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16/09/2015

So long Luise, Céline Minard

so long luise,cécile minard,romans,romans françaisCe court roman a plusieurs strates. Il se présente comme le long testament d'une romancière couronnée par l'argent et le succès. Immédiatement, elle explique la supercherie, saluée par toute la critique littéraire comme celle qui a réinventé la langue anglaise, alors qu'elle est française, en réalité, elle s'est toujours auto-traduit. On pourrait croire alors à un roman sur les coulisses des prix et la vanité de la reconnaissance universitaire. Que nenni. "So long Luise" est aussi une longue lettre d'amour et d'adieu à Luise, la femme et l'artiste qui a partagé avec l'écrivaine depuis de longues années, ses lits et autres couches lubriques et déjantées, partagé encore fêtes et satrapales disjonctées. Luise est la complice, l'amante, la célébrée, la source des mots et la légataire. En effet, ce testament-lettre d'amour sensuelle est enfin une forme littéraire de carte aux trésors. Les richesses de la romancière seront à redécouvrir après sa mort, si Luise veut conserver leur dernier domaine suisse intact, il y aura des rituels à respecter, des lignes de conduite à tenir, des peuples souterrains à nourrir, sous peine de voir le domaine rongé par en dessous.

A forme littéraire atypique, écriture atypique, très travaillée et vraiment passionnante à découvrir, mais aussi un fil conducteur assez ténu. On passe d'un moment à l'autre, dans la découverte des supercheries, vols, mensonges, amours de la vraie-fausse romancière et les saynètes convoquent un panel de références hétéroclites, tout un folklore légendaire dans lequel, j'avoue, je me suis un peu perdue.

Des panotes surgissent de la plume antique de Pomponius Mela et s'entrechoquent avec les himantopodes de Pline l'ancien. Les Pictes écossais et autres songes de Shakespeare collaborent, complices involontaires et manipulés de la romancière en son royaume. 

J'ai souvent eu l'impression de passer à côté de quelque chose, de ne pas saisir, une sorte de jeu littéraire, de métatexte à la Borgès (dont l'auteure doit être férue, j'en mettrai là ma main à couper), tout en goûtant avec délectation les syllogismes sarcastiques, les métaphores incongrues, les rythmes syncopés de la langue choisie et concoctée par l'auteure (comme la romancière concocte ses étonnants "petits plats").

Difficile de qualifier ce texte, si ce n'est de "topit", dont la définition est donnée à la fin et qui convient si justement à mon impression générale, que je me demande si ce n'est pas là un ultime pied de nez : " profonde poche intérieure cousue à la doublure de certaines vestes, capables d'engloutir quantité de lapin, foulards, bijoux, gâteaux, nuitons, grelôt, elfes, nains et chapeaux".

Et le sourire du lapin d'Alice ?