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11/11/2013

Faillir être flingué, Céline Minard

18685914.jpgUn simili western complétement réjouissant, il vous ballade (A.B. les deux "l", c'est une faute exprès, pour faire musical) vous amène, de violoncelle de bastringue en voleurs de chevaux, de baignoires en fumoir. C'est le monde de Lucky Luke, sans Rantanplan, et un roman ficelé pour vous attraper, sans les plumes ni le goudron, en douceur drôlatique.

Au départ, on commence doucement : un chariot est en route vers l'ouest, dedans, la grand mère mourante, autour, deux frères, un neveu, une petite fille qui les suit, attachée à leur pas en cours de la route. L'un rêve de ferme et de terre, l'autre ne sait pas encore de quoi, le neveu s'égare parfois, et la petite les protège. Une tribu et quelques d'indiens plus tard, le désert commence à grouiller sérieusement de solitudes qui se croisent et se contournent, parfois dans l'obscurité des nuits orageuses. Certains se pourchassent un peu au hasard, semble-t-il, d'un cheval volé, perdu, regagné, revolé, d'un archet de violoncelle, d'une paire de bottes ... Des objets passent de mains en mains qui s'ignorent encore, sous l'oeil des Indiens placides qui attendent leur tour de rentrer en scène. Plutôt goguenards, d'ailleurs.

Dans cette première partie du roman, les personnages sont de plus en plus nombreux, au risque de s'y perdre, on suit leur trace, ils sortent de derrière les broussailles et les ornières du désert de l'Ouest mythique comme autant de lapins à dépiauter. Et finalement, tous convergent vers une ville de poussière, quelques tentes à louer pour cow-boys soulards autour de l'inévitable bordel (je vous conseille particulièrement la tenancière, elle est à croquer .... ), un barbier, un armurier, un éleveur de moutons élitiste, en complètent l'horizon culturel. On ne le sait pas encore mais ici gît l'Eldorado où les errances solitaires vont venir prendre une sorte de sens temporaire.

C'est le coup du roman puzzle ( j'allais dire giratoire) qui se fait en douce, doucement le petit ruisseau de chaque personnage va venir nourrir la grande flaque, le coup de l'utopie à la mesure d'un trot de cheval, d'une partie de cartes truquée, évidemment, d'un pari d'une nuit d'amour contre un lot de baignoires. Le microcosme de la cité idéale de bric et de broc. Juste génial comme une BD en vrai roman. Les personnages sont à la fois des stéréotypes du genre, des clins d'oeil, et des rêves de braves types et de femmes gaillardes. Et les dons de certaines nourrissent aussi des amours tendres, avec un goût de "Coeur cousu" ... Et je ne vous parle pas de Zébulon ...  Pour le rejoindre, moi, je veux bien être le blanchisseur chinois qui fume le calumet de la paix avec le grand sachem ( je vous conseille aussi le grand sachem, il est à croquer avec les plumes, mais moins que Zébulon, quand même ...)

Je vous rassure, il y a aussi fusillades, chasseur de prime, crimes et châtiments, mais à la mesure de l'univers de cette fraternité illusoire qui fait un bien fou à son lecteur. Au point qu'on en arriverait à rêver d'une suite. Moi, j'ai eu du mal à les laisser en plan, surtout Zébulon (je ne vous dit pas la fin, j'étais en sueur de peur d'être en larmes, veuve virtuelle d'un superbe truqueur ...).

Bref, j'adore ma copine qui m'a offert ce bouquin, j'adore ce bouquin, j'adore toutes les notes qui en disent du bien, les autres, je ne les lis pas, pas touche à Zébulon, sinon, je mords. ("Rantanplan, sors de mon corps, s'il-te-plait")

Une lecture pour qui s'y colle au non challenge des pétites de Sous les galets, la première pour moi.