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28/09/2015

La terre qui penche, Carole Martinez

la terre qui penche,carole martinez,romans,romans français,romans historiquesDire que je me suis précipitée sur le dernier Carole Martinez serait un terme faible. Disons que je l'ai arraché des mains de mon homme qui me l'apportait, genre chevalier blac surgit de la librairie avec un trésor tout chaud. Du moins, c'est comme cela que je l'ai vu, à ce moment là. J'ai donc laisser tomber à vau l'eau le livre que je tenais dans les mains pour plonger dans les eaux fantasques de la Loue et dans le tombeau de la vieille et de la petite.

Ben, oui, dans un tombeau qui parle ... On retourne aux "Murmures", deux siècle après Esclarmonde et ce n'est plus elle qui parle, même si elle n'est pas complètement oubliée encore, la recluse, car il en reste quelques fantômes ; Guillemette et ses petites filles mortes, qu'elle retient encore d'une chanson au bord du monde des hommes, la dame verte, la Loue imprévisible et mangeuse d'hommes, et le fracas de ce monde toujours cruel pour les petites filles, où rodent des ogres paternels, trop distants, ou trop aimants ......

A la voix d'Esclamonde, morte d'un siècle qui violentait les désirs, succèdent deux voix, la vieille et la petite. Toutes deux dans le même tombeau, elles entendent quelques échos du "domaine des murmures" qui a continué sa route dans les temps anciens et elles nous parlent de ce quinzième siècle qui a vu leur enfance s'envoler.

Au début du récit, la petite morte, Blanche, a onze ans. Fille d'un seigneur qui a perdu toute beauté et tout éclat de bonheur, elle vit entre ses bâtardes et les murs de l'ignorance. On lui fait croire au diable, et elle est persuadée que c'est a lui que son père la conduit lorsqu'il lui a fait revêtir les beaux atours brodés de ces loups jaunes qui sont sa livrée. 

Mais Blanche est rétive. Sa nourrice la surnomme "son chardon", son "eau vive". Blanche est petite et entre ce qu'elle voit et ce qu'elle comprend, la vieille morte prend le relais des fils à renouer entre le passé flamboyant du chevalier magnifique que fut son père, et le présent où rode la vengeance, le désamour, l'injustice et la mort, avec toutefois quelques rayons de soleil : un enfant qui se prend pour un poisson et un charpentier au cœur pur.

La voix de la conteuse emporte dans son flux mots et chansons, ça sonne et résonne de ce fameux réalisme magique que l'on colle à Carole Martinez depuis "Le cœur cousu". L'auteure se lâche, ose tout sans souci de crédibilité, mais peut-être quand même au détriment de l'histoire à raconter dont le lit est souvent paresseux. Il y a de beaux tableaux, brodés à la perfection, moyenâgeux à souhait. De ce Moyen Age que Carole Martinez réinvente sensuel et poétique, cruel et grandiose. 

La voix de la vieille radote un peu la beauté de l'enfance perdue, celle de la petite s'égare parfois dans le magique à tout crin. Et, toute ma lecture, j'ai oscillé entre une inconditionnelle adhésion, prenant mon élan pour, enfin, basculer du côté de l'allant chevaleresque, puis retournant, malgré moi, au petit pas ...

J'aurais aimé adorer ! Mais non.

09/09/2011

Du domaine des murmures Carole Martinez

dame.jpgComme un long rêve qui s'étire dans un Moyen Age chimérique et brutal, ou un air de madrigal couvert, par interminence ,du fracas des armes et des hennissements des coursiers fabuleux, des épées qui tranchent et transpercent les nouveaux nés.

Ne pas s'arrêter, surtout pas, au quatrième de couverture, peu engageant. (Qui a pu écrire ce truc-là ???). Qu'attendre de cette histoire qui commence par enfermer son héroïne entre quatre murs, seule avec son dieu et sa foi vibrante, dévorante, après qu'elle se soit mutilée pour échapper à un mariage contraint, soit, il avait pas l'air terrible, terrible le mari ... mais quand même ... Foi délirante qui lui fait choisir, vouloir, ne vouloir que cloitrer ses quinze ans entre des murailles de pierre sans porte et deux grilles, dont la plus grande s'ouvre sur l'obscurité d'une église ?

Escarmonde, le prénom dit l'inverse de ces ténèbres là, de la foi qui asservit et la condition subie de fille et femme à marier, à prendre : éclats de la lumière des feuilles et des simples, du vent et des tissus qui glissent sur les peaux ou flottent dans le soleil des croisades perdues, monde qu'elle a refusé et l'empreigne, la mord et la tord, monde qui emporte la recluse loin du huis clos que l'on pouvait craindre.

Les mots de Carole Martinez, c'est une boîte à musique ou une lanterne magique. De ce domaine des murmures, s'échappe une voix qui dessine des légendes, vend des reliques gargantuesques, peint des fées qui aiment tellement l'amour qu'elles peuvent en changer de couleur, colorie des belles dames du temps jadis, enfermée dans la ronde d'un chateau de brume, qu'un Desdichado a aimé et qu'il pleure encore, le luth dans les étoiles.

Moi, quand la dernière page s'est tournée, j'ai bien vu qu'il y avait une  licorne qui s'était planquée vite fait derrière le rosier grimpant, au fond du jardin.

Athalie

PS : désolée, A. B. j'ai fini par faire la note avant toi, à force de dire du bien de ce bouquin, j'ai eu peur de friser l'overdose de superlatifs. Et évidemment pour les retardatrices Coeur cousu

03/03/2011

Le coeur cousu Carole Martinez

Parce qu'il y a plein d'autres choses dans les livres que les livres. Surtout à "Etonnants voyageurs". Il faudrait raconter toutes les rencontres. Y'aurait un côté arrière garde.
Alors une année, c'était Carole Martinez.ça avait  commencé l'année d'avant, cette histoire. Dernier jour, dernière heure. Le truc débile : le prix "Ouest France". Tout lecteur breton normalement constitué ne lit pas le prix "Ouest France" , surtout quand le lecteur tient à sa dignité de lecteur, surtout quand c'est une lectrice snob, genre moi. Vous imaginez les bouffes entre copains " T'as lu le dernier prix Ouest France ?" La honte.
Et puis, une femme de mon âge (deux ans de moins en fait, je le saurais plus tard) monte au café littéraire ; elle ne pleure pas, non, mais on voit qu'elle ne sait plus où elle est, qu'elle est vachement émue cette écrivaine d'avoir eu ce prix "Ouest France". Et puis, on voit que ce n'est pas  le problème, que l'histoire c'est avec les lecteurs qu'elle l'a eu.
Alors, du coup, confiance. Je fonce. J'achète un des derniers de la pile (y'en avait pas beaucoup il faut dire). Et me voilà Le coeur cousu en main, ne sachant si j'avais dépensé 23 euros pour rien ou si le pouvoir des rêves allait s'ouvrir pour encore alourdir un sac de futurs (métaphore filée) . Gagné, l'histoire, le bonheur, le livre qu'on arrête pas, le pari.
Coeur cousu, pour moi, c'est juste une voix qui me parlait. Juste.
Alors, la voir l'année suivante, causer un peu, l'entendre dans ses doutes... Juste commencer à lui dire un petit peu le bonheur de l'avoir lue.
Le côté marrant, c'est qu'il y avait plein de lectrices qui passaient lui dire à quel point c'était bien et qu'on avait pas du tout la même vision du livre; couture ? coq ? Garcia Marquez ? Mère Courage ? ... Du coup, j'ai recommandé plein de Terre des oublis (tout et rien à voir)
Athalie