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13/05/2013

La répétition Eleanor Catton

repetition.jpgDès fois, le livre se rebelle à sa quatrième de couverture, et c’est le cas pour ce livre. Vu les quelques lignes à son dos, je suis dit, lecture facile, voire convenue, encore une histoire sur les affres de l’adolescence pas si innocente que cela, milieu petit bourgeois, USA, de nos jours, le vitriol de la critique du conformisme, la mise à nu de l’hypocrisie, et basta vite lu, voire déjà lu ( pourquoi dès fois, on choisit de se mettre dans cette position de lectrice, presque blasée, je me demande, enfin, je ne cause que pour moi …)

Bref, c’est cela et même temps, ce n’est pas du tout, du tout ça. D’abord parce la construction du roman est apprêtée comme une mise en scène, une répétition, ben oui, d’une pièce qui ne sera pas jouée, ou qui aurait pu être jouée, des vies possibles avec quelques coups de projecteurs et fondus au noir.

La pièce est resserrée autour de quelques personnages : des jeunes filles  dont deux sœurs, un jeune homme, deux professeurs de musique, chacun  joue sa partition pendant que des fantômes de parents s’agitent en arrière plan.

Le rideau se lève dans le studio de la prof de saxo, toutes les demi-heures, ses jeunes élèves défilent, elle les  orchestre, donne à certaines un solo, à une autre le sous-fifre. Un solo : celui d’Isolde, la sœur de Victoria, celle par qui le scandale est arrivé au lycée, elle qui a eu des relations  avec monsieur Saladin, le prof de musique du Jazz-Band des grandes. On parle même de viol. Enfin, les adultes parlent de viol ; les parents, les autres profs, le psy de service. Ils font des réunions pour parler de « ça », pour expliquer aux filles qu’il y a eu entorse aux règles et que ce n’est pas bien, du tout, du tout, que monsieur Saladin a abusé de son pouvoir et que c’est un grand méchant homme. Sauf que du côté des adolescentes, la faute n’est pas celle de monsieur Saladin mais celle de Victoria. Elles, elles le savent que Victoria y a pris plaisir, mais surtout, Victoria les a trahi, elles, en ne jouant pas le jeu attendu des confidences, des catimini, des fous rire entre ados. Victoria a joué un autre jeu, n’a pas suivi les règles de la transgression.

Isolde, la jeune sœur, assiste, entend et ne joue pas. Elle est la cadette, la suiveuse, elle ne pourra que rejouer la Première de sa sœur, toujours la première. Elle se confie à la prof de saxo, raconte les discours psy, sa sœur qui ne dit rien, son père qui raccommode « la situation » à gros points drolatiques. Ou plutôt, la prof de saxo lance sa sonde. Que veut-elle au juste ? On dirait un gros vampire tapi dans l’ombre, à attendre que ses élèves vivent par procuration son amour interdit …. De son histoire à elle, on n’a que des miettes, une ombre aussi, une autre femme.

Autre parcours, le jeune homme. En dehors de la sphère du lycée des jeunes filles et des cours de saxo, en  bas de l’immeuble, il y a une école de théâtre. Sélective, les profs y exigent un masochisme de tous les instants et ne rechignent pas à l’humiliation de leurs élèves, voire l’orchestrent, l’organisent…. En même temps désabusés de leur propre quête de la perle rare, ne craignent-ils pas la pépite qui feraient valdinguer leur système d’excellence ?

Stanley est le jeune homme, cette école, il veut y rentrer, il veut être acteur pour se faire voir, se faire voir lui, loin et proche de son père de pacotille, le psy sûr de lui qui lui fait des effets de manche au restaurant, entre deux blagues salaces  et provocations anti-relations père fils …

Que dire de ce roman ?

A rebrousse-poil, il est aussi passionnant que piqueté d’effets faits pour déranger, aussi artificiel que juste, aussi verbeux que bien écrit. Il est très intelligemment fait, cherche vos neurones, plus que vos sens et sentiments, écrit, construit, trop écrit, trop construit, sur une corde raide entre analyse et reconstitution orchestrée des tentatives de figurants pour avoir  une « vraie vie ».

 

Athalie