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09/05/2016

Polina, Bastien Virès

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Une bande dessinée qui est un moment de grâce de lecture.

Polina a six ans quand elle esquisse devant un jury silencieux ce qu'elle deviendra, une danseuse. Le professeur Bojinsky lui étire la jambe, pas assez souple. Elle est retenue dans la sélection. Elle rentre dans l'école pour de longues années d'apprentissage, notamment sous la férule du redouté Bojinsky, maitre considéré comme le plus dur, celui qui brise le rêve des petites par l'exigence répétée des positions, des pirouettes, de l'équilibre du regard. A Polina, qu'il suit toujours d'un regard pesant, il répète, "Le public ne voit pas ce que tu ne lui donne pas".
Polina a du talent, lui le sait, pas elle. Il va exiger d'elle de le plier à sa volonté.

Des années, Polina travaille, se bute, réussit, change d'école, elle apprendra que "Dans la danse, il n'y a que la danse, pas de partenaires". Elle n'a que cette ambition là, danser, et si elle trébuche, s'enfuit, et grandit, c'est sans le savoir dans la trace du pygmalion, resté dans l'ombre de son enfance. Et quand elle saura enfin, pourquoi elle danse, elle pourra revenir vers celui qui lui avait donné ses ailes.

Cet apprentissage est dessiné en images arrêtées qui semblent en mouvement, noir et blanc, presque uniquement, peu de dialogue, mais une force rare de sensibilité dans les traits et les courbes. L'histoire d'un apprentissage tout en retenue époustouflante.

05/04/2014

J'aurai ta peau Dominique A., Arnaud Le Gouëfflec, Olivier Balez

J'aurais ta peau Dominique A., Arnaud Le Gouëfflec, Olivier Balez, bande dessinéePas idée d’être un chanteur de variété sans l’être vraiment, pas idée d’avoir un manager de moins de cinquante ans qui picole comme un trou, pas idée d’avoir un fan sosie qui vous colle à la peau,  pas idée de vouloir faire ses courses tranquillement, pas idée de se perdre dans les coulisses, pas idée d’avoir un prénom aussi commun que Dominique, ce qui fait que dans le métro, on vous reconnaît sans mettre le bon dessus votre crâne rasé, Daniel ? Etienne ? Christophe ? (j’avais un bon copain qui était assez connu de visage dans les seconds rôles au cinéma et qui a renoncé aux transports en commun par fatigue d’entendre « Je vous ai vu dans le dernier, comment déjà ? Vous vous souvenez, un nom qui finit par « ouche » ? » - « Lelouch ? » - « Non, pas ça, un plus connu. » Ceci dit, il n’avait jamais tourné avec Lelouch , mon copain. Ni avec des plus connus non plus) Pas idée donc d’être célèbre, mais pas trop, pas partout, pas par tout le monde, et de l’avoir choisi. Pas idée, enfin d’avoir une lettre à la place d’un nom entier, si cela ne vous place pas en tête des ventes, en tout cas, cela vous place en haut de l’alphabet. (Ce qui m’a fait penser à ses entreprises de taxis qui  prennent le nom de compagnie AAAA, ce qui n’a rien à voir avec le choix de Dominique A, enfin, je ne pense pas, il n’avait pas vraiment besoin d’être appelé au milieu de la nuit, je suppose ...). Le A. fournit aussi le prétexte à ce petit road movie en bulles autour de la célébrité et de l’anonymat, enfin, je crois que ça parle de ça, et aussi de Dominique A.

Du coup, une B.D qui limite quelque peu son champ d’action à ceux qui connaissent Dominique A et qui apprécie le parcours et la figure de ce chanteur, un peu atypique, mais pas trop décalé ( ce qui est mon cas, évidemment, je ne crois pas que j’aurai lu une BD qui s’appellerait «  Sheila j’aurai ta peau » et qui montrerait la chanteuse en prise avec ses fans à couettes, enfin, on ne sait jamais, hein ...) . Donc, le chanteur est menacé de mort par une lettre anonyme, ce qui n’est pas sans l’intriguer, ni sans intriguer son entourage, il n’a pas vraiment le profil John Lennon. Il porte plainte quand même,  l’occasion d’un savoureux dialogue entre lui et la police réaliste, trouve refuge auprès d’un Philippe Catherine aussi déjanté qu’on puisse l’imaginer, on jette un œil en curieux dans les coulisses : « Tiens Dominique A. et Philippe Catherine sont amis, j’aurais pas cru ». Bon, ça ne change pas la face du monde, non plus, hein ..Un amusement, qui sans hagiographie aucune, vous campe un chanteur de bonne foi qui a pris plaisir visiblement à l’exercice de la duplication graphique. Très réussie, il faut le dire, en noir et vert .... ( je craignais un peu l’aspect verdâtre, mais non, ça passe plutôt bien)

Seul bémol, cette lecture a réactivé mon addiction à la version du chanteur des « Enfants du Pirée », je crains que l’overdose ne guette fiston, à qui j’ai entrepris de faire connaître la « bonne chanson française  à texte », après la « bonne littérature jeunesse sérieuse »,. Pour mon homme, la palme est à la mélancolie des oiseaux », et puis, il y a « Les éoliennes », aussi.

 

Spéciale dédicace aux A :

05/06/2013

Le retour à la terre 1. La vraie vie Manu Larcenet, Jean Yves Ferri

retour-a-la-terre_la-vraie-vie.jpgFerri, c'est celui qui fait les scénarios, Manu Larcenet, c'est celui qui dessine les scénarios, qui les inspire aussi. Ils doivent être bien potes tout les deux pour tenir ce va-et-vient sans faute drôlissime, et cocasse et tendre.

Premier volume : "La vraie vie". Manu est dessinateur, Manu a toujours vécu à Juvisy. Manu aime : le bruit de la ville, l'agitation de la ville, la musique forte, l'ordinateur, la fausse vie de la pas nature. Manu aime Mariette, ce pourquoi, Manu émigre aux Ravenelles avec sa trouille de la campagne et d'un peu plein d'autres choses, son ordinateur, et leur chat, Speed.

Les Ravenelles, c'est une maison au milieu des champs, pas loin d'un petit village, la campagne en plein bien paumée, à l'écart de toute la civilisation selon Manu, la jungle, sa terrae incognita à lui, une civilisation avec des fleurs mortelles qui poussent en vrai dedans, une vraie boulangerie avec du vrai pain et une vraie boulangère. C'est si grand, si vrai et si silencieux bourré de silences dedans que Manu stresse. Le chat déprime. Les cartons servent de refuge quand la vraie vie se fait trop vraie.

Pour eux, l'adaptation en milieu naturel n'est pas simple, alors que Mariette vit sa vie de Mariette, son petit papillon flottant tranquillement au-dessus de sa tête. De son décor de cartons vides où seuls ont poussé un ordinateur, un téléphone, une télévision, un canapé et un lit, Manu multiplie les tentatives d'intégration en milieu rural, craignant quand même la contamination par l'eau de vie de monsieur Henri, l' imprégnation de Francis Cabrel, les parties de coupes de bois avec les gars du coin et ceux qui n'en reviennent peut-être pas de l'aventure ....

La transformation de Manu vers la ruralité n'est pas simple. Aux Ravenelles, l'hiver est rude dit-on et il y a une histoire d'anglais dont on ne sait trop ce qu'ils sont devenus. C'est Madame Mortemart qui l'a dit, elle fait un peu peur quand même, celle-là à apparaître derrière la vitre de la fenêtre sans crier gare, la communication passe mal parfois ... et dans les bois rôde, monsieur Lachingue, le chasseur de Pivert, un truc un peu comme dans "Shining", quoi, mais en plus drôle. Tip-Top, le frère de Manu, qui passait par là n'y restera pas, trop dur les vrais bruits, les vrais gens, et la déprime s'installerait entre les cartons si une mystérieuse rencontre dans les bois ne rendait au "coeur pur" de Manu, un peu de psychanalyse à sa mesure : c'est l'ancien maire, devenu ermite chevelu en haut d'un arbre après un (mystérieux) contrôle fiscal.

Le premier tome de cinq délicieuses tranches de pain beurre-cornichon-saucisson sec, caustique des deux côtés.

Première étape d'une relecture commune avec Hélène

22/04/2013

Kiki de Montparnasse Catel et Boquet

220px-Gwozdecki_-_Kiki_de_Montparnasse,_1920.jpgMoi qui lis si peu de bande dessinées, je ne me suis pas égarée pour cette nouvelle expérience en des pages inconnues, ni d'avant garde, que nenni, ni colorées, couleurs dont je ne saurais que dire ( elles sont jolies ou elles vont bien ensemble  ???). Tu es ignare, je me dis, procède pas à pas et retourne vers les valeurs dites sûres ; sujet, verbe complément ; tu verras après pour les fioritures, si tu arrives. Retour donc vers un pavé biographique en noir et blanc, bien dessiné avec des lignes claires, sans flouté, après la belle Olympe donc, la sulfureuse Kiki.

Kiki, donc, évidemment Man Ray, "Le violon d'ingres", la princesse grecque statufiée de "Blanche et noire", dont on se doute bien que la pureté d'icône s'est payée de coup de coco dans les narines après le gros rouge qui tâche des débuts, s'est fendue de quelques écarts peu artistiques en son temps de surréalisme bohème et peu guindé, la Kiki, la Bohéme, ce fut dans le sang, et la gnôle au berceau.

Le récit est très classique : enfance, milieu, fin, normal quoi pour une biographie.

Kiki est d'abord une fillette pouilleuse, déjà provocatrice, de père inconnu et abandonnée par une mère mal aimante à sa grand-mère, qui l'élève avec ses autres "batards", figure bienveillante aux frasques de l'artiste en herbe et en jupons sales : elle  fait déjà valser les les conventions des vieilles biques respectables et de l' institutrice peu réceptive à l'originalité de ses "récitations". A Chatillon sur Seine, entre deux vols de cerises, elle pousse à coup d'eau de vie du parrain et danse déjà sur les tables.

Paris, ensuite, elle rejoint sa mère, bien obligée, fardeau que l'on pousse, cette fois, à gagner des sous. Douze ans, pas de place pour elle, fleur de boulange autant que de future  mauvaise herbe de pavé, c'est par hasard qu'elle devient modèle. La cendrillon y prend goût, et s'enracine dans le quartiers des artistes. La belle n'est pas farouche, misère la nuit, misère le jour, les chopines, le précaire devient son royaume. La belle ne rechigne point à l'ouvrage et touche à tout et à tous, Modigliani, Kisling, Foujita, et Man Ray, bien sûr, Man Ray dans les bras duquel elle s'attarde un peu, ou serait-ce lui ?

La reine du quartier est montrée tour à tour frivole, ayant pour seul souci le toit et de quoi boire, vénale et de peu de poids avec pour crédo de tirer la langue aux bourgeois et la fête aux artistes, puis, à l'inverse, consciente de son rôle, artiste elle-même à ses heures, ne touchant pas que des sous vite dépensés de ses heures de pause, cotoyant des génies et le sachant, en en tirant une sorte de leçon vite oubliée cependant, dans le tourbillon suivant. Le récit va jusque la déchéance, l'oubli, les excès qui la laissent pantomine d'une gloire à laquelle elle ne semble pas pouvoir accès pour elle même.

De celle qui fit les beaux jours d'un quartier dont elle finit par porter le nom, finalement, j'ai trouvé qu'on n'en savait pas beaucoup plus que la surface attendue : femme objet ? Femme libre ? On ne sait vraiment, mais sans doute est-ce pour autre chose que l'histoire de Kiki que cette bande dessinée est vraiment très bien ; la peinture d'une belle époque que l'on aime penser "folle", alors qu'elle est d'entre deux guerres, une galerie de portraits d'artistes d'un temps bouillonnant.

 

Athalie

 

 

03/04/2013

De Gaulle à la plage Jean Yves Ferri

Tire-bouchon-de-gaulle.jpgLe grand De Gaulle doit faire un break : " Eté 1956, lassé de l'ingratitude des français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France décide de prendre quelques vacances bien méritées". Ce préambule historique posé, Jean Yves Ferry ne s'y attarde pas et nous campe le libérateur en short militaire retroussé essayant ses premières tongs, in situ. Il lui manque cependant quelques modes d'emploi.

Escorté de son fidèle aide de camp, Le Borgnec, dont le dévouement n'a de limites que dans sa capacité poètique à suivre le grand homme, parfois quelque peu déstabilisé par sa grandeur faite subitement homme, le grand de Gaulle fait l'apprentissage pas à pas de la nature humaine du vacancier, de l'art de ne rien faire, de celui de déployer les serviettes de plage face au vent, de s'installer sous un parasol, voire de glisser un regard furtif vers des fesses humaines rudement bien balancées.

Derrière la plage, lieu principal des exploits du grand homme, on imagine l'hôtel familial en bord de mer, Bretagne sud, vue sur mer, avec la salle à manger aux nappes repassées et casier pour ronds de serviettes prévu à cet effet. Il doit avoir pour nom "Au grand large", et la pension complète propose des oeufs mimosa. C'est pas possible autrement ... (voir de la macédoine de légumes améliorée ?)

De Gaulle ne quitte donc pas son short replié, ni sa dignité militaire et présidentielle coincée au corps, ce qui produit les décalages savoureux qui font tout le régal de cet album où les "mini planches" ( je suis sûre qu'il ya un nom pour cela, mais je suis nulle en vocabulaire B.D.) enchainent les situations cocasses qui mettent le grand homme à l'échelle d'une réalité pour laquelle il est quand même peu doué ...

L'accompagne la tante Yvonne, en maillot une pièce et tricot chevillé au corps, le chien " Wehmarcht", pas encore complétement converti aux bienfaits du gaullisme, le fils, cantonné au ramassage de coquillages en attendant de passer son CAP de "sauveur de la France". Le grand homme a des vélléités d'autres vies, ne peut s'empêcher de lancer un appel de la cabine de la plage, déclenche des tempêtes, les calme, se jette, vers de Hugo à la bouche, au milieu des vagus survoltées, puis revient, tongs aux pieds quand même ( aurait-il appris quelque chose de l'humanité, pas sûr ...) vers le destin grandiose qui le rappelle. Le sien. De toute humanité désigné pour l'être.

L'homme aux si grands bras qu'il les levait tout le temps, se retrouve parfois coincé dans son geste historique, ce qui m'a fait souvenir que chez moi, quand j'étais bien petite, le tire bouchon aux bras qui se levaient et s'abaissaient, était surnommé le "Je vous ai compris", ce que bien sûr je ne comprenais pas, ce qui n'empêche que la phrase historique a toujours pour moi, le bruit d'une bouteille de vin qui fait "flop" ...

Souvenir décalé, et à peine nostalgique, comme l'humour savoureux de cet album.  

Athalie

 

 

 

02/12/2012

Olympe de Gouges Catel et Bocquet

imagesCA92JN4L.jpgEt hop ! du XVIIème, je passe au XVIIIème siècle, même pas peur d'enjamber les siècles. Le XVIIIème, j'aime bien aussi, enfin, surtout le début parce qu'après, l'Histoire saigne et le romanesque rigole de moins en moins. Evidemment, c'est un temps que j'ai tendance à voir à travers le prisme réducteur, j'en suis consciente, d'un de mes films culte, l'évident "Que la fête commence" de Tavernier. Si bien qu'entre l'éternel débat entre le licencieux Voltaire et le (soit-disant) vertueux Rousseau, je penche quand même du côté du voluptueux plutôt que de celui du paranoïaque. 

Olympe, elle est un peu comme moi, (je veux dire qu'elle penche aussi, bien sûr), mais plutôt du côté Rousseau pour la "morale naturelle" et quand même du côté Voltaire pour la plume trempée dans l'injustice. ( Sauf que, sans crime de lèse Olympe aucun, je suis allée me lire quelques extraits de son théâtre et bon, l'ennui guette rapidement, c'est bien daté , peut-être autant que les tragédies voltairiennes, ce pourquoi on ne les lit pas, généralement)

Pour en arriver à l'ouvrage sur Olympe, c'est donc une bande dessinée biographique, rudement bien documentée, rudement bien rendant un certain air, accessible à nous, de l'air de ce temps-là. L'histoire suit le parcours atypique de la belle bâtarde semi-aristocratique, nourrie à la sève bucolique dans la petite ville de Montauban, vu que son papa non déclaré était un résistant à la pensée voltairienne et donc plutôt côté Bernardin de saint Pierre (mon dieu !). Pour raison raisonnable familiale et sociale, elle va être mariée au sieur Aubry, charcutier de son état qui rêve de grandeur, installer boutique à Toulouse. Elle, nourrit de Belles Lettres plutôt que de boudin blanc, se ronge le sang à demi bleu. Fort commodement, le mari meurt. La Belle peut alors, contre tout avis raisonnable, se faire maîtresse assumée d'un riche fonctionnaire ( elle lui refusera le mariage, et là fallait avoir des . ouilles) et femme de théâtre, enfin, autant que faire se peut ...

L'histoire est passionnante, le dessin agréable ( sauf que des fois, les traits se ressemblant quelque peu je me suis mélangé les pinceaux entre ses messieurs, le Cubières, le Mercier, le Valette ...). C'est une judicieuse chronique, peu romancée, si peu d'ailleurs me semble-t-il que dans la dernière partie, après la Révolution, j'ai un peu perdu le fil de la Belle, le récit se calquant trop pour moi sur un compte rendu des faits historiques, quasi en temps réel. Or, je n'avais aucune envie de revoir mon cours sur les Girondins et les Montagnards, Philippe Egalité, la Terreur. C'est un peu scolaire, mais sans être didactique, ce qui fait que j'ai pu sécher mes révisions et voguer à mon gré entre mes réminiscences et un intérêt réel pour la destinée de la Belle Olympe, l'incomprise.

 

Athalie

 

PS : un beau cadeau, merci A.O.