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11/06/2016

Le violoniste, Mechtild Borrmann

le violoniste,mechtild borrmann,romans,romans historiques,romans policiers,roman allemandsBon, j'avoue, je n'ai pas tout compris, je me suis un peu paumée dans les pères et les grands pères et leurs potes apparatchiks vieillissants, mais c'est aussi parce que quand je lis un polar, je mets mes neurones de côté, ça leur fait du bien et à moi aussi. Sauf que dans ce polar là, il en faut quand même deux ou trois pour retenir qui est qui et qui a fait quoi dans les noms russes. pourtant, ils ne sont pas trop compliqués puisque le héros, Sacha Genko, a perdu une partie du sien, Ossipovitch. Enfin, c'est son père qui l'a perdu, en arrivant de Russie quasi post soviétique, en Allemagne, et avant lui, le grand père avait perdu son violon, un stradivarius légué par son grand-père à lui, un prodige musical, aimé du tzar. Il est donc indubitable, dès le départ, que nous avons là une famille où il y a beaucoup de pertes. Et encore, je ne les dis pas toutes, juste le point de départ.

1948, Ilia Genko se fait arrêter par la police secrète et son mode lui tombe sur la tête, à lui, musicien aveugle au régime, ne vivant que par la musique, planant de concerts en concerts (même à l'étranger, il n'a pas entendu parler des exilés), sans rien voir, pas même que le communisme stalinien allait lui couper les ailes ( et les doigts aussi, mais, c'est pour plus tard). Et c'est là que le violon s'égare.

Sa femme, la belle actrice, Galina, vivait dans le même cocon et Ilia, va, sans le savoir, l'entrainer dans sa chute vers la sous humanité des camps glacés et perdus.

Deux générations plus tard, Sacha, ni musicien, ni surdoué mais un peu paumé, car il porte en lui l'atavisme de la perte de soi et de ses repères, n'a par contre jamais entendu parlé de celle du violon. Il se pensait fils d'émigrants russes, plus paysans qu'artistes. Un appel de sa sœur, perdue, elle aussi, et il se retrouve à remonter le fil vers son illustre ancêtre à la mémoire disparue (ben oui), et souillée, à l'aide d'une lettre écrite au verso d'une étiquette de boite de conserve du goulag, et de l'aide bienveillante de son mystérieux patron pour lequel, il craquait, jusqu'ici gentillement, des logiciels informatiques de surveillance.

Dire que ce titre m'a emballée serait quelque peu mentir, trop d'invraisemblances politiques et finalement peu d'atmosphère. Sacha va très vite dans sa retombée vers le temps de ses ancêtres, du moins trop vite pour moi qui aime les chemins de traverse et le glauque historique sans fond. J'ai eu l'impression d'un saupoudrage, une fine couche de KGB et quelques pointes de stalag pour la couleur locale et un ancrage minimum pour faire tenir debout la course poursuite au violon. Qui court vite et bien, mais un peu dans le vide quand même ...

10/04/2016

Deux messieurs sur la plage, Michaël Köhlmeier

deux messieurs sur la plage,mickaël kohlmeier,romans,romans historiques,déceptionsEt pas n'importe lesquels de messieurs, puisqu'il s'agit de Winston Churchill et de Charlie Chaplin. Deux monstres sacrés pas exactement partis du même pied dans la vie, et pas vraiment à la même place non plus sur l'échiquier de la célébrité. L'aristocrate et le clown se rencontrent pour la première fois au hasard d'une réception donnée par le gratin de la fine fleur Hollywood, ils s'en écartent et sur la plage californienne, entamèrent leur premier "talk-walk" dixit Chaplin, c'est-à-dire discussion dont le sujet est le suicide, enfin, sa tentation, lors des crises dépressives qu'ils connaissent tous les deux. Churchil rajoutant "duck" à "talk-walk", se désignant comme le gros dans ce couple de Laurel et Hardy mal assorti.

Ils se sont reconnus, atteints du même mal de vivre, proies régulières de ce trou dévastateur que l'homme politique surnommait le "chien noir". Liés par cette laisse imprévisible, ils auraient, cette nuit là fait un pacte : chaque fois que l'un sombrera et qu'il appellera l'autre au secours, l'autre devra rappliquer. Ce pacte secret les aurait finalement conduits à échanger trucs et astuces pour sortir de la crise, dont la plus évoqué serait de s'allonger nu sur une grande feuille de papier et de s'y parler et écrivant dans le sens de la rotation du corps sur la feuille (L'image de Churchill nu comme un nouveau né tournant sur son ventre, on frôle le génie créateur de Chaplin, franchement, une scène à tourner en ridicule le pire des politiques ...)

Le pacte semble avoir été plus que secret et peu respecté, ce qui fait que ce livre raconte surtout des rendez-vous manqués. ( D'ailleurs le rendez-vous avec mon intérêt aussi, par la même occasion). Pour meubler entre les deux rencontres du pacte, l'auteur reconstitue quelques scènes biographiques de l'un et de l'autre. Il évoque quelques épisodes connus de l'enfance de Churchill, enfant surdoué dont l'éducation fut tellement laissée à vau l'eau qu'il passa pour un imbécile borné dans le pensionnat chargé de le redresser. Quelques traits de la misère de celle de Chaplin sont esquissés. Mais, c'est surtout sur le créateur génial, au fait de sa carrière (Chaplin est en train de réaliser "Le dictateur") que l'auteur construit quelques gros plans, quelques peu déjà lus aussi, même pour moi qui n'y connait rien, Chaplin sortant de Charlot, Chaplin autiste népotique, Chaplin qui ne croit pas au parlant ... etc ...

Le pacte avec le lecteur est quant à lui assez flou, et c'est véritablement ce qui m'a dérangée. Sur la couverture, il y a écrit roman, soit, mais quand on prend ses deux là comme sujet, le romanesque est quand même coincé dans l'historique. L'auteur se réfère sans cesse au témoignage de son propre père qui aurait eu connaissance du secret ... (Pourquoi, on ne sait pas), puis à des interviews de Chaplin, qu'il dit être incomplètes ou mensongères, et enfin à des lettres, jamais retrouvées ou alors qui ne furent même pas expédiées par leur rédacteur. Ce qui fait quand même assez faiblard comme preuves, et moi j'aime bien savoir si que je lis, c'est du vrai-faux ou pas. Sinon, ça me mélange et j'aime pas me mélanger. Rendez-vous manqué ....

 

 

15/02/2016

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

des mille et une façons de quitter la moldavie,vladimir lortchenkov,romansBurlesque et pathétique, la Moldavie est un pays que l'on quitte, ou plutôt que ses habitants cherchent sans relâche à fuir, pour une vie meilleure, vers une utopique Italie, qui d'ailleurs, selon certaines rumeurs, n'existerait même pas. Du moins, pas exactement telle que les Moldaviens se l'imaginent, c'est-à-dire comme un paradis du porte feuille avec vue sur l'avenir. On dit même que certaines moldaviennes y perdraient leur vertu et que les Moldaviens n'y gagneraient pas grand chose. Mais peu leur chaut, les villageois de Larga s'accrochent au pays de Cocagne, vu qu'ils n'ont le choix qu'entre cette fuite là ou rester visés au pays d'Ubu, entre des choux et des choux.

Des mille et une façons tentées par les ingénieux candidats à l'immigration, l'auteur dresse un catalogue loufoque ; pseudo équipes de carling, pseudos voyages organisés, les moldaviens sont autant victimes de leur rêve que des arnaques des passeurs, ils tentent tout, du trafic d'organes à la croisade de gueux qui tourne à l'orgie contre utopique. Les frontières restent infranchissables, pour qui n'a pas la foi en son propre pays.

Seule l'épopée de Vassili et séraphin apporte un souffle un peu plus romanesque à la litanie des échecs sans gloire. Les deux compères transforment un tracteur en avion, bloquent les trains à la vitesse de leur rêve, se carapatent en sous marin sans amphibie, caressent les étoiles de mer ... Et si Séraphin n'a pas vu l'amour de Stella à temps pour comprendre qu'il avait le bonheur à portée de main, c'est que l'aventure l'aveuglait, bien plus que le but qui s'échappait.

On l'aura compris, il s'agit d'une fable politique. Le ton se veut grinçant et satirique, à la façon d'un conte philosophique sur les illusions de l'exil économique. On est censé en rire tout en réfléchissant. Et je ne suis pas certaine d'être le bon public pour ce genre d'écrit. c'est mon côté poisson rouge, j'ai du mal à sourire en cogitant, et à faire l'inverse aussi.

Donc, ce sera, sans jubilation pour moi, ni consternation non plus, je n'ai juste pas suivi la sarabande endiablée des pauvres hères drôlatiques qui voulaient aller brouter ailleurs ...

13/02/2016

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski

les impliqués,romans,romans policiers,romans pologneVarsovie, 2005, et c'est presque un autre monde qui s'ouvre avec ce polar où c'est un procureur qui mène l'enquête. Ce procureur , Teodore Szacki, a bien des soucis. Sa vie l'ennuie. Incolore, elle tend à se confondre avec la banalité déteinte des tee-shirt que porte sa femme, Wéronica, quand il rentre le soir dans son appartement étriqué où elle a déjà couché sa fille, Héla, alors que lui, il a encore oublié d'acheter le beurre, ou autre bouquet de fleurs qui pourrait ranimer un peu la flamme. En lassitude, il se concentre sur l'écran de son jeu vidéo. Ce qui, évidemment, en terme de réanimation, ne fait pas progresser les élans affectueux. Bref, Szacki a besoin de changement.

Henry Telak aussi, sans doute, voulait changer quelque chose dans sa vie, sortir d'une dépression que l'on apprendra être chronique, ce pourquoi il s'était inscrit à un séminaire en vase clos de cinq patients du docteur Rudzki, spécialiste d'une nouvelle méthode de psychothérapie de groupe, "la constellation familiale". La singularité de cette immersion est de permettre de mettre en place un système de jeu de rôle où les patients, à tour de rôle, incarnent une figure de de l'histoire personnelle de chacun. ça secoue l’inconscient et Henryk a été le premier à passer à la moulinette. Au matin, ses partenaires le retrouvent embroché de l’œil droit par une incontestable broche à rôtir.

L'arme du crime est d'ailleurs a peu près le seul élément incontestable de l'enquête. Un huis clos parfait, aucun lien ne semble exister entre les différents patients, Barbara Jarcky, Kwiatkowska, Kaim, mis à part leur nom imprononçables en français, mais cela ne compte pas pour un procureur polonais. Szacki fouille dans leur passé, tire des fils un peu dans tous les sens;  le fil du passé trouble, puis, le passé politico économique, l'arrière fond du Varsovie de 2005 qui transpire toujours un peu du dessous, enfin, le fil plus intime d'une famille marquée par les pertes et une infinie tristesse du manque d'amour ... L'enquête balbutie en butte aux méandres d'une administration qui n'en finit pas de lanterner et de compliquer les tâches policières les plus simples.

Pendant que les pistes s'étiolent et que sont décrits longuement les conséquences et présupposés de la "constellation familiale" , notre procureur tergiverse, englué dans les affres du désir d'un renouveau amoureux. Cèdera-t-il, ou pas, aux sirènes érotiques de la jeune et séduisante journaliste, Monika, qui lui fait sacrément envie, une sorte de chou à la crème versus la tarte du quotidien.

Des inserts informatifs s'intercalent dans la narration, énumérant les actualités banales du pays; défaites de l'équipe de foot, activités culturelles, manifestations diverses, qui sont censées faire contrepoids et ramener à la surface une forme de déni politique du passé, là aussi, refoulé et mis sous cape, comme l'inconscient des patients de la "constellation familiale", mais à la dimension de la constellation du pays. En prime, on a droit au bulletin météo du jour.

Une lecture qui m'a un peu perdue en route, malgré mon intérêt croissant pour la libido du procureur. Mais je pense que ce n'était pas le but ....

 

 

08/02/2016

Yeruldelgger, Ian manook

yeruldegger,ian maook,romans,romans policiers,roman mongolie,déceptions,pavésLes traditions des nomades mongols se perdent, seules quelques femmes continuent à jeter du lait aux quatre points cardinaux pour souhaiter bon voyage à celui qui s'en va, les yourtes se réduisent à peau de chagrin dans la grisaille des banlieues sordides. Les séries américaines y résonnent et même dans les grands espaces encore vierges, les vieux nomades savent préserver une scène de crime.

Les Coréens ravagent les réserves nationales à grands coups de quads surpuissants et assassins, et pas seulement pour la faune et la flore, gare aux petites filles blondes qui font du tricycle sur leur terrain de jeux ... Ils violent en picolant, et pas que les grands espaces non plus.

L'ultra nationalisme se prend des airs de troisième Reich de pacotille, et se donne des allures de vengeur masqué en coupant les couilles des chinois : missions commandées déguisées en scènes crapuleuses ... Dans les égouts des villes abandonnées par l'ex-ère communiste, grouillent les damnés de la misère, dont il sort parfois, miracle de la bonne nature humaine, malgré tout,  un gentil garçon à l'humour attendrissant ...

Les Chinois rachètent les terres rares, aux minéraux affriolants et pillent ce qui restait de l'âme fière des ancêtres. Tous se prostituent, la police est corrompue, toutes et tous, non ....

Un nouveau Gengis Khan brandit la croix de la résistance, Yeruldelgger. Il a l'âme pure de ceux qui ont beaucoup souffert et n'ont plus rien à perdre. Sa femme est devenue folle après l'assassinat de leur petite fille, Kim, sûre de sa culpabilité à lui. Son autre fille, Saraa, se vautre dans la pire des fanges pour le lui faire payer.

Ce qui n'empêche nullement l'âme droite et fière, (mais blessée), de Yeruldelgger de se dresser seule contre tous. Il mène toutes les enquêtes (la petite fille dans le désert et les chinois émasculés) de front, aidé quand même par quelques moines ressurgis de son enfance, et deux fidèles qu'il lance à la chasse de la justice, (tel "Charlie et ses drôles de dames") ; Solongo, la médecin légiste aux doigts de fée qui attend son heure d'amour, et Oyan, l'inspectrice toujours fidèle, walkyrie violée, amazone ressuscitée ....

Tel le phénix de ses dames, Yeruldelgger ressurgit toujours de ses cendres, infaillible, insubmersible, étanche aux balles, coups, flèches (mince, j'avais confondu avec Jolly Jumper), missiles (James Bond, sors de ce corps !) et vous balance des serpents dans la fosse du méchant en leur chatouillant d'un doigt habile le nombril, étrangle à mains nues des hydres post nucléaires (non, là j'anticipe, c'est dans le deuxième numéro ...). Et évidemment, il vous débusque d'un coup de baguette magique grosse comme une ficelle plombée (même moi, j'avais deviné !), le grand méchant manipulateur à l'âme vile et noire comme les entrailles du profit capitaliste ... (Beurk !!!! C'est pas bien le capitalisme !!!), tout en dégustant des marmottes cuites de l'intérieur, et en ramenant la morale dans un village corrompu aux côtés d'une prostituée au grand cœur.

La Mongolie en mode post apocalyptique même en mode deuxième degré, c'est pas passé. Mon seuil de tolérance a saturé.

12/12/2015

La soeur, Sandor Marai

la soeur,sandor marai,romans,romans hongrois,déceptionsAprès avoir été éblouie par "Les braises", et surtout, surtout, par  "L'héritage d'Esther", puis un peu déçue par "L'étrangère", je me suis dit, que, quand même, un petit opus du grand Marai, ça passerait tout seul. Sans compter qu'il m'attendait depuis des lustres sur mon étagère des pas encore lus, comme un petit sucre d'orge de la nostalgie perdue de la splendeur lente des temps qui qui ne sont plus que fantômes des sentiments à jamais éteints ( et encore ... j'en passe ...)

Que neni ! Je dois l'avouer, je l'ai lâchement abandonné à son sort "le pianiste hongrois hospitalisé à Florence d'un mal mystérieux" (dixit la quatrième de couverture), je l'ai laissé dans les mains de son médecin, même pas capable d'un peu de compassion pour "l'artiste impuissant", incapable du "don de soi" (toujours selon la quatrième). Don de soi, je ne sais pas, mais moi, je n'ai pas réussi à lui donner grand chose, en tout cas. Il m'a agacé le virtuose à se regarder le nombril, tellement alangui de son propre ennui qu'il me l'a refilé, l'ennui, le bougre ! 

En plus, il ne voit même pas Florence, vu qu'il tombe dès le premier soir sur la scène de son magistral premier concert, dont il ne raconte rien non plus, vu que le mal mystérieux lui rongeait déjà les neurones. Et moi, j'aime bien lire Florence ( voir l'éblouissant "Vue sur l'Arno") Et voilà, on m'en prive. Et à la place, on me colle dans une salle d’hôpital, face à face avec un médecin qui répète que le mal va être vaincu, que c'est long, mais qu'il n'y a pas de raison. Je suppose que le médecin est resté avec le virtuose jusqu'au bout mais, lui, il était obligé. 

Deuxième mensonge de la quatrième, après Florence, l'histoire de "la relation passionnelle entretenue avec une femme mariée". La femme en question se limite à une initiale, Z. (on ne ricane pas, la dernière lettre de l'alphabet pour un amour impossible, le traducteur a dérapé ou quoi ?) n'avait toujours aucune existence romanesque  à la page 192 (sur 278). C'était pas la peine d'en faire un parc d'attraction, et je me suis dit que ce n'était pas en à peine cent pages, même écrites serrées, qu'elle allait surgir, telle Sissi revenue de ses cendres, pour lui secouer un peu la pulpe neuronale à l'artiste narcissique.

Voilà, faudrait pas faire prendre la nostalgie de mort à Venise pour un canard sauvage.

Et j'ai refermé le livre avant d'être contaminée de rejet définitif de Sandor Marai, je ne voudrais quand même pas en arriver à ce stade terminal. En fait, je me dit que c'est la faute à la quatrième ..., et je retiens quand même le même auteur pour une lecture future. Peut-être bien "La conversation de Balzano", un Casanova à la sauce Marai, c'est quand même tentant ... ou alors ce titre noté chez Sandrine, La nuit du bucher, qui a l'air un peu moins languissant.

25/08/2015

Ederlezi, Vélibor Colic

ederlezi,velibor colic,romans,romans français,pépitesUn livre peut faire rire (rarement ceux que je lis, mais je sais que ça existe), un livre peut faire pleurer (mais j'ai le cœur dur), un livre peut faire peur (mais vu les horreurs que je suis capable d'avaler sans broncher, mon taux de résistance est assez élevé), rarement un livre donne envie de danser ... Ben celui-ci, si. Et pas seulement parce qu'il y en question d'un orchestre et d'un chanteur hors des temps, dont l'élégance tapageuse n'a d'égal que sa volatilité sentimentale, mais surtout grâce à la valse endiablée des personnages qui l’accompagnent, qui ont le diable des mots au corps.

A la manière d'un Emir Kusturica (la comparaison est inévitable et je pense, voulue par l'auteur, par ailleurs, fin connaisseur musical), Vélibor Colic les fait sortir de son chapeau, un village à trois noms " Baïramovitch, Baïrami et Baïramovski". Les trois noms donnent le ton, car ce village "tantôt en Macédoine, tantôt dans l'empire ottoman, souvent en Yougoslavie, mais aussi parfois dans le royaume serbe", est "rêvé, mais aussi réel". De ce lieu, surgit la valse tzigane, qui est aussi la valse de tous les possibles. On l'aura compris, c'est du pays de la fusion de ces cultures massacrées par les guerres et les totalitarismes, que Vélibor Colic veut nous faire rêver, du temps d'avant, glorieux de ses oripeaux.

Ils sont dépenaillés, encanaillés, peu recommandables, pendables, vulgaires et sublimes, les musiciens qui se succèdent dans ce récit fantasque, entre conte et sarabande. Ils sont menés par un mort qui a déjà été tué trois fois, sauf que cette fois-ci, c'est la dernière ... Celui qui s'est survécu tout au long de ses réincarnations, tout à tour Azlan Tchorelo, Azlan Bahtalo et Azlan Chavoro, a été rattrapé par par la réalité, dans le camp de Calais, dans nos jours qui tuent les rêves. Avant, il a tout vécu en grand seigneur de la misère. Eternel amant infidèle, buveur et soiffard, il a mené ses trois vies comme on se laisse emporter par la gouaille de la langue de l'auteur. Depuis les années 1900, il a porté de sa voix les violons de ses comparses de fêtes en drames. Figure du juif errant, du banni, du sauveur damné, il est un concentré de figures littéraires qui aurait croisé dans sa course le Mangeclous et le Solal de Cohen. 

Ce titre, qui est aussi celui d'une chanson bien connue grâce au "Temps des gitans", contient le même charme, celui qui incante la joie triste et folle de temps qui auraient pu être. Merci monsieur l'auteur d'avoir mis en mots cette "comédie pessimiste" aux accents de fanfare perdue.

07/12/2014

La confrérie des moines volants Metin Arditi

la confrérie des moines volants,métin arditi,romans,romans historiques1937, le NKVD traque et trucide les moines orthodoxes (ou non ...) à tout va. Les monastères sont, les uns après les autres, dévastés, les icônes brûlées. La nouvelle URSS soviétique veut éradiquer de l'âme slave, les profiteurs de l'ancienne Russie.

1937, ermite de chez ermite de son propre monastère, perdu de chez perdu au fond des bois, Nikodime mène une autre lutte, solitaire contre lui-même. Il expie fautes passées et envies honteuses de sexe et de femme dans la solitude fiévreuse de son esprit et il impose à son corps une discipline fervente qui alterne les marches épuisantes dans la neige et les bains prolongés jusqu'à l'engourdissement dans les eaux glacées du lac. Aucun répit et une tension permanente pour tuer tout autre désir que celui de la rédemption dans Dieu et l'oubli. Il dort déjà dans son propre cercueil.

Le massacre de ses frères et le saccage de son monastère vont le jeter avec deux survivants pas bien malins, jusqu'aux cabanons abandonnés d'un ancien camp de travail. D'autres moines vagabonds les rejoignent, dont un ancien acrobate de cirque et un spécialiste de la restauration d'icônes, venu une "Vierge à l'enfant" sous le bras. 

Et l'icône va enfin donner un sens à ce groupe minable de moines cachés. Car Nikodime est de plus en furieux, et sa croix de plus en plus lourde à porter au sommet de la colline boueuse. Désœuvrés, les moines se laissent aller, chantent des airs païens et acceptent les dons en nature alcoolisée des paysans voisins, contre un baptême, une bénédiction. Nikodime fixe alors les statuts : les moines vont se faire volants et voleurs, décrochant des églises encore debout autant d' oeuvres d'art sacrées qu'ils le pourront et les cacheront, pour les sauver, en attendant un autre temps que celui des Bolcheviques.

L'autre temps vient par l'ouest et un autre personnage. Paris, les années 2000, le père de Mathias vient de mourir, brusquement, et brusquement aussi, Matthias, le découvre autre, entouré d’icônes sacrées et de mystères orthodoxes. Menuisier d'art, il lui a laissé en guise de dernier message de nombreux tiroirs secrets à ouvrir. Ce que Matthias n'a pas vraiment envie de faire, et c'est en traînant les pieds qu'il va se retrouver doté d'un étrange héritage, celui d'une mémoire dont il n'avait jamais soupçonné l'existence, enfouie sous la terre et les années d'oubli idéologique.

Un récit passionnant d'un bout à l'autre, jusqu'au point de jonction final et franchement faire des icônes des bombes politiques et sentimentales à retardement, est juste une géniale idée romanesque à souhait ! 

PS: je sais que celle que j'ai mise en illustration n'est pas la bonne, mais sur le site du musée de l'ermitage, je n'ai pas réussi non plus à trouver la vierge de tendresse avec un carreau abîmé. J'aurais bien aimé, parce que le carreau abimé, c'est qui fait tout, je crois.

 

 

03/12/2014

Sur les ossements des morts Olga Tokarczuk

250px-Biche2.JPGJanina Doucheyko est une vieille dame pas rabougrie qui pourrait passer pour une douce excentrique. Leçon numéro un : se méfier des vieilles dames excentriques, parce que l'on n' est pas dans un polar anglais, ni dans "Le cave se rebiffe". Rien à voir.

Le décor ; un petit hameau frigorifié et recroquevillé sur quelques habitants qui résistent à l'hiver et jonglent avec les caprices des réseaux des téléphones portables, la frontière avec la Tchéquie est toute proche, et la Tchéquie pour Janina, c'est un havre de paix qui s'oppose en tout à sa solitude reculée. Un pays où l'on ne tue pas les animaux, par exemple, où l'on aime la poésie de Blake ... Alors que chez elle, les chasseurs envahissent les bois. Et Blake, n'en parlons même pas ...

Leçon numéro deux : se méfier des biches : Grand pieds, le voisin braconnier sadique, sale, répugnant, est le premier à mourir . Etranglé par un os de la biche qu'il venait de dépecer sauvagement dans sa cuisine pouilleuse, pendant que les copines (de la biche) regardaient la victime se faire engloutir par le meurtrier par la fenêtre avec comme une envie de vengeance dans les yeux. Enfin, c'est ainsi que Janina voit les choses.

Leçon numéro trois : se méfier des biches (bis), des renards, des pies (voire des insectes nichés invisibles dans les troncs d' arbres). Un monde grouille et bruisse de sa colère. Enfin, c'est ainsi que Janina voit les choses. Sans parler des sangliers.

Janina voit les meurtres dans les astres. Leçon numéro quatre, ne pas se méfier des astres, un truc de taureau en verseau, de verseau en taureau, avec des meurtres en mars, une sorte de justice astrologique, quasi certaine, celle-là, parce que celle des hommes, elle piétine dans les empreintes de la neige et du vent.

Leçon numéro cinq : se laisser porter par cette intrusion dans un monde pas si doux dinglo qu'il pourrait en avoir l'air, les bisounours comportant quand même quelle failles inquiétantes : Matoga, le taiseux, membre de l'amicale de la cueillette des champignons,  Dronizi, le passionné de Blake, l'écrivaine cendrée ... Faut faire gaffe (leçon numéro six, les schtroumpfs ne sont pas tous bleus, mais les renards argentés si. Quoi que ...)

Leçon numéro sept : il faut lire ce livre. Atypique, ni roman policier, ni fable écologique, le personnage de Janina retient le tout : ermite humaniste, troublante Trouvetout, militante délatrice, maladive acariâtre, logiquement barrée, elle oscille entre ombres des bois et lumières d'un été partagé.

Que l'intrigue soit alors quelque peu cousue de fil blanc, n'a pas trop d’importance tant il n'y en a pas, des leçons. Mais du goût de lecture, si.

 Je rajoute le lien vers la note d'Ingannmic

 

27/10/2014

Il est de retour Timor Vermes

Un livre qui m'a presque mise en colère, avec l'impression de m'être faite avoir dans les grandes largeurs, d'avoir été tripotée du cerveau par de sales mains mercantiles et vicelardes ... et je n'aime pas le tripotage, même si c'est bien fait pour moi, j'avais qu'à pas me mettre dans la gueule du loup.

"Il", c'est Hitler, il n'est pas mort, et se réveille dans un terrain vague, de nos jours, en uniforme,  inchangé et c'est par son regard que l'on suit son analyse du monde (postulat fantaisiste déjà insupportable, j'aurais dû fuir, mais non, curiosité littéraire me tenant, la tête constamment entre deux chaises, "je continue", "j'arrête" ...). La déambulation du personnage dans notre monde lui fait constater la disparition du salut nazi, des ruines, de la guerre et le grand nombre de turcs dans les rues. Il est pris sous l'aide d'un marchand de journaux dans un quartier où grouillent les acteurs histrions des reconstitutions historiques de la deuxième guerre mondiale, et il est pris pour l'un d'eux. Repéré par les producteurs d'histrions, il va passer pour un imitateur particulièrement doué, fait le buzz sur internet et le livre se termine sur la possibilité politique de reconstruire son parti. Je fais vite parce que c'est juste très dérangeant comme posture de résumer ce livre-là.

Sûrement, on peut le supposer, l'auteur est de bonne volonté, cela se veut manifestement une fable politique. Mais quel en est le propos ? Montrer qu'aujourd'hui, le discours de la haine xénophobe fonctionnerait encore, et même en pire grâce à la manipulation médiatique ( le personnage en découvre les rouages, nullement manipulé, il en prend rapidement le contrôle, face à des fantôches, producteurs et animateurs quand même particulièrement stupides et d'une naïveté confondante et peu crédible) ? Montrer que le discours national-socialiste a gardé une puissance quasi intacte dans l’inconscient collectif, qui l'aurait intégré comme un arrière-fond, honteux, soit, mais faisant parti de l'Histoire ?

Un livre facilement manipulable dans l'autre sens, qui plus est. En effet, les discours sur la dignité européenne qui croule devant l'invasion des étrangers qui prennent tous le le boulot et des juifs qui font toujours fortune sur les ruines de cette Europe vendue aux marchands, résonnent ici d'une telle platitude stylistique qu'ils peuvent parfaitement être entendus au premier degré de la bêtise consentie, un vrai salmigondis de clichés alignés dont la dangerosité stupide ne rencontre que le vide.

Un flop de la provocation, une lecture malsaine. 

Je rajoute le lien vers la note de Sandrine que j'ai découverte après la publication de la mienne, parce que son avis final est très divergent du mien, et son argumentation est éclairante. 

09/09/2014

Epépé Ferenc Karinthy

Un bien curieux roman, curieux et dépaysant à plus d'un titre. Pas déplaisant, non plus, mais atypique, cela est sûr ....

Imaginez un sérieux, très sérieux linguiste, très pragmatique, très spécialiste de l’étymologie pluri linguiste, Budaï, qui s'endort dans l'avion qui devait le poser à Helsinsky, il devait y donner une conférence et rentrer chez lui. Sauf que, à son réveil, tout gourd encore, il se retrouve dans un bus, dans un hôtel, dans une chambre d'hôtel, dans un univers inconnu et illisible dont tous les codes lui échappent. Un univers sombre, indéchiffrable, surpeuplé, bousculé, tous les repères sociaux, linguistiques, affectifs lui échappent à ce gars pragmatique et donc optimiste, optimiste, mais déboussolé.

Le roman se construit sur les tentatives du personnage, tentatives logiques, raisonnées, raisonnables, pour en sortir de ce piège inconnu, sauf que, là aussi, pour en sortir, il faut le comprendre, de monde, au moins un peu, communiquer, se repérer dans le temps, l'espace, les usages. Ce qui s'avère beaucoup, beaucoup plus complexe, que ce que l'intelligence de Dubaï, pourtant sans faille, ne peut anticiper. A chaque tentative, son, échec, à chaque échec, une nouvelle  tentative. Logique, mais sans faille.

Ce n'est pas un livre de science fiction, le monde où est enfermé le personnage n'est pas futuriste,c'est une sorte de calque du nôtre mais en plus frénétique : une masse d'hommes fourmille sans cesse, grouille en déplacements compacts et brutaux, sans empathie aucune pour le héros qui parcoure tous les différents sens possibles, qui arpente, note, analyse cet espace, ethnologue perdu d'un ordre qui l'ignore, où les repères sont à la fois identiques et totalement obscurs à sa raison.

 Les grattes-ciel poussent plus vite que de raison, les ascenseurs suivent le rythme et les métros aussi. Les hommes poussent, se poussent, ne semblent s'arrêter que pour faire la queue, la queue sans cesse, pour prendre le métro, l’ascenseur etc ... Le moral du pauvre Dubaï finit par vaciller dans cette immersion forcée. Selon ses pérégrinations, il oscille entre résignation, révolte, colère, rage, apathie et espoir.

S'il s'en sort ? On ne peut le dire, mais ce que je peux conseiller par contre, c'est de lire la préface d'Emmanuel Carrère après le roman. Ce que j'ai fait, mais par hasard, en fait, et, à posteriori, je pense que ce hasard-là est mieux que l'inverse. Non pas que le propos de Carrère soit superfétatoire, loin de là, mais il donne, je trouve, un peu de pistes de lecture et d'interprétation. Il vaut mieux tenter d'abord cette étrange expérience de marcher avec Dubaï, de se confronter avec lui à cette étrangeté cruelle, espérer et désespérer avec lui.

Une lecture découverte grâce à Katel, merci du conseil !

06/07/2013

Mendelssohn est sur le toit Jiri Weil

Statues.jpgL'essentiel du roman se déroule à Prague, alors requalifié en "Protectorat de Bohème-Moravie", Reinard Heydrich y a décrété la loi martiale, les arrestations s'amplifient et commence la déportation des juifs vers le ghetto modèle de Térézin. Il se termine vers 1943, la défaite du troisième Reich se profile mais il ne reste plus de juifs à déporter de Prague, le quota fixé ayant été atteint ( comprendre 70 000 personnes sur 118 000, l'auteur, Jiri Weil, fit parti de ceux qui réussirent à rester cachés).

L'histoire suit quelques parcours tronqués, le fil conducteur est plutôt une sorte de "motif statuaire". On suit des statues, en quelque sorte ... Elles balisent différents moments à différents endroits de la ville. La première est celle de Mendelhson boulonnée sur ce qui est devenu sous le "protectorat" nazi,  le palais des Arts à la gloire de la musique, aryenne, forcément. Mendelhson étant vaguement d'origine juive, et Heydrich nazi perfectionniste, il a ordonné que la statue soit déboulonnée du toit. Sans délai.

Le souci est que sur le toit, il y a plusieurs statues et le nom n'est pas marqué dessus. Les petits fonctionnaires chargés de cette mission de la plus haute importance sont bien incapables de savoir laquelle est la bonne. Selon les critères en cours, ils vont bien sûr en mesurer les nez, mais le plus long se révèle être celui de Wagner, sauvé in-extrémis de la dégradation par son béret ... Ce pourrait être drôle, c'est juste absurde ... De boulons en boutons, cette pantalonnade va faire cascade et par ricochet, toucher une série de petits fonctionnaires agités et zélés, puis d'autres ...

C'est par cette petitesse des actes que tient la force du roman, on entre dans la collaboration et la compromission par une suite de petites portes : pour un résistant qui tente de sauver deux fillettes au fond d'un placard, on a le responsable du musée juif qui sauve sa peau en jouant le guide touristique pour les visiteurs du Reich, acceptant toutes les mises en scène, il orchestre, classe et range dans des vitrines tous les objets qui viennent en masse des synagogues dévastées. Un autre se doit de cotoyer les sbires gestapistes, fournisseurs de l'entrepôt où sont stockés les biens des "disparus" et où tout le monde se sert. On y croise la statue de la justice .... gênant rappel ...

Pendant ce temps, les déportations s'accélérent et le bras armé de Roland n'empêchera rien, et l'exécution de Heydrich non plus. Un autre rouage prend sa place et la machine continue de fonctionner. Des personnages disparaissent, ce qui ne change  rien non plus. Acucun pathos, juste des faits, des gens, malmenés par le quotidien d'une survie forcément jouée à l'aveugle.

La préface du roman ( je ne l'ai lu qu'après) donne une clef de lecture intéressante : la version du livre que l'on peut lire aujourd'hui n'est pas exactement celle écrite par l'auteur, son "vrai" texte ayant été refusé par la censure communiste parce qu'il ne mettait pas " suffisamment en relief le rôle de le rôle de la résistance communiste et les victoires de l'armée rouge". C'est le moins que l'on puisse dire ... Un dernier chapitre donne un idée de la version "non censurée", la causticité y est plus rude encore.  

Un grand merci à C. grâce à qui j'ai pu découvrir ce titre, très difficile à trouver, noté comme "épuisé" dans la plupart des sites en ligne. Et c'est vraiment dommage.

 

12/11/2012

L'étrangère Sandor Marais

l'étrangère, sandor marais,romans,romans hongroisUn roman en plusieurs tableaux et trois actes, et la première fois depuis le peu de temps que je fréquente cet auteur que ne je finis pas un de ses titres complètement enthousiasmée, mais seulement complètement charmée.

Premier acte : une sorte de préambule musical sur le rythme de "Mort à Venise" fait entendre les rumeurs et les bruissements d'une société cosmopolite, sous fond de couverts qui croincent sur les assiettes, petites bourgeoisies en villégiature dans un hôtel qui fut de luxe, au bord de la mer, sur la côte Adriatique. Nous sommes au printemps, et il fait chaud, très chaud pour la saison. Du coup, on bouge immobile. Dans cet écrin un peu lézardé, l'auteur nous cisèle de son écriture un ballet surané : le fabricant de porcelaine allemand, un "type" délicatement parodié jusqu'à la caricature, la belle jeune femme légère qui traîne son "Rilke" jusqu'au terrain de tennis, se détachent de la galerie des estivants, quelque peu échoués là, quand même ... Emerge un petit homme, nerveux, crispé, il reçoit un coup de téléphone, vite, il doit partir, il monte l'escalier, se dirige vers sa chambre, la belle touriste le précède, il hésite, lui a-t-elle vraiment lancé une invitation ? cette hésitation si discrète serait-elle pour lui ? Alors que l'on ne sait rien, tout est joué.

 Deuxième acte : où l'on en apprend un peu plus sur Askenazi, l' homme nerveux, un intellectuel petit bourgeois venu en ces lieux pour se reposer d'un adultère commis avec une actrice de peu. Plus que d'elle, de la vraie femme, ou de sa "faute" sociale, c'est à sa question intime qu'il tente d'échapper. C'est que ça le torture, ce qu'il y a au delà du désir, de la "gymnastique du lit", qu'est-ce fait que la femme, cette étrangère, est un manque qui l'englouti ?

Troisième acte : c'est là que j'ai lâché un peu, la quête m'a intriguée sans que je la comprenne vraiment. Tout ce que je puisse en dire, c'est que le narrateur a peut-être trouvé sa réponse, mais moi, je n'ai plus trop compris la question.

Pas grave, c'est beau quand même, et c'est sans doute moi qui suis trop rationnelle face à cette écriture (sublime, j'insiste) qui a des accents d'un d'un si terrible désespoir, d'une solitude si infinie qu'elle m'en a gênée, à la limite de cette gêne qui serait celle de la lecture d'un vrai journal intime.

 

Athalie

 

Du même excellent auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/08/12/les-bra...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/01/22/l-herit...

 

12/08/2012

Les braises Sandor Marai

les braises,sandor marai,romans,romans hongroisLes braises, elles couvent sous la cendre de deux vieillards depuis quarante et un ans et quarante trois jours, dans la cheminée désertée de la grande salle où un dernier repas a été consommé, et avec lui, bien d'autres choses.

Un vieux général termine solitaire, dans l'aile ancienne de son château, une vie de soldat au service d'un empire d'un autre temps, lui aussi, celui de Sissi l'Impératrice. Il l'a même aperçue une fois, silhouette pressée se détachant sur la lumière finissante du Prater. Mais ce temps-là s'est enfui. Et il ne reste nulle valse, ni musique romantique dans le château du vieux général, que l'on pourrait croire être celui de la Belle au bois dormant, sauf que la princesse, elle est morte. Et que cela fait déjà un moment.

La princesse, c'était la femme du vieux général, Henry, descendant d'une précieuse aristocrate française, exilée en ces bois profonds par l'amour d'un riche officier hongrois, amateur de chasse et d'honneur militaire. La nostalgie a eu raison de leur coup de foudre et ces temps fanés rôdent encore dans les pièces luxueuses où l'on ne fait plus le ménage que deux fois l'an. Parce qu'il y a aussi le fantôme de Christine, la princesse du vieux général.

Pourtant, ce soir-là, le général ve faire remettre en scène le dernier repas pour le convive qui revient, l'autre survivant, Conrad, celui qui est parti brusquement quarante et un ans et quarante trois jours plus tôt. Les deux vieillards ont été amis, vingt deux ans d'études et de carrière commune, une amitié pourtant atypique entre le jeune, riche, courtisé aristocrate, et le jeune, pauvre, musicien, officier presque malgré lui. L'un était si sûr de lui, l'autre si en retrait. Vingt deux ans ensemble, et puis, un jour de chasse, le repas à trois, le départ inattendu. Depuis quarante et un an, et quarante trois jours, le vieux général a ruminé et a retourné toutes les pierres, a reconstruit l'histoire, celle qu'il n'a pas su voir alors qu'il la vivait, cailloux par cailloux. En cette dernière soirée, il va confronter sa construction à la parole de celui qui peut la détruire, ou en être détruit, parce que c'est autant une histoire d'amitié qu'une histoire de vengeance, un ultime coup de poignard. C'est lent, court, mais lent, on avance par petites vagues mais phrases longues. Tout est dit en une réplique ou deux, puis se developpe sur plusieurs pages le reste.

C'est bon comme une madeleine de Proust trempée dans du lait tiédi.

Athalie

Autre commentaire sur ce blog d'un autre titre du même auteur :

L'héritage d'Esther

11/07/2012

La septième vague David Glattauer

la septième vague,david glattauer,romans,romans autrichiensBon, vu la stricte alternance que je tente en ce début d'été ( une recette, un livre), aujourd'hui aurait dû être jour de recette, mais une règle étant faite pour être déviée, ce sera jour de livre, la suite de Quand souffle le vent du nord, parce je vais vite fait trousser la bluette.

Je n'ai donc guère tardé à me procurer "La septième vague", me doutant bien que la grâce épistolaire serait éphémère, et bien non, c'est pire, le charme n'a pas du tout, du tout, du tout opéré, et l'ennui s'est très, très,très rapidement installé.

Rappel ( quand même, je trousse, soit, mais point trop n'en faut) : Emmi ne s'est pas rendue à l'ultime rendez-vous et Léo est parti comme prévu à Boston, toujours sans l'avoir vue en vrai, pour sauver son mariage (à elle) et raison retrouver. Emmi envoie des messages au manager du système .... Léo rentre et finit par répondre, nouveaux échanges sur le même modèle que ceux d'avant le départ, et c'est reparti.

Le but de la lecture de cette suite se réduisant à savoir :

  1. Si les deux tourtereaux en puissance vont enfin se décider à se rencontrer en vrai une bonne fois pour toute et qu'on en parle plus (enfin, si quand même un peu mais qu'on passe aussi à autre chose)
  2. Si cette rencontre va se conclure par la fin heureuse prévisible, et qu'on ne passe pas à autre chose, sinon, je ne crois plus aux contes de fées, et ce serait dommage, quand même à mon âge.

Les réponses sont tellement évidentes que les mails se rabachent : "Alors, tu m'as trouvé(e) comment ? - Toi d'abord, tu m'as trouvé comment ? - Non, toi ....", quelques mails plus tard (où ils se sont plus ou moins dit comment ils se trouvaient, bien, évidemment, ( et non, Emmi n'est pas obése et n'a pas de poil aux pattes, et non, Léo n'est pas obèse mais a du poil aux pattes) : "On arrête là, ce n'est pas possible - Oui, on arrête - Toi d'abord. - Non, toi d'abord, c'est toi qui as qui l'a dit. - Là j'arrête pour de vrai, j'écris le mot FIN"

Tiens, bonne idée.

Athalie

PS :  pour l'illustration, je cherchais quelque chose autour de "vague d'ennui", j'ai trouvé ce tableau. Sans commentaire.

REPS (post publication) : je ne résiste pas à ajouter deux liens vers des articles divergents mais  très drôles

http://croqlivres.canalblog.com/archives/2011/08/25/21742...

http://www.audouchoc.com/article-la-septieme-vague-daniel...

 

02/07/2012

Quand souffle le vent du nord Daniel Gluttauer


Denise au téléphone - Bande annonce Vost FR par _Caprice_

 

Attention, lecture légère, lecture en forme de coeur, lecture pour farniente, lecture en liberty, lecture au goût de crème glacée, fondante et sucrée, sucrée .... A dévorer pour se sentir comme une plume bercée par une brise d'amourette.

Une nouveauté littéraire malgré tout, un renouvellement du genre épistolaire, le roman par mails, enfin, des mails quand même mieux écrits que des vrais, sans fautes de frappe, ce qui est relativement rare dans le vrai courrier électronique. Des mails en toc, qui font pas vrai, des mails pour une histoire chabadabada.

Emmi Rothner veut résilier son abonnement à une feuille de chou locale, elle tombe par erreur sur la boite de Léo Leike, un homme qui n'avait rien demandé, quant à lui, tout cela parce qu'elle tape trop vite le "e" avant le "i". Erreur renouvellée pour des voeux de bonne année en envoi automatique d'un mail groupé. D'excuses en platitudes, ces deux-là vont se titiller, se prendre au jeu, érotiser puis fantasmer. Carrément. ( c'est la loi de la bluette, faut pas hésiter à en faire trop)

Lui est célibataire, et sort d'une rupture complexe, elle est mariée, aime son mari, a des enfants (pas vraiment les siens en fait, mais c'est tout comme, c'est pour dire qu'elle est heureuse et sans histoire, en fait.) Du moins, c'est ce qu'ils se disent, et c'est ce doute possible qui est drôle en tant que lectrice, on se dit sans arrêt qu'ils sont peut-être en train de se (nous) mentir, de s'inventer une vie virtuelle, un amour virtuel, un caractère virtuel. Elle, l'impertinente, jalouse par intérim, lui qui fait du cache-cache et parfois les échanges font du sur-place : on devrait se rencontrer, on va se rencontrer, oui mais dans un bar, comme ça on ne saurait pas qui on est, et puis oui, et puis non, et puis on devrait arrêter ces mails qui ne mènent nul part, ben oui, ben non, ils ne mènent nul part mais on continue quand même, pourquoi ? ben parce que ....

Comme la lectrice qui se dit : "C'est bien mince tout cela", ben oui, c'est mince, mais qu'est-ce que c'est bien le mince quand ça ne coince pas, que les pages se tournent et qu'on est à la fin avant même de s'être ennuyé. Ces deux-là, faut dire, ils sont attachants comme des chamallows....

Il y a une suite où il semblerait qu'ils se voient vraiment en vrai .... Une question angoissante se pose : leur amour virtuel résistera-t-il ? je ne suis pas sûre de passer tout l'été sans pouvoir répondre à cette angoissante attente .

Athalie

PS : bonne lecture à la grande fille de A.B., jeune mère surbookée, ce livre est pour toi !

REPS : l'extrait en tête de note, c'est "Denise au téléphone", une sorte d'ancêtre de Quand souffle le vent du nord, mais plus caustique et moins bluette

 

23/01/2012

L'héritage d'Esther Sandor Marais

imagesCA3K05SH.jpgUne pépite ? toute petite et presque discrètement portée sur une robe de deuil, comme une robe de mariée même pas portée. Je ne sais plus où je l'ai dénichée, sans doute dans une vieille armoire qui couinait pour tenter de se faire remarquer, un sachet de lavande éventée et quelques naphtalines plus tard ...

Esther, vieille fille amoureuse mais un petit, un petit peu coincée, quand même, Lajos, un séducteur veillissant ; (pas coincé, du moins pas dans le même coin), un menteur qui a été flambloyant, l'a dépossédée, flouée, aimée, laissée, comme en passant et dans le désordre, ou en même temps, on ne sait pas trop. Il ne reste pas grand chose, de ce temps d'avant, pas de parures, pas de secrets de famille, où alors, de la poussière d'ailes de papillon. Le temps s'est arrêté, une silhouette un peu guindée, dans la solitude d'une maison à la véranda déguingandée : tous les autres sont morts ou presque, reste deux ou trois témoins pour savoir que oui, il y a eu un temps où Esther fut aimée. Si légèrement, mais quand même. Une nounou est restée, lucide et tranchante. Elle sait les mensonges, comme Esther ne veut pas les savoir. Et Lajos revient réclamer son dû, et Esther écoute, frémissante au lieu de continuer à couper ses dalhias. ( Bon, moi, c'est plutôt les pivoines, mais j'ai transposé, pas grave)

Les mots cisèlent, taillent peu, on se languit sans se languir, comme dans un transat bancal. Et puis, c'est déjà fini.

Athalie

PS : une Esther en Barbie, c'est carrement pas possible ... Donc les orchidées ... ou une rose confite parce que Lajos, il en a un peu plein la bouche, quand même, quand ce ne sont pas des serpents !

14/12/2011

L'année du jardinier Karel Capeck

pivoine.jpg

Un drôle de petit bouquin, une drôle de petite lecture ...

Cueilli par hasard, en passant dans un grand truc commercial où on vend des TV, des radio réveil, des trucs numériques à n'en plus finir que je ne sais même pas que ça existe dans la vraie vie ni dans quel sens ça se plante, pas. Bon. Avec mon homme on sortait d'un grand débat sur la taille de l'écran qu'on va s'offrir pour Noël. Je sais, ça fait rêver. Nous, on est à fond pour la magie de Noël .... 60, 80 cms de diagonale d'écran (ben, oui, la taille, c'est en diagonale, pourquoi ? parce que c'est marqué sur l'étiquette rouge autocollante sur les écrans, avec d'autres infos, qui m'échappent aussi, je m'en fiche, moi, je veux un truc avec un look sympa qui aille bien avec mon meuble T.V super branchouille.). Mais comme il y avait des livres aussi, et que je ne peux ressortir d'un truc où l'on vend des livres sans en acheter un, au cas où tous les magasins qui vendent des livres fermeraient définitivement leurs portes ... Un peu comme les jardineries, en fait.

Le livre est découpé en petits chapitres, un par mois, avec les occupations jardinières pour chaque, pas des vraies, mais des presque vraies. On va ainsi de janvier à décembre, de l'attente de la saison nouvelle à l'attente d'une autre saison nouvelle. Entre deux chapitres, des digressions, jardinières aussi, sur la différence entre le jardinier "de fleurs" et le jardinier de légumes", sur les achats frénétiques de plantes qu'on n'a pas encore, sur l'éternelle volonté du jardinier de recommencer son "oeuvre", sur les affres de la mauvaise terre, dont quelques pages sur la terre argileuse : sa dure conquête, son peu de reconnaissance et de constance,  (là je m'y suis vue, avec mon sac de compost et ma binette à lutter contre le destin qui m'a fichu une terre dure comme un caillou en été, glaiseuse  quand il a plu, avec en life les commentaires exaspérants de mon jardinier-expert de beau père "Mais tu vois bien qu'elle pousse ta haie", quand le truc ridicule qu'il voulait tailler atteignait à peine les trente centimètres deux ans après deux ans de soins attentifs, ou alors "Il faudrait que tu mettes de l'engrais", quand je venais, de rage, de vider l'arrosoir entier de "corne de sang séchée bio" au pied du machin qui ne faisait que me narguer, des pucerons plein les maigres brindilles). Il ya aussi des énumérations infinies de noms de fleurs, inconnues mais poétiques à souhait, parce qu'inconnues (Jules Verne fait la même chose avec les noms de poissons, mais, je ne sais pas pourquoi, le poisson, ça me parle moins), la peur de l'orage subit et violent qui va briser en quelques secondes une beauté éphémère de quelques jours ( mes pivoines !!!) et l'attente de quelques mois ( ou années en ce qui concerne les pivoines, ce qui explique le cri d'angoisse précédent), la peur du vide, le goût du trop plein, la lutte incessante contre les mauvaises herbes et les cailloux dans les plates bandes qui doivent se régénérer depuis le centre de la terre,c'est pas possible autrement qu'il y en ait encore, la compulsion compulsive des catalogues où les plantes proposées sont toujours celles qu'on voudrait avoir mais qui ne poussent pas comme dans les magasines où tout est toujours harmonie parfaite.

Un petit livre de curiosités, mais à réserver aux A. qui ont un jardin et qui y plantent des trucs. Les autres passeront leur chemin sans regrets ( à moins que l'homme de A.M.L. ne se reconvertisse en jardinier "des fleurs" ...).

Athalie

PS : si vous avez un avis sur plutôt 60 ou plutôt 80 de diagonale, pour la taille de l'écran ....

06/10/2011

Seul dans Berlin Hans Fallada

Curieuse lecture, un entre deux pas confortable, faut dire aussi que comme au départ c'était pour le boulot, ça m'engageait moins.

L'histoire se passe à Berlin, dans les deux premières années de la seconde guerre mondiale, plus ou moins, et met en scène des petits personnages,  petits et obscurs, les sans pouvoir, les qui subissent ou qui profitent, comme ils peuvent, du troisième reich millénaire, ceux, plus rares, qui tentent de petitement résister à la puissance de la peur nazie, insidieuse et couvercle invisible mais nauséabond, par en-dessous.

les bas fonds.jpgOn entre dans un immeuble-microcosme où se concentrent les facettes des insectes : les Persicke, SS alcooliques de père en fils, glauques, brutaux, ridicules, prétentieux sans envergure véritable, des cloportes, qui songent rapines mesquines; madame Rosenthal, vieille juive du dessus, le mari a déjà disparu, elle l'attend, terrée dans l'appartement, une cible à portée des mains envieuses, notamment de l'autre minable, celui du milieu de la cour, Borkhaussen, pas de marques politiques ni autres, juste celle de la débrouille ratée, de toutes les arnaques qui passent, ratées, un faible malsain qui fait entrer dans la danse macabre Enno Kluge, pas mieux, triste figure de lâche s'empêtrant dans ses lâchetés, lâché à la dérive, et sa femme, Eva, une sorte de mini mère courage de la lutte quotidienne, la seule qui arrivera, plus ou moins, à choisir un chemin plus solaire, dans l'ombre. Il reste les héros, si l'on peut dire, un menuisier taciturne, radin et tétu, sa femme, souris grise. A la nouvelle de la mort de leur fils au front, ils vont se sentir tigres de papier, et écrire sans relâche et avec application des cartes postales dénonciatrices, accusatrices, lyriques, le dimanche, pour les déposer, au hasard dans des cages d'immeubles, vite, au rythme de leurs peurs. Ils pensent vraiment que leurs mots vont changer les choses, au moins un peu, au moins y croire, penser que leurs mots volent de mains en mains, font parler d'autres mots ... au moins.

Et puis de dominos en dominos, la cascade va se casser la figure, les erreurs vont entrainer des fautes, les fautes, des faux coupables, les vrais étant de l'autre côté de la pile de jeu, les mécanismes et les rouages nazis se déroulent, le défi des deux humbles prend des allures de sacrifice, un chemin de croix sans utilité, mais avec quelque grandiose trace d'humains normaux.

C'est ce qui m' a gêné dans cette histoire parce qu'ils sont où, dans ce Berlin là, les gens normaux ? Il n'y avait quand même pas que des SS ivrognes, des voleurs, aventuriers du minable burlesque, des asociaux, des protituées ... Les autres, les moyens, les transparents, les qui se vautraient pas dans la frange en aimant çà, les tout propres en façades, ils étaient bien là aussi ? Ou non, ce qui excuserait, ce qui me gêne, que ça excuse. Hitler élu par les bas fonds, ça me gêne aux entournures. Mais ce n'est pas la faute du bouquin.

Athalie

19/06/2011

Le goût des pépins de pomme Katarina Hagena

936fdef3oc-playtime.jpgY'a des lectrices qui sont piègeuses ... j'ai connais une, on pourrait faire un concours, mais pire, je ne connais pas ... elle ne lit pas, elle dévore, elle ne vous parle pas d'un livre, elle vous fait saliver et croustiller sous la dent un festin de mots à venir ... Du coup, vous avez toujours l'impression d'être passées à côté du dernier chef d'oeuvre inconnu et frustrées et bavantes d'envie, après vous courez vers le premier point de vente venu..., carte de fidélité en main (retrouver vite faite la bonne, je veux dire celle correspondant au point de vente où vous vous trouvez, n'étant pas toujours chose facile, surtout en salivant ...).

C'est ainsi, qu'il y a déjà un certain temps, (parce que maintenant, je me méfie de ma diseuse de belles aventures ..), je me suis retrouvée avec Le goût des pépins de pommes dans les mains....

Le titre est joli, la couverture aussi, d'ailleurs, et il y a (au départ, du moins) pas mal de choses que j'ai trouvées aussi jolies dedans. Et pour faire métaphore facile, un goût de pépins de pommes, un goût d'enfance et de jardin d'enfance, un goût de fleurs fleuries et puis fanées (je vous épargne les confitures, mais y'a aussi) un goût de verre de vin, le soir, bu après un jour de soleil, les fesses sur le perron en ciment de la maison, encore chaud, puis tiède. (pas le vin, il reste frais, sinon, ce n'est pas romanesque, ça devient réel, ce qui est moins drôle). La maison, pour moi, c'est la seule vraie héroïne du roman. Iris, la narratrice vient d'en hériter, elle ne s'y attendait pas, a sa vie ailleurs et ne sait qu'en faire (des deux, d'ailleurs), et, en attendant de se décider, elle reste quelque temps, s'occupe du jardin ... cette maison, celle de Bertha, la grand-mère, elle transporte ses ombres, cette grand-mère d'abord, fragile comme une figure qui s'effrite, une mémoire qui tremble, celles des trois soeurs, chemins un peu brisés, dont celui de la soeur rousse, celle qui aimait trop les pommiers. Leurs vêtements laissés là, sont comme des petits fantômes dont Iris se déguise pour aller (entre autre) en vélo, se baigner dans un lac aux eaux trop fraiches.

Et c'est là que ça commence à sentir le roussi, le sombre secret de famille, un plat mijoté et déjà consommé, et puis l'histoire d'amour entre Iris et un lointain camarade d'enfance, au départ, une sorte de lourdaud campagnard quelque peu collant, puis prenant de l'ampleur, romantique chevalier servant. On glisse vers la plus convenue des eaux de rose pâlichone,(du jardin de la grand-mère ou pas ...)  surtout dans les dialogues de ces deux amoureux qui ne le savent pas encore mais qui, tout en le sachant, mais en ne le sachant pas ...

Du coup, ça contamine un peu les restes : " Les souvenirs sont des îles qui flottent dans l'océan de l'oubli." Soit. " J'en déduisis que l'oubli n'est pas seulement une forme de souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l'oubli". Resoit.

Remétaphore trop facile, (mais ne serait-ce pas plutôt une synecdoque ...?), un goût de réchauffé ..

Athalie