Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/10/2015

Le général du roi, Daphné Du Maurier

daphné du maurier,le général du roi,romans,romans historiques,pépitesUn roman de la grande Daphné qui a le goût chevaleresque très prononcé d'un amour d'amour impossible, mené au fil des épées de l'éternelle absence de l'aimé et de ses éternels retours, entre deux attentes de l'aimée, dans les brumes et les fracas des châteaux assiégés.

Mais la cause du pourquoi de l'impossible amour, pourtant partagé, entre l'aimé Richard et l'aimée Honor, je ne peux pas vous le dire, sûrement pas. Ce serait gâcher.

Donc, juste dire que nous sommes transportés en Angleterre au XVIIème siècle. La fronde des nobles de Cornouailles gronde contre la tyrannie financière du parlement de Londres. Eux soutiennent le roi, Charles 1er, pourtant bien falot, à mon très humble avis de roturière du XXIème siècle. Parmi ces fidèles, qui bientôt prendront les armes, se distingue tout particulièrement une famille, les Grenville, dont le panache est flambloyant. Le frère ainé est un modèle du genre, loyal, noble et juste. Par contre, le frère cadet, Richard, a le sang plus chaud que bleu, une réputation détestable de coureur de dots. Sans scrupules, il agit avec autant de cruauté que d'absence de remords, rempli d'orgueil, et de vanité méprisante. Sauf que en ces temps de guerre civile, il est aussi un stratège militaire hors pair, un meneur de troupes sans égal. Alors forcément ... Il lui est beaucoup pardonné, et il est si beau ... 

Lors d'un dîner de victoire, Richard va poser les yeux sur Honor et Honor va choisir Richard, sous les yeux effarés de sa propre famille, car si elle était la petite dernière, un peu gâtée par ses frères, un peu rebelle déjà, là, Honor va rompre avec une certaine bienséance et la petite trouver son maître et son amour. La première rencontre sera la définitive alliance de cette jeune fille de petite noblesse de sang, mais non de coeur, et de ce chevalier pour le moins atypique. Bouillants l'un de l'autre, consentants à leur perte sociale et unis à jamais.

Euh, pas de souci, hein, on n'est pas dans de l'eau de rose, même si j'ai bien conscience d'en aligner tous les clichés. Enfin, si, il y aussi de l'eau de rose mais portée à ébullition, une sorte de concentré. Les capes volent, les épées claquent et frôlent des jupons d'amazone intrépide et l'amour des deux tourtereaux insolents croise quelques obstacles, il faut bien le dire. Surtout quand la méchante soeur Grenville pointe son nez de rapace, séductrice et torve, genre Milady.

"Le général du roi" est un roman qui mène ses clichés à la baguette, tambour battant, sans complexe, et pioche aussi au passage dans le gothique des châteaux avec chambre secrète, porte qui grince, enfant caché, araignées comprises. Il se lit à la vitesse d'un cheval au galop.

Romanesquissisme .

 

20/06/2015

Les oiseaux, Daphné Du Maurier

3466755_7_7941_devant-les-centaines-de-mouettes-on-replonge_e526533a71beafa0caedc0b4fe586585.jpgSi vous n'aimez pas les nouvelles, si elles vous laissent un goût de trop peu, si le format court frustre votre goût immodéré du romanesque au long court, alors, il faut, d'urgence lire "Les oiseaux". A cause que ces sept nouvelles remplissent tellement toutes ces anti-conditions, qu'on en redemanderait alors qu'on est déjà plein. Moi, ça me fait cet effet-là avec les trucs que j'aime vraiment: les fraises tagada, les oeufs à la neige, le pain perdu, le chocolat blanc fourré aux myrtilles, et donc, logiquement, Daphné du Maurier.

Le must du recueil est est, bien évidemment la nouvelle titre, "Les oiseaux". Je ne dirai rien du film Hitchcock, que je connais évidemment par cœur, ce qui ne me gêne absolument pas pour le revoir encore, malgré les commentaires acerbes de fiston : "On voit tous les trucages" - "M'en fiche" articule-je, enfoncée jusqu'aux doigts de pieds dans le plaid et gavée de chocolat blanc fourré aux myrtilles

Grande surprise ! La nouvelle n'a que peu de points communs avec le film ; point d'inséparables, pas de blonde citadine hyper classe et hyper injustement traitée par le beau Nath, mais, un Nath seulement, avec femme et enfants, fermier, père de famille tranquille, qui voit poindre sur les vagues les attaques ailées et tente de résister, dans le silence assourdissant de la radio, à ce qui semble bien être la fin du monde ... Rien de moins qu'un pur chef d'oeuvre, ce qui fait qu'avec le film, ça fait deux.

 Suivent six autres histoires qui mêlent, elles aussi, avec une efficacité ciselée, l'étrange et l'ordinaire. "Le pommier" par exemple, où dans une campagne très "country", une femme acariâtre meurt, libérant ainsi son mari de sa tristesse stérile. Mais dans le verger, repousse un vieux pommier dont le poison se distille à petites gouttes.... "Encore un baiser" mène une très chic mère de famille, lors de vacances très vides, dans un hôtel très chic aussi et bondé d'admirateurs potentiels, vers une liaison amoureuse à l'essai. Son ennui, la chaleur, sa beauté inutile entraînent la belle indifférente au bord de la falaise ... Dans "Mobile inconnu", un arrière goût d'Agatha Christie flirte avec la folie d'une jeune femme pour qui la naissance d'un enfant aurait dû être une joie ... 

Un pur régal, le ton Daphné jusqu'aux bout des ongles, entre lumière et crépuscule, où le pire n'est jamais sûr mais toujours incertain, et c'est encore pire ....

21/07/2014

Rebecca Daphné du Maurier

rebecca,daphné du maurier,romans,romans angleterre,pépites,a cup of tea timeUne relecture délectable ... Dès la première phrase, tout le suc romanesque vous remonte aux effluves de la mémoire : "J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" suffit à pour remonter l'allée sombre et hantée vers le château du prince charmant renfrogné et de la vampire à double visage. Puis, quelques lignes après, (je transforme juste un peu) : "Je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des (lectrices) et je glissais à travers les (pages) comme un fantôme."

Que dire de cette relecture délicieuse si ce n'est le plaisir de retrouver tout à la même place : l'affreuse snob de Mrs Van Hopper, fort judicieusement clouée au lit dans son angine, les premières promenades de la fébrile narratrice et de l'ombrageux Max, la naïveté maladroite de la jeune épousée qui croit marcher sur les bonheurs intouchables d'une première union idyllique, et se leurre dans les filets du silence. Le petit ange de porcelaine se casse toujours à la même page, le R de Rebecca se dresse toujours comme une griffe pour hanter l'amour éperdu de la narratrice, le vieux chien dresse toujours l'oreille à l'écoute d'un pas qui ne vient plus, le brouillard tombe toujours sur la baie, d'où surgit, encore une fois, la cabane des plaisirs de la morte, et un naufrage, toujours, fait remonter le cadavre de celle qui fut l'infâme ensorceleuse ...

Quel plaisir de retrouver là, l'affreuse madame Danvers, toujours aussi perverse, elle aussi, malgré le temps qui a passé depuis que je ne l'avais revue, silhouette noire qui savoure sa vengeance dans l'ombre du grand escalier, jubilant de voir sa trop docile proie descendre en robe blanche vers les regards horrifiés des invités du bal. 

Le cousin maître-chanteur est toujours là, lui aussi. Il n'a pas pris une ride et campe toujours ses fesses dans le canapé du petit salon, croyant tenir en même temps que son verre de whisky, Max, dans sa main. Et se déroule alors le canevas des peurs et des soulagements attendus.

Tout est là, immuable. Le charme se déroule jusqu'aux dernières phrases aussi pleines que les premières de ce goût nostalgique et sucré de ces phrases si souvent lues et relues : "Il n'y avait pas de lune. Le ciel au-dessus de nos têtes était d'un noir d'encre. mais le ciel à l'horizon n'était pas noir du tout. Il était éclaboussé de pourpre, comme tâché de sang. Et des cendres volaient à notre rencontre avec le vent salé de la mer."

28/09/2013

Ma cousine Rachel Daphné du Maurier

imagesCAE4OLDM.jpgEt voilà ! Il m'a fallu attendre la toute fin des vacances ( je sais, ça date un peu, mais d'autres notes sont venues s'intercaler dans mon organisation prévue qui s'en est vue toute chamboulée, par ma propre faute, évidemment, une organisation étant faite pour ne pas être suivie), pour que je trouve MA lecture de l'été à moi, celle qui parle d'amour : dense et limpide, coulant de source et frappadingue. Pour "Ma cousine Rachel", sans recul aucun, je proclame MON coup de coeur.

Soit, ce n'est pas franchement estival, il y a bien une folle histoire d'amour et un peu d'Italie, mais pour l'essentiel, l'histoire se déroule sous la pluie, dans l'ouest de l'Angleterre. C'est là que les passions se déchainent sous couvert de soupapes et de brouillard intime. Enfin, surtout pour le narrateur, Philipp, jeune homme sans grande expérience des femmes, limite goujat, d'ailleurs. Il vit dans un domaine agricole qu'il aime passionemment, comme il aime passionnément Amboise, son oncle, son protecteur, son mentor, son modèle. Il héritera de lui le domaine, les domestiques, les fermages, la tranquille série des jours cossus, la décoration sommaire mais virile du cottage. Philipp a une vie toute tracée qui lui convient parfaitement. Toujours pas de cousine Rachel, ni de tornade amoureuse en vue ... Elle arrive, la belle, tout doucement. C'est Amboise qui va la débusquer ( ou l'inverse ...) au détour d'un de ses séjours d'été en Italie où il séjourne pour soigner ses rhumatismes en laissant les pluies boueuses aux bons soins de son neveu. Une lettre arrive d'Italie, la belle aime les jardins et les fleurs, comme Amboise, puis une autre, puis deux, puis, le ton change, le jardin s'assombrit, l'horizon se complique, puis ...

On ne peut guère en dire plus ... L'histoire d'amour est tendue comme une corde raide, avec des précipices de chaque côté, et un gouffre en dessus. Dès le premier chapitre, on sait que le pauvre Philipp en est sorti tout cassé, mais cassé comment ? On sait que le drame l'a engouffré, justement, a tout emporté, amour d'elle, amour de soi. Mais c'est si bien fait, que même au bord de l'implosion, celui où souffle haletant, on voudrait bien savoir si Philipp a ... ou va ... (l'andouille ! non, il ne va pas ....), si Rachel va ... ou a ..., et que l'on ne veut quand même pas lire la fin, pour ne pas casser la corde, mais que la tentation est si forte que vous relisez le premier chapitre donc, rien à faire, rien ne transpire, sauf vous.

Une histoire d'amour tissée comme une redoutable toile d'araignée, mais qui est la mouche ? Dans l'enchainement aveugle des passions, la Daphné, elle est balèse. A lire en automne, en hiver, au printemps.