Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/03/2017

La mort en Arabie, Thorkild Hansen

En attendant que je cogite aux réponses de mon tag coopératif première version, voici une note bien plus conforme ...

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemark



Au XVIIIème siècle, le Danemark a voulu rejoindre le cortège des nations civilisées en faisant d'une expédition scientifique le fer de lance de sa gloire. C'est toujours mieux qu'une expédition guerrière, qu'une entreprise colonialiste, et correspond à l'essor vers les Lumières. C'est louable, mais tout ne se passera pas comme prévu, ce dont on est prévenu dès le départ.

Lorsque l'expédition part, en janvier 1761, les cinq scientifiques sont comme les joyaux de la couronne (sauf que le vers est déjà dans le fruit). Lorsque l'unique survivant revient, en 1767, le Danemark est passé à autre chose. Les résultats de l'expédition, les caisses des précieuses collections amassées, les journaux des voyageurs, les notes, les illustrations, les relevés, les observations ethnologiques et botanistes, s'entasseront sous la poussière de l'indifférence ; éparpillées, négligées, oubliées, les pépites d'un savoir tout neuf se sont diluées dans le temps qui a passé sans eux, les morts et le survivant.

C'est donc cette quête, inutile et vaine, et si prétentieuse, que conte T. Hansen. Méticuleusement, en prenant le temps des détails, il retrace les pas égarés de cinq hommes qui allèrent de Copenhague jusque la capitale du Yémen pour trouver le secret de ce pays que l'on nommait encore l'Arabie heureuse, à cause d'une glissade erronée de traduction. C'est, en partie, à cause de cette petite erreur que fut mise en branle bas de combat l'ambition politique d'un pays, et surtout celle de deux hommes, aussi différents dans leur caractère, que similaires dans les résultats peu tangibles que leur ambition un peu folle, laissera ; l'un qui croyait pouvoir y échapper, l'autre qui pensait en revenir : Van Haven et Forssal. (il y a un petit ° sur le a, mais mon clavier fait ce qu'il peut ...)

Cinq hommes, deux qui veulent être le chef, un autre qui l'est ... Au départ, à chaque homme sa science, à chaque homme sa fonction, à tous les bien commun de la science, pour la renommée d'un pays et d'un roi (mort d'ailleurs lui aussi entre le départ et la Bérézina de la fin, comme quoi, l'ambition ...)

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkVan Haven est le philologue, imbu de lui-même (d'ailleurs, je ne veux pas dire, mais cela se voit sur sa trogne), pleutre et inconséquent, il passera à côté des trésors de Sinaï par crainte d'avoir faim. L'auteur en montre tous les défauts ; tout d'abord ses manœuvres pour avoir la place du chef, puis ses dérobades devant les difficultés à prévoir, ses entourloupes financières, puis ses oeuvres pour faire régner la discorde dans le groupe.

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkForsskal est un peu plus épargné par l'auteur. Insupportable frondeur, orgueilleux, buté, égocentrique, mais passionné, infatigable botaniste, négociateur sans diplomatie, mais non sans réussite, il se montre bien plus au service de la connaissance, et à celle de son maître à penser, Linné, qu'à celui du pays qui lui permet de mettre ses pas dans les pas de l'histoire.

la mort en aradie,thorkild hansen,romans,récit de voyage,danemarkDe l'illustrateur et du médecin, il est dit peu de choses, sinon que le premier accomplit sa tâche et l'autre non. Le cinquième, le futur survivant, Carsten Niebur est un simple arpenteur. Sans aucun titre ronflant, muni de son éternel astrolabe, il tentera sans ambition singulière d'accomplir la mission confiée, aller jusque Sanaa. Une fois l'échec consommé jusqu'à la lie  de la mort des autres, comme un vaillant petit arpenteur, justement, il arpentera sur le chemin du retour des sites jusqu'alors ignorés, Alep, Persépolis. 

Récit d'aventures, récit d'une quête, récit d'un échec, récit des fatuités humaines, récit passionnant surtout par l'évocation d'un monde oriental d'avant la colonisation. Paysages de caravanes qui s'étirent dans le désert, temps où les pyramides étaient encore ensablées, les civilisations orientales encore intouchées, belles, mystérieuses et cruelles, impénétrables à ceux qui ne savent s'y plier avec le respect qui très bientôt n'existera plus. Récit qui fait resurgir du passé une Palmyre encore debout, et une citadelle d'Alep qui grouillait de vies et de richesses humaines.

Merci à luocine, dont je relis la note avec délectation ... et vous devriez en faire de même ... et merci à Dominique qui fut l'initiatrice de ce voyage !

 

23/11/2016

Cent ans, Herborg Wassmo

jardin.jpgEntre 1868 et 1870, le pasteur Fredrick Jensen a peint un retable représentant Jésus dans le jardin des oliviers, mais le véritable sujet en est l'ange auquel Jésus confie son angoisse d'avant la chute. Et cet ange a les traits de Sara Suzanne Krog, née Binglind, le 19 janvier 1842 à Kjopsvik dans le Nordland. Et Suzanne est l'arrière grand mère de la narratrice et la grand mère d'Elida, et celle de sa soeur, celle qui n'a pas eu d'enfants, et Elida est la mère de Hjordis, et alors la narratrice, on comprend à la dernière ligne du roman qu'elle n'est autre que l'auteure, Herborg, qui repart en arrière pour dire le destin de ces femmes du Nordland, entre neige ordinaire, froid et naufrage, pêche et maternité, fermes à tenir et mari à vivre, autant que faire ce peut.

Sara Suzanne est la sixième enfant. Elle a les cheveux roux. A la mort de son père, elle a six ans. Elle aurait bien voulu faire quelques études, mais ce n'est pas le genre de la famille. Elle tâte un peu de la carrière de gouvernante d'enfants à la ville, puis se voit guider fermement vers le droit chemin ordinaire et se marie avec un des frères Krog, le jeune Johannes, pêcheur de son état, dur à la tache et aimant. La demande en mariage fut un peu longue car le fiancé bégaye si douloureusement qu'il préfère se taire. Il a de l'ambition, des projets, des rêves. Et Suzanne les adopte car dans ce Nordland là, ce n'est pas dans le cœur des femmes de faire un vrai mariage d'amour. Elle sera bonne épouse et bonne mère, comme elle a été bonne fille. Il y a bien ce pasteur, Frédrick Jensen, de l'autre côté de la baie, qui l'a choisie pour être le modèle de l'ange. Un homme si triste, qui ne la touchera que du bout de son pinceau, en lui torturant l'âme d'une flamme inconnue et impossible.

Cent ans plus tard, l'auteure reprend à partir de ce pinceau, sa propre histoire, qui alterne avec celle d'Elida, la fille de Suzanna, celle de ses enfants et de sa soeur. Elida en a dix, des enfants. Elle a épousé Fredick ( non, ce n'est pas le même ...) et elle aussi, à son tour, les rêves de son homme, qui lui est si fragile, qu'elle devra laisser partir certains de ses enfants, dont une sera élevée par sa propre soeur, et Elida d'accepter de devenir celle qui les a abandonnés. 

Les souvenirs personnels de la narratrice commencent à la fin de la seconde guerre mondiale, chez sa grand-mère, et aussi sa tante et en même temps qu'elle dit son histoire, elle reconstruit la leur. Le récit n'est donc pas chronologique et l'alternance des époques permet de planter la prégnance des lieux et des caractères qui, si ils se succèdent, se répondent et s'unissent : femmes à l'amour solide, dans les frimas et les aléas des bonnes années, dans les fissures de la misère. Toutes portent leurs hommes comme elles ont porté leurs enfants, comme elles portent un fardeau, bien calé sur leurs hanches qu'on devine larges, comme on porte un panier de linge ou comme on touille une confiture.

Ces femmes sont parfois trop grandes pour les hommes qu'elles accompagnent, qui peinent à les comprendre, quand ils y pensent ... ce sont elles pourtant qui poussent pour que la roue tourne, toujours ou presque, du bon côté de la vie, celui où les coqs trépassent, mais où l'on continue à écraser les myrtilles sur les tartines. De femmes en femmes, la modernité avance pourtant, mais à très petits pas, sans vraiment troubler l'ordre immuable de l'univers. 

La dernière phrase donc, révèle que cette très belle fresque sociale et intime est aussi un hommage à ces déterminations vigoureuses qui ont coulé jusqu'à elle, Herborg Wassmo.

 

29/10/2015

Miséricorde, Jussi Adler-Olsen

misericorde (1).jpgQuand Hafez El Assad débarque au département V, département d'enquête situé dans les caves des locaux de la police judiciaire danoise, il est armé de ses gants de ménage, d'une théière géante, et sûrement d'une fausse identité, (y a qu'à lire son nom, il est juste impossible ...) Hafez El Assad est un candide, mais en réalité, c'en est un faux, comme son nom. Il n'a l'air de rien, surtout pas d'un type efficace. Et franchement, Carl Morck, son patron, nouvellement promu chef du département V, non plus, n'a pas l'air de grand chose. Il n'est pas au meilleur de sa forme. Et quand il voit Hafez lui tomber dessus, comme un OVNI souterrain, franchement, on se dit que comme duo d'enquêteurs, on a aura vu plus sexy ...

Carl Morck dans Laurel et Hardy, c'est ni l'un ni l'autre. Il a été relégué au sous-sol par son chef à lui, pour cause d'incompatibilité d'humeur constante avec la hiérarchie et l'ensemble de ses collègues, secrétaires comprises (ce à quoi Hafez va suppléer ...). On lui a collé un placard à balai, un ordinateur et une pile de dossiers, qu'il s'est contenté pour l'instant de diviser en trois autres piles. Parce que Carl Morck n'a aucunement l'intention de résoudre une quelconque affaire, il veut cuver sa dépression tranquille. Deux de ses collègues le supportaient encore, et voilà que quelques temps auparavant, l'un d'entre eux est mort et l'autre gît sur un lit d’hôpital, paralysé à vie, à cause de lui, Carl, parce qu'il n'a pas dégainé assez vite. Alors, les autres affaires, il s'en moque pas mal. D'autant plus que sa nomination-promotion  est un leurre, destiné à la fois à le neutraliser et à permettre à sa hiérarchie de se renflouer en enquêteurs moins bougons et moins grandes gueules, dans les étages, pendant qu'il croupira là, chargé de résoudre toutes les affaires non élucidées depuis tellement de temps que les enjeux sont moindres, sauf les politiques, évidemment. D'où ce tour de passe passe qui sent l'entourloupe des marécages du fonctionnariat.

Le moustique Hafez va lui secouer les puces, comme la mouche du coche, et alors commence le thriller, très efficace ... Ce duo désassorti se lance au mystère de la disparition de la belle et talentueuse Merete Lyyngaard. Il y a cinq ans, elle serait tombée d'un ferry. Merete était une battante, sans peur et sans reproche, à la vie privée austère et dévouée à un frère, pas tout à fait comme les autres.... Entre temps, entre l'enquête qui débute et les retour arrière présentant la disparue, s'intercale une autre voix anonyme, prisonnière d'un étrange caisson.

En fait, le roman débute par cette voix, ce qui fait que j'avais plusieurs fois reposé le livre, pensant avoir affaire à un truc de zombis ... mais pas du tout, c'est bien un thriller de bon aloi pour lequel mon intérêt a été grandissant, porté, je l'avoue, par le zébulon El Assad, qui bondit sur les pistes aussi rapidement qu'il en construit des fausses !

Un personnage au potentiel exotique certain dans un polar nordique, j'espère bien en savoir un peu plus dans la deuxième de la trilogie ...

 

 

03/10/2015

Millénium 4, Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz

millenium,ce qui ne nous tue pas,david lagercrantz,romans,romans policiers,série policières,romans suédoisJe n'avais aucunement l'intention de lire cette suite hautement médiatisée de la fameuse trilogie de feu Steig Larsson. Aucunement. Et encore moins l'intention de l'acheter. Aucune suite, ne pouvait selon moi, reproduire les mêmes effets d'addiction aux aventures spidées de la déjantée Lisbeth Salander et du sagace idéaliste Mickaël Blombkvist au cœur pas de pierre. Aventures pourtant écrites avec autant de subtilités qu'un lance flamme narratif.

La lecture du tome I m'avait valu quelques (peu) nuits d'insomnie hiératiques, me donnant une allure de zombie échevelée le lendemain matin où je croisais quelques collègues dans le même état que moi, vu qu'on lisait le même livre. Silence sur la suite oblige, nous nous adressions des "chuts" énamourés et anxieux de ne pas trop en dévoiler. Pas question que l'un d'entre nous ne fuite.

Le deuxième tome, me valut une sortie fébrile sous la pluie d'un soir d'hiver venteux, titubante vers la première librairie venue ( carte de fidélité ou pas) dans un état de manque éprouvant à voir. J'allais finir le premier, l'angoisse du vide m'avait fait sortir de ma couette de lecture avant que ne sonne la glas de la fermeture des commerces. J'étais arrivée à temps, trempée, mais à temps. Au retour, j'ai réintégré la couette, j'ai lu, j'ai vaincu.

Le troisième ... je ne sais plus bien, une impression de foutraque pas fini, je crois. Mais toujours ce sentiment d'urgence, impossible à vaincre, par contre.

Et pourtant, donc, cette suite, je l'ai achetée, je l'ai lue, ou plutôt, je l'ai dévorée, presque aussi rapidement que les trois premiers tomes, parce que, et oui, tout y est tout comme il doit être. C'est toujours aussi mal écrit mais drôlement bien ficelé. Le nouvel auteur, en viager définitif, s'est coulé dans le moule et j'ai couru après Lisbeth. Toujours aussi mal embouchée et rancunière, elle a gardé son tee-shirt et ses tatouages, ses subtilités de langage qui réduisent le boulot de l'auteur à des interjections péremptoires pour les dialogues, et sa pointe de vitesse supersonique pour la partie récit. Surtout qu'ici, elle même court au secours d'un petit garçon aussi autiste que surdoué, qui se trouve être également le seul témoin d'une scène de crime. Elle ne s'essouffle jamais, Lisbeth, même trouée par quelques balles, même devant un ex-tueur à gage soviétique, elle balance le tibia genre Kill Bill pour la sauvegarde du presque orphelin.

Le père, Frauss Bolder a récupéré son fils de la garde de sa mère en perte d'image d'elle même, et de l'affreux beau-père qui se saoule avec la pension alimentaire, avant de se planquer découvrir son fils d'amour tendre, et cacher son secret informatique qui pourrait bien rendre le monde virtuel tout puissant. Geek en fuite de son entreprise, il se découvre à son tour traqué par une organisation imparable et obscure ... Et là, ce n'est que le début ( en gros, les deux premiers chapitres), pendant que, en alternance, on découvre les activités de nos deux héros cultes qui restent fidèles à eux mêmes et à leur obsession. La pureté pour les deux, même si ce n'est pas la même, l'éradication des méchants, et c'est pour cela qu'on les aime.

Lisbeth fait sauter les verrous de la défense ultra sophistiquée de l'agence de renseignements made in USA, en artiste hackeuse qu'elle demeure for ever and for the devil, ce qui fait sauter en l'air quelles puces galeuses qui faisait leur beurre du crime ...Une Milady du bien aux allures de punkette qui aurait revêtu son armure de guerrière (par contre, elle mange toujours n'importe quoi ...).

Michaël est attaqué de toute part par ses confrères qui le prennent pour un "has been" et par un actionnaire jaloux de sa rigueur intellectuelle et notre héros  a bien besoin d'un nouveau scoop qui attaquerait le grand capital au scalpel.

Entre lui, l'incorruptible, et la hackeuse qui n'oublie jamais un coup donné, c'est le chat et la souris lancés à grande vitesse dans les méandres de l'internet souterrain, contre les injustices du mal ... Sans compter que Camilla repointe son dard.

Bref, si David Lagercrantz n'invente pas  d'autres ficelles que celles mises en place par Larsson, il les utilise drôlement bien et franchement, j'ai jubilé en retrouvant les fondamentaux, sans compter qu'il ménage une porte de sortie vers une autre suite. Bon filon ne saurait se tarir ?

 

 

 

 

03/03/2015

Les nuits de Reykjavik Arnaldur Indridason

les nuits de reykjavik,romans,romans policiers,séries policières,romans islandeOù l'on découvre Erlendur jeune, mais pas plus gai pour autant que par la suite, à croire que cet homme ne connaîtra jamais un moment de joie ..... je ne sais pas, moi, juste un frémissement de plaisir devant un plat de pommes de terre aux choux, une seconde d'extase face à un dos de cabillaud fumé ... face à lui, les icebergs font demi-tour de désespoir, ou fondent de tristesse compatissante ...

Un titre qui pourrait être sous-titré "Erlendur au pays des clochards", puisque l'on ne va guère quitter cet aspect de la "grande" ville, un zoom qui balise la ville de personnages à la vie sordide, forcément ... L'histoire commence un an après la mort de l'un d'entre eux, Hannibal, qu'Erlendur a croisé plusieurs fois avant sa chute mortelle dans une flaque d'eau noirâtre, le jeune policier avait aidé un peu l'homme cabossé. 

Pourquoi un an après ? Allez savoir avec Erlendur  ... peut-être avait-il sombré dans un coma post traumatique suite à un moment de jouissance précoce dont il n'espérait pas tant ....

Donc, depuis un an, il repense à ce jour où Hannibal a été retrouvé noyé dans une fosse par des enfants qui jouaient dans d'anciennes tourbières abandonnées (non aménagées pour, il va sans dire ...), sous le ciel bas et lourd qui va avec, et donne sa singularité à la géographie "indridasonnienne". Une première scène qui vous plombe, un quartier de sonorités rauques : Hvassaluti, derrière le boulevard Miklabrant, bordé par les immeubles de Storagerdi, c'est là où vivent les enfants qui jouant à naviguer sur les fosses d'eau sur le radeau qu'ils ont construit avec des détritus de bois, vont accrocher un sac plastique qui n'était pas un sac plastique mais l'anorak vert d'Hannibal, avec Hannibal dedans ... (ouf, je retombe sur le début de l'histoire ... Il fait si noir là-dedans que j'ai bien cru que j'allais en perdre la trace. Moi, je pense qu'Indridason écrit avec un stylo fluo, ou à pile, ce n'est pas possible autrement ...).

Erlendur commence une enquête, ou plutôt, tâtonne, furète, croise les pertes et de petits détails en rencontres et souvenirs, il déterre des passés glauques de clochards, qui bien évidemment, croisent des traces de disparues.

Que le plaisir d'un dernier Indridason soit de retrouver la première enquête d'Erlendur, qui contient déjà toutes les autres, voilà qui peut paraître paradoxal et anecdotique, surtout qu'on ne saute pas de joie, même aux meilleures nouvelles ( si, si, il y en a, quoique ....) au pays où le soleil ne semble jamais vraiment se lever, et dont la géographie imprononçable fait le charme de l'exotisme du froid. 

Anecdotique mais pour les fidèles de la série, Marion fait son apparition ici, et il est toujours impossible de savoir si ce personnage est féminin ou masculin. j'ai guetté toutes les terminaisons des participes passés, aucun indice ne filtre !

22/02/2015

Le village évanoui Bernard Quiriny

le village évanoui,bernard quiriny,romans,romans belgiqueChatillon-en-Bierre ... personne ne descend plus, personne ne va plus nul part, tout le monde y reste ... Tel est le postulat que l'auteur a imposé à son microcosme ...

Chatillon-en-Bierre, comme son l'indique, est un gros bourg de la Bierre, le genre de bourg que l'on aperçoit parfois au fond d'un paysage croisé d'un clin d'oeil indifférent que l'on jette à travers la vitre de la voiture lors d'une transhumance autoroutière et que ne laisse aucune trace sur la rétine, et aucune envie d'y séjourner. Y'a même pas le panneau indicateur avec "le plus joli des concours de façades fleuries de géraniums" ... Y'a rien.

Un bourg et un canton rural, des habitants dedans, la plupart y sont nés et ne comptait pas vraiment en sortir, les autres y était arrivés par commodité financière et ne comptait pas vraiment y rester. Ou plutôt, la question ne se posait pas jusqu'au jour où ce n'est tout simplement plus possible de le faire ... En effet, un beau matin normal, une frontière invisible va trans former le village en vase clos sur lui même : toutes les voitures tombent en panne au même endroit, et, à pieds ou à vélo, les chemins deviennent sans fin ... Il s'avère rapidement que, sans que l'on sache pourquoi, ni pour combien de temps, Chatillon-en-Bierre est coupé du reste du monde (ou alors le reste du monde est coupé de Chatillon-en-Bierre)

Reste à l'intérieur tout ce qui constituait Chatillon-en-Bierre, c'est-à-dire pas vraiment grand chose (coup de bol pour des touristes égarés, il n'y a même pas de camping ...) : la mairie et le maire, la gendarmerie et quelques gendarmes, une grosse superette et des plus petites, une église, peu fréquentée jusque là, des fermes, des grosses et des plus petites ... L'électricité fonctionne (preuve que le monde n'a pas disparu et que Chatillon-en-Bierre n'est pas devenue une comète ...) mais plus aucun avion ne passe dans le ciel( ce qui pourrait laisser croire l'inverse de la comète).

Le monde se fige autour de la petite communauté pour un temps indéterminé et les premiers moments de stupeur passés, les habitants s'organisent, dans un calme relatif, autour du maire qui se découvre une âme de chef, on se rationne et on s'installe dans l'attente, instable.

Dans l'attente d'une sortie ( de sorties, sous toutes leur forme), se révèlent les failles sociales et humaines. Peu de personnages sont vraiment individualisés, le maire, le prêtre, un fermier dissident, un écrivain égaré à qui manque la postérité, les chatillonais sont les miroirs anonymes de nos comportement grégaires.

Fable morale ? peut-être ... mais alors sans morale à en tirer. Nous ne sommes pas chez La Fontaine, même si il y a quelque chose de "nos amis les bêtes" dans cette expérience de la ruralité au pays de la science-fiction, (ou alors l'inverse), très agréable à lire, qui prête souvent à sourire, mais un chouia moins grinçante que dans le recueil de nouvelles du même auteur "Une collection particulière", où la plume de l'auteur m'avait davantage caressé le poil.

13/02/2015

Catharsis Erik Axl Sund

Prater,_Wien.jpgAprès une pause passée, en gros, à digérer les deux premiers tomes en allant faire autre que de tourner des pages pleines de crimes sordides, je reprends ma "catharsis" à moi et me jette dans ce troisième et dernier tome, histoire d'en finir avec l'addiction. Et je m'essouffle assez rapidement. 

Je prends même le temps de lire la quatrième et là oups ! Je découvre que "ce livre est porté par une écriture térébrante". C'est quoi cet adjectif qui a un goût de fautes de frappe ? Fière de ma découverte sarcastique, je déchante vite car "térébrante" existe et qualifie "une douleur profonde donnant l'impression d'un clou que l'on enfonce dans les tissus". Et c'est exactement cela dont souffre Sofia depuis le début, en réalité. Comme quoi, j'aurais mis trois tomes à trouver un adjectif juste pour qualifier un personnage, moi, alors qu'il avait qu'à retourner le bouquin ...

Côté histoire, il faut le dire, je ne suis plus très bien ... En plus de Victoria qui avait déjà tendance à disparaître-réapparaître, et à Sofia, son alias aux multiples autres alias, est apparue Madeleine, d'abord entre les lignes, elle prend ici, petit à petit, la place des deux autres, qui du coup s'estompent et se diluent dans les crimes précédents.

J'ai un peu de mal à recoller les morceaux précédents avec la nouvelle venue ... Mais Jeanette, toujours fidèle limière, suit mieux que moi les méandres de sa propre enquête, et si moi, j'ai un peu oublié comment elle en est arrivée à tout comprendre, elle, elle a l'air de savoir où elle va et donc, je la suis, y'a plus qu'à lui faire confiance à elle, c'est la seule qui reste la même depuis le début. 

Des coupables potentiels, pourtant, le nombre se restreint, et Jeanette resserre l'étau autour du méchant absolu. Elle ne sauvera pas tout le monde, mais Sofia se délivrera d'elle(s)-même(s).

En refermant ce troisième tome, l'addiction est passée, j'ai eu mon compte de carnages et d'abominations. Finalement, reste un un petit goût de vacuité. Tant de crimes, tant de fils obscurs à suivre, tant de personnages, tant de voix égarées pour tant de voies de garage, et pour aboutir à peu de choses à en dire. "Térébrante" me restera, par contre, et le goût des lectures communes sur canapé !

Encore merci A.P. !

 

11/02/2015

Trauma Erik Axl Sund

Prater,_Wien.jpgEntre le premier tome et le second, j'ai changé de décor. J'ai quitté mon canapé de lecture habituel, mais j'ai emporté mon plaid.

Décor : un havre de paix sur la côte bretonne, (un poil frisquet le havre, mais là n'est pas le propos), un autre canapé, ma copine A. vautrée dessus, mon plaid autour. Moi, dans le fauteuil en face, orientée soleil, "Annabel" en main, mais sans le plaid, alors qu'il fait super froid dans "Annabel" ...  j'entends A. finir de relire "Personna" en déclarant 'Il me faut la suite". Je ne peux qu'acquiescer, il nous faut la suite.

Ce qui fut fait (un grand merci aux librairies indépendantes de la côte bretonne, on a frisé le rapatriement en urgence vers l'intérieur des terres ...).

Retour au havre de paix, toujours quelque peu frisquet, quand même (mais là n'est toujours pas le propos) . Je finis "Annabel" en piquant le plaid de fiston, qui en échange m'a piqué mon caban ( qui lui va super bien, mais là n'est toujours pas le propos) et fifille, le manteau de la fifille de A. (qui lui va super bien aussi). Ben oui, eux, ils sortent du havre de paix (il faut bien aller chercher le pain). Nous, moins, à cause d'"Annabel" et de "Trauma". (et puis, comme les autres vont chercher le pain, les moules et le vin blanc, ma foi ...)

Ma copine A, relève parfois la tête : " Tu sais Sofia, et ben si ça se trouve ..." -"Ne me dis rien ..." - un silence plus tard "Tu sais le médecin légiste ?" - "le gentil ? Non pas lui, ne me dis rien ...." - "Je ne dis rien, mais tu te souviens dans le premier, la petite fille juive qui s'enfuit ..." -" Non, ça se complique, elle revient ? - "Je ne dis rien, je te dis ..."

Conclusion, les copines qui lisent en face de vous, le prochain bouquin que vous allez leur piquer, c'est encore pire que les blogs qui spoilent. Les blogs, au moins, vous pouvez vous boucher les oreilles.

Ha, oui, l'intrigue ? Puisque je suis sortie du havre de paix avec "Trauma" en main et "Catharsis" pas loin ( et que j'ai récupéré mon plaid) ... Ben en fait, ça se complique ... Une nouvelle série de crimes prend la suite des corps des jeunes garçons momifiés, qui restent quand même en arrière plan. On sent que le cercle devient concentrique, on se rapproche du centre (mais lequel ?) névralgique, l'inceste pullule toujours, et même se multiplie, comme les personnalités multiples de Sofia qui tente de résister à Viktoria, comme elle le peut. 

Jeannette reste la même, plus ou moins, de plus en plus proche de Sofia, qu'elle a embauché pour dresser le portrait psychologique du tueur-ou de la tueuse, qui signe cette fois-ci ses crimes d'un bouquet de tulipes jaunes et tend à la police des coupables de crimes anciens qui se relient à une institution pour jeunes filles, pas vraiment catholique.

Toujours aussi écrit à l'emporte pièce, toujours aussi addictif.

08/02/2015

Personna Erik Axl Sund

Prater,_Wien.jpgPremier tome d'une trilogie, "Les visages de Victoria Bergman", "Personna" a des vrai-faux airs de "Millénium" : même qualité moyenne d'écriture, même type d'intrigue à coup de cymbales qui demanderait presque un carnet de notes à la lectrice qui se veut attentive et clairvoyante (comme ce n'est pas mon cas, ma note sera au cahin-caha de mes souvenirs ...), même puissance addictive, un "shot" d'adrénaline au sérial-killer qui se vautre dans l'ignoble et la tension permanente. J'adore !

Trois personnalités se croisent ( en sachant qu'une est forcément double ... voire triple, voire plus ...). Il y a celle de Sofia Zetterland, psychothérapeute, elle s'obstine à porter des chaussures trop petites pour saigner des pieds et a d'étranges trous de mémoire, notamment du côté de la Sierra Léone, béances d'où la bête immonde pourrait bien surgir. En apparence, c'est une spécialiste reconnue des troubles enfantins, principalement de ceux des anciens enfants soldats et de ceux causés par des sévices sexuels à haute tension .... ce qui l'a conduit à auditionner pédophiles et victimes, dont Victoria Bergman. Victoria est l'une de ses patientes dont Sophia réécoute sans cesse les enregistrements des séances, jusqu'à la nausée, l'exaspération et l'endormissement lacunaire. Ce qui est quand même gênant ....

 Jeannette Kilhberg semble plus solide. Une simple flic surchargée par sa voiture qui tombe en pièces détachées, le mépris machiste de ses supérieurs, l'inactivité de son compagnon artiste peintre en proie au doute, le manque d'argent qui s'ensuit et sa culpabilisation de mère surchargée également d'un ado renfermé, et enfin par l'affaire en cours ....

Un corps, puis deux, puis d'autres, des corps de jeunes garçons d'origine inconnue, semés dans la ville, momifiés, drogués, roués de coups ....

Une autre voix, non située, enlève un garçon perdu et l'enferme dans une chambre secrète et obscure, un dressage sado maso commence ...

Une grande roue tourne dans le passé, une maison dans le campagne, un petit garçon charmant se baigne dans un lac, un père rode.

Deux voix sont dans le réel, l'autre les court-circuite, la voix coupable semble toute tracée avant qu'elle ne bifurque ... dans une tension telle que bien ou écrit, bien ou mal ficelé, vous tenez le livre ouvert jusqu'à l'extinction des yeux.

Ne pas s'embarquer dans ce premier tome, sans avoir le second sous la main ( ce que j'ai fait, évidemment, malgré l'avertissement de Margotte ...) Mais une main secourable est venue me sortir de l'angoisse de la suite.

Merci A.P !

15/11/2014

Le livre d'un été Tove Janson

Comme ce qui pourrait être une ritournelle ou un manège magique : une petite fille, un papa, une grand-mère, une île dans le golfe de Finlande, une île dans un archipel d'îles, plates et grises et fleuries de petites fleurs éphémères, et en fait, pas un été, mais des étés, des myriades d'étés qui n'en font qu'un, l'été, l'été pur par excellence celui de l'enfance, un concentré d'été à lui tout seul, un moment arrêté et juste, juste par fait car ponctué de ces imperfections subtiles qui suspendent le temps.

Dans ce temps de l'été, petite fille, grand-mère, et papa à la pipe vient en quasi autarcie sur leur île, il ne s'y passe presque rien. la petite fille et le grand-mère s'aventurent dans une cueillette, une excursion en barque, une baignade. elles causent, et jouent, des jeux de rien : d'une boite d'allumettes, elles construisent Venise, d'une grosse vague, la grand mère sauve le palais de doges des eaux. Des dialogues, qui l'air de rien non plus chamboulent l'endroit des âges et font grandir.

Le livre est construit sur ces minuscules saynètes, des anecdotes dans le temps qui passe doucement, jusqu'au prochain été parfait et pareil au autres où l'on rangera dans la véranda les pots, dans la chambre d'amis, les cannes et les hameçons, et autres objets éparpillés,  et où seront laissées aux éventuels naufragés les consignes pour ouvrir la trappe de la cheminée. il y a les pétards mouillés des feux de la Saint Jean, la visite d'un voisin, un vieux bonhomme qui fuit sa famille, le jour de la grande tempête où Sophie (la petite fille)  s'est prise pour dieu par ennui et l'a bien regretté ensuite, les commandes du père sur les magasines de vente de fleurs par correspondance, des tulipes pour fleurir l'île, une véritable entreprise que la sécheresse manqua de faire capoter et qui seront sauvées avant le naufrage de la grande saucisse orange en plastique ...

Sophie s'ennuie parfois dans ce temps qui s'étire, colère, injuste, veut grandir, ne pas être là dans ce temps qui ne s'écoule pas alors que d'autres passent faire la fête sur la plage  ... La grand-mère regarde et tire de quelques mensonges consolateurs une leçon pour petite fille, apaise les peines d'amour : pourquoi son chat préféré ne l'aime pas ? Pourquoi plus on aime plus on souffre ? D'autres peines s'annoncent, en attendant elle protège, en fumant en cachette sa deuxième cigarette de la matinée, pose sa canne pour un bain de mer, arrose la pâquerette sauvage d'eau douce avant que la pluie ne tombe, au cas où ...

Un roman de pleine mer qui a la saveur, si douce des eaux calmes et tendres ... Merci à toutes celles qui m'ont tentée !

Une des tentatrices : luocine mais grace à elle j'en ai retrouvé une autre Hélène

02/11/2014

La princesse des glaces Camilla Läckberg

La liseuse a failli m'en tomber des mains. Vous saviez, vous, qu'il existait un modèle de soutien gorge avec gel incorporé dans les balconnets et qui, du coup, garantit un balancement élégant et naturel des seins placés dans les coussinets ? Moi non.  Je me demande comment une information aussi essentielle a pu échapper si longtemps à ma curiosité naturelle ... Pour la marque, je n'en sais rien pour l'instant, la porteuse de cette petite merveille, Erica, personnage principal et enquêtrice, en a gardé le secret, la sale égoïste ... et pour votre sagacité émoussée, ben non, je n'ai pas la page où elle l'enfile ( ni le pourcentage), je ne sais pas encore cocher les pages sur la liseuse de fiston.

Il n'y a pas que cette information ( primordiale pourtant) dans ce polar, mais rien que celle-ci valait bien une note, mes investigations suivront ... Mis à part cette histoire de soutien gorge, qui, vous l'aurez compris, a retenu toute mon attention, elle est pas mal ficelée l'autre histoire, la principale, l'enquête, puisque ce n'est pas un catalogue de vente par correspondance, mais un polar. 

La coquette Erica, celle qui enfile le fameux soutien gorge, est écrivaine de biographies romancées de romancières. Célibataire et charmante, serviable et un petit peu fouille partout sans le faire vraiment exprès, elle vient de perdre ses parents, et le temps du deuil, s'est réfugiée dans la maison de son enfance, douillettement placée dans un petit village côtier de l'ouest de la Suède, Fjällbacka, dont elle connait la communauté depuis toujours, et pour cause. Alexandra, une ex-amie d'enfance d'Erica est retrouvée dans sa maison d'enfance à elle, mais moins douillettement lovée puisque congelée dans l'eau de sa baignoire avec les poignets tranchés. Meurtre maquillé en suicide ? Mais oui, bien sûr ....  Erica va alors soulever les secrets, les lourds secrets, comme autant de petits dominos bien sagement alignés dans l'intrigue. Ils se succèdent dans un dévoilement un peu attendu, mais paradoxalement, plutôt reposant. Alexandra (la morte) était une princesse de son vivant (l'histoire ne dit pas si elle aussi portait un soutien gorge à gel, mais, à mon avis, c'est le genre de nana à ne même pas en avoir besoin). Cependant à l'adolescence, elle s'est murée dans une indifférence glaçante à l'amour d'autrui et a subitement disparu de l'horizon d'Erica, qui n'a jamais compris pourquoi, et en garde une certaine blessure. Belle, aimée, riche, Alex adulte tient une galerie d'art où elle expose des tableaux de la bête (un peintre talentueux et un ivrogne crasseux en même temps). Le fil conducteur est donc le meurtre de la belle et la découverte des lourds secrets, cependant, moi, j'ai bien aimé aussi les intrigues et personnages secondaires ( le fameux soutien gorge, quoique discret, y joue d'ailleurs un rôle décisif) : le tout mignon et tout pelucheux ( de "peluche") Patrick, le commissaire incompétent à la chevelure instable, le méchant Lucas et la pauvre Anna (la soeur d'Erica qui a bien des malheurs, et pas de soutien gorge à gel) et surtout, surtout, le vieux Eilert Berg et son évasion programmée de la tyrannie domestique de son affreuse bobonne ( celle là, c'est sûr, même le miraculeux soutien gorge ne peux rien pour elle)

Il s'agit du premier tome d'une série de cinq avec la même enquêtrice et dans le même cadre peinard. Le souci de ce type de série ( comme celle sur l'île de Lewis de Peter May) qui se terre en de minuscules communautés, est de trouver les crimes et les secrets suffisamment nourrissants et sans redondance. Ce qui fait que plutôt que de lire la suite, je me suis mise de côté de la même auteure "Cyanure", qui se déroulerait hors de cette bulle.

14/08/2014

Karitas Kristin Maria Baldursdottir

Il y a un accent sur le o de Baldursdottir, mais mon clavier ne cause pas islandais, du moins pas avec moi, ni à ma connaissance. Peut-être qu’il s’entraine quand je ne suis pas en train de lui taper dessus, mais cela ne m’avance pas à grand-chose.

Karitas est donc un roman écrit par une femme islandaise. Un roman islandais, par conséquent (je vous préviens, c'est une note de fainéante ....)  un de ces romans qui amène une note qui aligne les grands mots, tout faits pour lui, alors je vais le faire, sans complexe aucun puisque je n’ai aucune autre idée ( sauf des toutes faites) pour dire que ce roman est vraiment drôlement bien : saga, destin de femme, fresque historique et sociale, passions, tourments, mère-courage ( au moins deux), froid polaire, immense espace des glaciers, (un seul en réalité, mais très grand et très haut), vents glacials, maux de mer, marins, homme fatal (un seul mais très fatal), condition féminine, Islande, début du siècle, choix cornéliens, fatalité de la passion, destins de femmes ( je sais, je l’ai déjà dit mais là, c’est au pluriel, c’est parce qu’il y en beaucoup, des destins et des femmes, des hors normes, des plus ordinaires, des hors normes ordinaires, aussi), vocation, âme tourmentée par la vocation, âme d’artiste tourmenté par la vocation, vocation contrariée par la beauté de l’unique homme fatal, sacrifice, prénoms islandais impossible à taper sur un clavier français normal mais trop dursà retenir, famille, valeurs de la famille, drames, tonneaux de harengs ( des tonnes de harengs, à éventrer, à saler, après, il faut les dessaler pour les manger, c’est comme les vaches, il faut sans arrêt les traire, et les crêpes aussi, les faire, je veux dire, parce que traire des crêpes islandaises ou non, je ne vois pas cela possible), adversité des éléments, adversité des sentiments. Il y a aussi des moutons, des caleçons longs en laine de moutons, des chaussures en cuir de la ville, trois sœurs, trois frères, des robes à tailler, des chats, deux machines à coudre, des celliers à remplir (au moins trois), des enfants à naître ou à mourir.

Voilà, je crois que n’ai à peu près rien oublié. Pour le résumé, il faut juste remettre les mots dans l’ordre, avec les accents où il faut pour les prénoms des personnages et pour les lieux, et c’est bon, bon comme une saga islandaise avec destin de femme et histoire d’amour.

 

PS : Karitas est le prénom de l’héroïne ( je veux dire le principal destin de femme) et s’écrit sans accent, c'est un indice, pour le résumé, on peut commencer par lui.

16/03/2014

Le duel Arnaldur Indridason

Arnaldur indridason, le duel, romans, romans policiers, série policière, roman islandeJe commence à me demander pourquoi, je persiste, moi … un brin de masochisme, un soupçon de nostalgie pour un auteur beaucoup apprécié ? mais de moins en moins convaincue. Le dernier paru, "Le livre du roi", m’avait déçue, l’avant dernier, bof, celui d’avant pas mieux. Bref, je crois que depuis "Betty", ma  foi, je manque d’enthousiasme pour Indridason.

Le duel ne m’a donc pas plus palpitée que cela. On sait que le rythme est peu trépidant chez Indridason, c’est le type polar du froid qui prend son temps, aime partir d’un rien, juste un meurtre genre fait divers, et construire autour un puzzle au goût d’inachevé parfois. On sait aussi, que depuis un moment, l’auteur s’amuse à faire apparaître-disparaître, son personnage récurent, l’inspecteur déprimé Erlendur. Après les descendants, ses adjoints, la fine cuisinière  Elinborg et Sigurdur Oli ( dans « La muraille de lave »), Elinbrog toute seule dans « La rivière noire », voici l’ascendante, sa mentore à lui, que l’on connaissait jusqu’ici, vieillissante, à la retraite, et bien malade (je me demande même si l’auteur ne l’a fait mourir quelque part …), Marion Brien. On passe de l’après Erlendur ( quoique, un retour s’esquisse dans « Etranges rivages ») à l’avant Erlendur  ( qui apparaît quand même dans les dernières lignes, un messager à la déjà triste figure)

La première pièce du puzzle est, cette fois encore,  une figure anonyme attachante, un jeune homme, Ragnar, un peu naïf et totalement inoffensif, un fondu de cinéma, si fondu qu’il enregistre les bandes son des films sur son magnétophone à cassette ( on est dans les années 70.) Ragnar est retrouvé poignardé dans une salle obscure, à la fin d’une séance. Le cartable a disparu avec le magnéto et personne n’a rien vu, lors de cette banale séance de 5.00 à la salle à moitié vide. Personne, enfin si, en fait, quasiment  chacun a vu un bout de quelque chose ; une belle femme et son amant, un clochard aviné, une bouteille de rhum … Marion va relier les bouts de mégots et les demi mensonges en se jouant des ragots médiatiques pour arriver à tout remettre à la bonne place.

Ce qui m’avait motivée pour ce dernier né de la série (même à l’envers, ça fait une série …) était l’arrière plan du duel, le championnat du monde d’échec entre les deux balèzes du jeu, venu chacun de son côté du rideau de fer, sur la terre d’Islande comme point stratégique de la géo-politique en pleine guerre froide et enjeux économique de la pêche aux harengs (ou à la morue, je ne sais plus …). J’aimais bien l’idée que l’histoire glaciaire fasse frotti-frotta  avec un polar du nord.  Ma curiosité a été émoussée. En réalité, le duel reste en arrière plan, on se demande même ce qu’il fait là, finalement (mis à part pour faire un quota d’étrangers présents en Islande, et donc autant de suspects potentiels …), comme un jeu de pions accessoire. Bon, c’est relié quand même, l’auteur sait y faire …

Autre fil de dessous, l’histoire de l’enfance de Marion, qui a eu la tuberculose et a été soignée, et, dans un sanatorium, elle a fait la rencontre de sa vie …  Liée à une grande famille qui ne voulait pas d’elle, c’est le chauffeur, Athanasius, qui l’a prise sous son aile, et voilà que, sans rapport aucun, la belle histoire d’amour connaît ici une fin … ça fait comme un cheveu dans une soupe au vermicelle. Une lecture bien tiède, donc.

01/02/2014

Les seigneurs du thé Hella S.Haasse

Moi, j’aime bien les romans historiques, un peu exotiques, sur des trucs que je ne conromans,romans historiques,cup of tea time,java,thénais pas, même avec des princesses dedans, je ne suis pas contre. Et puis moi, j’adore le thé et je n’y connais rien, le vert, le noir, le gris ( non, ça c’est le tabac). Et puis Java, le XIXème siècle, tout cela l’ambiance terriblement veule et tiède des colonies décadentes. Je m’y voyais déjà. Alors j’ai pris ma tasse de thé (mon nouveau mug de chez PiP, évidemment, parce qu’en plus, je suis terriblement snob, sans vous parler de mon nouveau pyjama-tenue-d-intérieur so sweet ....) et je me suis plongée dedans.  Plusieurs tasses de thé plus tard, vu qu’il est un peu long quand même, et plusieurs tenues plus tard aussi (je ne peux pas rester en pyjama, même super sweet et chic tout le temps. Des fois, je sors de mon canapé, mon chat peut en témoigner. Il râle. Il a moins chaud, quoi.)

Ceci dit, je ne suis pas certaine que cela puisse avoir une influence, même légère sur le héros du roman, Rudolf ( je veux dire, mon pyjama super sweet, le thé sûrement, même la vague du thé Khusmi , qui sévit par chez moi, il aurait peut-être aimé. Du coup, je lui aurais bien demandé ce que l’on peut faire des boites, une fois vides, parce qu’elles sont si jolies que je ne peux pas les jeter, mais du coup, elles s’entassent. Le raz de marée guette d'un côté, et de l’autre, j’ai une PAB ou PAG qui s’allonge). Mais bon, il est un peu rigide comme héros. Le genre à se fiche éperdument de mon avis et mes soucis de boites vides.

Quand il débarque à Java de sa Néerlande natale, sa famille au sens strict s’est déjà vue attribuer un domaine d’exploitation dans les montagnes reculées, Ardjasari, à côté de celui de son oncle Eduard, le plus jeune frère de son père, qui lui est à Sinagar. (Que l’on ne sache pas où c’est n’est pas très important, c’est juste parce les personnages sont parfois désignés par le nom de leur exploitation, donc il faut retenir les deux. Sinon, on se perd.)  Rudolf a hâte, très hâte de revoir ses parents, hâte de connaître le thé, très hâte de se mettre au travail, de faire ses preuves, à son tour, d’égaler voire de surpasser les autres domaines qui tous appartiennent plus ou moins à sa famille. ça grouille d’oncles et tantes, de sœurs et d’autres racines, alliées toutes par leur puissance et leur intérêt. Tout le monde contrôle ( espionne ?) tout le monde et ils règnent sur les terres du haut de leurs principes et de leurs vastes demeures. Et ils sont envahissants. Ils envahissent d’ailleurs tout le début du roman, ce qui fait qu’au début, je les ai trouvé lourds, même le Karel, un colon philanthrope qui veut rationaliser les techniques de plantations et adapter les exploitations aux couleurs des indigènes. Il va même jusqu’à créer des écoles. On l’écoute, mais on se méfie malgré tout, où cette originalité pourrait-elle bien mener, hein ?

Rudolf est assez peu philanthrope, il est peu thrope tout court. Après s’être initié de tout son sérieux sur les cultures, la langue, les indigènes, il prend, pour un court moment la direction de la plantation de son père, puis de son oncle (ils sont retournés aux Pays-Bas). Pendant leur absence, Rudolf fait ses preuves, mais on l’apprécie peu. Trop froid, trop directif, pas assez paternaliste, rigide, quoi. Peu lui chaut (ou plutôt si), il acquiert un domaine encore vierge, encore plus perdu, avec rien dessus, juste des vieux plants de café improductifs, et il y va, défriche, construit, plante à tour de sueur. Et vous croyez qu’il va réussir, que nenni ! convaincre, que nenni aussi ...

On patine un peu, jusqu’à son mariage où l’histoire prend un  envol moins travail-travail, avec une certaine peinture des relations hommes femmes, à Java, de la vie dans les plantations, la sauvagerie côtoyée, domestiquée, admirée. Parce que Rudolph lui donne tout à son domaine, tellement tout, qu’il ne reste plus grand monde autour de lui pour le comprendre. Du coup, il y a moins de monde qu’au début et l’on s’y retrouve mieux. Lui aussi d’ailleurs, quant à elle, sa femme, c’est une autre histoire ...

Bref, un roman de fort honnête facture. Il n’y a que deux choses qui m’ont manqué : je ne sais toujours pas la différence entre un thé noir et un thé vert. Et les indigènes ; juste en toile de fond, ils manquent d’épaisseur, les colons prennent toute la place, ils bouchent la vue. Mais sans doute est-ce la réalité des mœurs coloniales ? Ils sont vus d’en haut. Du coup, on les aperçoit juste. 

 

Sur le conseil d'eeguab

04/10/2013

Le livre du roi Arnaldur Indridason

Odin.jpgLe dernier livre (paru) de celui qui fait plutôt d'habitude dans le polar venu direct du froid, le roi de l'export de l'enquêteur dépressif, (modèle qui fait flores mais s'en tenir à l'original, c'est le mieux), enquêteur récurrent mais disparu, parfois, un auteur que j'aime toujours suivre; même quand c'est Betty qui s'en mêle.

Là, aucune Betty, aucune tempête de neige, une seule disparition, celle d'un livre, et l'enquête est à la Indiana Jones sauce Jason à la toison d'or, même pas un flocon de dépression ( enfin, juste un peu), à ne pas y reconnaître son saint Graal.

Un duo bancal se jette à la poursuite d'un livre perdu, "Le livre des rois", le saint du saint de la littérature islandaise, un professeur passionné et son étudiant pris sous le coude parce qu'il est imbattable en lecture de manuscrits illisibles avec des tâches dessus, voire des lettres manquantes. Le super man de la traduction simultanée pour amateurs d'énigmes linguistiques (je ne recopie aucun noms d'auteurs de ces fameux manuscrits, pour cause de clavier en grève, il se refuse à écrire un nouveau nom islandais de plus sur ce blog. Il dit qu'il en a assez comme cela.), et le viel érudit se lancent à corps perdu dans une quête au-dessus de leurs moyens. Il faut retrouver le trésor manuscrit donc, disparu de son côté, plus son fascicule, disparu aussi, d'un autre côté : le fascicule ayant quand même la facheuse habitude de se retrouver enterré avec son dernier propriétaire en date. Contre eux, les gentils, il y a les méchants : les wagnéristes, une sorte de gropuscule infâme, matiné nazis. Ils veulent le livre (et le fascicule qui va avec) aussi furieusement que les gentils, sauf qu'ils sont furieusement méchants et ne veulent ce fameux livre que pour refonder les théories aryennes du culte de l'origine glorieuse et slave du peuple allemand. Le vieux professeur jette donc ses dernières forces dans sa bataille intime et culturelle. Il faut dire qu'il a à se faire pardonner bien des erreurs, en plus devenu ( suite à ses erreurs) quelque peu alcoolique, quand il ne se bourre pas le nez aux amphétamines et à la poudre à priser.

L'étudiant toujours sous le bras, il va ainsi reprendre du poil de la bête, de l'Islande au Danemark, du Danemark en Islande, de l'Allemagne de l'Est à Berlin en pleine reconstruction ... toujours à la poursuite de la prunelle des yeux de la littérature islandaise.

On pourrait s'y amuser, si ce n'était si répétitif : les mêmes informations reviennent plusieurs fois, quasiment avec les mêmes formules. Alors que les personnages se déplacent à vol d'oiseaux qui ne connaissent pas les obstacles, moi, j'avais l'impression de faire du sur place ou de revenir à la même place, les quasiment mêmes morts produisant quasiment les mêmes effets. Invraisemblable est la quête, oui, mais ce ne serait pas si frustant si elle emportait en ces pages. Par moments, je me suis envolée, mais le plus souvent, je suis retombée. Sur mes pattes quand même ...

J'ai lu après sur la couverture, que ce livre date en fait de 2006, il a été écrit entre deux polars. Disons que l'auteur s'est offert une récréation, et faisons de même ...

30/04/2013

La tristesse des anges Stefansson

la tristesse des anges,stefansson,romans,romans islandaisJ'avais laissé le gamin en de bonnes mains réconfortantes, chaudes et rassurantes, à leur façon, soit, mais vu que le gamin partait de pas grand chose niveau tendresse, c'était déjà pas mal : une grande chambre dans la buvette du Village de pêcheurs, Helga et Geirbruour en gardiennes, l'ombre silencieuse de Barour qui le titillait pour ne pas être oublié, tout seul dans la mort glacée, commençait à s'estomper ...

On le retrouve donc ainsi, cherchant encore sa place entre les femmes fortes et les hommes faibles : les deux capitaines, celui qui boit trop pour oublier qu'il trouve sa femme laide, et celui qui, aveugle, ne peut plus lire et en a perdu son rire. Et la neige, la neige partout qui engloutit les bruits et les mouvements, sauf ceux des âmes et des désirs des corps ( mais en douceur quand même, les désirs, en frétillements de plume ou de flocon)

Et voilà qu'arrive Jens,le postier géant qui a si peur de l'eau et de lui-même, qu'il se fuit à travers l'hiver glacé, faisant détours et contournements pour éviter de prendre les fjords en barque, ce qui lui vaut d'arriver au Village collé de gel sur son cheval. Posture peu glorieuse.

Mais comme un messager, son arrivée semble remettre le Village en activité et voilà que toute une myriade de personnages enfouis dans les pages blanches se mettent à tourbillonner, tout juste même si on n'a pas le tournis d'entendre tous ces villageois et leur histoire qui vont avec. Sans compter que, dans la tête du gamin, Barour s'éloigne et que la belle Ragnheiour met un bonbon sucré plein de sa salive à elle dans sa bouche à lui ( ça a l'air dégoûtant écrit comme cela, mais en fait, c'est super sensuel dans le livre).

Mais cela devait faire trop de monde pour l'auteur. Il envoie le gamin une deuxième fois dans la neige, dans la tempête des âmes aussi, il doit accompagner le Jens, postier donc, géant aux pied d'argile dans l'eau et dans l'âme, dans une tournée, une sorte de défi voué à l'échec, semble-t-il dans la démesure de la solitude à deux et de cette neige, qui n'en finit pas et de ce vent aussi. Et pourtant, c'est beau.

Sacoches au dos, les deux vont tomber de rencontres en rencontres d'êtres infimes qui survivent contre les congères, laissent une feuille blanche à trois enfants, qui en feront, c'est sûr une enluminure. Le gamin promet un livre au retour à leur mère. Dans le bureau d'un pasteur qui ne sait plus voir la beauté de la femme qui ne dort plus dans son lit, lui, le naif revenu de rien, se demande comment on peut être si malheureux au milieu de tant de livres, va transmettre un poème, et avoir quelques accointances avec un cercueil hanté.

L'histoire se fraie ainsi un chemin entre les glaciers, les ravins, les falaises, les légendes de ceux qui sont morts dedans. Peu de dialogues entre les deux, le géant et le gamin, mais parfois d'un doux surréalisme sur l'existence, rien que cela, le pouvoir des mots et du désir, et des épisodes d'un cocasse saugrenu, et aussi étrange que cela puisse paraître, pour une épopée d'un géant et d'un gamin dans une tempête de neige, quelque chose d'un conte de Noël fourré à la farce.

 

Athalie

Une belle chaine bloguesque de lecture, en passant par chez Jérôme, (mais lui a de l'avance, il a déjà lu les trois tomes de la trilogie) une lecture devenue commune avec Eeguab, ( sous le lien sa "Lyre d'Islande") avec plaisir partagée !

Pour les retardataires : le premier tome de la trilogie :  "Entre ciel et terre" par Eeguab et par moi

06/04/2013

Les oreilles de Buster Maria Ernestam

Picture in Fichier bribes.jpgEva a sept ans quand elle décide de tuer sa mère, ce qu'elle fera dix ans plus tard. C'est la première phrase du roman, donc, c'est comme si je n'avais rien dit, puisque c'est la première phrase qu'écrit la narratrice dans son journal intime, bien des années plus tard.

Eva a alors cinquante six ans, un compagnon attentif à ses défauts, une fille adulte en plein divorce mais ce n'est pas ça faute, des petits enfants plutôt judicieux, surtout la petite qui lui a offert le fameux journal intime, une roseraie en pleine floraison (Eva adore les roses, les pétales de rose et les variétés qui embaument et piquent à la fois, on comprendra pourquoi après, évidemment), des amies fidèles ( dont une trop grosse et l'autre qui parle trop, de frustration les deux atteintes), et une vieille femme acariâtre et tyrannique qu'Eva doit protéger de ses propres démons (vieille dame détestée par sa fille, vieille dame qui a fait du mal à sa fille, fille qui se venge, vieille dame qui ne se repent même pas, mise en abyme ne pas s'abstenir ...)

On revient en arrière à peu près un chapitre sur deux pour reprendre l'histoire d'Eva à ses débuts, dès la première saloperie que lui a fait sa mère, à la dernière, celle où elle va clouer le bec définitivement à la vipère. C'est un peu comme dans un conte normal, sauf que la mère est la marâtre.

Jeune, belle, élégante, la mère d'Eva est cruelle, caractérielle, exigeante, capricieuse, vorace, égocentrique, méprisante, surtout. Elle travaille dans le monde de la mode, superficielle et fêtarde, elle aime les cadeaux de prix, les hommages à un dévouement en échange de ses sacrifices à une vie de famille qui l'ennuie, dont elle se débarasse. La belle (mère ?) se vit en martyre de sa fille, la petite Eva qui l'adore de sa face blanche et la déteste de sa face noire, qui l'admire et voudrait tant en être aimée, mais la mère se dit martyre de cette fille si peu conforme à ses désirs, de la vie domestique qui l'oppresse et lui ôte toute liberté. Le père d'Eva vit à la botte des exigences de sa femme, lui passe désamour et caprices. Rien n'y fait, une accalmie durement payée succède à une hystérie survoltée. Le genre de mère qui vous taille un Noël en pièce pour un cadeau mal placé.

Les trahisons d'amour se succèdent pour Eva, du renvoi de sa jeune gouvernante tant aimée, Britta, au refus d'un hamster, les brimades fusent comme des blessures à froid. Eva se dit ne plus avoir le choix, c'est elle ou elle. Il faut tuer la bête immonde, et c'est qu'elle l'est immonde, la mère, si bien qu'Eva, on la comprend, on est de son côté. Même quand elle commence son entrainement à la cruauté, à coup d'araignées, d'escargots, puis y passe le chien du voisin, puis la profde musique paumée, puis le copain fêtard de la mère à la quequette nostalgique (le pauvre, quand même ...).

La stratégie d'entrainement de la fillette au meurtre de sa propre mère est plutôt réjouissante, paradoxalement, malgré les quelques longueurs de la vie d'Eva adulte vieillissante, quand même bien plate dans son village à l'écart de l'amour, et ses tentatives de rédemptions auprès de la vieille femme que sa fille n'aime pas et de son compagnon (toujours attentif), et de ses amies, celle qui ne maigrit pas et celle qui chasse son mari silencieux pour ne plus parler autant, et de l'épicier arabe qui était bien gentil et des rêves de l'homme noir qui la hante parfois, la Eva.

Mais finalement, un moment ma lecture a crissé des freins, le meurtre de sa mère ne tenait plus dans le parfum des roses et le goût du thé, le doux écoutement du temps d'une presque mamie à la rédemption quelque peu faiblarde et avec facilités traitée.
Une lecture agréable quand même , mais en demi teinte : cause pour moi, ça manque de tragique qui fasse boum, pas bling.

 

Athalie

 

 

 

 

06/03/2013

Etranges rivages Arnaldur Indridasson

etranges rivages,arnaldur idridasson,romans policiers,roman islandeLe bandeau annonce " Erlendur est revenu", soit, il est bien là, dans le livre, je veux dire, mais il est quand même resté coincé dans les replis de sa mémoire, en plus, il se met à voir des fantômes, ce qui n'est pas bon signe ...

Dans son fjord d'enfance, il s'est installé dans les ruines de la maison, la maison où il vivait quand son frère y vivait aussi encore, sa mère, qui aimait rire avant, son père dépressif mais qui jouait du violon de temps en temps, et lui était un grand frère, un peu jaloux d'une petite voiture rouge. Il y dort dans un campement approximatif, à ciel quasi ouvert, se réchauffe dans sa voiture, se douche à la piscine municipale ( détail qui n'est révélé qu'à la moitié du livre, alors que moi, son hygiène corporelle me turlupinait depuis le début, mais bon, c'est dire ma trivialité parfois quand je lis un livre qui m'endort quelque peu). Pourquoi il est là, il ne sait pas trop en fait, toujours son frère disparu qui le coince, je suppose.

Un jour, et toujours sans savoir trop pourquoi, Erlendur suit un vieux chasseur de renard qui va lui raconter une autre histoire de disparition, aussi lointaine ou presque que celle de son frère et sans rapport avec elle. Evidemment, comme c'est une histoire de disparition, elle va lui raisonner dans l'oreille. D'autant plus qu'elle bien tassée au fond du fjord.

Un soir d'une autre tempête, une jeune femme, Mattildur, est partie de son foyer pour aller rejoindre celui de sa mère et n'y est jamais parvenue. Elle est restée coincée quelque part, elle aussi, dans les replis des mémoires des vieux du village, de sa vieille soeur qui s'en souvient à peine, d'un vieux pêcheur, Ezra, qui tabasse les poissons fumés, et de bien d'autres ancêtres aux souvenirs troués, que notre enquêteur va aller interroger, toujours sans trop savoir pourquoi, juste pour savoir.

 Il faut dire quand même que la nuit de la tempête durant laquelle Mattildur a disparu, une patrouille de soldats anglais s'est aussi égarée, sur le même chemin qu'elle, mais dans le sens inverse. Alors que les recherches ont permis de retrouver tous les soldats, vivants ou morts (sauf un corps, mais c'est pour le suspens), elle, personne ne l'a jamais vue.

Il faut dire aussi que Mattildur, elle était un peu mal mariée, et que des légendes ont couru dans le fjord après sa mort, des histoires de vengeance post-mortem et de corps qui faisait du bruit dans le cercueil ...

Erlendur vaque, de maisons en maisons, pour reconstruire l'histoire, retrouvant en passant quelques éléments sur la sienne. Sans vraiment d'ennui, ni vraiment d'intérêt d'ailleurs, j'ai suivi Erlendur sur sa lande ( après tout, j'étais venue pour le retrouver !), quand même, je me demande toujours pourquoi il n'a pas mangé le poisson fumé d'Ezra. Suite au prochain épisode ?

 Du même auteur sur ce même blog :

Betty

La muraille de lave

La rivière noire

Athalie

 

03/03/2013

Entre ciel et terre Jon Kalman Stefansson

entre ciel et terre,jon kalman stefanson,romans,romans islandaisEntre ciel et terre, c'est bien là que l'on peut se sentir en lisant cette drôle de ballade islandaise, entre ciel et terre, lors d'une époque arrêtée dans la dureté des temps et les éléments, où l'homme est bien petit, et le pêcheur islandais encore plus ; la neige, la mer ( paradoxalement on voit peu le ciel et peu la terre, ces deux éléments là étant généralement recouverts par les deux autres), mais pour l'atmosphère de coton fantômatique, ça marche bien aussi, la mer qui gèle et la neige qui recouvre le tout. Tout ça pour dire que l'on ne sait pas trop où l'on est en fait ...

Barour a pris sous sa protection le "gamin" qui a quand même une vingtaine d'année et assez de passé tragique derrière lui pour en être quitte normalement, avec les dieux du malheur et de la misère qui veillent sur le destin des pêcheurs qui les prient. Vu qu'ils ne savent pas nager. Sauf que, lors de cette dernière sortie en mer, dans la barque minuscule, dans un petit matin fragile, ce ne seront pas les dieux qui provoqueront la tragédie, mais les vers d'un poète, égarés dans cet univers de brumes, ceux de Milton, deux ou trois vers du Paradis perdu.

Il n'avait déjà pas grand chose à lui, le gamin, sauf Barour, l'ami poète, sa seule famille, au milieu de ce monde de brutes épaisses et à barbes et à l'âme aussi hirsutes que leur menton, mais, lors de cette pêche, Barour va mourir, parce qu'à cause de son amour pour les vers, il a oublié sa vareuse et qu'il va mourir de froid, sous les yeux du gamin et des autres. Aucun ne l'aidera, aucun ne le peut, ce serait deux morts au lieu d'un.

De retour aux baraquements, le corps de Barour est laissé étendu sur la table et les pêcheurs s'en vont écailler les morues ramenées avec lui. Le "gamin" va alors partir pour le village de l'autre côté de la montagne, celui où ils avaient tous les deux projeté un avenir un peu meilleur et retrouver le fautif, le capitaine aveugle qui a prêté le livre à Barour, et causé ainsi sa mort.

Après, le gamin ne sait pas, mourir sans doute, par fidélité, ou vivre, par infidélité mais goût quand même pour les regards d'une certaine jeune fille, parce que deux femmes sont échouées là aussi, superbes, une femme corbeau et une femme venue d'ailleurs, parce qu'elles vont l'écouter, et qu' on y entend la peine d'un autre capitaine, dont l'amour s'est perdu en cours de route, sauf qu'il ne la retrouve plus, sa route  ...

Un bien beau texte, et malgré quelques dissertations sur la symbolique de la morue ( ce salaud de poisson qui vous tue et vous survit) et ces noms à la prononciation, même mentale, impossible, je suis régalée de cette, étrange, ben oui, poèsie ...

Et un grand merci à Jérôme, sans qui je ne me serait pas lancée dans ce sillage !

 

Athalie

 

 

10/01/2013

Danse avec l'ange Ake Edwardson

dandy_list.pngJ'ai commencé cette série policière par le troisième ( en le sachant quand même, pas bête, mais un peu joueuse sur ce coup-là ...). Comme l'inspecteur, Eric Winter, me plaisait pas mal ; dandy, amoureux, angoissé mais pas trop, pas dépressif ; que sa copine, Angéla, commençait à prendre de l'épaisseur, que la vie de la brigade à la Mac Bain, j'aime plutôt bien, que les personnages secondaires, la pasteure, sa fille, avaient suffisamment de tourments mais pas trop graves pour être un peu consistantes sans être croustillantes (finalement il n'y avait que les meurtriers et les victimes qui étaient falôts). Je me suis dit, je vais commencer par le premier, histoire de refaire connaissance à l'endroit et de partir d'un pied logique et cohérent.

Je ne sais pas si j'aurais dû. Des fois, la logique, c'est décevant.

Le quatrième annonce qu'il s'agit d'une autopsie, celle " des affres d'une âme nordique en proie aux pires maux des sociétés contemporaines". C'est pompeux et tartignole, comme si "polar" était un mot honteux et qu'il fallait le gonfler avec du sens profond, mais comme sur celui que j'avais déjà lu, c'était la même phrase et que la ville de Göteborg ( l'autopsiée) ne s'était pas avérée pire qu'une autre ville littéraire de polar en terme de meurtres, de dépression, d'ados rebelles et d'ados battus presque à mort par un père alcoolique, je ne me suis pas inquiétée. Sauf que cette fois-ci la moitié de l'intrigue se situe à Londres (mais l'inspecteur anglais est plutôt grungie, ce qui est censé faire contraste avec Winter, I suppose).

Il se trouve que dans ces deux villes, sévit un tueur de jeunes hommes, tendance solitaires homos. Le tueur les attache sur une chaise, pour regarder on ne sait quoi, les saigne à blancs et danse dans leur sang épandu. Un tueur qui ferait des aller-retour ou deux tueurs qui feraient un copier-coller. Soit. En arrière-fond, se profilent un commerce de vidéos pornos. Les deux inspecteurs s'y collent et pataugent. Ils pataugent longtemps, en fait. Faut dire que les témoins n'ont rien vu, les indics ne sont pas plus fiables, les suspects ont la résistance d'une huitre plate et les indices, ben il n'y en a pas. Donc effectivement, les vérifications sont longues, voire très longues .... Ce qui fait que pour l'histoire, ma foi, je ne sais trop comment la résumer.

A Londres, Winter en profite pour faire ses courses, cigares et costumes (les chaussures, il n'a pas trouvé), il a la consistance d'un porte-manteau et Angéla celle d'un parc à moule. Je vous passe la fin qui tombe comme un flan à vanille.

Pas sûre de me combler une dent creuse avec le deuxième, moi.

 

Athalie