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07/12/2016

Mémoire assassine, Thomas H.Cook

mémoire assassine,thomas h cook,romans,romans policiers,famille je vous haisLa mémoire tue à petit feu ... Son absence aussi. Steve Farris avait neuf ans lorsque son père a tué sa mère, sa sœur et son frère. Les deux derniers corps, il les a laissés dans leur sang, le premier, il l'a couché dans son lit. Puis, il a attendu et il est parti. Les policiers ont cherché pendant des années, mais aucune trace, aucune explication et pas de procès. Seul reste Steve, persuadé que c'est lui que son père attendu, et que s'il a survécu, c'est parce qu'il était vraiment trop en retard, ce jour là.

Sa mémoire d'adulte est une terra incognita où règnent des dragons, ce qui fait qu'il n'y retourne plus depuis longtemps. Il a cessé de se heurter à l'énigme absolue, ce qui a amené son père à tuer. Il ne cherche plus pourquoi ils ne sont plus là ; Laura, la pétillante, la tant aimée grande sœur, Jamie, son frère, solitaire et taciturne, et sa mère qui est restée figée pour toujours en cette femme triste de trente sept ans, fanée dans sa vieille blouse rouge. Elle reste, comme son père, une énigme, cette femme qui lisait des romans d'amour, immobile dans sa lassitude d'être, sans eux et sans lui, le père quincaillier dont la passion consistait à remonter, de temps en temps, une bicyclette Rogder et Windsor rouge, tout seul dans son garage, là où il a tué sa femme.

La mémoire de Steve l'aurait peut-être laissé tranquille, dans sa vie adulte, reconstruite sur ce vide. D'ailleurs, il est architecte. Marié, un enfant, heureux autant qu'il puisse le penser, si Rebecca ne l'avait pas contacté. Elle est écrivain et récolte des témoignages à propos de ces hommes là, ceux qui ont tué leur famille et l'énigme du père de Steve l’intéresse beaucoup. Elle amené Steve à ouvrir la boite à souvenirs, et ils reviennent, des très précis, des plus vagues, auxquels Steve commence à donner sens, qu'il enchaîne. Les images des derniers mois, des derniers jours forment une chaîne, qui petit à petit l'enserre, lui et les siens. Steve perd pied, se laisse à penser, que, comme son père, il aurait pu vivre autre chose que sa vie, avec une autre femme, un autre fils, sans femme, voire sans famille ... La mémoire tue, quand on la cherche, mais peut-être pas qui on croyait !

Un bon polar, un noir plutôt, avec un poil dans la main à la fin quand même. Mais pas grave, ça gâche pas.

27/10/2016

Les réponses, Elizabeth Little

les réponses,elizabeth little,romans,romans policiers,romans américains,famille je vous haisJanie Jenkins est une sale gosse de riche, une it-girl genre Paris Hilton, elle n'a pas eu le temps de devenir aussi célèbre pour ses frasques sexuelles et alcooliques, mais elle a sans nul doute les mêmes marques dans sa garde robe. Janie commençait en effet tout juste sa carrière dans les tabloïds quand elle fut arrêtée pour le meurtre de sa propre mère, la richissime philanthrope mondaine et snobissisme Marion Elsinger. La fille y gagna la couverture de Vogue et dix ans de prison. Le mobile : la haine de l'autre, haine réciproque, il faut dire que dans le genre garces, la mère et la fille sont des pros. Sans doute une histoire de bottes Prada ....

Lorsque Jane sort de prison, à la faveur de la découverte d'erreurs dans les prélèvements du laboratoire scientifique, elle n'est pas blanchie pour autant, mais par contre, poursuivie par toute la presse à scandale, et principalement par Traque, un blog qui a mis sa tête à prix, dont le rédacteur est persuadé de sa culpabilité. Ben, oui, malgré toutes les preuves qui l'accablent, Janie clame son innocence, le problème est qu'elle ne se souvient de rien, elle était juste ivre morte quand elle a découvert le cadavre. De ce fait, elle part à la recherche de la vérité sur la base d'un indice tiré par les cheveux, qu'elle a épais, le dernier mot qu'elle a entendu dans la bouche de sa mère "Adeline", se révèle être le nom d'un trou du cul du monde, dans le Dakota du sud.

Et c'est ainsi que Jane, traquée par la haine de certains et la curiosité de tous, atterrit genre météorite people travestie en passionnée d'histoire, en plein festival des journées "poussières d'or", organisé dans une petite communauté totalement old fashion, et qui garde bien secret le mystère.

Mais le mystère de quoi ? C'est tellement alambiqué que j'ai rapidement renoncé à comprendre le pourquoi du comment du rapport entre l'avocat au sourire fluoré, les copines lesbiennes, les clefs de la penderie, le code du journal intime, les opossums, l'autre sale gosse, le méchant frère qui ne dit pas un mot, les gâteaux de l'organisatrice, le bal masqué, le coffre à la banque, et j'en passe ... L'intrigue est non seulement foutraque, mais les personnages sont aussi peu crédibles, l'intrigue se calque sur celle de Barbie et Kent (sous les traits d'un flic local)  au pays des ploucs. Et même si le rythme est assez enlevé par moments pour faire oublier les virages étranges du scénario, c'est un livre qui donne sans arrêt l'impression d'avoir loupé le début. ce qui est assez frustrant.

21/10/2016

Mudwoman, Joyce Carol Oates

mudwoman,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisParfois, la magie noire de Oates opère, névrotique et anguleuse, elle pointe son scalpel sur les failles de l'individu, dans la nasse de ses mouvements confus, que le social fait à l'âme. Et parfois, elle n'opère pas du tout, et parfois, moins. Pour Mudwoman, c'est moins.

Mudwoman est l'un des noms-surnoms donnés à l'héroïne, seule référence de la narration durant tout le livre. Depuis sa naissance, elle s'est tapée tellement d'identités qu'elle ne sait plus laquelle est vraiment la sienne. Cette confusion, elle mettra quarante ans à s'en apercevoir, et entre temps, elle se sera perdue.

La première identité est celle de la toute petite fille, l'une des deux de Marit Kraeck ; une femme perdue en un dieu de colère qui les traine de taudis en taudis, avec parfois un homme qui a les cheveux ébouriffés. Marit croit aux signes spéciaux de dieu, qu'elle accroche sur les murs d'une cabane. Puis, en errance, en démence, elle abandonne sa fille et sa poupée au milieu d'un marais. Mudwoman sera sauvée de la boue par un trappeur simple d'esprit. Elle deviendra alors Jewell, le nom de sa grande sœur, qui, elle, n'a pas été retrouvée. De toute façon, les dates de naissance des filles ne sont pas vraiment connues, alors qu'importe qu'elle devienne l'ainée ?

Jewell vit un temps dans une famille d'accueil, dans une maison bruyante, sur un terrain vague où l'on ne va pas jouer. Les Skeed vivent près de Star Lake, où coule la Blake Snake, la rivière des marécages où la petite avait été abandonnée. Elle n'est pas encore bien loin du point de départ des cauchemars. L'ambiance est rude, les attentions rares, même si Jewell est la benjamine des huit ou dix enfants qui vivent là, dortoir des garçons et dortoir des filles.

Puis, adoptée par Agatha et Konrad, Jewell devient leur fille unique et chérie sous le nom de Meredith Neukirchen. Les parents sont quakers mais juste en morale, pas en pratiquants, ils ont quelque chose des agneaux qui viennent de naitre. Mérédith apprend à les nommer papa et maman et à lire, réfléchir, apprendre.

Elle commence sa carrière de petite fille douée et sage, enfouissant les identités précédentes dans le cocon surprotégé que lui assurent ses parents si aimants, si admiratifs de ses qualités, que Meredith intègre les codes de la perfection de cet amour et de cet équilibre. Elle réussit un parcours scolaire parfait, pour se retrouver au début du roman au sommet d'une carrière universitaire, sous les initiales de MR.

Première présidente femme et progressiste, même si il faut qu'elle s'en cache quelque peu dans le contexte de la propagande menée par l'administration Bush pour convaincre les USA du bien fondé de la guerre en Irak, elle s'en tire plutôt pas mal. Ce jour là, elle doit présider un congrès, dans une ville près des marécages, le discours est prêt, elle est en avance sur la réservation de l'hôtel, toujours en avance MR, toujours prête; et, cependant, MR s'en va, bifurque, prend la tangente de la petite route qui longe les marécages, sans prévenir. Les premiers remous commencent à l'atteindre.

Lieux déserts qui s'animent, silhouettes confuses qui bruissent, s'agitent quelques brides, quelques résurgences vagues d'une histoire de corbeau noir qui la ramène vers les rives de la folie qui fut celle de sa mère.

Le récit suit le mouvement descendant d'une descente incontrôlée en elle-même qui prend la forme de l'auto destruction de sa réussite, en apparence si flatteuse, si ce n'est l'oubli de son corps, sa négation dans un amour insensé pour un astronome si absent que l'on en vient à douter de son existence. On navigue dans des profondeurs troubles, où toujours plane un hydre, où les confusions entre fantasmes et réalité et si l’héroïne y perd pied, je dois avouer que moi aussi, saturant de cette psychanalyse littéraire d'un personnage auquel je n'ai pas réussi à croire.

05/06/2016

Grossir le ciel, Franck Bouysse

les2pontsB.jpgLe ciel pèse plus lourd qu'ailleurs dans le fin fond des Cévennes. Pas les Cévennes du soleil, celles que l'on trouve de l'autre côté du gardon et de la Vallée française, mais les Cévennes du nord, où le touriste, même randonneur, se fait variété rare tant le sol y est rude au bâton, même en descente, et la terre froide, même en été, quand se baigner sous le Pont de Montvert vous donne une idée du pôle nord. L'eau y est pourtant claire, aussi claire que l'habitant est taiseux, voire suspicieux.

Gus pourrait en être l'archétype de ses taiseux. Figé sur sa terre comme si elle était son lot d'éternité, il ne voit pas plus loin que son nécessaire, l'horizon embrumé du bout de ses champs, à savoir seulement passer un jour après l'autre, que les vaches doivent traites à l'heure et la clôture réparée.

C'est un drôle de type, dans un drôle de temps, arrêté comme lui, solitaire et glacé comme la neige qui fabrique des empreintes, les empreintes, toujours les mêmes, les siennes et celles de son chien. La violence de l'enfance, celle d'un amour perdu aussi, perdu avant même d'avoir existé, il y a si longtemps, reviennent comme les flocons qu'il chasse d'un revers de main, comme les mouches s'accrochaient en été au papier gluant de la cuisine, l'unique pièce de la ferme, où grésille la télé, à l'image aussi ouatée que le ciel est bas.

Allez savoir pourquoi, c'est le jour de l'annonce de la mort de l'abbé Pierre que cela lui prend à Gus, de se sentir ainsi tout chose, à remuer ses flocons de souvenirs, à se sentir un peu comme un orphelin, alors qu'en vrai, orphelin, il l'est déjà depuis un bon moment. Et le moins que l'on puisse en dire, est qu'il ne le regrette pas. Et on le comprend.

Mais le voilà d'autant plus tout chose que son unique voisin et ami, Abel, autant que l'on puisse être amis entre deux célibataires taiseux et cévenols du nord, se met à faire des cachotteries, de celles qu'on pourrait ne pas remarquer si depuis tellement d'années, le papier à musique de leur relation n'avait pas gardé la même tonalité qu'un texte à trous.

Gus et Abel se cherchent, entre taiseux, cela peut-être violent ... et l'intrigue déroule un fil simple et presque ténu de vieilles rancœurs dont on retrouve les traces dans la neige, pas à pas, mais bien tassés les tas ...

Ce qui tient vraiment le bouquin, j'ai trouvé, est la cohérence du paysage, du décor et du style. Dans un lieu où chaque geste a sa place, chaque flocon son poids, les phrases et les mots sont ici placés pareils, avec une place et une attention à cette place. Chaque mot construit les gestes, nécessaires, lourds et pointilleux et vains en même temps, de Gus. Ils transpirent de sa fatigue et finalement, de sa peine, toute simple et jamais dite ainsi, de ne pas avoir été aimé.

Aussi simple, clair et froid que l'eau du Pont de Montvert. Et dieu sait si elle est claire et froide cette eau du Tarn ...

 

Lire aussi l'avis de Sandrine qui m'avait donné l'envie de lire ce titre, aussi rude que le pays, la Lozère, qu'il raconte. Une pensée pour Prades et Castelbouc ...

31/01/2016

Le sagouin, Mauriac

4412968_Fotor.jpgGuillou est un petit garçon qui a la lèvre pendante et la morve facile. Il est né de l' unique étreinte d'une femme qui avait voulu devenir baronne et du fils attardé de la vieille baronne, qui est toujours là, des années après, elle aura même loupé le titre, la Paule, née Meulière. Elle surnomme son fils le sagouin, il la dégoûte, tout la dégoûte d'ailleurs, à commencer par son pauvre sort. Elle boit seule, le soir, enfermée là, dans la rancœur. Un jour, un jeune prêtre a posé la tête sur son épaule et la rumeur fut dite et son sort un peu plus scellé.

Paule distille sa haine, gifle Guillaume qui ne peut pas apprendre, lire, écrire, un peu compter ... On ne sait qu'en faire, d'un fils de bonne famille qui renifle et ne sait pas se tenir propre, ni se défendre, ni se battre contre sa propre mère ... La vieille domestique le débarbouille et son père se tait. On tente l'instituteur du village. Rétif, il ne veut rien avec à faire avec le château. Puis, cette femme, hystérique mais habile, le flatte. C'est que ses désirs à elle le travaille, si lui, ne voit rien, elle y projette son fantasme, c'est sourd et tout pourri de l'intérieur les adultes, pourrait se dire le Guillou ... sauf qu'il ne se dit rien.

Juste un soir, l'instituteur va le garder deux heures, chez lui, dans la chambre de son propre fils, si doué, Jean Pierre. Un moment, le sagouin va se sentir un peu regardé, le temps de quelques pages de Jules Verne, un rien de compassion, une gentille parole, un livre à lire. Mais les adultes ont des convictions, l'instituteur est un rouge, alors Guillou passe à la trappe. Cela aurait pu ne rien lui faire, si il avait été un vrai sagouin, un attardé du sentiment. Le refus sonne comme un glas et les eaux se referment sur le secret d'un père et d'un fils.

Une vague silhouette insignifiante et débile se faufile dans un horizon plombé d'égoïsmes même pas grandioses. Un titre qui clôture très justement notre aventure de relectures avec Ingannmic. Vous trouverez son avis ici.

31/10/2015

Destins, Mauriac

destins-750x750.jpgUne mauvaise organisation m'aura fallu de faire passer un tour ( celui du mois dernier) à mes co-lectrices dans ce projet aventureux qui est la "relecture de tout Mauriac ou presque", il m'aura quand même fait gagné un exemplaire en adéquation avec l'image que l'on se fait de cet auteur en général, sentant la poussière et le vieux papier, il sortait sûrement d'un grenier anonyme, avec sa tranche de page rouge et ce nom sur la page de garde, à l'écriture déliée et aujourd'hui si anachronique .... Comme ce roman, finalement, un rien penché vers une morale des bienséances et du quant à soi bourgeois bien loin des trifouillages de tripes à l'air. Dans ce monde là, on tait ses désirs, on ne les laisse pas sortir ... 

"Destins" est au pluriel mais il s'agit d'un singulier pluriel. Bob, Paule et Pierre en sont les victimes, toujours un peu coupables, forcément, on est chez Mauriac, dans ses landes et dans son soleil étouffant et silencieux. Pierre est le fils du domaine de Viridis, un pharisien (depuis que j'ai compris ce que ce mot voulait dire grâce au titre du même auteur, je ne m'en lasse pas ...) peu présent sur les terres bourgeoises des vignes et des pins. Viridis est tenu par sa mère, une maîtresse femme, Elizabeth Gornac, et son grand-père, une sorte de cep noueux, Jean Gornac. 

Cet été là, à la place du fils légitime, parti prêcher ailleurs la bonne parole, Elizabeth s'attarde aux petits soins de Bob, le petit fils de l'ancienne servante du domaine. Premier accro aux règles sociales qui régissent ce monde, mais Bob est si beau, ses yeux si langoureux et si innocents, que le cœur de la veuve solitaire, vieux avant d'avoir été seulement jeune, se met à palpiter d'une forme de tendresse jusque là inconnue. 

Il faut dire que le Bob a une certaine expérience de ses jeux de vilains, il sait y faire pour vous retourner les principes les plus austères. Pour Elizabeth, il est le fruit défendu. Pour son propre père, Bob est le fils indigne (ben oui, c'est du Mauriac, alors forcément, y'a de la parabole ...). Bob est trop beau, trop aimé, trop entouré d'une faune interlope qui vient enfumer l'appartement parisien du père, toutes ses femmes trop riches, trop libres, trop délurées, qui jacassaient au chevet de son fils, c'était trop pour ce fonctionnaire méritant. Sans compter qu'elles se gaussaient de ses bretelles étriquées. Alors le Bob a été envoyé se faire soigner sa pleurésie dans la campagne originelle, où le parfum lourd et prégnant du scandale aurait dû s'éteindre.

Mais voilà, il y a Paule, jeune, belle, fraîche, bourgeoise libérée, qui se moque des casseroles de Bob, et Elizabeth, qui le temps d'un après-midi, donnera la main à l'amour pour s'y faire mordre le cœur des regrets de pas l'avoir vécu, et la langue de vipère de Pierre, la pire, celle qui est pavée des bonnes intentions ...

C'est un roman qui dévoile peu, sans cesse j'ai cru y sentir la retenue de l'écrivain catho pour les turpitudes du corps sont des tentations qui ne peuvent conduire qu'à la perdition, ce qui ne leur enlève en rien le goût de la tentation .... De Bob, obscur objet des désirs, on ne saura finalement pas l'authenticité, comme si impossible à atteindre (à dire) , l'auteur l'avait conduit sur le bord d'un chemin pour le laisser s'éloigner, une grappe de raisins trop sensuellement grappillée à la bouche, Mauriac, un avatar d' Elisabeth ?

Les avis d'Ingannmic et de Miss Sunlaee, qui m'ont patiemment attendue !

 

31/08/2015

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

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Une forme d'appréhension me retenait sur le choix de ce titre pour notre entreprise de re-lecture commune (Et pourtant, il faudrait bien qu'il y passe le chef d'oeuvre sous les fourches caudines des deux sagouines et même des trois, pour cette fois ...). Thérèse, la trop filmée, la trop commentée, la trop connue, le trop reconnue, trop Mauriac le poussiéreux par excellence, trop condition féminine, trop lecture imposée dans les lycées de jeunes filles qui devaient accéder vaguement à ce que l'on nommait du bout des lèvres, "la modernité" ( je ne fais pas mon âge soit, mais j'appartiens quand même à la génération d'après, celle des filles de ces premières lectrices, et c'est donc librement que j'avais découvert ce texte, vers mes 20 ans, je crois).

L'appréhension fut balayée en quelques lignes. Thérèse m'a happée, elle m'a fait passer une quasi nuit blanche, quasi aussi fiévreuse qu'elle a vécu, sa lecture faisant bruisser la chambre du bruit des pins des Landes, la nuit était aussi obscure que son crime et son avenir. Empathie, quand tu nous tiens ...

Il faut dire que mon édition commence par une lettre d'amour de l'auteur à son personnage, aussi vibrante qu'il la crée perdante d'avance. Il ne rachètera pas Thérèse, il ne la sauvera pas, ni au nom de dieu, ni au nom du remords, ni au nom de la douleur. Thérèse est stérile de son histoire avortée, l'un de "ces coeurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue"

L'histoire, tout le monde la connait, et moi aussi, je croyais la connaître. Une jeune femme d'une famille landaise honorable, attachée à ses pins, beaucoup de pins, se marie, plus ou moins sous la contrainte sociale, à un jeune homme qui possède les pins voisins. Elle n'est pas belle, elle a du charme, mais des idées un peu de travers que l'on pense redressables. Bernard est le gars qui passe à côté du volcan qui bout sous la croûte. Il aime la chasse, les traditions, la famille, l'église. Thérèse va tuer Bernard à petit feu car elle se consume d'autre chose, qu'elle ne sait nommer, mais que la passion de la sœur de Bernard, Anne, pour un jeune homme indigne d'un mariage cossu, va allumer en elle.

Le crime est avéré, mais pour l'honneur des familles, Thérèse sera acquittée par la justice, mais pas par les siens. Sujet tabou, il la condamneront au bûcher à petit feu dans la grande maison des Landes avant de la libérer, seule, à Paris. Seul son auteur lui souhaite bonne chance.

Voilà. Thérèse est un magnifique personnage romanesque, féminin, de cette féminité cloitrée qui la pousse aussi bien à tuer, qu'à soigner celui qu'elle tue, à vouloir sa disparition aussi bien qu'il lui ouvre les bras. Thérèse rêve d'un impossible Bernard, à côté du vrai Bernard, qui lui, ne rêve pas, pas même d'une autre Thérèse. 

Ce que je n'avais pas relevé lors de ma première lecture, c'est l' importance de la frustration sexuelle dans le récit où l'escalade, par être non dite, n'en est pas moins tragique, dans ce corps à corps où Thérèse ne peut qu'avancer masquée : " Mimer le désir,la joie, la fatigue bienheureuse, cela n'est pas donné à tous. Thérèse dut plier son corps à ces feintes et elle y goûtait un plaisir amer. Ce monde inconnu de sensations où un homme la forçait de pénétrer, son imagination l'aidait à concevoir qu'il y aurait eu là, pour elle aussi peut être un bonheur possible." Et l'impossible Thérèse de rajouter : "Mais quel bonheur ?". Ce que n'aurait pas renié Emma Bovary.

Une plongée de plus avec ma complice Ingannmic dans l'univers de cet écrivain, qui décidément, sent la poudre ... Et un nouvel article demain demain de Miss Sunalee, qui rejoint la coterie, pour notre plus grand plaisir.

 

06/07/2015

Premier amour, Joyce Carol Oates

premier amour,joyce carol oates,romans,romans américains,famille je vous haisEvidemment un premier amour dans l'univers de Oates ne peut pas être romantique, fleur bleue, guimauve et fraise tagada, mais boue, marécages, serpent noir, damnation et abandon étouffant dans les entrailles de la déviance perverse.

Josie, la narratrice, a onze ans et concentre tous les traits de l'héroïne de Oates : solitaire par obligation interne et isolée dans un monde d'adultes aveugles et indifférents à son innocence. Sa mère, volage séductrice aux charmes monnayables, s'est enfuie avec elle dans un étrange refuge, la maison du révérend .... (révérend qui sent le Nike Cave à plein nez ...) Dans la bicoque, qui fut cossue, rôde le sombre héritage d'une religion poisseuse dont l'ultime avatar est Jared, 25 ans, le cousin de Josie. Idolâtré par la vieille tante, sa grand mère, confite dans des diktats poussiéreux, il est voué à devenir le nouveau pasteur. Il trône en chemise blanche amidonnée, toute la journée penché sur des ouvrages de dévotion dont les couvertures racornies masquent des images malsaines ... Sauf quand il hante les berges du ruisseau et laisse alors sortir de lui le pervers irascible et tyrannique, s'emparant de l'âme de Josie, et " ce qu'elle ne peut nommer", s'accomplit.

Aucun souffle vivifiant ne ne se pose en ces pages d'un "conte gothique" à la Oates : Josie aime sa prison affective, ses tortionnaires, le beau cousin, la mère qui ne voit guère ses sombres épreuves et ses douloureuses meurtrissures.

Pour cette fois, la sauce Oates n'a pas eu de prise sur moi, un malsain tellement malsain qu'il en devient convenu et attendu, si bien qu'on ne sursaute ni ne s'imprègne. A la surface des marais grouillants, j'ai passé mon chemin.

31/05/2015

Génitrix, François Mauriac

génitrix,françois mauriac,romans,romans français,famille je vous haisJe ne sais plus par quelle aiguille nous sommes arrivées, Ingannmic et moi, à cette idée de (re)lecture commune, mais ce fut une très bonne idée.

En disant relecture, je me fourvoie quand même un peu, parce que, en ce qui me concerne, la première lecture de ce titre est si lointaine, que je ne gardais de "Génitrix" qu'une vague nébuleuse d'un truc à la Mauriac. Et c'est exactement cela, la cruauté d'un huis-clos des âmes dans une écriture classique et sans surprise, qui tranche dans le vif aussi efficacement qu'un vers de Racine.

Mathilde a épousé Fernand pour de mauvaises raisons. Pauvre cousine pauvre d'une dynastie bourgeoise qui ne peut que la considérer avec le mépris social dû aux cousines pauvres et orphelines, déclassée, arrogante sans pouvoir le dire, elle jette son dévolu sur le voisin, ce Fernand, qui lui a paru une proie facile et sa seule bouée de de sauvetage social de son existence. L'amour n'est pas le sujet de Mauriac.

Fernand, lui, a épousé Mathilde pour d'autres mauvaises raisons. Vieux garçon emmitouflé par sa mère depuis des décennies dans un carcan d'attentions, il est une sorte d'être immobile. Il a de temps en temps des velléités de révolte. Mathilde fut un de ses caprices d'indépendance, qui rapidement a tourné vinaigre, forcément .... 

Mathilde et Fernand se loupent, Félicité, la mère, jubile, elle récupère sous fils sous son aile, en bonne mére poule qui lui avait coupé si bien les ailes que le poussin ne pouvait se faire coq. Voilà la rivale à terre.

Seulement, voilà, Mathilde se meurt des suites d'une fausse couche, laissée solitaire dans les draps blancs glacés et la fièvre qui fait trembler son lit, abandonnée de toute affection. La mort fait de la rivale de la mère une icone dans le coeur du fils. Souffrance, jalousie, remords vont les tordent.

Dans ce très court roman, on passe de l'un à l'autre des personnages, tous les trois méprisables s'ils n'avaient l'excuse d'être étouffés dans le silence tordu des vrais sentiments, qui jamais ne sortent de ce huis-clos, comme jamais ne circule l'air dans les pièces de la vieille demeure. Chacun tricote le malheur de l'autre et le sien sous le regard de la vieille bonne, ultime refuge d'affection pitoyable. C'est cruel et feutré comme un règlement de compte dont les victimes sont aussi les coupables, sans rémission possible.

Du Mauriac, quoi !

 

20/12/2014

La solitude des nombres premiers Paolo Giordano

la solitude des nombres premiers,paolo giordano,romans,romans italiens,romans adolescence,famille je vous haisUn livre où l'on apprend que "les nombres premiers ne sont divisibles que par un et par eux-mêmes", et qui retrace une histoire de jumeaux dont "le véritable destin consiste à rester seuls". 2760889966649 est Mattia, 276088996651 est Alice et "La solitude des nombres premiers" est le second livre lu de mon tas ramené de l'excursion avec ma copine C. de jardin buissonnier, excursion destinée à dénicher des livres qui faisaient rire. Même seulement sourire. "Noces de neige", c'était déjà pas çà, mais alors là, on atterrit très loin du point de base ...

Les deux trajectoires de ces deux personnages, OVNI du monde, commencent chacune par un drame qui les propulsent chacun dans le leur, de monde, et les ferment radicalement à celui des autres. 

Pour Alice, cela aurait pas être rien d'autre qu'un banal accident de ski, un jour de brouillard, un péroné qui claque, et on n'en parle plus. Mais Alice n'avalera pas cette chute, cet "oubli" paternel, et rapidement, l'adolescente n'avalera plus rien, s'enfermant en elle et dans la salle de bain, loin du père, et elle promène avec obstination et impuissance ses doigts sur les cicatrices cruelles du corps et de l'âme.

Au lycée, Alice se terre et se frotte peu aux autres. Jusqu'au moment où Viola, chef de bande, va jeter son œil séduisant et prédateur, sur l'adolescente. 

Mattia, lui, est l'autre jumeau solitaire, solitaire d'une autre jumelle dont il porte l'indicible différence, à jamais coupable d'un autre "oubli". Il est d'une autre planète, autosuffisante, et si si lui se nourrit, c'est de chiffres. Surdoué, muré, il attire et refroidit toute tentative d'approche.

Pourtant, ces deux là vont se croiser, se reconnaître, ou plutôt, reconnaître en l'autre le miroir sans fond de leur solitude. d'années en années, ils vont tenter de se toucher, de se joindre, bulle contre bulle et silences contre silences.

Dans les premières pages, ce livre m'a agacée, un livre de trop pour moi sur les adolescentes souffrances, et puis non, pas vraiment, ou pas seulement. Parce que les personnages marchent sur une corde si raide et si coupante, si vibrante, que l'on n'a pas envie de les laisser tomber, sans savoir si au bout de la démarche claudicante qui est la leur, sur le fil de ce rasoir qui les sépare, ils n'arriveront pas à se regarder, et à, éventuellement, prendre vie. 

02/07/2014

Les sortilèges du Cap Cod Richard Russo

les sortilèges du cap cod,richard musso,romans,romans américains,famille je vous haisC'est l'histoire d'un homme de la petite soixantaine, pas trop rabougri, Jack Grifin, qui transbahute l'urne contenant les cendres de son père dans le coffre de sa voiture depuis neuf mois, parce qu'il veut les jeter dans un lieu symbolique, mais qu'en fait, il n'y arrive pas. Ancien scénariste à Los Angeles, il est depuis un certain temps devenu prof de cinéma dans une université ; sans remords (ou presque ...), il est passé de la côte Ouest à la côte Est, de la vie de bohème à une routine plus respectable, en accord ( ou presque ...) avec lui même et le "contrat" passé avec sa femme, Joy, lors de leur lune de miel (il y a mis le temps ...). 

Quand le récit commence, sa fille, Laura, grande, sage et belle, va se fiancer, après avoir marié sa meilleure amie et amie d'enfance. Sa femme, Joy, est toujours belle et à ses côtés, ou presque ... Parce Jack a le malheur chevillé au corps et l'enfance encore saignante, elle sature. Il dit que non. Dit que c'est sa famille à elle, Joy, qui les étouffe depuis le début, veut les modéliser ... Incultes, bornés, sécuritaires, le père amateur de golf à la courte vue, les jumeaux, militaires obtus, les sœurs, femmes au foyer pas mieux, comment la belle et pertinente Joy peut-elle les aimer, alors qu'il les déteste, les méprise, et depuis toutes ses années, passe beaucoup d'énergie à les éviter ou à les supporter ?

Elle dit sa fatigue de porter depuis si longtemps le malheur de son âme chevillée, depuis trop longtemps, en fait ... Elle dit qu'il vit avec des fantômes ( ce qui se révélera fort juste). Pour lutter contre, se justifier à ses propres yeux, Jack se  coltine à ses souvenirs, ceux du drôle de couple que formèrent son père et sa mère, et à une nouvelle rédigée au temps des scénarios, et laissée aller ensuite. Il raconte ce qui focalisait toutes les aspirations de ses parents, le cap Cod, et ses étés au cap, surtout un, pour lui fondateur, celui raconté dans la nouvelle. Le cap Coq est l'endroit de la cristallisation des désirs des deux universitaires aigris qu'étaient ses parents. Chaque été, ils y retournaient pour y vivre un moment selon leur envie, enfin rendus à aux-mêmes, pensaient-ils, loin du Kansas pourri où ils se sentaient enchaînés. Chaque année, la location changeait, chaque année, elle ne satisfaisait pas leurs désirs. Ils épluchaient, chaque année, les catalogues pour un achat, une sorte de Nirvana à l'envers, rien n'était possible, entre les maisons "pas les moyens" et les "On me la donnerait que je n'en voudrais pas" . La rancœur se cultive, cet homme et cette femme, intellectuels de seconde zone, ont élevé la frustration et le mépris en art de vivre.

Jack a cru les anéantir en les tenant à distance. mais ils l'ont façonné, d'une certaine façon, et Joy voudrait bien passer à autre chose ... Sauf que l'urne est toujours dans le coffre et que le portable de Jack, résonne de la voix de sa harpie de mère qui se déchaîne, l'année universitaire se terminant.

Le récit est donc entre ces deux mondes, le présent, l'agonie d'un couple, ( avec douceur et amour quand même, et peut-être espoir ...) et l'agonie préméditée et construite du bonheur, toujours remis à plus tard. Ce pourrait être triste et lent, mais au contraire, le récit est rythmé et drôle, surtout vers la fin, où l'auteur se lance dans un contre pied burlesque, risqué et vraiment réussi, une sorte de déconfiture décapante d'un mariage annoncé.... Couper le cordon, se lancer dans la non transmission génétique, lâcher les urnes .... Pas si facile !

Bref, confondant le nom de cet auteur avec Musso, Mussi ou Levy, je passais à côté d'une chouette découverte, me voilà partie pour continuer, car j'ai beaucoup aimé ce personnage, juste plein d'âmes ( et de fantômes torves, aussi !)

 

 

04/06/2014

La classe de neige Emmanuel Carrère

la classe de neige,emmanuel carrère,romans,romans français,pépites,famille je vous haisUn petit garçon part en classe de neige. A priori, rien de très romanesque, ni de très exotique. Pas de quoi en faire un roman. Ben si. Et un drôlement bien, en plus.

Nicolas doit avoir 9 ou 10 ans, petit garçon un peu à part, c'est le rêveur. Craintif, dévoré de doutes, surprotégé, il ne sait pas se défendre de ses peurs. Et des peurs, il y en a cachées partout ... Il faut dire que ses parents lui en ont collé beaucoup, des peurs, peur de l'enlèvement, peur des méchants messieurs qui font du mal aux enfants, même les très sages, peur des trafiquants d'organes qui guettent les petits frères dans l'ombre des fêtes foraines ...

Le père de Nicolas, surtout, fait rempart contre le mal, qu'il voit partout. Il est voyageur de commerce, tout le temps sur les routes, il alimente la collection de bons de Nicolas. Avec les bons, il pourra avoir un bonhomme dont on peut enlever la peau en plastique pour voir les os. Quand il n'est pas sur les routes, il vacille, avachi de sommeil, dans le petit appartement, où jouent silencieusement, Nicolas et son petit frère et où la mère n'ose pas répondre au téléphone. C'est dire si on ne rigole pas ...

Alors une classe de neige, avec les copains et la maîtresse, ce devrait être une bouffée d'air, un truc à courir partout. Et bien non. Nicolas, douze jours loin de chez lui, c'est l'angoisse, angoisse de ne pas savoir faire, de faire mal, au milieu des autres dont il ne maîtrise pas les codes. Et le séjour commence mal. Alors que le groupe est parti en autocar, c'est son père, qui le lendemain amène Nicolas au chalet, il en repart avec la valise de son fils. Première humiliation, le pyjama ... 

La valise ne revient pas, et le séjour s'embourbe. Nicolas s'accroche à tous les protecteurs possibles, surtout à Patrick, le grand moniteur sympa, avec la queue de cheval blonde, qui le prend un peu sous son aile. Et puis, aussi, Hodman, un grand pour la classe, singulier, lui aussi, mais pas pour les mêmes raisons que Nicolas. Lui, il n'a même pas peur de son ombre. Seulement, son amitié est imprévisible, à double tranchant ...

Dire que ce livre est angoissant serait le moindre des mots. On sent l'étau sur Nicolas, bien avant qu'il ne se referme,on guette le coup qui va l'atteindre. Dans sa tête, la mort entrechoque la petite sirène qui peine à devenir femme, le club des cinq traque les trafiquants d'organes, un rêve de manèges et de vie heureuse plane, mais les phares éblouissent les lapins sages ...

Quand la bombe éclate, que le vrai danger tombe, le texte s'ouvre vers un blanc sans fond.

Une lecture commune avec Ingannmic, j'espère aussi convaincue que moi !

19/02/2014

Le roi n'a pas sommeil Cécile Coulon

Le roi n'a pas sommeil, Cécile Coulon, famille je vous hais, romans, romans françaisUne histoire dont le format est juste ce qu’il faut pour ne rien lâcher du fil tordu qui est celui qui conduit l’histoire de Thomas. Tordu mais tendu.

On commence par la fin : Puppa voit Mary hurler, en déchirant l’air d’une petite ville de sa douleur. Alors, c’est sûr Thomas est mort. Sauf que l’on ne sait qui est Puppa, Thomas, ni même Mary. Mais on sait la fin comme dans une tragédie, le temps est resserré aussi, le lieu quasi unique, celui d’une petite ville, et surtout le domaine de l’enfant roi, où tout mène et ramène, une véranda où l’on attend que le soleil se couche, il pourrait même y avoir des odeurs de confitures maison, mais c’est un faux paradis, avec un serpent dedans ; à côté, une scierie, un bar sordide, une école, un ami qui trahit, un père qui est parti avant même d’en être un, un médecin qui aime les enfants innocents, et l’enfant roi, Thomas et sa façade d’enfant sage, et sa courte histoire qui est déjà en marche.

L’histoire du fils de Mary commence avec celle de son père, dont le fils bouclera la boucle, comme une corde avec laquelle on se pend. Simple tâcheron, le père, William Hogan, n’a vraiment voulu qu’une chose, sa maison et ce qu’il appelle le domaine, une étendue boisée, la maison avec la véranda, rien de bien précis n’est dit. C’est le domaine qu’il défriche, la femme qu’il épouse, l’enfant qui naît. William suinte la violence, il frappe parfois Mary, boit comme en passant, serré sur sa peur. Il a peur des fiches vertes et des photos qu’il y voit. Ce sont celles des criminels recherchés par la police et qu’il doit classer. C’est son boulot subsidiaire.

Naît Thomas, un enfant qui ne lui parait pas à la hauteur. Thomas va à l’école, enfant docile et solitaire, mange les tartes de Mary, dort dans les draps qu’elle a tiré à quatre épingles ... Et Thomas a dérivé ... Des images le lézardes et les lézardes creusent une béance. C’est quoi sa peur ? Thomas en vit le flux, ne sait quoi en faire, elle prend le pas de l’intérieur, creuse sa haine, celle de soi, celle de l’autre, de l’ami, qui lui se relève pendant que l’enfant roi chute et se dilue.

Aucun discours clinique, aucun mot de trop, un texte aux ciseaux.

Un titre qui m'a beaucoup plus convaincue que le premier de cette auteure que j'ai lu "Méfiez- vous des enfants sages"

07/01/2014

La grâce des brigands Véronique Ovaldé

La grâce des brigands, Véronique Ovaldé, romans, romans français, famille je vous haisMais à quoi tient le goût de ce livre ? Un truc salé sucré, un goût acidulé de citron au vinaigre avec un zeste de Joël Dicker et d'autres amuse bouches de littérature de fille qui rêverait de voir sa jupe voler mais qui va se la prendre en pleine figure après un très bref envol.

Maria Christine Väätonen est l'héroïne que a ce goût de mélangé. Rien que le nom qui ne va pas avec le prénom. Elle est née d'un doublé exotique, un croisement entre le père (le nom), silencieux, analphabète et imprimeur ... la mère (le prénom), folle de religion et de principes hygiénistes et castrateurs. Mais cela on le saura après.

D'abord, on la découvre, auteure à succès encore jeune et belle mais si seule après un grand amour raté d'avec un grand écrivain raté, à Santa Monica. Il y fait chaud et plutôt bon vivre. C'est là que Maria Christina reçoit un appel de sa mère, après plus de dix ans d'un silence vengeur. Rien de moins qu'une demande urgente : sa soeur a un enfant et il faut qu'elle vienne le chercher, là maintenant tout de suite.

Retour donc vers les origines, à Laperouse, dans la maison rose-cul où personne ne parlait vraiment ; personne ne rentrait, personne ne s'aimait. A Laperouse, il n'y avait rien que la brume, le froid, que des obstacles, la mère en tête, rien de possible pour une fille qui veut écrire, rien que des péchés, selon la mère qui voit les péchés, comme les noirs, le chinois et les microbes pulluler grave. Maria Christina ne rêvait que d'en partir, ce qu'elle a fait, avec des déchirures quand même. C'est pour cela qu'elle ne meurt pas d'envie d'y retourner. C'est le moins que l'on puisse dire.

Elle pourrait se dire libérée. Libérée ? Elle l'a tenté depuis dix ans, y est presque arrivée. Elle est devenue ce qu'elle voulait être, une auteure à succès avec son roman autobiographique "La mauvaise soeur", en partie grâce-à-cause d'un mentor à double face, Claramont, dont le nom sonne comme Paramount, l'écrivain qu'elle admire et qui l'a embauchée comme bonne à tout faire, même un roman. Amoureuse du clinquant du talent, elle s'est donnée à lui, la jeunette, avant de s'en retourner vivre auprès de sa copine Jeanne, hippie de charmes plus aguerris (elle accouche seule d'un enfant sans père et revient à l'appartement avec des lunettes roses en forme de coeur sur le nez, j'adore ...).

C'est plein de trucs sordides et pas drôles du tout, voire de violences quelque peu inutiles ... et pourtant, une allégria du style truffé de clins d'oeil littéraires et d'attendus amusés de clichés de la maison bleue sur la colline m'a emporté dans les rêves de Maria. Presque primesautier, comme une ballade de Jimmy par Souchon, un Billy qui aurait fini par trouver son rêve d'infirmière avant de tomber dans la mer, tomber par terre ...

Philisine y a vu d'autres voix que la sienne.

Un petit régal, en passant.

Des vies d'oiseaux

La salle de bain du Titanic

27/12/2013

Le dernier arbre Tim Gautreaux

4197197286.jpgUn livre qui avait tout pour me plaire ; un sud américain profond de vase et de sang, un huis clos dans une plantation de cyprès géants, étouffante de ma sueur des pauv' blancs, et des encore plus pauv' noirs, dans un temps d'après la Sécession, juste après.

Dans cette plantation, le seul garant de la loi est Byron Aldridge, ce qui fait que la pauv' loi s'incarne dans un homme brisé à la folie prégnante. Sa façon de maintenir l'ordre en ce domaine fermé sur lui même, lui est tout à fait personnelle, et ses crises de rage sont aussi constantes que sa passion pour les chansons à l'eau de rose ou les airs d'opéra sirupeux qu'il fait cracher sans relâche à son gramophone. Son Victrola a des airs du fin du bout du monde. Ecrasé par les horreurs de la guerre 14-18, c'est cela qu'il rejoue sans cesse ...

On est en pleine Nouvelle Orléans. L'Amérique du nord commence à se la jouer victorienne et industrielle, mais sur le domaine du constable Byron, rien n'en transpire encore ; les bruits de la scierie et les serpents d'eau tuent les hommes, aussi vite que son révolver, et presque sans distinction de couleur de peau. Les hommes qui travaillent là sont des oubliés qui se saoulent, à mort, aussi.

 Hasard qui démarre la fiction, c'est justement le père de Byron, le vieux propriétaire de scieries du nord qui rachète l'exploitation où le mauvais fils se terre, loin du modèle que le vieux aurait voulu qu'il soit, loin de toute parole, ni sur la guerre, ni sur rien. Et c'est le frère de Byron, le cadet, bien plus propre et plus méritant qui vient redresser les comptes et tenter de ramener son frère, si ce n'est à la raison, du moins à la raison du père.

Ce n'est pas tant cet hasard arrangé qui m'a gêné (on a avalé des couleuvres bien plus grosses que celle-là !) que le non emballement de la fiction. Une fois posée la situation explosive, on pourrait penser qu'elle explose. Et oui, elle explose, elle explose même tout le temps, en des explosions qui se répètent, de jours en jours, d'années en années, jusqu'à ce que le dernier arbre soit abattu. J'avoue m'être lassée de la lutte à peine fratricide des deux frères contre le méchant mafioso ( qui n'aime pas les airs d'opéra de Byron, mais c'est un détail), italien, proprétaire du saloon de l'explotation et qui ne veut pas fermer le dimanche ...

Et même quand les femmes et les enfants se sont pris les dégâts collatéraux, je n'ai pas frémi à cette montée en puissance, pourtant. Je ne sais pas ... des personnages un rien trop campés dans leurs bottes, et même lorsqu'ils tuent voire massacrent, je n'ai pas senti l'odeur de la poudre.

Tant pis et un toujours merci à A.M. ( après tout, il ne m'était pas destiné à moi, ce livre ...) et vive "Faillir être flingué"

15/12/2013

Affliction Russell Banks

Un homme affligé, à l'histoire affligeante, et  un récit qui ne l'est pas, un roman qui porte rudement bien son titre, comme une bande annonce qui aurait le mérite de la sincérité et de la simplicité : chronique d'une chute déjà pas mal avancée ...

L'homme affligé, c'est Wade Whitehouse. Il a tout raté depuis le début, il a quarante ans, et c'est le bout de son rouleur compresseur. Mariage raté, père raté, fils et frère de peu de poids, bungalow et boulots peu reluisants, au fin fond d'un coin perdu et très enneigé. Il veut tout rattraper.

Il a tout raté conscienceusement renfermé sur son exigence d'être parfait, un père parfait pour se rattraper d'être le plus souvent nul, toujours en retard d'un costume d'hallowenn, d'une distribution de bonbons. C'est le récit de ce premier échec avec sa fille (premier raconté mais pas le premier vécu) qui ouvre la série des ratages programmés. Parce que dès le premier chapitre, on sait que Wade est fichu, qu'il a commis des violences irréparables, sans savoir lesquelles, que personne ne veut plus entendre son nom, se souvenir de sa silhouette de brute dans l'encadrement d'une porte, ni son ex-femme, ni son ex-maitresse, ni ses ex-amis, pas même sa fille. Reste le narrateur, le plus jeune de ses frères, celui a qui Wade téléphonait encore, avant ce que l'on ne sait pas. Le narrateur croit tout savoir, se justifie aussi par ce récit, mais reste aussi creux d'émotions que son frère est en bourré, contradictoires et en guerre, ravageantes.

Wade est le policier de la petite ville où il a toujours vécu. C'est une petite ville dont presque tout le monde part et où peu viennent, mis à part quelques chasseurs de cerfs. C'est un petit policier qui doit faire attention surtout à la circulation des bus devant l'école. Il est aussi employé à forer des trous, l'été, et à déneiger, l'hiver, pour le compte du même patron pour lequel il travaille depuis toujours. Dans la petite ville, tout le monde connait Wide, et beaucoup s'en méfient, violent, imprévisible, il boit sec et peut frapper... Même pour assurer la circulation devant l'école, il peut avoir des ratés plein de rancoeurs contre "les autres", ceux qui ont mieux réussi.

Wade est un raté qui ne veut plus l'être et se trompe de combats. Il combat son ex-femme, veut faire revoir le jugement qui lui a enlevé sa fille, il veut la regagner, gagner efnin quelque chose. Il combat son ami, va jusque l'accuser de meutre, jusqu'à l'abberation d'un complot des "puissants" dans l'ombre de la montagne, passe à côté de la vérité,juste à côté. Il combat son patron qui le tient en laisse et le condamne à conduire la glaciale niveleuse comme d'autres s'enchainent tout seuls à leur propre laisse. Il combat dans le vide.

 Wade ne s'attaque jamais aux vraies causes de son propre naufrage, comme il ne va pas chez le dentiste, il garde sa dent pourrie pour mieux avoir la rage. Il s'acharne sur la niveleuse à neige plutôt que de déblayer devant sa porte. Il pousse les tas devant les portes des autres : son ex-femme, son nouveau mari, le chapeau du nouveau mari ... même l'enseigne du restaurant du coin, il lui en veut ...

L'histoire de Wade est un livre épais et rude, où l'on avance sur ses traces à la vitesse d'une déneigeuse, lentement, mais avec une puissance qui ne s'écarte pas de la route, elle, pas comme le personnage. Une puissance de mots où petit à petit on aperçoit les non-dit se soulever. Mais que c'est dur de se relever des coups de son père, du silence, de la honte de l'amour quand même ... de la haine. Un beau roman qu'il faut prendre le temps de suivre à pas lents et lourds, un engrenage qui vous prend de l'intérieur, car si raté qu'il soit, affligé, Wade traine aussi avec lui, une poignante empathie.

Une lecture à retenir, en lecture commune avec Ingannmic, ce qu'elle en pense est ici.

 

22/10/2013

Le monde à l'endroit Ron Rash

le monde à l'endroit,ron rash,romans,romans américains,famille je vous haisTravis Shelton a dix sept ans et sûrement une chemise à carreaux. Ce n'est pas dit dans le roman, mais c'est le genre de jeune américain rural et sans grand avenir à en porter une, genre rouge, jaune et bleue. Sans trop de goût, quoi. Il aide son père sur la plantation de tabac qui ne rapporte plus grand chose. Il glande. Il aurait pu bien réussir au lycée et envisager autre chose, mais non, par ennui, désintérêt pour la chose scolaire, il glande. Il traine sa rancoeur, surtout contre son père, peu enclin aux rapprochements père-fils et si avare de compliments qu'il semblerait qu'il préferait avaler sa glotte plutôt que de parler à son fiston.

Entre deux bières, un parking et quelques potes pas mieux lotis que lui, il va à la pêche aux truites, son truc à lui. Pour payer l'assurance de son pick-up, d'abord, mais aussi parce qu'il aime ça, l'eau, les trous de la rivière, les poissons qui mordent à ses hameçons. Au détour de sa pêche, Travis va tomber sur une plantation de cannabis, ne pas résister à la tentation de s'en servir, ce qui évidemment, non seulement n'est pas bien du tout du tout, mais en plus va l'enchainer dans une série de rencontres pour son mal et un peu de bien quand même ; d'abord des ploucs mastocs, du genre qui ne rigolent pas, puis Léonard, l'ex prof en berne, un peu dealer, un peu cassé, qui héberge dans son mobil home étouffant qui prend l'eau, une compagne de fortune qui a bien roulé sa bosse elle aussi, Dana, à la peau de serpent qui mue au soleil et à l'âme aussi écorchée qu'une truite cuiellie en plein vol. Confronté à de vrais échecs, en plus du sien possible, Travis va grandir un peu des épaules, s'étoffer un peu de l'âme, et peut-être devenir autre chose qu'un looser, il mettra quand même du temps à sortir de sa peau de petit merdeux, l'anticipation n'étant pas vraiment son fort, au p'tit gars ...

Un roman peut-être moins surprenant que "Un pied au paradis", moins épique que "Séréna", qui sonne pourtant juste, j'ai trouvé, à cause des personnages, surtout, de jolis états d'âme pour Travis et son mentor, Léonard, une intrigue classique qui file sa tragédie peinarde, comme elle se doit d'être, inévitable et alambiquée ( avec un détour par un épisode sanglant de la guerre de Sécession, et un autre par les extraits du journal d'un médecin, qui se rejoignent finalement). Pour parodier un titre célèbre : "une tragédie chez les ploucs", ou "Les ploucs flingueurs", sauf que ce n'est pas drôle.

16/08/2013

D'acier Sylvia Avallone

d'acier,sylvia avallone,romans,romans italie,famille je vous haisD’acier, tout est d’acier ou de béton dans le microcosme de cette cité italienne de Pimbino,  au bord de la mer sans être balnéaire, industrielle et loin d’être florissante. Pimbino, dont l’étymologie doit venir de plomb comme horizon plombé.  Tout est d’acier même l’amitié entre deux très jeunes filles treize ans, bientôt quatorze dont les deux jeunes corps s’ébrouent dans les vagues à l’assaut  des sensations brûlantes dont elles font l’objet. Objets de tous les regards, la blonde Francesca la brune, Anna, sont les stars Lolita de leur carré de sable envahi l’hiver par les ordures, lo’été par les tas d’algues que les services municipaux ne viennent pas déblayer. A Pimbino, il n’y a pas de touristes,  que la plage, les barres de HLM et l’usine d’acier, une boite de nuit où de vagues filles dénudées se déhanchent sur des barres verticales, le bar du coin, des vieux paumés qui rêvent d’Ukrainiennes volées, des pères indignes,  défaillants, violents, des mères fatiguées par les tournées de spaghettis ou de tornioles, des télés branchés sur des rêves de pacotille.

Anna et Francesca sont les reines éphémères (mais elles ne le savent pas encore) de cet été brulant , de leur pâté de sable et de HLM, à la vie à la mort depuis la maternelle, elles s’aiment, s’enlacent, brillent de leurs feux. En l’espace d’un été, l’acier de cette amitié va se fissurer, peut-être parce que l’une aime trop l’autre, peut-être parce qu’un marin pas très net va venir traîner ses guêtres dans le coin … Le béton va se fissurer, éclater, envoyer des morceaux pas très loin, car leur monde est petit, tout petit, mais à leur dimension, ce sont des bombes sismiques.

Tout va déraper doucement, comme hors de leur contrôle, elles ne savent comment faire face, elles rêvent d’un autre bord, pas tout à fait le même, mais presque : pour Francesca, la bombe atomique à retardement, le rêve est Elbe, l’île d’en face, le côté soleil de luxe de leur soleil de pauvre, Miss Italia, starlette haut de gamme pour échapper à la surveillance intrusive, abusive, des jumelles de son père, toujours prêtes du haut de son HLM à s’attarder sur sa bretelle de maillot de bain et à lui faire payer cher  le moindre regard, autre que le sien.  Anna, elle, c’est la bonne à l’école, son rêve, c’est le droit ou quelque chose comme cela, avocate, présidente.  En attendant, elles jouent ensemble des regards assassins et jaloux, meurtrières frivoles des cœurs qui les indifférent, hors d’elles mêmes, pas de salut. Elles veulent être enfin grandes et danser ailleurs que devant la glace de leur salle de bain. Et puis il y a aussi le frère d’Anna, le beau Alessio qui se fond avec l’acier de l’usine qui coule dans ses veines comme la cocaïne, à coup d’amour perdu pour la belle bourgeoise, lui, il a déjà perdu son paradis.

Tout est sali, sur fond de la grande usine dont les cheminées fondent la fin des possibles et les hautes tours la fin des illusions, les limites des rêves, des ambitions, des amours. Les plages regorgent de chats affamés et les cabines de bain de préservatifs, d’attouchements et de copulations vite fait sans autre perspective que celle d’accoucher trop vite et trop jeune, et de grossir ensuite, à l’ombre des chaises sous les HLM pendant que les hommes cousent d’autres histoires louches en bar du coin d’en bas.

Ce n’est peut-être pas un grand roman, mais il met à jour la véritable misère, dans les lumières sordides du bordel , l’eldorado du samedi soir et les paillettes d’un rose Barbie triste à pleurer, une Italie loin des clichés, une plongée dans la besrcolunitude. Triste et presque pourtant  presque flamboyant.

 

 

24/07/2013

Nos plus beaux souvenirs Stewart O'Nan

chautauqua_t_shirt-r4b325d2cd49b41b9a5ed9f0b16f41d29_804gy_152.jpgOuf ! les vacances sont finies ! Pas les miennes mais celles de la famille Maxwell, et tout le monde a survécu, même moi. Pourtant, ce n'était pas gagné, pour eux, surtout pour eux, parce que moi, finalement, je n'étais que de passage ... Pourtant, leurs vacances ne durent qu'une semaine. Une semaine, ça peut-être long ou court. Et là, c'est long, surtout pour eux, pour moi aussi quand même un peu .... surtout vers la fin, quand ça s'étire en heures, la semaine, le départ ...

Les vacances commencent un samedi, tous les membres de la famille convergent de leur point de départ à leur point d'arivée, le cottage famililial, les pieds dans le lac de Chantagua, au nord de l'état de New-York. Il y a la mère, Emily, la tante, Arlène, qui viennent dans la même voiture, dans une autre, le fils Max, la femme Lise, leurs deux enfants, les vélos sont accrochés à l'arrière, et dans le minibus, jonché de boites de nourriture toute faite, la soeur et ses deux enfants aussi, une fille (un peu rebelle, mais bon, la mère est un peu flinguée aussi, en plein divorce et dépressive), un garçon, juste comme il faut, d'ailleurs il s'appelle Justin et fera fort peu parler de lui pas la suite, donc autant le faire maintenant.

Depuis des années, la famille se retrouve là, au bord du lac. L'année prédente, ils n'ont pas pu parce que le père, Henry, était en train de mourir. ça leur a presque manqué, en fait, le père aussi évidemment. Et cette année, c'est la dernière fois parce qu'Emily a décidé de vendre de le cottage. Pas pour les embêter, non, mais parce qu'elle a demandé avant qui en voulait faire quoi et personne n'a rien dit, alors que maintenant, ils se révèlent contre. Mais pas de grands débats ni de grandes fureurs dans cette famille-là où les rôles paraissent fixés et boulonnés. Emily décide et fait la cuisine, ils se méfient d'elle, elle griffe parfois, ses enfants semblent lui en vouloir de son indifférence, de sa place, de ses décisions, d'une sorte de mépris ou de trop grande attente envers eux. Ou les deux ensemble.

Au lieu de parler, donc, ils accomplissent des rituels ; un peu toujours les mêmes, cautionnés par les années comme presque leur seul garant que ce sont bien des "vacances" : le parcours de golf, la sortie à pneu sur le lac, le barbecue, l'embarcadère comme point de fuite, le banc comme horizon, la promenade du chien, devenu plus vieux, c'est tout, le restaurant et le feu d'artifice du dernier soir. Quelques variantes quand même pour cette dernière année : le putt' and putt' a fermé, l'enlèvement de la serveuse de la station service du coin et une visite des chutes du Niagara pour cause de pluie.

N'allez pas croire pour autant qu'il se passe quelque chose, il ne se passe rien. Il y a bien Sam ( le petit fils) qui vole la montre de sa belle cousine, les deux cousines qui voient un beau garçon en se promenant, une panne d'électricité pour une raison inconnue, un soir, et deux soirs de suite, ( mais oui, mais oui ...), l'alarme de la maison des voisins qui se déclenche pour une raison qui restera inconnue, et le pauvre Justin qui se trompe de liquide pour le lave vaisselle et du coup, il y a de la mousse partout dans la cuisine.

Dans ce vase clos d'ennuis et de rancoeurs assourdies, se croise Mag, la looseuse, celle qui n'y arrive pas, qui est en train de divorcer, celle sur laquelle on peut compter pour toutes les déceptions de ses parents, son frère, Ken, sur lequel  on comptait un peu plus, mais non, finalement, il vivote rêvant de gloire photographique, hermétique à toute imagination, il fait de son mieux, sa femme Lise, enfant gâté, hermétique à tout ce qui n'est pas elle et lui, même à leurs enfants et surtout à sa mère, Emily, dont se demande quand même ce qu'elle a bien pu faire (mais on ne le saura pas). Ferme la marche, la tante au chien, l'institutrice célibataire qui aurait bien voulu garder la maison, mais, bon, elle prendra la télévision qu'on lui donne.

Autour d'eux, du cercle qui tourne en rond, s'alignent les bibelots, les beaux souvenirs s'y accrochant comme à de dérisoires pendules du temps qui est passé : six verres avec dessus une voiture ancienne différente, le père y buvait un whisky, parfois, une salière et une poivrière en forme de petits cochons, un briquet zippo, un puzzle que personne ne finira jamais.

C'est l'infraordinaire qui raconte l'ordinaire et prend la place des paroles. C'est beau, mais c'est lent, je ne savais pas que l'ennui pouvait être raconté d'aussi prégnante façon. C'est d'une beauté qui s'écoule lentement, en quelque sorte .

Il semblerait que l'on retrouve Emily dans un autre roman de cet auteur, " Emily", peut-être que là on en sait davantage ... Mais j'en doute, pas le style thriller, le bougre d'O'Nan!

 

25/06/2013

Tout ce que j'aimais Siri Hustvedt

tout ce que j'aimais,siri hustved,romans,romans américains,pépites,famille je vous haisAttention, livre intello à la Paul Auster virant au thriller psycho sans prévenir : quelque chose autour de la création, de l'art, d'où ça vient, de ses rapports avec le mensonge, l'aveuglement, la patermaternité, l'amour et l'amitié, des trucs contagieux qu'on ne choisit pas, ni sa forme, ni sa cible, ni son abandon, ni sa fin.

Première partie : livre qui cause d'art, donc, d'amour et d'amitié. Quatre intellos pur jus s'aiment d'amour et d'amitié tendres. ( Bon, il y a bien une empêcheuse de tourner en rond, la sorcière qui va leur jeter des sorts, mais je vais la nommer X, parce que j'ai la flemme de retrouver son nom) X. est la première femme de Bill, il l'a aimée par erreur. Mais pour l'instant, il ne le sait pas. Le narrateur est Léo, ancien prof d'histoire de l'art, il a perdu sa vision centrale et ne voit plus que sur les côtés. Léo, dans son fauteuil de bureau d'appart new yorkais lit les cinq lettres de Violet. Violet est la deuxième femme de Bill, celle qui ne va pas l'aimer par hasard. Bill est est un peintre, mais au début était aussi un peintre en bâtiment. Bill a maintenant un atelier, un loft sale, mais n'est pas encore un artiste reconnu par l'intelligensia des critiques d'art. Il ferait dans le néo réalisme, la honte. Violet est une sorte de belle érudite en hystérie européenne, celle des femmes de Charcot à la Salpétrière. Une super douée de l'analyse des analyses sociologiques. Erica est la femme de Léo, nerveuse, mouvante, changeante, belle, tendue, amoureuse, aimante et douce, elle pond des essais sur James Joyce.

A l'heure où Léo écrit leur histoire à tous les quatre, le vieux monsieur est seul et reprend le fil de leur vingt ans d'histoire : leurs rencontres, leurs amours, leurs amitiés, les longues discussions sur l'art, l'hystérie, le marché de l'art, les créations de Bill, leur genèse, leur vacances. Il décrit les oeuvres de Bill, son exigence et sa façon de tenir une ligne droite bien à lui, de construire son univers. Léo en ami fidèle soutient. Les oeuvres fictives de Bill sont si pertinentes et si habilement décrites que l'on voudrait bien qu'un vrai artiste les ait réalisées en vrai. Elles passent le miroir du littéraire pour s'incarner en cubes magiques à double face, où des fenêtres obscures s'ouvrent, elles racontent souvent la même variation : l'histoire de l'enfant sage que l'ogre, ou la sorcière, a volé pour le transformer en vilain petit canard.

C'est super bien écrit, super intelligent, fin, concis, ça analyse l'admiration, la fidélité, l'envie ... Les deux couples marchent de concert, les deux lofts sont voisins. Ce beau monde travaille, crée, dîne dans l'atelier du peintre ou dans le cliquetis des machines à écrire ou des enregistrements, très loin du New-York underground qui grouille pourtant sous les profondeurs ...où se révèlent les ombres clandestines des âmes pures et l'effroi qui en nait. C'est brillant comme une analyse de maître es-psychologie et ça prend aux tripes comme un thriller psycho aussi.

Chaque couple a un enfant, né quasi en même temps, ( mais Bill avec X, en fait, pas avec Violet), deux M, Matt et Max, M § M, ou M vs M. Deux doubles, l'enfant sage et l'enfant perdu. Mais là, c'est pour la deuxième partie, celle qui glisse vers d'autres profondeurs et d'autres pertes que que celle du cocon des doux amours loftés et lovés dans les galeries d'art et les canapés profonds.

Un livre deux en un quoi. Superbe des deux côtés.