qui l'on parle ait lu Terre des oublis....). Après, c'est pour ranger le bouquin dans la bibliothèque. On le met à D ? T ? ou H ? En ce qui me concerne, j'ai choisi D, ce qui n'est pas non plus un choix définitif : puisque je ne lirai pas T. Tjepal, j'ai gagné de la place sur les T par anticipation. A H, je n'ai pas de désistement. Le truc, c'est que si je déplace Terre des oublis, Au zénith et les autres, il va falloir que je m'en souvienne, et ne pas accuser les A. de me les avoir empruntés. Les pavés, ça prend de la place. c'est un souci récurrent.

 

L'entrée

Une autre récurrence, le Vietnam. Du coup, je m'étais préparée à garder en permanence le nez en aguet des effluves, papilles dilatées au vent, résignée à rêver de nems pendant quinze jours ou plus ... Et changement, on mange par procuration, un peu quand même, mais moins. ce qui n'enlève rien aux saveurs littéraires ... Autre changement, le plat principal n'est pas une figure féminine, mais un jeune homme, aux contours féminins,soit, mais dont l'histoire a fait une bête de sexe. 

Pas dès le départ, qui part d'ailleurs lentement. De loin, on l'entrevoit, on le respire à pas feutrés, il met du temps à prendre forme et goût. Sa cousine en trace quelques traits : elle a été appelée par ses parents, maîtresse Yen et maître Thy, couple d'enseignants et d'amoureux modèles, dont le fils chéri unique vient de se faire la malle avec toutes leurs économies. Thanh, le petit garçon si sage, si studieux, si promis à un si bel avenir n'a pu qu'être entrainé par l'autre,le fils du poète fou, le responsable, le tentateur. Derrière la quête, on commence à l'apercevoir, l'absent,une silhouette absorbée par la contemplation des lucioles et le goût sucré des fleurs de pamplemoussiers.

Les accompagnements du plat principal

Avant de retrouver le fantôme du garçon sage transformé en gigolo de luxe, on se fait balader, d'histoires en histoires. Le lingot d'or pur est tombé dans la mare fangieuse, mais on prend le temps de faire le tour des centres concentriques le poète fou, sa femme, l'oncle Qué, la belle jeune veuve ... Un rythme indolent qui berce sa lectrice, pas pressée de retrouver Thanh, finalement, pourquoi se presser, il a l'air si loin, immobile jouet. Et puis, ses souvenirs prennent forme, les parts d'ombre s'entrelacent comme des poupées gigognes, sans que l'on n'ai trop d'efforts à faire pour les ouvrir. C'est l'intime de la blessure que l'on creuse en continuant les circonvolutions quelques peu balzaciennes, il y a bien quelque chose de pourri aussi dans cette société de l'après révolution : on nous ouvre les échoppes, on regarde dedans, pendant que Tranh avance, en semant ses illusions perdues, plutôt Rubempré que Rastignac.

Peu de miettes sur la nappe, juste deux trois scènes redondantes vers la fin, comme si l'auteure n'arrivait à le laisser marcher tout seul, le frêle et mélancolique étalon.

Athalie

14/09/2011

Sanctuaire du coeur

Dth2.jpgLe petit dernier (pas si petit que ça !) de cette magnifique auteur vietnamienne au nom imprononçable, j'ai nommé Duong Thu Huong, sort demain en librairie. C'est Sabine Wespieser qui me l'a dit ! Ca nous changera de la course au Goncourt.

Ca se passe au Vietnam, évidemment... Pour ce qui est de l'écriture, lisez ici les premières pages. Oui, je sais, les livres c'est mieux en version papier mais ça c'est pas un livre, c'est une mise en bouche, un apéritif, un parfum d'Asie ...

06/09/2011

Le plaisir ne saurait attendre Tishani Doshi

bouddha.gifPorte particulièrement bien son titre .... même décor que dans l'Equilibre du monde, même pays, l'Inde, même grande ville, même époque, les années soixante, soixante dix, plus ou moins ... mais cette fois-ci, on est du bon côté, ça repose et ça coule, on a moins peur que tout s'écroule et qu'on perdre nos personnages en route, qu'ils disparaissent dans le trou. Ici, il a des ornières et des cahots, mais on ne bascule pas dans le fossé, haillons par dessus tête.

C'est l'Inde de la bourgeoisie moyenne, tranquillement prospère. Le premier à secouer le cocotier, ce sera Babo, le fils aîné, envoyé, non sans cérémonie photographique très exotique, en Angleterre, la nation moderne, pour y suivre une formation, qui permettra, à son retour programmé, de continuer à faire prospérer l'entreprise de peinture familiale. Sauf que ça va disjoncter grave, et vite, genre électrochoc gallois, blonde, avec un ruban rouge dans les cheveux. Babo est jaïn, ce qui veut dire qu'il ne peut consommer ni viande, ni alcool, ni femme. Et c'est à peu près dans cet ordre là qu'il en faire une consommation gourmande. Sans remords. D'ailleurs, c'est un livre qui laisse peu de place aux remords, ou autres ratages vraiment, vraiment, graves. Enfin, parfois, ça pourrait l'être, mais le parti-pris n'est pas celui là.

On suit donc Babo, de retour (mais je ne dirai pas comment et pourquoi sinon, y'a une A. qui va m'accuser de tout raconter), ses amours, ou plutôt son amour, sans presque une ride, et avec, les couics et couacs des père, mère, frère, soeurs et filles. Il leur arrive des trucs qui coincent et qui cahotent mais y'a toujours une brise quelque part dans le ton : le métissage, c'est possible, l'amours toujours, c'est possible, l'harmonie, c'est possible aussi ...

Le personnage de Ba, l'aïeule, a un air de Terre des oublis, au fond de sa cabane-demeure des souvenirs d'enfance, qui caquette du bruit des voisines, et elle, qui bruisse d'odeurs divinatoires.

Quand il leur arrive des gravités, à ces indiens doux-là, c'est plus du paprika, un léger picotement qui passe, mais qui a du goût quand même.

Athalie

 

31/08/2011

Tsubaki Aki Shimazaki

imagesCABUZ9EF.jpgHistoire de changer de l'indien, vu que j'allais attaquer L'équilibre du monde, un pavé de Mystri, je me suis dit : tiens, je vais faire dans le japonais, et dans le livre court. La littérature japonaise, en général, je n'y arrive pas, soit ça me barbe, soit je n'y comprends rien. C'est comme le cinéma japonais, enfin, le peu que j'ai réussi à voir sans trop m'ennuyer. Mishima ne m'a jamais fait délirer, la torture mentale, ça doit pas être mon truc, enfin, pas à la sauce japonaise.

Mais, comme j'avais vu de bonnes critiques (je ne sais plus où  et je le regrette car je suis devenue une pro de l'expression de mon mécontentement par mail depuis que j'en ai envoyé un à l'office du tourisme de Carcassonne, histoire de causer dans le vide ...) et qu'il est vraiment très très court, je me suis dit que, vu que je m'étais bien mise à aimer les sushis ... et bien non.

Ce n'est pas que je n'ai rien compris pour cette fois, c'est que justement, on comprend tout très vite et qu'en plus, c'est même pas intéressant ce qu'il y avait à comprendre.

Une femme meurt en laissant à sa fille une enveloppe qu'elle ne doit pas ouvrir (pas déjà vu, le truc) et une lettre mystérieuse (pas déjà vu non plus) où elle explique pourquoi elle a tué son propre père le jour où la bombe est tombée sur Hiroshima. La fille lit donc la lettre, et nous aussi et voilà. Sauf que la fille, elle n'est quand même pas rapide, parce qu'elle lit jusqu'au bout pour savoir le secret alors que le lecteur, lui, il pourrait s'en passer, vu qu'il est gros comme une pastèque chinoise. Ah oui, j'allais oublier le top du gratin : avant la lettre, la tueuse de son papa, elle explique aussi à son petit fils les tenants et les aboutissants de la politique américaine pendant la seconde guerre mondiale, en à peine deux coups de cueillère à petit pot. Il fallait oser le cours d'histoire en intro et en version light, tellement light qu'on voit à travers.

C'est le premier opus d'une série de cinq sur le même sujet. Pour moi, ça ira merci. Même si c'est bon, les shushis.

Athalie 

L'équilibre du monde Mystri

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Voilà une note qui n’est pas facile à faire tellement j’ai aimé ce livre : pas possible pourtant de ne faire qu’une liste de superlatifs. Le seul qui me vient est « dévorant », comme la misère, comme vouloir s’en sortir, sans trop se salir en pataugeant dans la fange et les ordures, les pieds dedans, englués, enchainés.

Le "Marabahatha de la pauvreté" pourrait peut-être convenir, mais je ne connais pas le "Marabahata," le vrai, je sais juste que c’est une espèce de fleuves d’histoires censées révéler l’âme incestrale de l’Inde. Si ce n’est que cela, cela va bien. Sauf que là c’est l’Inde des années 1970, et l'âme ancestrale .... on a envie de la secouer.

Pas de cynisme comme dans Le tigre blanc, mais une certaine naïveté, au contraire, un regard tendre sur des laisser pour compte aux grands coeurs, des aller et retour dans le destin des personnages comme des montagnes russes qui vous font toujours  craindre qu’après le un peu mieux, viendra le un peu plus pire. Dès fois, on ne voit pas ce qui pourrait être pire, mais tout semble possible, surtout le pire. Ce qui fait que plusieurs fois, je suis aller voir quelques pages plus loin, pour voir si ils étaient encore là, si il leur était rien arrivé, de définitif, je veux dire.

La première scène donne un ton, une des tonalités, quelque peu  burlesque, où est prise à la légère la gravité sous entendue, trois des héros se rencontrent par hasard dans un train qui s’est arrêté parce qu’un suicide vient d’avoir lieu sur la voie. Un de plus, visiblement, et le narrateur se fait voix collective pour déplorer le manque de succès du poison ou de l’empoisonnement …  Les trois, C’est Maneck,  Ishvar et Om. Sans le savoir, ils se rendent dans le même endroit, chez Dina. Le premier comme hôte payant, les deux autres comme tailleurs, employés hypothétiques d’une entreprise qui n’existe pas encore. Mais évidemment ils n’en savent rien.  Dina, elle a été mariée avant, avec un homme qui l’aimait et qu’elle aimait. Trop peu de temps. Elle a été fille, elle aurait dû être médecin. Elle est maintenant veuve, solitaire  et sœur d’un abruti qui veut sans cesse la remarier et qui ne lui refuse même pas l’aumône. Elle a un petit appartement, délabré, une véranda et un cœur un peu séché, des yeux qui ne voient que peu, la seule volonté de ne pas se laisser faire. Au point que dès fois, elle se goure. Maneck, c’est l’enfant gâté, il vient des montagnes, transbahute les rêves de sa pureté et ceux de ses parents, et va se cogner la rudesse impitoyable de la grande ville. Ishar et Om, c’est l’oncle et le neveu, sorte de Laurel et Hardy des intouchables, Charlots de la ruée vers l’or. Ils comptent le trouver dans la grande ville eux aussi. Quelques bidonvilles et amitiés incongrues  plus tard.

C’est un livre où les délires gouvernementaux de la loi d’urgence font que l’on ramasse des fous et des ivrognes pour les faire travailler sur des chantiers publics, qu’on propose (ou impose) une opération  de stérilisation contre un poste de radio, où la corruption gangrène les hommes aussi sûrement qu’une peste malodorante et purulente, ça pustule de partout, où pourtant le roi des mendiants peut (presque) devenir une bonne  fée, où un patchwork  aurait pu être magique et sombre dans une infinie tristesse.

Pour moi, à lire absolument, même si les bons sentiments y coulent parfois, ce n’est pas inutile, parce qu'autrement ce serait à hurler. De rage.

Athalie

PS : avis, l'auteur du tigre blanc Aravind Adida vient de sortir un nouvel opus : Les ombres de Kittur, à voir .... Moi, je fais un break sur l'Inde, ce pourquoi ,je laisse la main à la A. nantaise pour L'histoire de mes assassins

30/08/2011

Compartiment pour dames Anita Nair

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C’est fait pour raconter la condition des femmes en Inde, c’est dit dès le départ qu’on va avoir une galerie de portraits de femmes, injustement traitées, que l’on va suivre une trame de différents destins pas mêlés. C’est artificiel mais pourtant  pas très grave finalement, puisque c’est dit. Ce n’est pas virulent, ni démonstratif, juste des petites touches d’une peinture entre résignation, petites victoires et tristesses, des facettes, des entrevues entre aspirations et possibles, des tiraillements, un poids les relie, celui de la tradition.

Une histoire de femmes, donc. Celle qui fait le lien, ou l’encadrement, qui donne le rythme et le prétexte de celles des autres,  est celle d'Akhila,  célibataire de 45 ans, fonctionnaire pâlichonne et morne à la vie plate comme un sari amidonné. Elle n’a rien vécu, ou plutôt n'a rien voulu vivre, elle a fait son devoir d'aîné, sa vie est passée dans un acceptement non consenti dans celles des autres, sa  mère, peu compréhensive, sa jeune sœur, exigeante, ses frères,  dont il a fallu qu’elle assure la subsistance puis les études et le mariage,  suite à la mort d’un pére falot pitoyable mais  tyrannique dans sa médiocrité. Le récit débute par sa fin, sa première décision pour être elle.  Elle va pendre le train pour se rendre dans un endroit inconnu et y passer quelques jours, sans raisons. Prétexte fictionnel peu crédible mais qui lui permet de poser ses fesses (et nos oreilles) dans un wagon, celui réservé aux "femmes et aux handicapés", de rencontrer les autres histoires, des brides ou des vies entière selon les narratrices qui succèdent à sa voix et à sa question « une femme en Inde peut-elle vivre seule ? » Ben apparemment, c’est pas facile, facile … mais avec un mari, cela n’a pas l’air évident non plus, sans compter les mères castratrices, les pères qui meurent en laissant leur filles aller à la prostitution et les mères qui les pousser vers un mariage forcé, les frères exigeants, les sœurs égoïstes. La famille indienne parait dévorante, même la liberté que quelques unes ont pu se donner les a enchaînées …  La toute jeune Sheela  conspuée parce que a fait ce qu’elle pensait être juste, juste rendre sa beauté à sa grand-mère morte,  Janaki, qui s’est endormie dans l’amour et la protection d’un homme, toute sa vie, sans même s’en rendre compte, ni s’en soucier,  Margaret ou l’amour vitriol, Prabha Devi ou comment retrouver sa voix et son corps  en se réussissant à , en cachette, flotter dans une piscine vêtue d’une sorte de combinaison anti impuretés …  et le pauvre chemin de Mari, substitut balottée au gré des intérêts ou des envies des maîtres , des amours des autres, jamais les siens.

Leurs paroles, nous parviennent, comme en sourdine, des confessions murmurées au fur et à mesure du voyage, les unes après les autres, sagement alignées dans leur boîte à train. La technique de la tranche de vie n’est pas lassante, elle semble tenter de boucler un tour d’horizon, une boucle qui ne serait pas complètement refermée sur elle-même, mais qui aurait un peu bout d’ouverture, un souffle entre les barreaux de la fenêtre, même illusoire et fugace.

Athalie

19/05/2011

Roman sans titre Duong Thu Huong

brassai400-2-2c98e.jpgBon, il n'est pas aussi beau que Terre des oublis, mais il faut savoir passer à autre chose que Terre des oublis, en plus, pas de beau titre, et pas d'histoire d'amour, comme ça, on est tranquille, ça ressemble pas. On a peur d'être décue, un jour, de ne pas retrouver la voix, le goût ...

Un de ses premiers livres, en fait, du coup, il n'y a que la guerre, ni héroïque, ni sordide, juste ce qu'elle a fait aux hommes, aux liens d'amitié, juste ce qu'elle a d'absurde et de risible (le commando perdu au milieu de la forêt, chargé de construire les cercueils des morts au combat et les hommes qui dorment dedans pour échapper aux tigres qui rôdent). Un ami qui devient fou mais ne retourne pas au village, ne veut pas cesser d'être soldat de la révolution, parce que ce serait perdre l'honneur  et qui finalement ..., une femme qui aurait pu être aimée et qui finalement ... une mère, le fantasme de la douceur perdue, trois amis d'enfance et leur petite histoire, jusqu'à une victoire, désenchantée, l'idéal est perdu, lui aussi, comme la mère, en échange, la guerre se termine, mais sans gloire ni chanson.

Le "dernier" Duong thu Huong paru, sans tambour ni trompette, un nouvel petit opus, une première plainte.

En plus, il n'a pas trop d'évocation de la nourriture vietnamienne, ça évite d'en avoir envie pendant trois jours ... Par rapport à Terre des oublis, c'est un gain de temps, d'argent et de salive ...

Athalie

 

25/02/2011

Terre des oublis Duong Thu Huong

Terre des oublis une petite bonne femme, une petite parole, l'histoire, la grande, qui déborde.Picture in Fichier bribes (3).jpg
L'histoire, la petite,c'est une femme qui n'aime plus un homme qui l'aime et qui aime un autre homme qui l'aime, aussi (la femme du départ). Le premier est porté disparu depuis des lustres, il a fait la guerre, est mort, sûrement, quelque part dans les marécages coloniaux. Elle, elle s'est remariée, a fait un enfant, elle, elle aime à nouveau, pour la première fois. Le deuxième, celui qu'elle aime pour la première fois, donc, lui a bâti le truc dont on rêve toutes. Le truc magique ; genre Sissi l'impératrice mais sans la méchante belle-mère. Ou "Autant en emporte le vent" mais avec Butler qui reste.
Et puis voilà, le premier va revenir, (c'est les trois premières pages) le combattant, qui n'a rien d'héroïque, le soldat perdu mais que le pays, le village, les voisins, la famille, disent vainqueur...
L'histoire de cette lecture, c'est de vouloir manger la même chose qu'elle, sentir les odeurs de ce jardin qu'elle va quitter, vouloir prendre ce bain, avec les mêmes herbes, la même eau, la même peau ...Mais, c'est bête, moi j'ai une baignoire et que du bain moussant. Même au magnolia en rajoutant des sels de bains, ça fait pas pareil. Mon homme il y a bâti un super truc, mais bon, il est pas dans le livre.
C'est juste pour rêver les livres, on le sait. Celui-là, il fait sacrément rêver.

Athalie

10/10/2009

Le tigre blanc, A. Adiga

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Là, on est dans le cynisme pur et brut. Pour ceux qui avait encore une vision idyllique de l'Inde, soit dans le sens post soixante-huitard, genre Bénarès et peace and love, ou dans le sens plus récent, de modèle de réussite libéraliste, genre pays modèle parmi les pays dits "émergeants" (émergeant de quoi d'ailleurs ? de la misère dans lequel ce même système les avait plongés ou laissés patauger .....), et bien, là, c'est la claque !!!
L'écriture est rapide, sans fioriture, efficace, dure et tranchante. L'écriture est à l'image du monde décrit et du personnage qui prend la parole, "le tigre blanc".
Rien n'est épargné, l'idéalisme n'a pas de droit de cité : et vlan pour la plus grande démocratie du monde dont "le tigre blanc" révèle le leurre et l'imposture, et blan pour les classes dirigeantes corrompues jusqu'aux babouches, écoeurantes de nombrilisme.
Rien à sauver non plus chez les petites gens, le peuple des domestiques, vulgaires, écrasés par la bêtise, l'inculture, les traditions, sales et complaisants... Les liens familiaux ? Marqués par la cupidité et montrés comme le fardeau qui retient l'individu dans sa propre fange. C'est une prison que la pauvreté, mais "le tigre blanc " assene surtout que c'est une prison  consentie : "une cage à poule".
"Le tigre blanc" se définit comme un "entrepreneur".Il retrace son itinéraire sous forme de lettres au premier ministre chinois qui va venir "apprendre la vérité sur Bangalore" ; Des "ténèbres" du fin fond de l' Inde laborieuse à son état de chauffeur-domestique à tout faire, puis sa réussite individualiste et cynique. Il dit "la vérité sur Bangalore", c'est-à-dire, qu'il met en miettes tranchantes comme des éclats de verre, la façade de la réussite indienne.
Ni remords, ni doute, ni humanisme et une seule valeur : sa propre peau et sa propre richesse.  Une réussite acquise en assumant mépris et individualisme. Une vision terrible de l'Inde, mais aussi des sociétés sur lesquelles cette Inde "moderne" s'est calquée. "Une révolution indienne ? (....) Le livre de ta révolution est dans tes tripes, jeune Indien. Chie-le, et lis" 

Athalie