Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/12/2012

Les paradis aveugles Duong Thu Huong

les paradis aveugles,duong thu huong,romans,romans vietnamEvidemment, comme toujours (pour l'instant, du moins, dans ce que j'ai lu), l'action se situe au Vietman, le Vietnam communiste, et sa ville et sa misère des petites gens, son goût des voisins, ses odeurs, ses saveurs, ses cris des rues, ses entrelacs d'avec la campagne proche et ses traditions rurales qui résistent comme elles le peuvent à la mesquinerie d'en haut, le pouvoir mesquin des petits qui l'exercent.

La trame est mince, elle suit l'itinéraire de Hang, jeune fille à l'avenir prometteur, celui que son oncle Ching va un peu tout gâcher, et de sa mère, Qué, qui y a mis aussi de la bonne (ou de la mauvaise) volonté, et enfin, de sa tante paternelle,Tâm, qui tente de sauver les meubles, et les souvenirs, du père trop tôt disparu.

L'oncle Ching est un petit fonctionnaire, sa soeur est une petite commerçante, ce qui ne lui convient pas au frère, parce que le commerce, c'est l'ennemi de la classe ouvrière ; sauf que le fonctionnaire est pauvre, égoïste et la soeur généreuse et soumise aux lois familliales ancestrales plutôt qu'aux nouvelles règles du parti. Soumise jusqu'à l'idiotie, Qué va choisir son frère,  insipide, méprisant et orgueilleux, plus tard, corrompu, à sa fille, brillante, aimante, mais trop attachée à sa tante, celle qui tente de lui garder l'avenir ouvert, avec son royaume rural tout de douceurs parfumées et de gestes tendres, de fêtes et de fiertés.

Hang regarde, sans trop comprendre ainsi s'effilocher les liens entre elle et sa mère qui se saigne inutilement pour son falôt de frère et sa famille, la laissant elle, le long du chemin. D'héritière d'un royaume, elle deviendra ouvrière tisseuse en URSS, malade et affaiblie. Du moins est ce ainsi qu'on la découvre dans les premières pages du roman, alors que malgré tout elle se rend au chevet du Ching, toujours petit malfaisant sans envergure, qui l'appelle à son chevet.

Vu ce que l'on apprend après, évidemment, rien de très logique et il me faut bien le dire, ce n'est pas l'intrigue palpitante qui me retient à cette lecture, ni de voir que le communisme,  ça n'empêche pas de faire fortune, ni de mourir de faim ... Mais que la palpitation est belle et que je voudrais savoir quel goût a le "poulet mariné aux graines de lotus", "le riz gluant au momordique", "les graines de nénuphars cuites", quelle odeur a "la senteur fraîche des noix d'aréquier", quelle couleur, quelle pétale pour les fleurs de lentilles d'eau. Il y en a qui ont leur palais des mille et une nuits, moi, j'entrouve le mien en ces pages d'un monde si beau et si perdu où " des ordures flottaient agglutinées aux cadavres des éphémères";

Un des premiers romans de l'auteure, réédité par les très remarquables éditions Sabine Werpiesser, éditeure et auteure que je ne lâche pas de vue depuis l'envoûtant "Terre des oublis" ; envoûtant, ce roman-là l'est moins, mais il résonne d'échos ..... Ce qui est déjà pas mal du tout !

 

Athalie

 

De la même auteure sur ce même blog et non cité dans la note ci-dessus :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/10/29/sanctua...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2011/05/19/roman-s...

 

Mille Mercisssss et bisesssss A.B !

30/10/2011

Sanctuaire du coeur Duong Thu Huong

Le hors d'oeuvre

Un des problèmes avec Duong Thu Huong, c'est d'orthographier son nom correctement. Par contre , pour le prononcer, on peut aussi dire, "Tu sais, l'auteure de Terre des oublis (le souci étant que celle (celui), à qui l'on parle ait lu Terre des oublis....). Après, c'est pour ranger le bouquin dans la bibliothèque. On le met à D ? T ? ou H ? En ce qui me concerne, j'ai choisi D, ce qui n'est pas non plus un choix définitif : puisque je ne lirai pas T. Tjepal, j'ai gagné de la place sur les T par anticipation. A H, je n'ai pas de désistement. Le truc, c'est que si je déplace Terre des oublis, Au zénith et les autres, il va falloir que je m'en souvienne, et ne pas accuser les A. de me les avoir empruntés. Les pavés, ça prend de la place. c'est un souci récurrent.

 

L'entrée

Une autre récurrence, le Vietnam. Du coup, je m'étais préparée à garder en permanence le nez en aguet des effluves, papilles dilatées au vent, résignée à rêver de nems pendant quinze jours ou plus ... Et changement, on mange par procuration, un peu quand même, mais moins. ce qui n'enlève rien aux saveurs littéraires ... Autre changement, le plat principal n'est pas une figure féminine, mais un jeune homme, aux contours féminins,soit, mais dont l'histoire a fait une bête de sexe. 

Pas dès le départ, qui part d'ailleurs lentement. De loin, on l'entrevoit, on le respire à pas feutrés, il met du temps à prendre forme et goût. Sa cousine en trace quelques traits : elle a été appelée par ses parents, maîtresse Yen et maître Thy, couple d'enseignants et d'amoureux modèles, dont le fils chéri unique vient de se faire la malle avec toutes leurs économies. Thanh, le petit garçon si sage, si studieux, si promis à un si bel avenir n'a pu qu'être entrainé par l'autre,le fils du poète fou, le responsable, le tentateur. Derrière la quête, on commence à l'apercevoir, l'absent,une silhouette absorbée par la contemplation des lucioles et le goût sucré des fleurs de pamplemoussiers.

Les accompagnements du plat principal

Avant de retrouver le fantôme du garçon sage transformé en gigolo de luxe, on se fait balader, d'histoires en histoires. Le lingot d'or pur est tombé dans la mare fangieuse, mais on prend le temps de faire le tour des centres concentriques le poète fou, sa femme, l'oncle Qué, la belle jeune veuve ... Un rythme indolent qui berce sa lectrice, pas pressée de retrouver Thanh, finalement, pourquoi se presser, il a l'air si loin, immobile jouet. Et puis, ses souvenirs prennent forme, les parts d'ombre s'entrelacent comme des poupées gigognes, sans que l'on n'ai trop d'efforts à faire pour les ouvrir. C'est l'intime de la blessure que l'on creuse en continuant les circonvolutions quelques peu balzaciennes, il y a bien quelque chose de pourri aussi dans cette société de l'après révolution : on nous ouvre les échoppes, on regarde dedans, pendant que Tranh avance, en semant ses illusions perdues, plutôt Rubempré que Rastignac.

Peu de miettes sur la nappe, juste deux trois scènes redondantes vers la fin, comme si l'auteure n'arrivait à le laisser marcher tout seul, le frêle et mélancolique étalon.

Athalie

19/05/2011

Roman sans titre Duong Thu Huong

brassai400-2-2c98e.jpgBon, il n'est pas aussi beau que Terre des oublis, mais il faut savoir passer à autre chose que Terre des oublis, en plus, pas de beau titre, et pas d'histoire d'amour, comme ça, on est tranquille, ça ressemble pas. On a peur d'être décue, un jour, de ne pas retrouver la voix, le goût ...

Un de ses premiers livres, en fait, du coup, il n'y a que la guerre, ni héroïque, ni sordide, juste ce qu'elle a fait aux hommes, aux liens d'amitié, juste ce qu'elle a d'absurde et de risible (le commando perdu au milieu de la forêt, chargé de construire les cercueils des morts au combat et les hommes qui dorment dedans pour échapper aux tigres qui rôdent). Un ami qui devient fou mais ne retourne pas au village, ne veut pas cesser d'être soldat de la révolution, parce que ce serait perdre l'honneur  et qui finalement ..., une femme qui aurait pu être aimée et qui finalement ... une mère, le fantasme de la douceur perdue, trois amis d'enfance et leur petite histoire, jusqu'à une victoire, désenchantée, l'idéal est perdu, lui aussi, comme la mère, en échange, la guerre se termine, mais sans gloire ni chanson.

Le "dernier" Duong thu Huong paru, sans tambour ni trompette, un nouvel petit opus, une première plainte.

En plus, il n'a pas trop d'évocation de la nourriture vietnamienne, ça évite d'en avoir envie pendant trois jours ... Par rapport à Terre des oublis, c'est un gain de temps, d'argent et de salive ...

Athalie

 

25/02/2011

Terre des oublis Duong Thu Huong

Terre des oublis une petite bonne femme, une petite parole, l'histoire, la grande, qui déborde.Picture in Fichier bribes (3).jpg
L'histoire, la petite,c'est une femme qui n'aime plus un homme qui l'aime et qui aime un autre homme qui l'aime, aussi (la femme du départ). Le premier est porté disparu depuis des lustres, il a fait la guerre, est mort, sûrement, quelque part dans les marécages coloniaux. Elle, elle s'est remariée, a fait un enfant, elle, elle aime à nouveau, pour la première fois. Le deuxième, celui qu'elle aime pour la première fois, donc, lui a bâti le truc dont on rêve toutes. Le truc magique ; genre Sissi l'impératrice mais sans la méchante belle-mère. Ou "Autant en emporte le vent" mais avec Butler qui reste.
Et puis voilà, le premier va revenir, (c'est les trois premières pages) le combattant, qui n'a rien d'héroïque, le soldat perdu mais que le pays, le village, les voisins, la famille, disent vainqueur...
L'histoire de cette lecture, c'est de vouloir manger la même chose qu'elle, sentir les odeurs de ce jardin qu'elle va quitter, vouloir prendre ce bain, avec les mêmes herbes, la même eau, la même peau ...Mais, c'est bête, moi j'ai une baignoire et que du bain moussant. Même au magnolia en rajoutant des sels de bains, ça fait pas pareil. Mon homme il y a bâti un super truc, mais bon, il est pas dans le livre.
C'est juste pour rêver les livres, on le sait. Celui-là, il fait sacrément rêver.

Athalie