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11/02/2016

La douce colombe est morte, Barbara Pym

la douce colombe est morte,barbara pym,romans,romans angleterre,cup of tea timeQuelle insupportable héroïne que Léonora ! Assez à son aise financièrement pour vivre en célibataire endurcie, elle a le regard acerbe sur celle de ses amies qui cherche une âme sœur, là où elle a pu la trouver ... La demoiselle, férue de l'ère victorienne, si délicate et si raffinée d'apparence, est bien digne de cette période guindée, rigide, corsetée, qui limitait les battements et les vibrations de l'âme aux délicats pétales des pivoines peintes sur des tasses de thé. Là, au moins, elles ne laissaient pas de saletés inconvenantes.

Agnès Varda dit : "Si on m'ouvrait, on trouverait des plages" ( ce qui n'a rien à voir,  mais je viens de revoir "Les plages d'Agnès", alors cette phrase me trotte dans la tête ...). Et bien, si on ouvrait Léonora, on trouverait des tas de petites saletés mesquines, bien rangées, mais des tas de petites saletés quand même ...

Pourtant, elle n'en n'a pas l'air lors de cette vente de livres rares, où un malaise, fort délicat, lui permet de faire la connaissance d'Humphrey Boyce, antiquaire de bonne figure, et de son neveu, James, de meilleure figure, car beaucoup jeune, plus naïf et plus accessible aux charmes de cette femme, un peu plus âgée, mais si proche de goûts délicats ... Par ailleurs, Léonora est peu incline aux débordements physiques qui, sûrement, lui dérangeraient les dentelles.

Léonora va donc choisir James pour l'agripper dans sa toile d'araignée d'une parfaite courtoisie, un jeu d'amitié amoureuse dont sa solitude se serait bien faite un cocon égoïste pour ses vieux jours. Ces deux là se jouent leur comédie, lui, en jeune gandin effarouché par la modernité, elle, en Pygmalion intouchable, poudré et toiletté. Mais la jeunesse est fébrile, et imprévisible, parfois, elle s'échappe, par la fenêtre dérobée, des mains de celle qui voulait la garder pour préserver l'illusion de la sienne ...

Je découvre avec ce titre une auteure appréciée de Aifelle, Keisha et Dominique, et je ne regrette pas d'avoir suivi leurs pas dans cet univers de coups de griffes feutrés, typiquement english, mais d'un english amer, très vintage, où comme le dit Dominique, "affleure un rien de cruauté", toujours très délicatement distillé dans un "cup of tea time".

 

20/12/2015

Avril enchanté, Elisabeth Van Arnim

Freesias-Luxury-Bouquet.jpgUn roman antidote à la triste "condition pavillonnaire", qui met en scène deux chrysalides qui vont devenir papillons. Foin de tout réalisme, il faut juste rentrer dans la danse, ici, on baigne dans les fleurs, l'amour de son prochain, et même celui de son mari, c'est dire ...

Il pleut sur Hampstead, une banlieue morne de Londres. Il pleut, il a plu, et il va continuer encore à pleuvoir. Pas un rayon de soleil d'avril en vue. Deux femmes, encore jeunes et qui pourraient même être jolies, si on les regardait un peu, se croisent dans un club. Toutes deux ont lu la même annonce dans le Times : " Particulier loue  petit château médiéval meublé au bord de la méditerranée", en Italie. Nos deux souris grises ne se connaissent pas, mais elles se reconnaissent,  elles sont aussi étriquées et vertueuses l'une que l'autre, et l'une comme l'autre ont terriblement envie de cette folie. Rose Arbuthnat et Lolly Wilkins vont se secouer la poussière et accomplir l'impensable, répondre à l'annonce et partir, quasi en cachette de maris indifférents ou/et acariâtres. Tandis que Lolly a des visions de bonheur, Rose a des scrupules, car Rose a des pauvres, et va devoir les priver de sa charité pour se faire plaisir. La notion de plaisir n'entrant pas dans la pratique normale de Rose, il va falloir toute la passion de Lotty pour qu'elle s'y laisse un tant soit peu aller.... Un peu raide encore dans la posture, quand même ...

Pour souci d'économie, elles vont s'adjoindre deux autres inconnues, sans trop prendre de précautions ; une vieille grincheuse victorienne, Miss Fisher, et une lady, trop belle pour être heureuse.

La comédia se jouera donc à huit mains dans le château de San Salvadore, le château du paradis, où les freesias poussent en dehors des magasins et des vases, où le soleil brille  en un avril bien plus caressant que prévu, les nuages jouent à saute moutons et, etc ...

Les frotti frotta entre les quatre locataires s'emparent des lieux, la vieille grincheuse grince des dents, la Lady s'enfonce dans son coin secret à elle, pour ne plus être admirée, gâtée, adulée, Rose se coltine la nostalgie du désir alors que Lotty cavale en pleine euphorie visionnaire. Et c'est elle qui emporte tout dans la magie de San Salvatore ....

Un livre où l'eau de rose est si rose qu'on ne peut avoir envie que de s'y délecter !

19/10/2015

Passé imparfait, Julian Fellowes

Candle_downton.jpgLa vraie raison, la seule raison pour laquelle j'ai acheté ce livre, ce n'est qu'une petite phrase murmurée à mon oreille de lectrice par l'amie C. "L'auteur, c'est celui qui a écrit Dowton Abbey". Je n'offre aucune résistance à une flagrance de cup of tea time sur fond de guimauve anglaise. C'est donc avec force salivage que j'ai mordu dans la porcelaine.

Le narrateur est un écrivain, qui se souvient de sa jeunesse ... Il est issu de cette très bonne société londonnienne de la fin des années cinquante où les jeunes filles cherchaient un mari bien sous tout rapport en n'ayant pas vraiment le choix du panel. Il y avait les chevaux de course et les juments de trait. Dans cette saison de bals qui a tout du terrain de chasse, la narrateur avait introduit le chien de race dans le jeu de quille : Damian Baxter. Et Damian avait bouleversé les règles du jeu en cette dernière saison des sixties où le vent avait balancé les jupes des filles dans les buissons de la tentation du bel arriviste. Elles ont été cinq à avoir succombé aux charmes exotiques de Damian : Lucy, Joanna, Dagmar, Candida et Terry. Quant à Séréna, la sublime Séréna, c'est peut-être une autre histoire ....

Cette liste, le narrateur ne le découvre que quarante ans après cette ultime saison qui fila comme une jeunesse qui se passe et trouva sa conclusion en un mystérieux séjour au Portugal qui mit fin à toutes les illusions et à son amitié avec Damian.

En quarante ans, ils ne se sont jamais revus, ni même cotoyés. Le narrateur a rompu tous les liens d'avec son milieu aristocratique. Mais ces jeunes filles, devenues femmes mûres, il va pourtant devoir aller leur arracher un secret. Laquelle d'entre elles serait la mère de l'enfant caché de Damian ? Laquelle lui aurait écrit, vingt ans auparavant, pour lui révéler cette paternité, née d'une de ses liaisons sans lendemain dont la saison fut riche ? ( pour Damian, car le narrateur, lui, il était plutôt en fin de peloton). Quarante ans de silence dont vingt d'indifférence, et voilà le Damian qui resurgit de sa boite, riche en diable, et malade à en crever bientôt. Le narrateur dispose donc de peu de temps pour trouver l'héritier d'une fortune sans fond, confiée par son meilleur ennemi.

L'idée a le défaut de ses qualités. Le secret ne peut être révélé qu'à la fin, donc la gagnante du gros lot sera forcément la dernière rencontrée. Mais parce que l'auteur n'est pas complètement tartignole, ce n'est pas vraiment ça, pas tout à fait, on va dire ... Chaque rencontre est par conséquent le prétexte à construire une galerie de portraits, un passage en revue de destinées disparates et parfois attachantes : Lucy, qui a foncé dans le succès people pour ensuite se rattacher à des morceaux du radeau, Dagmar qui a réalisé le rêve de sa mère pour à jamais s'en mordre les doigts, Joanna, qui s'est perdue dans une révolte anti conventions, Candida, restée égale à ses ambitions, Terry, une ogresse américaine parvenue à pas grand chose. Et Séréna, la seule à s’être sortie intacte de l'impact, est plus Downton Abbey que Lady Mary elle même.

Quelques longueurs font traîner la lecture de cette chasse aux souvenirs, le narrateur ne pouvant visiblement pas se passer d'un certain radotage social, et dès fois même, il se hausse du col de la morale bien pensante.

Faut bien des nuages de lait dans le thé à l'anglaise.

 

 

01/02/2014

Les seigneurs du thé Hella S.Haasse

Moi, j’aime bien les romans historiques, un peu exotiques, sur des trucs que je ne conromans,romans historiques,cup of tea time,java,thénais pas, même avec des princesses dedans, je ne suis pas contre. Et puis moi, j’adore le thé et je n’y connais rien, le vert, le noir, le gris ( non, ça c’est le tabac). Et puis Java, le XIXème siècle, tout cela l’ambiance terriblement veule et tiède des colonies décadentes. Je m’y voyais déjà. Alors j’ai pris ma tasse de thé (mon nouveau mug de chez PiP, évidemment, parce qu’en plus, je suis terriblement snob, sans vous parler de mon nouveau pyjama-tenue-d-intérieur so sweet ....) et je me suis plongée dedans.  Plusieurs tasses de thé plus tard, vu qu’il est un peu long quand même, et plusieurs tenues plus tard aussi (je ne peux pas rester en pyjama, même super sweet et chic tout le temps. Des fois, je sors de mon canapé, mon chat peut en témoigner. Il râle. Il a moins chaud, quoi.)

Ceci dit, je ne suis pas certaine que cela puisse avoir une influence, même légère sur le héros du roman, Rudolf ( je veux dire, mon pyjama super sweet, le thé sûrement, même la vague du thé Khusmi , qui sévit par chez moi, il aurait peut-être aimé. Du coup, je lui aurais bien demandé ce que l’on peut faire des boites, une fois vides, parce qu’elles sont si jolies que je ne peux pas les jeter, mais du coup, elles s’entassent. Le raz de marée guette d'un côté, et de l’autre, j’ai une PAB ou PAG qui s’allonge). Mais bon, il est un peu rigide comme héros. Le genre à se fiche éperdument de mon avis et mes soucis de boites vides.

Quand il débarque à Java de sa Néerlande natale, sa famille au sens strict s’est déjà vue attribuer un domaine d’exploitation dans les montagnes reculées, Ardjasari, à côté de celui de son oncle Eduard, le plus jeune frère de son père, qui lui est à Sinagar. (Que l’on ne sache pas où c’est n’est pas très important, c’est juste parce les personnages sont parfois désignés par le nom de leur exploitation, donc il faut retenir les deux. Sinon, on se perd.)  Rudolf a hâte, très hâte de revoir ses parents, hâte de connaître le thé, très hâte de se mettre au travail, de faire ses preuves, à son tour, d’égaler voire de surpasser les autres domaines qui tous appartiennent plus ou moins à sa famille. ça grouille d’oncles et tantes, de sœurs et d’autres racines, alliées toutes par leur puissance et leur intérêt. Tout le monde contrôle ( espionne ?) tout le monde et ils règnent sur les terres du haut de leurs principes et de leurs vastes demeures. Et ils sont envahissants. Ils envahissent d’ailleurs tout le début du roman, ce qui fait qu’au début, je les ai trouvé lourds, même le Karel, un colon philanthrope qui veut rationaliser les techniques de plantations et adapter les exploitations aux couleurs des indigènes. Il va même jusqu’à créer des écoles. On l’écoute, mais on se méfie malgré tout, où cette originalité pourrait-elle bien mener, hein ?

Rudolf est assez peu philanthrope, il est peu thrope tout court. Après s’être initié de tout son sérieux sur les cultures, la langue, les indigènes, il prend, pour un court moment la direction de la plantation de son père, puis de son oncle (ils sont retournés aux Pays-Bas). Pendant leur absence, Rudolf fait ses preuves, mais on l’apprécie peu. Trop froid, trop directif, pas assez paternaliste, rigide, quoi. Peu lui chaut (ou plutôt si), il acquiert un domaine encore vierge, encore plus perdu, avec rien dessus, juste des vieux plants de café improductifs, et il y va, défriche, construit, plante à tour de sueur. Et vous croyez qu’il va réussir, que nenni ! convaincre, que nenni aussi ...

On patine un peu, jusqu’à son mariage où l’histoire prend un  envol moins travail-travail, avec une certaine peinture des relations hommes femmes, à Java, de la vie dans les plantations, la sauvagerie côtoyée, domestiquée, admirée. Parce que Rudolph lui donne tout à son domaine, tellement tout, qu’il ne reste plus grand monde autour de lui pour le comprendre. Du coup, il y a moins de monde qu’au début et l’on s’y retrouve mieux. Lui aussi d’ailleurs, quant à elle, sa femme, c’est une autre histoire ...

Bref, un roman de fort honnête facture. Il n’y a que deux choses qui m’ont manqué : je ne sais toujours pas la différence entre un thé noir et un thé vert. Et les indigènes ; juste en toile de fond, ils manquent d’épaisseur, les colons prennent toute la place, ils bouchent la vue. Mais sans doute est-ce la réalité des mœurs coloniales ? Ils sont vus d’en haut. Du coup, on les aperçoit juste. 

 

Sur le conseil d'eeguab

21/01/2014

L'auberge de la Jamaïque Daphnée du Maurier

romans,romans anglais,l'auberge de la jamaïque,daphnée du maurier,cup of tea timeC’est Rébecca qui aurait bu un coup de trop des hauts de Hurlevent et qui du coup, se prendrait un peu pour Jane Eyre.

L’auberge de la Jamaïque se tient au bout des landes connues. Battue par les vents et gangrenée par le mal et la poussière boueuse qui s’y traînent en une lamentation damnation des esprits : bienséance et réalisme s’abstenir !

Mary y vient contrainte par son destin. Elle vivait à Helfort, de l’autre côté de la rivière, enfin, un peu plus loin quoi. Mais c’était un autre monde où même la pluie était douce, les coteaux juste vallonnés comme il faut. La vie de la ferme, la sienne, celle d’une jeune fille pauvre mais courageuse et vaillante à la tâche, lui convenait. Elle aurait pu y couler des vies paisibles, si le destin, donc, n’y avait pas mis son coup d’arrêt fatal. Sa mère est morte, la ferme est vendue. Et le coche l’amène rejoindre sa jeune tante, la sœur de sa mère, sa seule parente, dont elle garde un souvenir frais et gai. Mais première stupéfaction, après le vide de l’auberge délabrée, et l’accueil un tant soit peu brutal de son oncle par alliance, qu’elle découvre, c’est une tante demie folle qu’elle retrouve. Tremblante, une ombre soumise à son géant de mari. Déboussolée, ( on le serait à moins vue la tête du gars) Mary se fait un trou et s’endort. Mal.

Au fil des jours, la tyrannie se précise un peu. Joss Merlyn est alcoolique en de longues crises qui lui délient la langue et des horreurs en sortent. Imprévisible, malade, violent, sa présence a transformé l’auberge en désert. Les coches ne s’y arrêtent plus et les landes bruissent de rumeurs d’un autre âge. Des hommes, la nuit, s’y cachent, s’y cognent, les poutres s’ornent de corde, les portes claquent sur la nuit qui rôde toujours. Des charrettes dans la cour brinqueballent ... Les murs qui s’effritent enterrent de drôles de silences ...

Mais Mary ne va pas se laisser faire et la lande sera le terrain de ses aventures, dignes de la jeune fille courageuse qu’elle est, un peu aveuglée quand même et pas que par la pluie. Elle ira sa route, de cahots en cahots, de rencontres en fuites éperdues. Qui est le pire ? De Joss, de son frère Jem, séduisant voleur de chevaux à l’âme vagabonde, du mystérieux pasteur, albinos qui plus est, et dont le trait cruel révèle des abîmes ? où est le piège ? Mary, prisonnière de son devoir envers sa tante, tente d’éviter le pire et pas toujours pour le meilleur .... prise dans la tourmente des âmes torves qui veulent l’entraîner dans leur tourmente fatale ( AH, AH, AH !!!! "rire sardonique de la lectrice qui connait la fin" ....).

Bref, des échos romantiques anglais gothiques à souhait, bien ventés et pluvieux comme on les aime. Mettez vos capuchons et embarquez des kleenex, rien que pour le plaisir !

03/07/2013

Les débutantes J. Courtney Sullivan

collier-le-bal-des-debutantes.jpgLe titre dit l'essentiel. Après, on glose ( ou l'on glousse, vu le contexte entre fifilles )

Quatre jeunes filles débutent, elles débutent deux fois, une fois à l'université, et une autre fois, dans la vraie vie, après l'université. Ce qui fait que le livre est en deux parties. Facile.

A l'université, les filles se rencontrent. Il y a Célia, la jolie meneuse de bande à la langue bien pendue mais qui a tendance à picoler un peu trop et s'envoie des mecs sans trop regarder à la qualité. Ce qui va lui jouer des tours, forcément, pas des plus sympathiques. C'est celle qui la maman la plus gâteau. Et pourtant ...

Bree, la belle blonde aux courbes de rêve, la plus Barbie, arrive fiancée à Doug, se retrouve amoureuse de Lara, tiraillée entre amour saphique et idéal familial, elle va mettre des plombes à choisir avec qui rompre. C'est elle qui a la maman la plus regardante.

Sally, maniaque de l'ordre et de la normalité comme des refuges, elle choisit le mariage et l'homme comme autoroute à péage vers l'équilibre du bonheur, après un petit itinéraire bis, quand même. Elle est orpheline, et donc dans ce roman là, c'est celle qui manque de repères, côté maman. Côté papa aussi, mais ça compte moins.

Et enfin, April, la plus féministe, la plus engagée, la plus rebelle aux codes "fifilles à garçons pour la vie". C'est celle qui a eu la maman la plus débraillée, du genre à fumer des trucs avec ses potes au lieu de lui changer la couche, de la trainer dans des manifs pacifistes au lieu de lui dire qui est son père. Du coup, c'est la plus déstabilisée, en manque de modèles, elle va se trouver une égerie. Pas la bonne, forcément.

A l'université, elles étaient plongées dans leur mini aquarium, leurs quatre chambres côte-côte, dans la résidence King, dans l'université de Smith. Une université que l'on ne choisit pas hasard, une université de filles seulement, à la solide tradition féministe, une singularité qui permet, entre autre, de devenir lesbienne, mais ce n'est pas obligé non plus. On peut juste se contenter de se rouler des pantins, de se promener en petite tenue, de boire de la bière tiède, de grossir dans un laisser aller intime fait de bas de pyjamas et de soirées vautrées sur des lits à se faire des confidences ou s'analyser le nombril.

Toutes les quatre étant issues de familles middle-class, leurs variations familiales en font une sorte de panel représentatif, mais de quoi ? Je ne sais pas trop en fait.

Leurs états d'âme étalés, dévoilés, disséqués m'ont laissée de côté, leurs bavardages et atermoiements sentimentaux m'ont paru futiles et même superficiels. Rien qu'accroche et qui griffe, seulement des batailles d'ongles laqués. Elles sont bien mignonnes, attachantes dans leur volonté de ne pas grandir ou si, de se conformer ou pas, la grande question de la deuxième partie. On voit bien le propos. Pas prêtes pour la vraie vie, elle se cherchent des nids ( des nids différents pour chacune évidemment, à cause du panel ; le célibat assumé, le mariage assumé, l'homosexualité assumée, le féminisme combattant), elle se frottent les ailes pour se tenir chaud entre elles avant de s'envoler.

Un peu anesthésiant, version féminisme light et condition de la jeune fille pas facile facile, un poil édulcorant comparé à d'autres liqueurs plus fortement dosées comme Nous étions les Mulvanney ou A suspicious river.

 

24/06/2013

La liste de mes envies Grégoire Delacourt

la liste de mes envies,g. delacourt,romans,romans français,cup of tea timeEt justement, celui-là, il n'en faisait pas parti de mes envies (facile...) Trop entendu parler de lui, trop loué ... La libraire en me le prenant des mains qui ajoute, "Mérite pas tant", avec l'air de lui en vouloir personellement au bouquin. Je m'apprêtais à ne pas aimer du tout, donc, ce qui fut fait. Pourquoi lire ce livre alors ? Ben, parce que ce jour là j'avais des bus à prendre et beaucoup de temps à attendre entre les bus et que j'avais oublié "Tout ce que j'aimais" chez moi ( le titre que j'avais commencé la veille) et que un livre court et qu'on ne va pas aimer est tout simplement un choix logique quand on va prendre le bus et que l'on passe devant une librairie qui le vend en poche.

Qui plus est, il se trouva être parfaitement adapté à mon moyen de transport. Comme il a été beaucoup lu, encensé, etc ... il m'a donné droit à un ou deux sourires, à un ou deux regards sous-entendus, un coup à vous transformer le bus urbain en blog de lecture de fans de "La liste de mes envies". Enfin, toutes proportions gardées, la plupart des passagers normaux continuant quand même à lire leurs textos et à téléphoner pour dire à quelle station ils en étaient de leur trajet .... Faut pas rêver de tant de bonheur ni d'idéalisme naïf.

Or d'idéalisme naïf, ce livre ne s'en montre pas avare. Et ron et ron, il était une mercière, et ron et ron, il était un petit patachon qu' était contente d'être une mercière patachon. Une mercière qui ne gagne pas un rond, qui est sur le retour d'âge, dont le corps se laisse aller, dont le mari, son Rudolf Valentino à elle, s'enfile des Tourtel devant son téléviseur Radiola, après lui avoir craché sa colère à la figure et lui avoir fait toucher le fond à sa moitié, cause que ce serait sa faute à elle si le dernier bébé était mort né. Mais la mercière cache des beautés secrètes, notamment un coeur pur, dirait l'ermite de Manu, et un blog de tricot qui remonte le moral à des tas de petites vieilles,  et deux super copines coiffeuses, jumelles en quête d'homme (s) pour toujours, à la cuisse légère, qui lui font des manucures gratos, vu qu'elles n'ont pas beaucoup de clientes non plus et un peu pitié d'elle aussi. Mon dieu ... Pour un peu, j'en serais devenue pro capitaliste, par esprit de contradiction...

La mercière, elle va gagner une fortune au loto, mais elle ne va rien dire, non, non .... au lieu de grimper aux rideaux du luxe et de la facilité, elle va choisir de garder son petit coin à elle de tapis en classe éco. Elle qui rêvait d'être l'Ariane de Solal et qui n'a eu droit qu'aux bruits de la chasse d'eau de l'amour et au camping avec attractions en plastique, ben finalement, elle se rend compte que c'est ce qu'elle préfère, et d'égrener la liste de ses envies, à elle, bien modestes, de ses envies à lui, de pacotilles. Elle veut garder ce qu'elle a et continuer à aimer ce peu là, avec juste des petits trucs en plus, mais qui ne dérangeraient pas son ronron pataton.

On comprend alors le goût pour ce livre, si à contre courant des "choses modernes" : il égrène quelques jolies images de l'enfance de Jo (la mercière), de sa mère artiste, de son père qui l'aimait, mais on se croirait dans les années 50 côté condition féminine et vision du couple, Jo sort d'une sorte de roman photo à l'envers ; finalement, hein, contentons-nous de ce la vie nous donne, et puis ma bonne dame, l'argent ne fait pas le bonheur, il ferait même le malheur, le saligaud, si on le laissait faire...

Honneur donc à la mercière qui fait de la résistance à l'appât du gain et à la consommation de luxe facile... une nouvelle femme libérée va enfin naître ! Vive Moulinex et à bas la libération sexuelle ! ( j'exagère un peu parce qu'à la fin, on a quand même droit au coup du prince charmant et à la crapaude qui renait de ses cendres ...)

14/06/2013

Etoiles Simonetta Greggio

cldubonheur.jpg"Etoiles": de chef étoilé et de Stella,  princesse au petit pois ...  

C'est cousu de fil blanc, c'est une harlequinade, mais une qui en fait exprès, se coule dans le moule d'un croustillant de tomates bien mûres qui fondent dans la bouche, sans se soucier des morceaux de chataignes qui flottent dedans (ma comparaison peut semble tirer sur le roussi, mais c'est un des plats qui se concoctent dans le livre, et les tomates et les chataignes, j'aurais pas cru que ça passait ensemble, du coup j'ai retenu. Ceci dit, je ne vois pas comment on fait pour faire tenir de la chataigne dans un croustillant de tomates. Ceci dit, je ne sais pas non plus comment on fait tenir de la tomate dans un croustillant. Pour finir, je ne sais pas ce qu'est un croustillant, non plus).

De toute façon, il nous en passe sous le nez plein d'autres de saveurs goûtues dans cette histoire. Normal, le héros est un grand chef, le futur successeur de Bocuse, se murmure-t-il dans la planète des reconnaissances culinaires. Il s'est élevé de ses petits doigts au Panthéon, puis bousté par sa belle femme blonde et son "coach", a atteint le firmament, tout en ayant cure des bien-être matériels qui le cotoyent ( c'est elle qui a voulu, lui, c'est les valeurs simples du terroir).

Mais voilà, Gaspard va prendre un gros coup sur sa tête de chef aux trois étoiles, claquer deux portes de sa vie et jeter la clef aux orties, partir sans savoir où, au volant de son beau 4X4, celui que la belle blonde aux calculs affutés lui avait mis entre les mains. Gaspard fuit, et dans sa fuite, s'égrène sa carte bleue en Gold, Gaspard n'a plus rien. Sauf que la baguette magique de sa vie le guide vers son royaume à lui, "Chez tonton j'ai faim", une guinguette de guingois perdue dans la garigue de Pagnol au parfum de retour aux sources. Sans cuisine high tech, mais avec des graines magiques qui poussent de son patoger à la vitesse des U.V provençaux, il va se remonter les bretelles, retrouver le goût de l'amour en même temps que celui des produits simples revisités quand même par l'huile d'olive de chez sa voisine qui la pile avec les doigts.

C'est articiel et rafraichissant comme du rosé pamplemousse, où l'on assiste à la transformation de de feuilles de Basilic géantes en feuilles cristallisées saupoudrées d'une miette de poutrarque ( des oeufs de mulet fumés, simple et du terroir, on a dit ...) et à celle de la belle Stella aux longues jambes croisées en kidnappeuse du passé de Gaspard, dont elle ne fera qu'une bouchée ...

Merci à jardin buissonnier. (pour le rosé pamplemousse, c'est quand tu veux ...)

10/06/2013

Mémoires du duc de Saint Simon (2)

1004964-Louis_XIV_par_Rigaud.jpgQuand ses enfants ( les illégitimes) foutent la honte à papa Louis XIV.

Les trois soeurs ( issues de Louis et de la Montespan) n'en finissent pas de se prendre la tête. L'aînée est vraiment laide, mais comme c'est l'aînée, papa Louis XIV a ordonné aux deux autres de lui montrer le respect en l'appelant "Madame". Il y en a une qui se moque et désobéit à l'injonction royale en lui donnant du "Mignonne" ... Monsieur (le frère de Louis) qui passait par là, rapporte le mot à Louis. Rapporter ce n'est pas bien, c'est sûr, mais Monsieur a souvent un petit côté faux derche, il faut bien l'avouer ... Il faut dire qu'il traînait tellement de casseroles derrière lui que le soutien de son frère valait bien quelques entourlupes aux peu de principes qu'il avait déjà.

Le coup bas porte toujours ses fruits et la moqueuse se fait vertement rappeler aux ordres de sa majesté. Vexées, les trois soeurs se rabibochent le temps de leur vengeance et font éclater moult pétards sous la fenêtre du vilain rapporteur. Son sommeil en fut troublé. C'est dire l'importance de la chose.

Mais ce n'est point tout, loin s'en faut ... pendant ce temps-là, un des fils illégitimes se ridiculise à la tête de son escadron lors d'une opération guerrière offensive où il semble qu'il aurait quelque peu tourné le dos à l'ennemi, ce qui ne serait pas si grave si cela ne s'était su. De rage, plutôt que de tancer le fautif, le royal papa en casse sa canne sur le dos d'un valet qui passait par là, et s'en moque comme de son premier cure-dent.

C'est dire l'importance des hommes.

Du même auteur sur ce même blog :

Mémoires du duc de Saint Simon (1)

 

23/05/2013

Mémoires du duc de Saint Simon (1)

1004964-Louis_XIV_par_Rigaud.jpgVersailles, ton univers impitoyable etc ...

Que je vous raconte les nouvelles du jour. Saint Simon, le perfide, a enfin réussi à s'introduire dans la proximité de la cour, comme il a des yeux de serpent, il voit tout, et des oreilles de vipère, il entend tout.

Louis XIV est vieux, 54 ans et il y a une nouvelle maitresse, pas toute jeune non plus et point très drôle, c'est La Maintenon (l'ex gouvernante de ses enfants illégitimes avec la Montespan, qu'il vient de virer de sa couche pour cause de lassitude sans doute, on ne sait pas trop). Le problème est qu'il se retrouve à gérer ses deux familles, la légitime, et l'illégitime.

Dans l'une, la légitime, il a un neveu à marier, Monsieur le duc de Chartres, fils de son frère, donc, Monsieur tout court qu'il s'appelle (enfin pas vraiment, mais c'est pour ne pas embrouiller) et de madame (la deuxième Madame, la première, c'était Henriette, elle est morte dans des conditions pas très nettes, un truc genre verre d'eau glacée qui lui a tué le ventre, ben oui, c'est fragile les princesses, moi, par exemple, je peux boire plein de verre d'eau glacé, cela me rafraichit, mais pas Henriette, ça l'a brûlée, allez savoir ... ). La deuxième madame, on la surnomme "La Palatine", d'abord parce qu'elle vient du Palatin, et ensuite ... Je ne sais pas. Mais c'est un genre d'éléphanteau germanique dans les porcelaines de Versailles.

 Dans l'autre ( la famille illégitime), Louis XIV a une fille à marier. Donc, logique, il va les marier ensemble, et deux de casé, et la batarde d'être transférée dans le giron royal. Le père du neveu à marier est contre, la mère aussi et le neveu aussi. La future mariée n'est pas au courant. Le Louis XIV a décidé et a doté (richement) donc acte. La Palatine fait la tronche, (elle n'aime pas les mélanges légitimes et illégitimes), fiche une beigne retentissante à son fils en pleine sortie de conseil royal, juste avant la messe, ( son fils qui était contre mais quelqu'un a dû oublier de le dire à sa mère), la promise (mademoiselle de Blois, pour ceux que ça interesse) se réfugie sur les genoux de son ex-gouvernante, la Maintenon. Papa royal laisse tout le monde se démerder.

Fin du psycho-drame, en attendant le suivant.

Et d'un mariage troussé !

 

 

07/05/2013

Les petites filles Elizabeth Bowen

imagesCAZDMCBC.jpgNe vous attendez pas à un récit modèle, ni à une histoire de petites filles qui l'auraient été. Les trois sont plutôt veillissantes et de bric et de broc quand l'une décide de retrouver les trois autres, quelques quarante ans après qu'elles ne soient vues pour la dernière fois.

Un livre en trois parties : la première est consacrée à la plus "dynamique" des trois ex-amies : Dicey, dite Dinah ou Diana. ( Là, je vous donne un sacré coup de main parce moi, je n'ai réussi à stabiliser les trois nominations différentes qu'à la moitié du livre, sans compter que les deux autres ont ausssi des surnoms que je mélangeais, ce ne qui fait que j'ai parfois manqué de concentration sur l'histoire). Donc, la première, disons, pour ne pour que vous embrouille et moi non plus, vit dans une villa de la campagne anglaise, visiblement sans souci financier, veuve, deux garçons, mariés. Quand même quelque peu excentrique comme peuvent les grands mères anglaises romanesques, elle est en train de mettre en place un  projet farfelu. Comment  de ce projet va-t-on en venir aux retrouvailles. le chemin est long. La grotte est le premier indice, le second est la balançoire aux cordes inégales. La grotte est le réceptacle du projet : il s'agit d'y réunir des objets intimes, révélateurs, donnés à Dicey-Dina-Diana par ses amis et connaissances, puis de sceller les portes pour laisser ces traces de la civilisation aux bons soins de la sagacité des chercheurs futurs, pour leur édification éclairée.

 Diana-Dicey-Dinha est secondée par une sorte de major Thompson, Franck, veuf aussi que l'on pourrait supposé transi de la veuve tant il se sert à l'aise des drinks dans le salon avec cheminée où l'on se retire le soir au coin du feu, et de Francis, un majordome-espion dont l'efficacité est versatile.

Voilà qui plante un décor fleurant bon le Earl Grey dans son mug à fleurs, avec le soupçon adéquat de rose à l'anglaise.

A cause de la grotte et de la balançoire, Dinha-Diana-Dicey fonce vers un autre projet : retrouver ses deux amies d'enfance, perdues donc de vue un jour de leur onze ans. Elle arrose les journaux de petites annonces, ce qui va considérablement énerver les deux autres. L'une est une sorte de femme au foyer au cynisme triste qui carbure au gin-tonic sans se dépardir de son quand-à-elle, c'est Sheila, dite Sheikie, ou l'inverse. La troisième est Clare, dite Mumbo, elle est devenu une femme d'affaire surbookée, solitaire, active et sinistre comme un corbeau empaillé.

Lorsque les trois se retrouvent, je me dit chic, ça va démarrer. Le ton est agressif, il y a des comptes à régler, des secrets honteux, ça va saigner dans la villa ... Les piques sont rancunières, bourrées de sous entendus. Sauf que moi, j'ai eu un problème de bande-son, je voyais un livre mais les sous-titres étaient en décalage, ou alors le décodeur était crypté, ou le film pas dans la bonne langue ... Cela m'a fait cet effet un peu pour tout, l'histoire du secret, les images des petites filles faisant le secret, des mêmes recherchant le coffre à secret. Les répliques se veulent vives et percutantes, voire caustiques à souhait, ce pourrait être un Lubisch, mais moi, j'ai loupé la cible. C'est tout décousu. Et si quelqu'un sait pour cette histoire des trois sorcières de Mac Beth, je suis preneuse.

( Pour le couteau à beurre aussi, mais je ne voudrais pas abuser)

 

Athalie

 

 

02/05/2013

Shakespeare, antibiographie Bill Bryson

william-shakespeare-1017561.jpgIl semblerait que la spécialité littéraire de Bill Bryson ne soit pas les biographies ; cela tombe bien, ce n'est pas la mienne non plus, côté lecture. Mais un billet de Luocine m'a donné envie de connaître cet écrivain (Bill Bryson, je veux dire, Shakespeare, j'ai déjà quand même un peu lu ou vu, en toute modestie). Me voilà donc en quête de glaner quelque plus sur le dramaturge par excellence, celui dont on ne sait pas grand chose, mis à part que c'est un des plus grands, à jamais et pour toujours.

Bill Bryson prend un parti pris qui m'a gênée au départ, et même un peu plus tard : en effet, s'il répète à l'envie que ce n'est pas à travers son oeuvre que l'on peut découvrir qui a été Shakespeare ; Shakespeare-l'homme, l'amoureux, celui qui avait des humeurs, des sentiments, une vie autre que par la plume, celui de chair et d'aventures, il ne cesse de le faire en catimini, pour démonter à nouveau que cette démarche est vaine. Il ne cesse de le répéter aussi, de Shakespeare, on ne sait rien, on n'en saura jamais guère plus que rien et ce n'est pas grave, puisque l'important c'est l'oeuvre et pas l'homme. Pourquoi aller gratter alors derrière ? Je ne sais pas, et en dehors de cette contradiction de pure forme, si, sur Shakespeare, on n'apprend pas grand chose (puisque l'on ne sait rien), il y a mille et un détails plus que passionnants sur l'époque où l'auteur mystérieux a quand même planté ses guêtres.

Le personnage principal de Bill Bryson est donc le mystère et il pointe d'étonnants jeux de savoir qui sont autant de méconnaissances : ainsi, bêtement, je pensais que l'on avait au moins une représentation fiable de Shakespeare, celle qu'on voit partout dans les livres, et bien non, de même pour sa signature ( ou presque), de même pour les représentations sur papier du théâtre du globe et aucune chronologie de ses oeuvres ne semble possible ... Eclairants  mystères.

Bill Bryson se réfère à plusieurs sources, les croise, et sans jamais être lassant, montre les failles et les impasses. Sur Shapespeare, donc, on ne saura rien de plus que le peu à savoir, mais sur Londres, les théâtres, la vie des gens de théâtre, les coutumes, les petits riens qui font la vie du temps crotté et superbe de l'Angleterre d'Elizabeth, par contre, les singularités font mouche. Saviez-vous, par exemple, que se noircir les dents pour qu'elles semblent pourries par l'abus de sucreries, était du dernier chic ? dents pourries = dents de riches ... que les vêtements et les lits se léguaient par testament ? Et que Shakespeare se distingue ainsi par le sien, puisqu'il laisse ses vêtements à une femme (pourquoi ? Ben ...) et le deuxième lit à sa femme, alors que normalement le mari léguait le premier à  sa veuve. Le deuxième lit était celui du couple, le premier était celui des invités, donc en principe le meilleur (puisque le moins utilisé), ce que Shakespeare ne fait donc pas. Pourquoi ? Ben, voilà ... Bill Bryson pose ses hypothèses et va voir vers un autre mystère ...

Ainsi, la conservation des textes et leur édition dont le biographe reconstruit l'histoire chaotique en un jeu de piste, quasi limpide à suivre et d'où l'on comprend, finalement, qu'on a affaire à un presque véritable miracle qu'autant de pièces aient pu être conservées et authentifiées. Et donc, malgré la cinquantaine de figurants prêts à prendre le rôle du plus grand fantôme des dramaturges, il reste à conclure qu' on ne sait pas grand chose sur le vrai, mais que ce n'est pas grave.

Une antibiographie qui porte par conséquent bien son sous-titre.

 

Athalie

 

 

 

28/04/2013

Une collection particulière Bernard Quiriny

une collection particulière,bernard quiriny,nouvelles,nouvelles belgique,incongru mais bienUn recueil de nouvelles, disons, pour ne pas faire dans l'originalité, particulier, d'une composition, particulière et d'un fantastique particulier aussi (tant qu'à manquer d'adjectifs, autant l'avouer tout de suite ...). Quiriny s'inspire de Borges, d'ailleurs c'est lui qui le dit, de Calvino ( celui des "Villes invisibles") et il y a du Huysmans de "A rebours" dans le personnage qui lie certaines de ces nouvelles entre elles, le dandy collectionneur, Pierre Goulde. Elles ont un début et une fin, soit, mais surtout se déploient entre elles en trois séries conjointes.

La première série est celle nommée "Une collection particulière" : Pierre Goulde, fin collectionneur de raretés littéraires, présente au narrateur les différentes pièces où il amasse des ouvrages classés par lui selon leur spécialités, extraordinaires, d'exception, Goulde en possède des centaines. Il y a les livres qui ont tué leurs auteurs, ou leurs lecteurs, ceux qui ont sauvé des vies, ceux qui sont rongés par l'ennui, ceux qui se refusent à la lecture si le lecteur n'est pas en "tenue correcte exigée" ... La section que j'ai préférée sont les "en quête de perfection" : après la mort de leur auteur, les livres s'auto-améliorent, se réécrivent tout seul, en cachette, ils se retranchent des adjectifs, des phrases, se tournurent autrement, bref, se rétrécissent (ou s'enrichissent, mais c'est plus rare, à croire que la perfection serait dans l'épure).

 La seconde série pourrait être de science fiction, mais ce n'est pas tout à fait cela non plus. Quiriny la nomme "Notre époque" et y pose un postulat à chaque fois différent, postulat qui génére des situations à minima cocasses, savoureuses, malicieuses, labyrinthiques, insondables comme des rameaux de pieuvres logiques. "Notre époque numéro 1" explore les conséquences d'un monde où les hommes se sont vus octroyer une résurrection systématique, ce qui n'est pas sans changer toutes les donnes religieuses, économiques, sociales, voire littéraires ... Avoir deux vies, en effet, ne donne plus la même valeur à la première, puisque l'on dispose d'une session de rattrapage : la lecture de Proust s'en trouve retardée, la mère ne tremble plus pour son enfant, et quid de l'abonnement au gaz ?

La troisième série est plus descriptive. Quiriny invente des villes, chacune possédant une géographie problématique ; la ville où l'on ne vit qu'un jour sur deux, la ville qui entraîne dans son autodestruction tout espace qui lui est conjoint aussitôt, et aussitôt contaminé, la ville où les souvenirs ne peuvent s'effacer, la ville qui construit sa double de l'autre côté de la rive  ...

Un livre fantaisiste, jubilatoire, incongru, surprenant et drôle, érudit, nourri de références en forme de clins d'oeil, qui génére lui aussi son double, un reflet de la fantaisie plutôt torve car l'amusement jongle avec l'ennui dévastateur, la destruction, la mutilation, la disparition, l'engloutissement : moi, je me suis dit que cela pourrait faire le même effet que, si en secouant une boule de neige avec du connu dedans ( genre la Tour Eiffel), le connu se mettrait à faire "Meuh" : une tour eiffel qui se trompe de jouet, quoi.

A lire avec délectation, en tout cas.

 

Athalie

 

03/04/2013

De Gaulle à la plage Jean Yves Ferri

Tire-bouchon-de-gaulle.jpgLe grand De Gaulle doit faire un break : " Eté 1956, lassé de l'ingratitude des français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France décide de prendre quelques vacances bien méritées". Ce préambule historique posé, Jean Yves Ferry ne s'y attarde pas et nous campe le libérateur en short militaire retroussé essayant ses premières tongs, in situ. Il lui manque cependant quelques modes d'emploi.

Escorté de son fidèle aide de camp, Le Borgnec, dont le dévouement n'a de limites que dans sa capacité poètique à suivre le grand homme, parfois quelque peu déstabilisé par sa grandeur faite subitement homme, le grand de Gaulle fait l'apprentissage pas à pas de la nature humaine du vacancier, de l'art de ne rien faire, de celui de déployer les serviettes de plage face au vent, de s'installer sous un parasol, voire de glisser un regard furtif vers des fesses humaines rudement bien balancées.

Derrière la plage, lieu principal des exploits du grand homme, on imagine l'hôtel familial en bord de mer, Bretagne sud, vue sur mer, avec la salle à manger aux nappes repassées et casier pour ronds de serviettes prévu à cet effet. Il doit avoir pour nom "Au grand large", et la pension complète propose des oeufs mimosa. C'est pas possible autrement ... (voir de la macédoine de légumes améliorée ?)

De Gaulle ne quitte donc pas son short replié, ni sa dignité militaire et présidentielle coincée au corps, ce qui produit les décalages savoureux qui font tout le régal de cet album où les "mini planches" ( je suis sûre qu'il ya un nom pour cela, mais je suis nulle en vocabulaire B.D.) enchainent les situations cocasses qui mettent le grand homme à l'échelle d'une réalité pour laquelle il est quand même peu doué ...

L'accompagne la tante Yvonne, en maillot une pièce et tricot chevillé au corps, le chien " Wehmarcht", pas encore complétement converti aux bienfaits du gaullisme, le fils, cantonné au ramassage de coquillages en attendant de passer son CAP de "sauveur de la France". Le grand homme a des vélléités d'autres vies, ne peut s'empêcher de lancer un appel de la cabine de la plage, déclenche des tempêtes, les calme, se jette, vers de Hugo à la bouche, au milieu des vagus survoltées, puis revient, tongs aux pieds quand même ( aurait-il appris quelque chose de l'humanité, pas sûr ...) vers le destin grandiose qui le rappelle. Le sien. De toute humanité désigné pour l'être.

L'homme aux si grands bras qu'il les levait tout le temps, se retrouve parfois coincé dans son geste historique, ce qui m'a fait souvenir que chez moi, quand j'étais bien petite, le tire bouchon aux bras qui se levaient et s'abaissaient, était surnommé le "Je vous ai compris", ce que bien sûr je ne comprenais pas, ce qui n'empêche que la phrase historique a toujours pour moi, le bruit d'une bouteille de vin qui fait "flop" ...

Souvenir décalé, et à peine nostalgique, comme l'humour savoureux de cet album.  

Athalie

 

 

 

18/02/2013

Chez les heureux du monde Edith Wharton

accessoires-coiffure-etoile-filante-1195118-dscn2168-6712b_big.jpgJ'ai eu du mal à m'y mettre à cette note là, non pas que le roman ne soit pas excellent, il l'est, mais je me demandais comment j'allais caser Racine dedans (dans la note, pour le roman Edith Wharton l'a très bien fait). Rien de moins, la grande tragédie dans les grandes largeurs de l'intime et de la parole des autres qui poussent la pauvre Lilly à sa chute. Rien de plus, et rien de moins.

Le faux pas, l'engrenage, la fuite en avant, le piège se referme avc la belle Lilly dedans, "ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente". Bienvenue, donc, chez les heureux du monde  et s'ils ne le sont, heureux, du moins sont-ils persuadés que le bonheur ne peut se mesurer qu'à leur hauteur. Les heureux, ce sont les membres de la coterie la plus fermée qui soit, la haute bourgeoisie new-yorkaise du début du XXème siècle. Les X, les Y, les Z, tiennent la dragée haute à tous ceux qui voudraient entrer dans leur saint des saints, leur cercle de privilégiés, leurs villégiatures, leur bridge, leur bal .... Dans ce monde-là, madame, on se marie entre soi, on se reçoit entre soi, on se monnaye des faveurs et on se déverse un poison fiellé à coup de petits fours qui peuvent être un vitriol.

Dans le bocal, Lilly tourne en rond. Elle est orpheline, sans fortune, mais recueillie par une tante fortunée, elle connait les codes d'entrée, elle est demandée, un peu subalterne quand même, et déjà un peu en danger de vaciller. Parce que Lilly n'est pas encore mariée, qu'elle le cherche justement, ce mari fortuné qui fera enfin d'elle une Dame opulente et respectée. Elle est belle, elle est fine, elle joue stratégique, elle n'a que ses seuls charmes pour appâter, enfin, le gros poisson, le ferrer et l'amener à lui mettre la bague au doigt. Une stratégie qui doit rester cependant invisible,car se jouant sous des yeux avertis, et que Lilly pense maîtriser.

Son premier faux pas : alors qu'elle se rendait dans une villégiature amie ( où le gros poisson peut rôder), elle loupe son train, sur le quai rencontre Sedden, qu'elle connait et à qui elle plait bien, comme une curiosité, ou un bibelot, et se rend chez lui boire un thé rafraichissant. Ce qui n'a l'air de vraiment rien. Sedden n'est pas une proie pour elle. Bien que célibataire, il est sans argent, bien que séduisant et cultivé, il est sans argent. Il reste que, en ce court moment loin des regards qui sont le théâtre habituel de la traque de Lilly, elle va juste sentir une voie autre possible passer, une certaine complicité, liberté ... qu'elle ne peut pas prendre, surtout pas, sinon, elle va dévier.

Sauf que, le mirage est tenace, une lente descente dans les Enfers mondains va s'amorcer, d'erreurs en erreurs, de ragôts en rumeurs, le cap bien huilé du mariage, s'éloigne. A chaque fois, Lilly le regarde passer, presque malgré elle. Elle aurait pu aller à la messe et gagner ainsi les faveurs de l'insipide Mr Gryce ; elle aurait pu laisser Mr Rosedale, le nouveau riche, faire d'elle sa locomotive mondaine, elle aurait pu ne pas servir de paravent à des tromperies mondaines, en regardant derrière son dos, là où l'amie allait frapper ... Mais Lilly, si elle se plie, ne se vend pas, même au plus offrant des galants.

Une bien belle héroïne, en forme d'étoile filante, manipulatrice manipulée, danseuse étoile et petit rat à la fois du théâtre d'une société fort cruelle, où les chasse trappes n'ont pas d'échelle, un superbe roman dont l'écriture décortique finement et sans appel les rouages du triomphe des apparences.

Pauvre, pauvre, Lily

 

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/25/le-temp...

 

 

05/02/2013

La petite cloche au son grêle Paul Vacca

quartierParcGuermantes.jpgLa petite cloche qui a un son grêle, là, c'est moi. J'ai la sonorité vasouillarde pour parler de ce petit bouquin qui m'a laissé sur sa rive et sur mon envie de madeleine.

Le narrateur est un garçon de treize ans, il a des soucis à l'école, des trucs de reconnaissance de soi, avec les filles et tout. Il a une maman, une belle maman, qui aime les fleurs et son fils, son mari aussi, mais surtout son fils, parce qu'ils sont complices et tout. Le papa, il est gentil aussi, il aime le foot et ses clients dans son café au bord de la nationale, mais cela n'empêche pas. (Foin des préjugés !)

Donc, ils vivent tous les trois dans le café, genre formica et habitués qui picolent (mais pas le papa, ni la maman), qui picolent gentillement quand même et la porte quand elle s'ouvre, ça fait tinter la petite cloche, d'où le titre.

Cafetiers dans le nord de la France, ça fait pas cultivé. Mais la maman, elle est persuadée que son fils va devenir écrivain, alors elle lui lit des livres et conspue la maitresse qui lui descend les rédactions de la progéniture sans aucun ménagement ( elle m'a fait froid dans le dos, la salopitude !).

Et puis un jour, une belle actrice lyrique qui sent l'iris va oublier dans l'herbe de son jardin le livre, celui qui va tout remettre en ordre, " Du côté de chez Swan". Le jeune garçon s'en empare,  hume, puis lit.  C'était donc cela la littérature ! une révélation ! ? la mère attendrie, y voit la confirmation. Tous les deux sont pris alors d'une fringale d'échanges littéraires et de madeleines de Proust à leur sauce à vous en faire retourner la béarnaise. (non, cela n'a rien à voir). Ils vont relire leur village à l'aune du salon des Verdurin. Le papa va s'y mettre, il n'y a pas de raison, sauf que ce qui l'inquiète lui, c'est que le Proust ne déteigne pas sur son fils. Comprendre qu'il ne devienne pas homo, "de la jaquette", quoi. Entre deux tonneaux dans sa cave, il s'interroge en lisant l'abécédaire de Proust.

L'épidémie va ensuite contaminer tout le village, surtout après une mémorable soirée lecture de Pierre Arditi dans le café converti en salon de lecture high-tech pour l'occasion. Et oui, "Longtemps, je me suis couché de bonheur", ça emballe sec.

Y'a des coups de baguettes magiques qui se perdent dans l'eau. Malgré de belles pages ( si, si, il y a un truc), j'ai attendu la sonnerie de la récré.

 

Athalie

01/02/2013

Sur un lit de fleurs blanches Patricia Parry

Les-enfants-du-paradis_portrait_w858.jpgIl faisait longtemps que lecture ne m'avait autant réjouie, une lecture de couette, forcément, vu le titre. Eviter quand même d'étendre sous la dite couette, des branches de lilas blancs, même si l'odeur doit en être envoutante, au départ, je vous dit pas le boulot quand c'est fané, et puis le brave docteur Victor Dupuy, le héros, y est allergique. Le lilas lui provoque des crises terribles, et des crises terribles d'héroïsme sous la couette, c'est pervers.

Sans compter que vous en aurez votre compte des pervers dans le romans, ils fourmillent, voire grouillent, s'auto-tamponnent. Le théâtre s'ouvre, les rideaux sanglants laissent voir le décor, Paris, XIX, les cafés, les bouges, les hopitaux, les cimetières ... Tremble, boulevard du crime, ils sont tous là ....

Une prostituée de luxe au caractère trempé et presque au grand coeur, au charme presque angélique et à toutes épreuves.

Un médecin, métis ( ce qui n'est pas sans conséquences ...), brillant, orphelin, affligé d'un grand-père héroïque, d'un lourd secret de famille et d'un sérieux penchant de tendresse pour la belle courtisane ci-dessus.

 Un professeur de médecine, pas machavélique pour une goutte, mais qui a quand même quelque peu tendance à se tromper dans ses doses.

Un journaliste homosexuel, fort évidemment pas déclaré, mais malgré tout alcolique à ses heures, nègre d'un grand écrivain syphilitique, alors qu'il n'est même pas noir.

Un comte, à la peau trop bleue pour être véridique.

Une mère religieuse aux airs peu catholique.

Des comparses torves, criminels dans le sang, aux complots nébuleux et profitables, du moins pour eux.

Et les victimes : de jeunes orphelins perdus dans les bas-fonds de la misère parisienne, petits mitrons à la gouaille enfarinée, retrouvés égorgés et vidés de leur sang, quelques messes noires plus tard, couchés sur des tombes du père Lachaise, sur des lits de branches de lilas blancs .... et que la police, elle s'en bat le coquillard comme de son premier Dumas venu !

Vous secouez, mélangez, mettez à la sauce secret de famille et tatonnements scientifiques, un brin d'Eugène Sue, une effluve de Balzac ( celui qui écrit comme un cochon "La femme de trente ans" en se gourant dans les chapitres) et vous avez un succulent roman labyrintho-historique où les personnages se perdent dans une intrigue à ne pas tenir debout, meme un mort pas vidé de son sang, un régal de roman feuilleton revisité par une plume qui sait où elle va et où sont ses références (même si moi par moments, je ne savais plus trop qui était qui, où allait où, et pourquoi ...)

Bon appétit !

 

Athalie 

 

Par où cette lecture est venue :

http://ray-pedoussaut.fr/?p=2933

20/01/2013

La couleur des sentiments Kathryn Stockett

La-couleur-des-sentiments-4_scaledown_450.jpgC'est en lisant l'épilogue de l'auteure que j'ai enfin (j'ai mis le temps vu le pavé ...) réussi à me formuler à moi-même un peu plus clairement ce qui gênait depuis le début dans ma lecture de ce best-seller-là, pourtant beaucoup plus prenant que ce à quoi je m'attendais, à vrai dire (oui j'avais commencé cette lecture avec un oeil torve à tendance moqueuse).

Katryn Stockett y explique qu'elle a voulu rendre hommage aux domestiques noires des maîtresses blanches parce qu'elle même a été élevée par l'une d'entre elles, Demetrie, et que Demetrie, personne ne lui a vraiment parlé, personne ne l'a vraiment vue, durant toutes ses années de service, de service dévoué à sa condition de domestique noire dans le Mississipi d'avant les droits civiques.

C'est bien ce qu'annonçait le titre, les sentiments ont une couleur, c'est cela qui me gênait.

La micro société de Jackson (Mississipi) est reconstruite au travers de quelques figures emblématiques ; les maitresses blanches, les domestiques noires, à chacune sa chacune ou presque. Par ordre de salopitude,  Hilly, la parfaite salope, raciste convaincue, sans état d'âme aucun,  Elisabeth, salope aussi, surtout suiveuse de la première, parce qu'Hilly est dans cette mini société, celle à qui il faut plaire sous peine d'excommunication du club de bridge, ce qui est radical. Une autre, par contre, détonne, Célia (celle pour qui j'ai eu un faible au départ), la poupée barbie alcoolique qui veut à tout prix être amie avec les copines d'Hilly, celles de la bonne société des oeuvres bienpensantes, et même avec sa domestique de couleur, la grande gueule, Minny, qu' Hilly poursuit tout particulièrement de sa vindicte. Et puis, la délatrice, celle qui va ruer dans les brancards, Miss Skeeter. Jusque là amie des premières, aveugle visiblement au racisme qui scruture sa pensée et celle de toute la ville, blanche ou noire, depuis sa naissance, une histoire de toilettes séparées va brutalement lui ouvrir les yeux et lui donner envie de témoigner, ou plutôt de faire témoigner, ces femmes qui servent sans mot dire celles qui les traitent comme des objets sourds.

Des toilettes séparées dans les maisons où les domestiques noires travaillent, au nom du respect des différences, il faut dire qu'il y a de quoi hurler. Aibileen, la bonne principale, celle dont on suit le plus les humiliations et les drames, s'en accommode. Sympathique, méritante, courageuse, elle sait lire et écrire, dotée d'un solide bon sens et d'un esprit critique percutant mais silencieux, pas dupe, elle s'est adaptée à sa colère. Et pourtant, elle, la noire exploitée, va jouer le jeu de miss Skeeter, la rebelle à sa classe, et être la première à témoigner.

C'est la deuxième chose qui m'a gênée, que l'esclave (parce qu'on en est encore là), accepte de collaborer avec le bâton qui la tient en laisse, ou du moins une de ses représentantes, même de bonne volonté, sans avoir envie de mordre, qu'elle aime même les enfants blancs de ces femmes blanches-là, et qu'elle les élève, avec l'amour et la patience que les maitresses n'ont pas. Ce fut peut-être une réalité, je ne sais, mais elle m'a un peu écorchée, comme lorsque la rebelle noire, Minny, répare les saletés de la "pauvre" vie de Célia, même en ronchonnant. Le racisme et le mépris paraissent si ancrés dans ce sud des privilèges de la couleur, que cette collaboration passive m'a parue quelque peu pastel.

Mais bon, je le savais avant que la violence était ici feutrée, vue par les sentiments, donc aucun regret !

C'est un bon moment de lecture que j'aurais peut-être reculé si il n'avait été commun avec Ingannmic. Merci ! Son avis, très positif :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2013/01/la-couleur-de...

 

28/11/2012

Vice et vicissitudes à Versailles Alain Baraton

Vice et vicissitudes à versailles, Alain Baranton, Mon vice, mis à part d'autres non mentionnables, c'est le XVIIème siècle, les fastes Louis quatorziens, pas sa politique, ses guerres, ses famines. Non, un vice qui se nourrit de pacotilles et de bruissements courtisans, les coulisses, les intrigues, les amours .... des grands,  des maitresses prêtes à tout, des courtisans réduits à la plus vile flatterie. Mes peoples à moi, c'est la pauvre La Valière, la triomphante Montespan, la jolie et éphémère Fontange (La dernière, la belle veuve Scarron, la Maintenon, je suis moins fan !). Je suis quasi incollable en messes basses, mesquineries, jalousies, complots et poisons des amours du roi soleil, dont les alcoves sont bien plus drôles que n'importe quel article de "Gala" (en plus, "Gala", ça sent le soin dentaire, beurk !)

C'est à cause d'"Angélique marquise des anges", je suis tombée dans la guimauve quand j'étais petite et depuis, je bave encore un peu. Aussi n'ai-je pu que battre de mes deux paupières délicatement fardées lorsque mon ami historien préféré m'a offert ce livre. Le sous-titre ne pouvait qu'aggraver mon état " Crimes, trahisons et autres emprisonnements au palais du Roi-Soleil". Voilà qui ne pouvait que me faire m'agiter de l'éventail.

Soit, ce n'est pas de la "littérature", point n'est le propos d'ailleurs, le style se veut fluide, c'est tout, un peu facile dans l'analyse politique, mais point n'est le propos d'ailleurs non plus, ce qui n'empêche au passage quelques remises au point sur la morale élémentaire et quelques fantômes tragiques passent, dont ceux des insurgés de la Commune, relégués dans l'Orangerie en attendant que les orangers n'y reprennent leur place ( les pauvres, ils allaient geler dehors) et que les hommes ne partent pour leur exil lointain..

Celui que j'ai préféré de fantôme, c'est le taquin, celui de Marie Antoinette, qui se sort de sa grotte à dates fixes, et que certains amoureux attendent, dont l'auteur, Alain Baraton, amoureux du lieu et qui vous y promène, aussi légèrement sans doute que les belles à mouches ne couraient entre jardin et fontaines, du plus vite qu'elles le pouvaient vers leurs plaisirs éphèmères. Le peuple, Alain Baraton lui fait une place, malgré tout, en tout cas plus que les belles qui se pâmaient au parfum trop fort des tubéreuses.

Une lecture à réserver aux amateurs (trices) d'anecdotes historico-paysagères, le livre d'un amateur passionné d'un lieu passionnant. Si j'ai bien compris, l'auteur est jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles. Si j'ai bien compris, toujours, il habite dans le domaine, une maison où aurait séjourné Molière, et le soir, il promène son chien dans les allées ... Moi, dès qu'il fait rebeau, je mets une laisse à mon chat et Lully à fond pour arpenter mon allée de gravillon, je sens que mon rosier va se pâmer ...

Athalie

21/11/2012

Betty Indridasson

betty,indridasson,romans,romans islandais,romans policiersIntérieur noir, noir et blanc, la vamp en robe de soie descend les marches d'un cinéma salle de conférence où vient d'avoir lieu une intervient sur la régulation des quotas de la pêche des poissons et ses incidences dans le marché européens (pas glop, pas glop, Pussy cat ...). Betty tient la rampe, le décolleté  sur les seins nus, chevillette chera entourée d'une mince chainette, la soie se tend sur la cuisse .... Clic clac. Le narrateur est dans dans la boite. Betty est une femme fatale, Betty fume des cigarettes grecques qui lui font un long cou et la voix rauque, Betty a un mari violent mais riche, si riche ... Betty est audacieuse, Betty est sensuelle, Betty ment, un peu beaucoup énormément, comme un exercice de style sur le glamour.

"Hollywood en Islande" =  engrenages machiavéliques, coups tordus, mais tordus dans dans l'autre sens, pas le même que, mais presque, sauf que c'est dans l'autre.

A lire

 

Athalie

 

PS : ai-je fait assez court, A.M. ? En plus long, mais tout aussi élogieux ( et préservant tout le mystère de ce retournement d'un sens mais pas dans l'autre quoique ...)  :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2012/04/betty-arnaldu...

 

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