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12/11/2016

La huitième vibration, Carlo Lucarelli

figura-12-533x375.jpgDans ce roman noir, que l'auteur associe dès l'épigraphe à l'oeuvre de Joseph Conrad, "Au cœur des ténèbres", tout vibre, comme vibre une terre, des âmes, noires ou blanches, chauffées à blanc, comme vibrent les accents des dialectes italiens et éthiopiens. Sans cesse, les sonorités de ces langues se heurtent, rajoutent à la rocaille du désert qui entoure les murs immobiles et aveuglants de Massoua, la ville coloniale où s'agitent, moites, les multiples personnages des colonisateurs sanglés dans leurs uniformes collant de sueur.

Les Italiens règnent en maîtres factices dans une Érythrée de pacotille dont ils ont corrompus les femmes et les mœurs. Ils sont sardes, vénètes, pouilleux, engagés volontaires, ou forcés, et le livre retrace leur quête sans grandeur, d'argent, de justice, d'amour ou de haine, jusqu'à la bataille finale d'Adoua, la première où les forces du Négus vont faire un carnage des troupes coloniales mal entraînées, stupidement engagées sur un terrain dont ils méconnaissent les reliefs, qui leur seront autant de pièges.

Il est souvent fait référence également dans ce livre à ces photos, format sépia, où une madame noire pose avec son officier blanc, ou encore le simple gradé blanc, de première ou seconde classe, avec son fusil, où le blanc vibre sur le noir, mais c'est un livre où le noir l'emporte sur le blanc : galerie de portraits de salauds corrompus ou de salauds idéalistes, ou de salauds tout courts : Amara, celui qui rêve d'héroïsme, Cappa, celui qui pratique la magie de la corruption, Cicogna, l'ordonnance des basses besognes du major Flaminio, fantoche drogué, et halluciné, rejeton vicié et décadent d'une Italie qui tient son unique colonie comme un trophée dont elle ne sait que faire.

Les quelques personnages honnêtes sont aussi moites que les autres, et c'est un livre où l'on respire court, au rythme saccadé des chapitres, qui étirent d'abord le temps du vide colonial, le temps de sa fatuité sexuelle, puis, ils se remplissent des crimes, les plus mesquins comme les plus vicieux, vains et poisseux des petites ambitions, l'envers du décor d'opérette des photos sépia du soldat colonial, et de la colonisation, d'ailleurs, en général.

30/08/2012

Black Mamba Boy Nadifa Mohamed

black mamba boy,nadifa mohamed,romans,romans anglais,yémenVoilà un livre dont j'aurais voulu qu'il soit un vrai grand coup de coeur, un sans conditions et sans restrictions. A cause de l'histoire et de l'homme qui l'a vécue, le père de l'auteure dont elle dit se faire le griot, un homme qu'elle présente de sagesse contenue avant de se lancer sur ses traces de petit gamin des rues d'Aden, au Yémen, en commençant presque au début, en 1935. Jama est alors encore le fils d'Ambaro, la courageuse, à peine tolérée sous le toit des autres, elle trime pour quelques sous dans la grande ville, elle peine à trouver la force de s'occuper de lui, Jama, tout en os et en faim. Accolytes d'infortunes plus ou moins fiables, mendicité, débrouillardises, les gamins rêvent d'ailleurs, de sacs d'or et de grosses voitures au milieu des ordures. Mais Ambaro le lui répète, pour lui, Jama, ce sera différent, il est né sous une bonne étoile, elle le sait parce qu'un énorme serpent, le Blak Mamba, lui passé sous le ventre alors qu'elle état enceinte et et il est reparti, sans piquer. Elle y croit, son fils moins, surtout lorsqu'elle meurt. Commence sa quête au gamin, la recherche de son père qui est parti depuis longtemps, lui, le fantasque joueur de luth, derrière une frontière, chercher fortune. Par petits bouts de rencontres et à sacrés coups de volonté, Jama avance vers les déserts instables et la guerre que mène les Italiens contre les anglais pour le contrôle d'un empire fascite qui vu de là-bas, se délite déjà. L'armée enrôle et utilise avec dédain pour ses fanfaronades criminelles et cruelles les hommes de ce pays-là pour leur pitoyable défaite. Jamba ne se perd pas, se décourage, fait des détours mais ne perd pas de vue le destin que lui a donné sa mère. Et pourtant, l'odyssée est long d'être terminée avec qu'il n'écoute la voix de sa Pénélope pour revenir, peut-être à un apaisement.

L'histoire de Jamba est exemplaire, presque hagiographique, une farouche résistance tranquille aux mépris, aux humiliations, pas après pas, murs après murs, frontières après frontières, Jamba va son pas. Un héros admirable, donc, mais pourtant un roman qui ne m'a pas emportée avec lui. Il m'a manqué un souffle plus fort, un ouragan plus stylistique et plus romanesque pour être vraiment soulevée. Mais j'ai trouvé plein d'excuses : la force de l'histoire vécue, en vrai, par son propre père ne doit pas être facile à s'apprioprier, et puis, c'est un premier roman. Enfin, je dis ça, mais je ne suis pas écrivain pour un sous, moi, c'est juste que quand un bonhomme a vécu un truc comme ça, ben, chapeau bas.

Athalie

23/06/2011

Mardochée Kébir-Mustapha Ammi

220px-Rabbi_Mordechai_1870s.jpgJe vais faire une note plus claire que d'habitude avec un plan en deux parties : résumé puis opinion. Pas d'intro, ni de conclusion, du simple.

Résumé : Mardochée est un pauvre juif marocain, de vieille souche juive et marocaine, qui a connu de belles aventures (mais il ne nous les raconte pas, c'est bête ...). A la place il raconte ses difficultés à faire vivre sa famille, son départ pour Alger et ses difficultés pour y faire vivre sa famille (je me répète parce que lui aussi, c'est un résumé, alors, je suis l'ordre). C'est cependant un homme érudit, et aussi un homme aux abois. C'est pour ces deux raisons que le bibliothécaire de la ville, le recommande comme guide à Charles de Foucauld, qui veut explorer le Maroc pour faire connaître ce pays aux Français et donc ainsi préparer la colonisation. Mardochée raconte ce périple jusqu'à leur retour, un an plus tard, à Alger. (C'est un résumé, alors c'est court, normal, et on peut raconter la fin parce que que on sait dès le départ qu'il va revenir, et que c'est historique, on peut vérifier sur Wikipédia)

Opinion :  C'est là où ça se corse ...parce que je n'ai pas tout compris ... Quand j'ai entendu l'auteur expliquer ce qu'il avait voulu faire, j'ai trouvé l'idée pas mal du tout (évidemment, sinon, je ne l'aurais pas acheté, le livre), l'idée de raconter le périple de Foucault mais du point de vue de son guide, homme oublié de l'histoire, alors que l'autre, il a été canonisé, quand même, ( ce qui donne quand même envie de le voir se faire désinguer), donner une voix à l'anonyme, ça me plaisait bien. Donc, Mardochée est le narrateur, un narrateur qui se dit rongé par le remords d'avoir aidé à la destruction de son peuple, en ne comprenant pas tout de suite le véritable but du voyage. On peut le comprendre. Seulement, il nous le dit dès le départ, alors après, évidemment, il se répète, et vu qu'il nous dit aussi tout de suite qu'il n'a compris qu'après, nous on le sait tout de suite et du coup, on s'ennuie un peu ....Vu que les péripéties s'enchainent, mais que c'est toujours un peu les mêmes ; les brigands, les espions, et comment ils s'en sortent, les trahisons, les dénonciations et comment ils s'en sortent ... c'est fou le nombre de trucs qui servent à rien dans ce bouquin, parfois deux embuscades et deux sauvetages en deux pages, pour recommencer la page suivante, ça finit par lasser son lecteur qui reste en rade dans une oasis, parce que si c'est pour recommencer la même chose à l'oasis suivante, autant rester dans la première. Pas sans intérêt,mais décevant, pour résumer.