Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/01/2014

Marie Antoinette Stephan Zweig

biographie,marie antoinette,stephan sweigStephan Sweig secoue doucement dans cette biographie d'une reine, les fantômes. De sa plume sortent d'abord les fastes de Versailles, les charmes pétulants d'une jeune fille future reine, qu'il dit être l'incarnation même du rococco : une reine d'abord dauphine hautaine, préoccupée de son seul souci de s'amuser, puis d'une reine qui s'enferme dans ce seul désir. Sans rien vouloir voir autour d'elle qui la lie à ses devoirs ou la contraint à une autre volonté que la sienne. Avoir, prendre le plaisir de l'instant, du luxe de tous les possibles, immédiatement et sans limites. Egoïste, fière, consciente de son rang, mais pas de ses devoirs, légère, gracile, habile et trainant tous les coeurs après soi, on voit d'où Sofia Coppola a sorti son marie Antoisennette de son chapeau. Il y a bien le problème de sa défloraison par son mari ( sept ans quand même ...) qui inquiète sa mère, surtout que la pétillante reine et le placide Louis sont si à l'opposé l'un de l'autre dans leurs goûts et dans leurs horaires, que la chose paraît quasi incongrue. Et pourtant, finalement ...

L'auteur dresse un destin à cette reine si gaie, à cette "madame déficit", à celle à qui les libelles populaires guidées par des mains aristocratiques attribuent toutes les perversions et ainsi ses "alliés" creusent le lit de la faillite de la royauté par la volonté de lui nuire, d'abattre l'orgueil de celle qui sait s'amuser, mais pas régner.

Selon Zweig, Marie Antoinette se réveille d'abord comme mère, puis, surtout, trop tard, à coups de boutoirs de la révolution, elle devient enfin figure royale. L'auteur dresse des strates d'analyses psychologiques fines comme de la dentelle, fouille, trifouille, montre explique, réconstruit une évolution, voire, une révolution, intime et intérieure. Il finit par faire corps avec sa cause, et nous ( enfin, moi ...) avec aussi, parce que c'est drôlement bien écrit cette histoire d'une reine victime d'elle même, du sort, des rouages aventureux qu'elle ne semble jamais maitriser, faute de culture, de réflexion, de recul. Zweig n'en fait pas une innocente, même s'il l'innocente, il pointe ses insuffisances, ne masque pas la légèreté de sa conduite. Il l'appuie même,^pour mieux marquer la dignité finale.

Une biographie classique, qui se lit comme un roman, (c'est sûrement là sa limite pour un historien, mais comme je ne le suis pas, cela ne m'a pas gênée) et même un roman d'aventure (le seul hic de cette aventure là, c'est que l'on connait la fin ...). L'époque et les évenements s'y prêtent : de la rocambolesque affaire du collier, à la stupéfiante évasion des Tuileries vers la presque burlesque nuit de Varennes, d'autres tentatives de sorties du Temple sont aussi dignes de l'imagination d'un Dumas. Ce serait un roman que cette vie, que l'on n'y croirait pas, alors que dans une biographie, on est bien obligé de croire à ces sursauts d'une volonté de plus en solitaire, d'une reine qui ne pouvait mettre son rang en question, juqu'à la marche lente, veillie, souffrante, d'une femme qui n'est plus rien, et moins encore parce que venue de tout en haut, et tend le cou à l'échafaud.

Le parti-pris ne sonne pas comme une réhabilitation, il est nourri de connaissances, de reculs, finement tissé et sans démonstration ni à charge, ni à décharge : une reine qui disparaît dans le bain de sang que l'on sait, sans qu'elle comprenne vraiment ni pourquoi, ni comment et nous si.

02/12/2012

Olympe de Gouges Catel et Bocquet

imagesCA92JN4L.jpgEt hop ! du XVIIème, je passe au XVIIIème siècle, même pas peur d'enjamber les siècles. Le XVIIIème, j'aime bien aussi, enfin, surtout le début parce qu'après, l'Histoire saigne et le romanesque rigole de moins en moins. Evidemment, c'est un temps que j'ai tendance à voir à travers le prisme réducteur, j'en suis consciente, d'un de mes films culte, l'évident "Que la fête commence" de Tavernier. Si bien qu'entre l'éternel débat entre le licencieux Voltaire et le (soit-disant) vertueux Rousseau, je penche quand même du côté du voluptueux plutôt que de celui du paranoïaque. 

Olympe, elle est un peu comme moi, (je veux dire qu'elle penche aussi, bien sûr), mais plutôt du côté Rousseau pour la "morale naturelle" et quand même du côté Voltaire pour la plume trempée dans l'injustice. ( Sauf que, sans crime de lèse Olympe aucun, je suis allée me lire quelques extraits de son théâtre et bon, l'ennui guette rapidement, c'est bien daté , peut-être autant que les tragédies voltairiennes, ce pourquoi on ne les lit pas, généralement)

Pour en arriver à l'ouvrage sur Olympe, c'est donc une bande dessinée biographique, rudement bien documentée, rudement bien rendant un certain air, accessible à nous, de l'air de ce temps-là. L'histoire suit le parcours atypique de la belle bâtarde semi-aristocratique, nourrie à la sève bucolique dans la petite ville de Montauban, vu que son papa non déclaré était un résistant à la pensée voltairienne et donc plutôt côté Bernardin de saint Pierre (mon dieu !). Pour raison raisonnable familiale et sociale, elle va être mariée au sieur Aubry, charcutier de son état qui rêve de grandeur, installer boutique à Toulouse. Elle, nourrit de Belles Lettres plutôt que de boudin blanc, se ronge le sang à demi bleu. Fort commodement, le mari meurt. La Belle peut alors, contre tout avis raisonnable, se faire maîtresse assumée d'un riche fonctionnaire ( elle lui refusera le mariage, et là fallait avoir des . ouilles) et femme de théâtre, enfin, autant que faire se peut ...

L'histoire est passionnante, le dessin agréable ( sauf que des fois, les traits se ressemblant quelque peu je me suis mélangé les pinceaux entre ses messieurs, le Cubières, le Mercier, le Valette ...). C'est une judicieuse chronique, peu romancée, si peu d'ailleurs me semble-t-il que dans la dernière partie, après la Révolution, j'ai un peu perdu le fil de la Belle, le récit se calquant trop pour moi sur un compte rendu des faits historiques, quasi en temps réel. Or, je n'avais aucune envie de revoir mon cours sur les Girondins et les Montagnards, Philippe Egalité, la Terreur. C'est un peu scolaire, mais sans être didactique, ce qui fait que j'ai pu sécher mes révisions et voguer à mon gré entre mes réminiscences et un intérêt réel pour la destinée de la Belle Olympe, l'incomprise.

 

Athalie

 

PS : un beau cadeau, merci A.O.