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20/05/2011

Laurent Gaudé Eldorado

LAUREN~1.JPGC'est drôle, mais dès fois, il faut abandonner un auteur pour le retrouver après. ça ne marche pas à tous les coups, mais parfois oui. Et alors, c'est bien.

Avec la copine Anne, un soir, on est allé voir Laurent Gaudé en conférence. Et oui, on fait des trucs comme ça, nous. Des trucs classe, dans des endroits culturels et tout, en province, soit, mais après on les raconte, c'est bien, ça fait province aussi de les raconter (genre, on n'a que ça sous la main). Athalie et Anne Bovary (s) ...

En tout cas, c'était bien. D'abord, il est pas mal du tout le Gaudé, cheveux argentés, le verbe suave, le teint hâlé mais pas trop UV sur le retour. Classe, quoi. Et intéressant aussi (on n'est pas que des Bovary (s), on est aussi des lectrices à cerveau entre les oreilles, faut pas croire). Il présentait Ouragan, la copine Anne l'a acheté, et moi j'ai acheté Eldorado, parce qu'il était en poche et que, je me méfiais un peu ... C'était super La mort du roi Tsongor et Le soleil des Scorta, mais ... justement. Je ne voulais pas abuser des bons crus (pour une fois, diront les copines, je sais !). "Eldorado" trace  l'histoire de plusieurs exilés qui se croisent, pas tous et pas vraiment. L' exilé principal, c'est le commandant chargé à la fois de sauver les clandestins qui arrivent de leur misère africaine vers la pseudo terre promise italienne, et de les arrêter ensuite pour qu'ils soient retenus en centre de détention. Evidemment, la contradiction, ça exile un peu, de soi-même, pour commencer. Et puis, un jour, il y a le regard d'un clandestin sur lui, le sien sur une femme qui a perdu son enfant dans le voyage. Et il tangue, prend le gîte dans la voile de sa conscience et part dans le sens inverse.

Et puis, il y a les deux frères qui cherchent à rejoindre l'Europe pour échapper à la misère. Leur exil à eux n'est pas celui de leur conscience, c'est l'économique, celui qu'on voit dans les journaux, celui donc, qui indigne, du moins les gens normaux.

L' intérêt du livre est dans ce croisement, le politique et le personnel, le réel et le fantasme, une impossible rédemption, des deux côtés ; l'exilé finalement solitaire de son frère, qui va chercher la survie, tout en se sentant coupable de survir, le pauvre qui cherche la richesse, et le riche qui cherche une vérité à travers l'exil choisi. Même si la fin du récit vire à la métaphore symboliste humanitaire gnan-gnan et allucinée et quelque peu foireuse ... Il est bien ce Gaudé, bel homme ou pas.

Et puis, il écrit drôlement bien aussi :

A Catane en ce jour, les pavés des ruelles du quartier sentaient la poiscaille. Sur les étals serrés du marché, des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de midi.

J'aime bien les poisssons morts qui font briller le soleil... ça inverse.

Athalie