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02/05/2013

Shakespeare, antibiographie Bill Bryson

william-shakespeare-1017561.jpgIl semblerait que la spécialité littéraire de Bill Bryson ne soit pas les biographies ; cela tombe bien, ce n'est pas la mienne non plus, côté lecture. Mais un billet de Luocine m'a donné envie de connaître cet écrivain (Bill Bryson, je veux dire, Shakespeare, j'ai déjà quand même un peu lu ou vu, en toute modestie). Me voilà donc en quête de glaner quelque plus sur le dramaturge par excellence, celui dont on ne sait pas grand chose, mis à part que c'est un des plus grands, à jamais et pour toujours.

Bill Bryson prend un parti pris qui m'a gênée au départ, et même un peu plus tard : en effet, s'il répète à l'envie que ce n'est pas à travers son oeuvre que l'on peut découvrir qui a été Shakespeare ; Shakespeare-l'homme, l'amoureux, celui qui avait des humeurs, des sentiments, une vie autre que par la plume, celui de chair et d'aventures, il ne cesse de le faire en catimini, pour démonter à nouveau que cette démarche est vaine. Il ne cesse de le répéter aussi, de Shakespeare, on ne sait rien, on n'en saura jamais guère plus que rien et ce n'est pas grave, puisque l'important c'est l'oeuvre et pas l'homme. Pourquoi aller gratter alors derrière ? Je ne sais pas, et en dehors de cette contradiction de pure forme, si, sur Shakespeare, on n'apprend pas grand chose (puisque l'on ne sait rien), il y a mille et un détails plus que passionnants sur l'époque où l'auteur mystérieux a quand même planté ses guêtres.

Le personnage principal de Bill Bryson est donc le mystère et il pointe d'étonnants jeux de savoir qui sont autant de méconnaissances : ainsi, bêtement, je pensais que l'on avait au moins une représentation fiable de Shakespeare, celle qu'on voit partout dans les livres, et bien non, de même pour sa signature ( ou presque), de même pour les représentations sur papier du théâtre du globe et aucune chronologie de ses oeuvres ne semble possible ... Eclairants  mystères.

Bill Bryson se réfère à plusieurs sources, les croise, et sans jamais être lassant, montre les failles et les impasses. Sur Shapespeare, donc, on ne saura rien de plus que le peu à savoir, mais sur Londres, les théâtres, la vie des gens de théâtre, les coutumes, les petits riens qui font la vie du temps crotté et superbe de l'Angleterre d'Elizabeth, par contre, les singularités font mouche. Saviez-vous, par exemple, que se noircir les dents pour qu'elles semblent pourries par l'abus de sucreries, était du dernier chic ? dents pourries = dents de riches ... que les vêtements et les lits se léguaient par testament ? Et que Shakespeare se distingue ainsi par le sien, puisqu'il laisse ses vêtements à une femme (pourquoi ? Ben ...) et le deuxième lit à sa femme, alors que normalement le mari léguait le premier à  sa veuve. Le deuxième lit était celui du couple, le premier était celui des invités, donc en principe le meilleur (puisque le moins utilisé), ce que Shakespeare ne fait donc pas. Pourquoi ? Ben, voilà ... Bill Bryson pose ses hypothèses et va voir vers un autre mystère ...

Ainsi, la conservation des textes et leur édition dont le biographe reconstruit l'histoire chaotique en un jeu de piste, quasi limpide à suivre et d'où l'on comprend, finalement, qu'on a affaire à un presque véritable miracle qu'autant de pièces aient pu être conservées et authentifiées. Et donc, malgré la cinquantaine de figurants prêts à prendre le rôle du plus grand fantôme des dramaturges, il reste à conclure qu' on ne sait pas grand chose sur le vrai, mais que ce n'est pas grave.

Une antibiographie qui porte par conséquent bien son sous-titre.

 

Athalie

 

 

 

15/03/2012

Prodigieuses créatures Tracy Chevalier

220px-Maryanning.gifLe truc facile, évidemment pour l'entame de cette note, ce serait "prodigieuse lecture", sauf que non, on ne peut pas aller jusque là. "Prodigieuse surprise" non plus, alors cela va être "bonne pioche" plutôt, parce que après avoir adoré La jeune fille à la perle, comme beaucoup et plein de monde, en un temps lointain où le blog des A se tenait à la terrasse d'un troquet après avoir fait le marché des Lices, plutôt que sur la toile, où l'on ne peut même pas se couper la parole en commandant un deuxième verre de vin blanc ( c'est un temps tellement lointain que certaines A. ne l'ont même pas connu), j'avais été super déçue par La dame à la licorne. Du coup, j'avais classé Tracy Chevalier dans la catégorie "auteur que je ne lirai plus". Et puis, finalement, un avis en entrainant un autre ...

Dans Prodigieuses créatures, foin de licorne et de perles, foin de peintre et artisan tisseurs au long cours, mais des gratteuses de falaises, par tous temps et tous vents, découvrant leurs trésors enfermés dans la glaise, par le temps, l'autre, celui qui dure. Pour l'une, les trésors, c'est les poissons fossiles, en plus, elle s'appelle Elisabeth Philpot, vieille fille de sucroit pas trop contrariée. Avec ses deux soeurs, pour équilibrer des intérêts familiaux bien pensés et raisonnables, leur frère les a plantesé à Lyme Regis, une sorte de futur centre balnéaire démodé avant même d'exister. 

Leur petit cottage est ciré à la théière. Leur vie aussi dans ce coin de la côte anglaise où les mondanités se résument aux bonnes oeuvres et aux cancans, et où les notables se piquent de curiosité, d'abord, pour les trois arrivantes. Puis, moins. Il faut dire que la passion des poissons fossiles, ce n'est pas très affriolant. Elizabeth se voit étiqueter excentrique, c'est marqué sur sa robe et sur ses gants troués. Ramasser des poissons fossiles, ça sali, et les gants troués d'avance, c'est plus pratique. ( c'est fou ce que l'on apprend des trucs dans les romans !)

Sur la plage, Elisabeth rencontre Mary Anning. Trop jeune fille piquée aux fossiles aussi, mais terrestres, cette fois. Les deux vont faire la paire. Mal vue aussi Mary, mais elle parce qu'elle vient du village ( comme quoi, c'est bien aux femmes qu'on en veut dans cette histoire, des femmes qui n'ont pas à savoir, ni à chercher à savoir, surtout pas à savoir scientifique ...). La famille de Mary est pauvre. Pour vivre, elle va faire le commerce de ses ammonites, gryphies et autres traces d'un monde disparu. Ces preuves des ratages de dieu se ramassent à Lyme Régis, à la même vitesse que A.O. cueille les palourdes sur la grève de S.J à marée basse, c'est là où l'on de la chance qu'elle préfère les palourdes vivantes au "crocodiles" morts. Ce commerce est aussi celui de la  passion de Mary  que les scientifiques londoniens vont utiliser à leur guise, sans même prendre conscience de son importance à elle, la découvreuse, la cheville laborieuse : condescendants péroreurs, parfois plus sympathiques, parfois plus loufoques, rarement reconnaissants.

Un roman bien solide et bien écrit, classique un rien féministe ( mais pas virulent), un rien historique ( mais ce voit à peine) , un rien romanesque ( ce qui n'est pas dérangeant ...)

Athalie