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13/06/2011

Blues pour Elise Léonora Miano

26351643_jpeg_preview_large.jpgMoi, et je suis loin d'être la seule, j'aime bien Léonora Miano. D'abord, elle a écrit de superbes textes dont Contours du jour qui vient, angoissants et âpres comme des coups de poing cauchemardesques, le genre qui vous colle dans vos draps, les yeux au plafond dans le noir, vu qu'il est deux heures du matin et que vous ne pouvez pas rallumer la lumière que vous venez d'étendre après avoir fini le livre à cause de l'homme qui dort à côté de vous et qui va finir par râler si vous continuez à faire n'importe quoi au milieu de la nuit.... Ensuite, parce ce qu'elle a une voix extraordinaire, qu'elle est sacrement belle et qu'elle dit des trucs avec lesquels je suis d'accord (en étant toujours loin d'être la seule) sur l'Afrique et la violence faite à ce continent, entre autre colères et virulences stylistiques.

Mais là, Léonora Miano s'est adoucie et c'est bien dommage, retrouver de la colère éviterait une certaine fadeur ... Il est sûrement drôlement juste de vouloir montrer que les françaises de couleur ont des blessures d'enfance et des amours contrariés comme les françaises blanches, qu'être noires ce n'est pas seulement être sans papier et vivre dans la misère, qu'on peut être noires et avoir des problèmes "normaux" ( donc d'enfance et d'amour ...) l'intention, oui, on adhère, à priori, mais l'intention ne faisant pas le bon livre, à la lecture, j'ai moins suivi.

"Les bigger than life" : Asaska, Estelle, Elise, Shade, Malaïka sont des femmes, noires, françaises, qui ont fait des études, ont un travail et pas de problème de carte de séjour, ni d'intégration : un groupe de bonnes copines, solidaires et tout, qui jouent du portable, se donnent rendez-vous dans des bistrots et cherchent le "bon" mec, parfois le trouvent ou l'ont trouvé ... So what ? A lire des histoires banales de femmes noires, soit, mais banales, comme des blanches, moi, j'ai fini par me demander quel était l'intérêt du bouquin, pas de l'intention, mais de ce que je lisais. Je ne doute pas que les femmes noires aient les mêmes soucis que les femmes blanches, je doute juste de l'intérêt de le lire, pas de le dire, mais d'en faire un roman. Blanches et noires, c'est pareil, ben oui, et alors ?

Sauf que, quand même, même si elles ont un air de préfabriqué ces femmes quelque peu "barbies girls" : il y a la voix de Bijou dans dans son taxi phone et un moment de "vrai" très drôle dans la tactique de la séduction et dans sa langue, il y a la scène dans le salon de coiffure où se pose une autre question, pour moi incongrue : garder les cheveux crépus est-il un acte politique ou doit-on s'en contre fiche ? j'avoue que je n'avais jamais réalisé que se faire couper les cheveux (ou non) puisse être un acte politique. Le dialogue avec ma coiffeuse s'aventure rarement sur ce terrain. Il faut dire que la longueur ou la couleur de mes mèches ne m'engage à pas grand chose, sauf à être plus ou moins bien coupée. Pas elles. Et encore, je n'avais jamais pensé à Obama comme modèle encombrant d'un noir devenant un homme blanc réussi.

Et je ne sais pas si je lirai la suite puisque suite il y a aura, mais cela n'enlève de toute façon rien du tout à la profondeur de la voix d'une femme noire et alors ...

Athalie

PS : oui, je sais, ça fait un peu lyrique comme fin, et je n'aime pas le lyrisme, mais vous me rectifirez.....