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11/06/2017

L'affaire Arnolfini, JP Postel

l'affaire arnolfini,j.p. postel,essai,peinture,van eyckUn essai sur un tableau bien connu, l'histoire d'une mise en abyme à l'envers, et rarement il me fut aussi passionnant de rentrer de l'autre côté du miroir convexe.

Postel part de ses lectures sur le tableau de Van Eyck et des nombreuses hypothèses qui ont déjà été formulées à propos de son mystérieux mystère ( car, il y a-t-il un mystère en réalité ?)

Il est généralement établi que le tableau représente un riche négociant italien établi à Bruges, le jour de ses noces avec Constanza Trenta. Laquelle, contrairement à ce que son ventre très rebondi pourrait laisser penser, n'est pas enceinte. Van Eyck peint les saintes avec un gros ventre aussi, et les saintes ne sont pas enceintes, que l'on sache. Le problème n'est donc pas là, mais dans le fait qu'à la date où le tableau a été réalisé, Constanza Trenta était morte.

Donc, Postel cherche ailleurs, du côté, par exemple, du premier nom du tableau "Hernoul le fin avec sa femme" et d'inventaires en inventaires découvre que Harnoul était un des surnoms donnés aux maris trompés. Donc, la femme serait bien enceinte, mais pas de l'homme planté à côté d'elle, car il faut bien l'admettre, ce drôle de bonhomme a quand même quelque chose de carrément guindé. Sauf que, ce n'est pas possible puisque les saintes ont le même bidon rond ....

Il reste alors à se tourner vers le miroir, celui de la mise en abyme. Postel décèle dans le reflet une première anomalie : le chien entre les deux époux a disparu, je veux dire qu'il n'est pas dans le reflet. Le chien, symbolique de la fidélité aussi bien que de la luxure, change le fil du récit d'un cocufiage et d'un pardon accordé, en un mystère bien plus terrifiant, car, deuxième anomalie, dans le miroir, à la place des deux mains qui se touchent, on y voit goutte, elles sont remplacées par une marque noire.

 Au hasard d'une autre lecture, une nouvelle de Nodier, inspirée du récit de la mésaventure d'un couple du XVIème, l'auteur débouche dans le purgatoire, d'où serait sortie Constanza Trenta. La revenante aurait surpris son ex mari dans leur chambre. Il a d'ailleurs encore son manteau sur le dos et à peine eu le temps de déchausser ses soques d'extérieur qu'elle lui est tombée dessus pour qu'il lui accorde ... Quoi ? c'est tout le souci, maintenant ...

Alors l'auteur fait une pause, histoire de bien étayer sa nouvelle théorie. On y croit, tout concorde, on adhère. il consolide ; la bougie allumée, le coffre, la décoration de la chaise gothique. Tous les signes font cohérence, le puzzle se constitue, le mystère se dissipe. 

Et c'est là que ce diable de Postel vous balance les chaussures rouges dans les pattes. Vous les aviez oubliées celles là, elles étaient restées dans le coin où de tout temps vous vous étiez dit qu'elles allaient de paire avec les soques en bois, et puis c'est tout. Ben, non, les chaussures rouges, elles changent encore toute la perspective ....

Ainsi, d'aventures en hasards, vous aboutissez à une extraordinaire

"femme à l'affaire arnolfini,j.p. postel,essai,peinture,van eycksa toilette", une toile perdue de van Eyck, fantôme d'un chef d'oeuvre que vous chercherez et trouverez en jouant à votre tour au détective, pour le débusquer dans le cabinet d'amateur de Cornélius Van der Geest, peint en 1618 par Van Haecht. Et qui sait, la promenade n'est peut-être pas encore terminée ...

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13/09/2015

Quattrocento, Stephen Grenblatt

437px-CaravaggioEcceHomo.jpgIl est très rare que je sorte du romanesque, que je mette un pied dehors, que je m'aventure vers l'essai, que je me risque dans la non fiction. Je crains la glue du réel. Celui que je vois à travers mes écrans, et dans la vraie vie, à travers mes lunettes de soleil, voire sans lunettes du tout, même pas de vue, me suffit. Lire dans "Le monde" cet été le calvaire (le terme est faible et galvaudé, je n'en trouve pas de plus juste, il y a-t-il un mot juste ?) de Khaled Al-Assad, l'ancien directeur des antiquités de Palmyre, m'a juste médusée. Au sens propre, figée, atteinte, glacée. "Ece homo", disait l'autre. Et l'autre n'a pas toujours tort....

Mais bon, le Quattrocento italien, d'abord, c'était il y a longtemps, et puis, à ma connaissance, le fanatisme catholique a fait quand même quelques pauses, et puis, enfin, une histoire d'érudit qui part à la recherche de livres antiques, ça peut quand même ne pas déclencher trop de bûchers ? (j'ai dis "pas trop", hein !).

Et de ce fait, Le Pogge ne sera même pas brûlé pour avoir découvert le manuscrit du "De rerum natura" de Lucrèce et avoir permis à l'épicurisme de distiller son venin sous roche poétique à travers une Europe qui n'est pas prête à l'accueillir. Le livre, si, il sera mis à l'index accusé de tous les maux, mais Le Pogge, non. Le Pogge est un étrange personnage qui passe à travers les gouttes de l'inquisition papale, faisait commerce de sa découverte, négociant le Lucrèce comme un rente. Etrange personnage dans une étrange époque où l'on peut servir un pape et porter à la connaissance du monde très chrétien une philosophie païenne qui en sape les fondements. Etrange époque de découvertes, d'égarements, d'obscurités, de pertes et de contradictions, pour nous étonnantes, où des moines recopient pour la postérité venue jusqu'à nous, des vers qui nient l'existence et la possibilité même d'un dieu unique et vengeur (alors que les tympans des églises de ces mêmes moines érigent des doigts de majesté qui brandissent la menace de l'enfer), la réalité d'un paradis rédempteur. Ils faisaient là preuve soit d'aveuglement crasse, soit d'une tolérance non parvenue jusqu'à nous.

Si Le Pogge fait partie des premiers découvreurs, Christophe Colomb de l'ancien monde, il ne semble pas vraiment se soucier des conséquences des théories épicuriennes, et entre les manques et le savoir, ce livre retrace surtout les découvertes successives de ce textes de Lucrèce par les érudits européens en passe de devenir des humanistes. Même si, parfois, je me suis en peu perdue en route, dans les circonvolutions du labyrinthe des intrigues papales, l'auteur arrive à nous faire déambuler aux côtés du Pogge, dans les allées complexes du commerce des livres antiques, en parfait érudit de l'épicurisme, érudit et didactique sans être ennuyeux.

Et puis, pour finir ce long article, un livre qui affirme que "les religions sont toujours cruelles. Elles promettent l'amour et l'espoir, mais leur nature profonde est la cruauté" ne peut que relever d'une fulgurante clairvoyance, une prophétie hélas véridique, confirmée par les hommes qui mettent en œuvre ces dites religions. 

Un réel qui ne fait même pas mal ? 

 

 

 

19/02/2015

Fuyez le guide, Yoram Leker

fuyez le guide,yoram leker,essai,histoire des artsPour une fois, chose rare chez moi, ce livre n'est pas un roman. Ce n'est pas non plus un essai, ni un livre d'art, mais une sorte d'exercice de style amusant et récréatif comme l'annonce le sous-titre "L'art en petits morceaux à l'usage des mauvais esprits"

L'auteur a choisi de nous présenter dix sept tableaux de maîtres, de grands et de petits maîtres, fort peu connus pour la plupart, voire anecdotiques pour la grande histoire de l'art, et il  a réinventé une vie aux tableaux, ce qui au passage leur enlève de la poussière. Le principe, un peu systématique, est donc décliné en dix sept textes de style sans prétention mais aux clins d'oeil appuyés et érudits.

Les reproductions des tableaux, d'une qualité à souligner pour un livre de petit format et de prix modique, (bravo aux éditions "Les belles Lettres, donc) précédent leur loufoque et fantaisiste commentaire, pris en charge par un guide à la langue débridée ... De ce musée d'histoires à (re)peindre, quelques extraits qui n'en donnent qu'une petite touche des connaissances à retenir de la visite. 

Ainsi, j'ai appris, au détour de la biographie de Andréa Cantini (héros oublié du tableau de Véronèse "Le retour du doge Andréa Cantini à Venise après la victoire des Vénitiens sur les Génois à Chioggia", ( au titre presque aussi long que le tableau est grand) que le dit Véronèse "avait horreur de l'eau au point de n'avoir pas laissé la moindre aquarelle". Voilà qui explique ce mystère de l'histoire des arts ... sans compter que contrairement à ce que tous les fins connaisseurs de Vélasquez  pensaient jusqu'ici,  que le tableau "Vieille femme faisant cuire des oeufs" représentant une vieille femme faisant cuire des oeufs, vont apprendre qu'en réalité, cette scène cache un sombre "thriller avant l'heure", que le "Philosophe avec une gourde à la ceinture" de Luca Giordano doit se regarder comme un véritable brûlot politique et non comme un portrait un peu raté, que "La femme hydropique" de Gérard Dou n'est qu'un leurre, car "l'hydropisie ne touche que les poissons rouges, surtout si leur bocal est trop petit", que David, en peignant "Erasistrate découvrant la maladie d'Antochius" a inventé la psychothérapie de groupe, avant gardisme dont on n'aurait jamais cru capable ce maître du néo classicisme ... 

En un magistral argumentaire, on voit (enfin !) réhabilité le goitre disgracieux d'Angélique peint par Ingres et parfois moqué comme une maladresse du peintre, car, en effet, qui peut douter que le goitre hypothyroïdien gonfle quand on est "sur le point d'être engloutie par une orque enragée, sinon, violée par un extraterrestre encuirassé" ? pas moi, en tout cas, n'ayant aucune possibilité de vérifier par mes propres moyens, ne possédant pas de goitre et ne m'étant jamais retrouvée totalement nue, enchaînée à un rocher ....

De même, on pourra faire bon usage de l'adage suivant : "On ne guérit pas une bande d'asthéniques avec du Gogol", qui clôt avec panache une analyse limpide des "Fatigués de la vie" de Ferdinand Hodler, limpide et sûrement définitive, en tout cas, pour moi....

Des petits morceaux à déguster, sans mauvais esprit aucun ...

09/11/2014

Congo Eric Vuillard

Un titre jamais vu nul part, un auteur jamais lu, un bandeau rouge "Acte sud fait sa rentrée", vu que l'autre, la grande, la vraie me laisse sans curiosité aucune, je me suis laissée tenter par ce court texte, un récit est-il annoncé, parce que cette histoire-là du Congo colonial m’intéresse et que je culpabilise à mort (ou presque) de laisser poireauter, le parait-il excellentissime "Congo, une histoire" de David Van Reybrouck sur mes étagères depuis au moins deux ans et demi ... Mais celui-ci, il est petit ... Petit mais fichtrement bien écrit, avec pleins de mots riches et lourds qui sonnent comme des pavés dans la mare du libre échange du temps où il voilait encore sa face noire en des remugles diplomatiques. 

 La table est mise en ce 15 novembre 1884 au palais Radziwill, à Berlin pour que s'y assoient les puissances européennes colonialistes. Le monde est déjà bien partagé mais il en restait des bouts vierges en Afrique. C'est une grosse part qu'en veut Léopold II, roi des Belges, une grosse part de fleuves, de lianes et d'arbres à caoutchouc. Il veut un pays pour en être le pharaon et comme ce pays n'existe pas, les diplomates vont l'inventer, pour lui, et que tout le monde soit content de la part déjà attribuée et que les parts des uns commercent "librement" avec les parts des autres. 

L'auteur ne retrace pas chronologiquement cette affaire mégalomaniaque de gros sous, mais il croque d'une plume acérée quelques portraits des grands manitous : les diplomates, dont le français, Chodron de Courcel, aux sourires plantés de longues dents efficaces, les conseillers aux affaires, dont les les Goffinet, sorte de résurgences à plastrons, ventres et moustaches des monstres préhistoriques herbivores à larges mâchoires. Tous contribuent à la dévoration du pays "qui n'existait pas", un pays fantôme, construit pour être spolié par la machine de la diplomatie économique.

Ces grands décideurs vont lâcher la meute des exécutants ordinaires des basses œuvres sur le terrain. Charles Lemaire, chargé de défricher et de trouver assez d'hommes pour mettre les machines en route, brûler les villages lui semblera le moyen le plus efficace. Puis, Fievez, un homme qui aurait été le modèle du personnage de Kurtz dans le roman de Conrad, dont l'auteur dit qu'il était "un de ces meurtriers qu'on utilise, un de ces enfants fous employés dans la grande machine". Lui, il instaurera la loi des mains coupées en son "royaume de lianes". On les lui rapportera par paniers entiers.

L'intérêt de ce récit n'est pas vraiment historique, on n'y apprend finalement peu de faits nouveaux, les atrocités commises sont une terrible toile de fond, l'auteur s'attarde plutôt sur l'interrogation autour de ces quelques hommes, "les géographes en habits", les exécuteurs des basses besognes, aux motivations mercantiles et égocentriques. Pointe surtout la voix de la culpabilité et une dernière page de toute beauté où sonne la révolte humaniste.

09/12/2011

Juste un cri de rage impuissante !!!

2918362836.jpgMontaigne me fait chier ! juste pour ceux ou celles qui aurait l'idée saugrenue et antijubilatoire, surtout par temps de pluie et de cadeaux de Noël, d'aller mettre le nez dans ces pages d'Essais que l'on veut nous faire croire pleine de sagesse : sagesse de classe d'un nanti de mes deux à cause duquel les "bons sauvages" sont devenus un objet littéraire que l'on étudie du haut de  notre humanisme à la noix, genre on évacue les massacres commis historiques cause que deux trois péquins guindés et pas érotique pour un sous (Montaigne tout nu ? se faisant La Boètie ? même pas drôle, raplaplats de la liquette et du bonnet de nuit) ont dit que les sauvages, en fait, ben ils étaient gentils.

Moi je dis, relisons plutôt les délires cosmiques imbuvables de Cyrano de Bergerac, inconnus des programmes scolaires, trop râpeux pour être vrais, trop baroques pour se languir d'amitié fadasse avec le copain de classe sociale propre sur lui.

Montons un front anti Montaigne, sortons les sauvages de leur case de bondieuseries, ils vont lui bouffer les roubignoles à l'autre tartouille !

 

montaigne.jpgO justes, nous chierons dans votre ventre de grès !

disait le poète

 

 

Athalie

PS : désolée A.O. pour la recette de la blanquette de veau, mais là, il y avait urgence.