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04/09/2014

Les new-yorkaises Edith Wharton

les new-yorkaises,edith wharton,romans,romans américains,a cup of tea timeLes new-yorkaises de ce début du siècle sont surtout une, Pauline Manford, qui se noie volontairement dans un tourbillon d'obligations préfabriquées par elle-même : elles multiplient les œuvres de bienfaisance, tout lui est bon pour conformer le monde à sa conformité bien pensante dîners à organiser, invités à placer, discours à réviser pour éviter de les confondre, programme de maintien des rides à distance, manucure, coiffeur et, surtout, surtout, gourous spirituels à payer pour l'aider à gérer le stress intime créé par ces monceaux d’obligations artificielles.

Ses journées sont chronométrées et sa vie personnelle lissée pour tenir dans la vitrine d'exposition au monde qui est le sien, celui de la grande bourgeoisie américaine. Pauline n'a que ce moteur pour avancer et aucune, mais alors aucune culpabilité de cette vacuité qu'est sa vie, que ce ressort pour tourner en rond dans son petit bocal. Même son ex-mari, l'aristocrate fané elle l'a réglé comme son mari, l'avocat en vue, et Nona, sa fille la regarde s'agiter, un sourire moqueur au coin de l'esprit. Argentée, dilettante, vacante en amour, la jeune fille pourrait être à la fois frivole et idiote. En réalité, elle est la seule à ne pas être dupe des apparences futiles qui constituent la seule réalité de sa mère. Elle voit ce que Pauline ne peut même concevoir : la si jolie belle-fille, Lila, petite poupée glissant son mignon minois dans les fourrures, est en train de jeter un coup d'oeil vers où elle ne devrait pas regarder. Et l'objet de la convoitise pourrait bien flancher, et alors, le bocal new-yorkais pourrait pencher du côté de l'inconvenance.  Or, comment empêcher ce que l'on ne veut pas voir quand on est la perfection faite femme ? Pauvre Pauline ...

L'histoire est peut-être moins cruelle que dans "Le temps de l'innocence" ou "Chez les heureux du monde ", mais plus caustique, le personnage de Pauline en agitée permanentée permanente est drôle à regarder et le rythme rapide qu'elle impose au récit se lit à la même vitesse que Pauline fait des chèques pour éviter que son ciel ne lui tombe sur la tête !

 

18/02/2013

Chez les heureux du monde Edith Wharton

accessoires-coiffure-etoile-filante-1195118-dscn2168-6712b_big.jpgJ'ai eu du mal à m'y mettre à cette note là, non pas que le roman ne soit pas excellent, il l'est, mais je me demandais comment j'allais caser Racine dedans (dans la note, pour le roman Edith Wharton l'a très bien fait). Rien de moins, la grande tragédie dans les grandes largeurs de l'intime et de la parole des autres qui poussent la pauvre Lilly à sa chute. Rien de plus, et rien de moins.

Le faux pas, l'engrenage, la fuite en avant, le piège se referme avc la belle Lilly dedans, "ni tout à fait coupable ni tout à fait innocente". Bienvenue, donc, chez les heureux du monde  et s'ils ne le sont, heureux, du moins sont-ils persuadés que le bonheur ne peut se mesurer qu'à leur hauteur. Les heureux, ce sont les membres de la coterie la plus fermée qui soit, la haute bourgeoisie new-yorkaise du début du XXème siècle. Les X, les Y, les Z, tiennent la dragée haute à tous ceux qui voudraient entrer dans leur saint des saints, leur cercle de privilégiés, leurs villégiatures, leur bridge, leur bal .... Dans ce monde-là, madame, on se marie entre soi, on se reçoit entre soi, on se monnaye des faveurs et on se déverse un poison fiellé à coup de petits fours qui peuvent être un vitriol.

Dans le bocal, Lilly tourne en rond. Elle est orpheline, sans fortune, mais recueillie par une tante fortunée, elle connait les codes d'entrée, elle est demandée, un peu subalterne quand même, et déjà un peu en danger de vaciller. Parce que Lilly n'est pas encore mariée, qu'elle le cherche justement, ce mari fortuné qui fera enfin d'elle une Dame opulente et respectée. Elle est belle, elle est fine, elle joue stratégique, elle n'a que ses seuls charmes pour appâter, enfin, le gros poisson, le ferrer et l'amener à lui mettre la bague au doigt. Une stratégie qui doit rester cependant invisible,car se jouant sous des yeux avertis, et que Lilly pense maîtriser.

Son premier faux pas : alors qu'elle se rendait dans une villégiature amie ( où le gros poisson peut rôder), elle loupe son train, sur le quai rencontre Sedden, qu'elle connait et à qui elle plait bien, comme une curiosité, ou un bibelot, et se rend chez lui boire un thé rafraichissant. Ce qui n'a l'air de vraiment rien. Sedden n'est pas une proie pour elle. Bien que célibataire, il est sans argent, bien que séduisant et cultivé, il est sans argent. Il reste que, en ce court moment loin des regards qui sont le théâtre habituel de la traque de Lilly, elle va juste sentir une voie autre possible passer, une certaine complicité, liberté ... qu'elle ne peut pas prendre, surtout pas, sinon, elle va dévier.

Sauf que, le mirage est tenace, une lente descente dans les Enfers mondains va s'amorcer, d'erreurs en erreurs, de ragôts en rumeurs, le cap bien huilé du mariage, s'éloigne. A chaque fois, Lilly le regarde passer, presque malgré elle. Elle aurait pu aller à la messe et gagner ainsi les faveurs de l'insipide Mr Gryce ; elle aurait pu laisser Mr Rosedale, le nouveau riche, faire d'elle sa locomotive mondaine, elle aurait pu ne pas servir de paravent à des tromperies mondaines, en regardant derrière son dos, là où l'amie allait frapper ... Mais Lilly, si elle se plie, ne se vend pas, même au plus offrant des galants.

Une bien belle héroïne, en forme d'étoile filante, manipulatrice manipulée, danseuse étoile et petit rat à la fois du théâtre d'une société fort cruelle, où les chasse trappes n'ont pas d'échelle, un superbe roman dont l'écriture décortique finement et sans appel les rouages du triomphe des apparences.

Pauvre, pauvre, Lily

 

De la même auteure sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/10/25/le-temp...

 

 

27/10/2012

Le temps de l'innocence Edith Wharton

le temps de l'innocence,edith wharton,romans,romans américainsUne lecture doublement nouvelle pour moi. D'abord parce que je n'avais jamais lu cette auteure ( je crois qu'à chaque fois que je voyais son nom quelque part, je lisais à la place Enid Blyton, ce qui est parfaitement idiot). Ensuite, c'est aussi la première fois que je lis une histoire que je connais déjà quasi par coeur. A cause du film, dont j'adore les robes et l'atmosphère floutée, la comtesse Olanska, c'est mon autre "Sissi l'impératrice" à moi, la honte littéraire en moins. Le Newland, OK, il ne vaut pas le Robert Hossein d'"Angélique marquise des anges", déjà, il ne boite pas et ensuite, il est super coincé (alors que le personnage de Hossein, c'est l'incarnation de la révolte de l'esprit libertaire, ben, oui, rien que cela).

Au début, à l'opéra, il a même des accointances avec une potiche, un peu comme celles qu'il regarde de l'autre côté de sa loge, coincées dans leur baignoire, dont celle qui va devenir sa femme qui triture son bouquet de muguet (blanc et virginal), May. May est le symbole de ce qu'il faut comme femme à Newland. Issue de la meilleure société new-yorkaise, de ces familles qui tiennent le haut des pavés des convenances, elle lui est parfaitement accordée dans le respect du bon goût, de la façade de ce ce-qui-se-fait-et-de-ce-qui-ne-se-fait-pas.  Dans ce petit monde, on peut se coincer facilement les doigts dans la porte tant tout est verrouillé de l'intérieur, la moindre attitude disséquée, la moindre visite analysée. Alors, arrive la belle et mystérieuse comtesse Olanska, cousine sulfureuse de la pure May. On ne sait pas trop ce qu'elle a fait là-bas en Europe, mais sûrement pas du joli, joli. La rumeur court, elle a fait un drôle de mariage, il serait en tort, aurait collectionné les maîtresses, mais quand même, elle est partie, l'a quitté le comte richissisme, sa prison dorée, et elle ne veut pas un sous ? non, ce n'est pas vrai ?, une histoire avec un secrétaire de son mari, qui l'aurait aidé, elle aurait vécu seule, non, pas vrai,? mais si si, enfin c'est ce que l'on dit mais chut, c'est la cousine de May. Les lambris bruissent, l'Europe, les artistes, un parfum de bohème et de scandale feutrée, sa famille la soutient quand même, elle en est membre de droit, malgré ses dérapages. Donc, il faut lui éviter les prochains et leur honte, qu'elle fasse bonne figure et ne pas les faire déchoir, qu'elle réapprenne ce-qui-ce-fait-et-ce-qui-ne-se-fait-pas. Et c'est là évidemment que le Newland, le fiancé jusque là idéal, va être chargé, par amour pour la virginale May, d'éviter les ornières à la cousine diabolique. Là va se tisser ce qui devait forcément arriver, Newland va découvrir la saveur de l'originalité ... Bon, d'accord, il aimait déjà l'exotisme de la peinture italienne mais de là à ce que ... se laisser séduire, résister, puis encore résister, et la belle comtesse de même, ce qui fait que l'on se retrouve avec une parfaite histoire d'amour impossible, mais avec des oui-mais-quand-même-si, parfaitement orchestrés.

Du coup, comme je n'avais aucun doute sur la fin inéductable, que je connaissais mes scènes par coeur, je me suis laissée bercée dans la description de ce monde si lointain dans son herméneutisme, si recroquevillé dans sa norme qu'il en deviendrait drôle si Wharton avait la plume si subrepticement ironique d'une Jane Austen. Ce qui n'est pas vraiment le cas, mais presque, la plume est juste un peu plus sèche, on est dans la même dissection distanciée des règles sociales. On se régale à voir Newland se prendre les pieds dans la toile d'araignée que ne tisse même pas la belle comtesse. Par contre, se méfier de la May, qui maitrise son sujet, elle ...

 

Athalie