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05/02/2014

La claire fontaine David Bosc

romans, romans français, la claire fontaine, david Bosc, pépitesJe n’aurais qu’une critique sur ce titre, son titre, justement. Pour moi « La claire fontaine », ça fait Ingres, ça fait pas Courbet. Mais je ne suis pas, loin de là, une connaisseuse de l’œuvre de Courbet. Je dirai même que « L’enterrement à Ornans », je ne trouve pas ça beau. Je sais que c’est fait exprès, mais quand même ... C’est une révolution picturale. Il fallait le faire, soit, mais bon, je regarde, je lève mon chapeau et passe, l’œil sec. Donc, quand j’ai lu la note de Jérôme conseillant ce livre, je n’ai pas lu Courbet, j’ai lu Ingres. Du coup, l’esprit embrumé par mon inculture et mon attention flottante, je me suis dis « Tiens un livre sur Ingres en Suisse qui peint des fontaines », voilà qui est pour moi, je ne connais pas. Et pour cause, Ingres n’a jamais fichu les pieds en Suisse. Courbet oui, mais il n’a pas peint de fontaine ( du moins pas dans ce livre). Ce qui fait que je reste avec ma question : pourquoi « La claire fontaine » ?

Courbet en Suisse, c’est le Courbet fini, celui d’après la fulgurance de la Commune, celui d’après ses morceaux de bravoure, le Courbet poursuivi par le pouvoir réactionnaire, celui qui doit payer la colonne de Vendôme. De cette période d’exil, brève de quatre ans et finale pour le peintre, il semblerait que l’on ne sache pas grand-chose, ce qui fait sans doute que l’auteur l’a choisie, il a devant lui un vide qu’il remplit de mots et il y brosse des traits fins comme le peintre balayait les toiles de ses natures mortes de sa taloche. Le narrateur observe son sujet puis lui dresse un hommage bien senti.

Pas amer, juste revenu de toutes ambitions, on y trouve un Courbet montré comme un rustaud du couteau à peindre, grand buveur, hâbleur, fêtard jusqu’à plus soif, se levant tard, il peint à tour de bras les paysages, sans théories, projets et sans vergogne, toujours un peu les mêmes ; il se finit en beauté. Rien de suicidaire, on reste sur les bords, on le regarde. Le récit tient en peu de choses : Courbet peint, mange, boit, le tout en grande quantité, en désordre et en même temps. Courbet baigne, parfois à pas d’heures, un corps adipeux, amplifié par ses excès, dans les eaux froides. Parfois une scène, son père en visite, la lumière qui dessine son profil en un dernier tableau, ses amis, ses aides qui le quitte, le temps présent qui l’ignore. Il lui en reste peu, il le gaspille. Quelques souvenirs des œuvres maîtresses, le portrait de Baudelaire, « L’enterrement, « L’origine du monde ». Tout est derrière lui, sans nostalgie, une liaison avec une servante, à peine esquissé à pleine mains, des gueuletons à pleine gueule, les derniers fidèles qui le lâchent et la mort, pitoyable, une fin de baudruche qui enfle, pas pitoyable, pourtant.

C’est un hommage qui ne le dit pas comme un « c’est beau », l’auteur les décrit seulement, ces natures mortes animalières que Courbet a aligné du temps de sa splendeur de bouffeur de pots de peinture. Les corps des cerfs et des chiens sont disséqués, exposés comme le peintre le faisait, et l’on comprend la technique, le pas beau voulu. Ces descriptions sont elles mêmes comme des natures mortes, saisies au vif, sans recours à l’âme, ce sont des touches bien encadrées pour une peinture comme attachée au rendu de la matière. Le texte passe par le toucher, l’odorat, joue des sens gras et fins des mots et tournures, pas si familières qu’il ne le semble au premier coup d’œil, pour faire voir l’épaisseur que le peintre cherchait.

Jusqu’au dernier tableau de mots, un tableau jamais peint par Courbet mais si juste, qu’on souhaiterait qu’il existe : «  un homme dans l’eau jusqu’à la taille, immergeant un poupon rieur en le tenant sous les bras. Une belle gosse, douze ou treize ans, avec une bouche de je-vous-aime-, plongea sans perdre d’élan. Sa chemise et ses cheveux firent sous l’eau comme une bouche qui s’ouvre. Des fillettes et leur mère achevaient de goûter. Les petites avaient posé sur un plancher mouillé les noyaux de pêche qu’elles avaient sucés. On y voyait quelques filaments jaunes réunis en pointe »

Des passages comme celui, je les ai lus et relus, le livre est court, on peut prendre son temps et y revenir, j’ai savouré les mots sur la peinture de Courbet, vu que moi, la peinture de Courbet, c’est pas mon truc. Les cerfs morts tout foncés et verdâtres, ça ne me parle pas. Les poissons posés sur la table, la truite bouche ouverte, le peu que j’en connais ... C’est juste personnel, quoi. J’ai dû voir trop de reproductions bas de gamme sur les boîtes de chocolat de Noël, un peu comme « La balançoire », « Le déjeuner sur l’herbe » et autres chefs d’œuvre qu’il faudrait voir avec l’oeil neuf du naïf. En tout cas, maintenant, j’y regarderai quand même à deux fois sous les écailles des poissons (en peinture, je veux dire).