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27/08/2014

Les douze tribus d'Hattie Ayana Mathis

Hattie est fille de Georgie, à une époque où dans ce sud des Etats-Unis, il ne faisait pas bon d’être une fille noire. A la suite du meurtre de son père, sa mère a pris ses deux filles sous le bras et les amenées dans le nord. Elle laisse à Hattie en héritage l’exigence de la dignité à conserver, contre tout. A Philadelphie, la ségrégation existe encore, mais elle y est plus douce. Une femme noire peut acheter un bouquet de fleurs sur l’étal d’un blanc, et même renverser un pot, sans se faire battre comme plâtre : scène qui accueille la toute jeune fille, à son arrivée, dans le nord. Alors c’est décidé, Hattie restera là, c’est là qu’elle s’accrocha à son rêve : devenir une personne et acheter une maison à elle et à sa famille. Car la jeune fille va rapidement rencontrer August, un mariage fertile en enfants mais pauvre en amour. Comme l’annonce le titre, il y en aura douze. Hattie se bat pour elle, pour eux, les nourrir, les habiller ….

L’histoire est divisée en dix chapitres, chacun est centré sur un moment de la vie d’un ou deux d’entre eux, et puis, on s’en va, et ainsi on passe de 1925 à 1980. Un bout de chacun, des vies parfois courtes, parfois brisées, parfois tragiques, jamais faciles, toujours troublées, tourmentées, fragiles …. Musicien de jazz travaillé par son attirance sexuelle, femme au foyer riche, dépressive et droguée, prédicateur mystificateur et fornicateur, ex-universitaire à la dérive, soldat devenu fou dans un Vietnam qui lui échappe, (et je ne dis pas tout, loin de là …), tous ont un compte à régler avec eux-même, leur passé, ou, Hattie, leur mère.

Parce qu’Hattie n’est pas une mère courage, Hattie s’est battue pour eux, mais elle n’a pas eu le temps des câlins et des mots doux, elle n’a pas toujours vu les failles et n’a pas évité les pièges et les silences, elle n’a pas toujours pu les protéger, pas de tout, et parfois pas même d’elle-même, de sa colère et de la misère où les frasques d’August les maintiennent. Viendra peut-être le temps de l’apaisement, mais celui-là aussi, il va falloir le conquérir.

 

L’auteur explique que ce roman était d’abord des nouvelles et qu’elle a eu ensuite l’idée de relier ses histoires par un personnage, dans l’enclos d’une famille. Cette genèse se sent parfois, car si certains récits sont quasi clos sur eux-mêmes, d’autres font le lien. Ce qui fait que, malgré l’indéniable qualité de ce roman dans son ensemble, il y a quelques inégalités de traitement. J’aurais bien aimé, souvent, en savoir un peu plus sur certains personnages, et j’ai eu le sentiment de les avoir laissés sur le bord de la route, sans pouvoir faire marche arrière ni un petit signe de la main.