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11/01/2014

Invasion Fernando Marias

espagneaznarbush22022003crawfordtexasm.jpgQuand on a fait un comité de soutien virtuel pour un livre que l'on n'a pas encore lu, faut quand même pas pousser le jeu trop loin et se soutenir soi même ... Ce qui fait que je n'ai pas trop tardé à passer à la lecture et que je continue à adhérer à mon propre comité ( le contraire aurait été risible mais possible ...)

"Invasion" est un livre à claques, elles arrivent par vagues, plus ou moins régulières, comme les invasions ...

La première est celle de l'Irak par les troupes américaines. Par ricochet, l'Espagne s'engage à soutenir les forces du bien contre celle du mal sans visage, et par un plus petit ricochet, Pablo, paisible médecin militaire se retrouve sur le terrain. A contre-coeur, et avec beaucoup plus de peur que de conviction guerrière. Il n'en a aucune. Comme sa femme, sa tant aimée, Tina, il pense que cette invasion est injuste, inqualifiable, injustifiée. Mais voilà, il a signé, photo de Tina et Pilar ( sa petite fille) sur le coeur, il est embarqué dans l'invasion avec son meilleur ami. La base, l'ennui, la vacuité et très vite, une embuscade, un hasard, une nuit, une maison, plus tard, trois civils, trois innocents et deux coupables, de hasard, mais coupables quand même,  sans trop savoir de quoi, de qui.

La deuxième invasion sera celle de la peur sur l'esprit, l'engrenage des gestes, et les deux médecins se retrouvent meurtriers. Délire de l'un, folie de l'autre, demi vérité des deux. Leur retour en Espagne ne leur laissera aucun répit. Qu'il le veulent ou non, ils sont des héros. Des héros que l'on cache en attendant de les oublier. Mais l'oubli les oublie et la mort taraude Pablo. Il est envahi de son crime, ils sont deux là-dedans, et le pire est à venir.

Cloitré dans la grande maison des grands parents, le retour est de de feu et de sang pour Pablo. Bardé d'amour, celle de de sa femme, de sa fille, bardé aussi d'infirmières, de recommandations et de préocupations gouvrernementales (il ne s'agirait pas que le héros se mette à parler d'une voix discordante et devienne un simple coupable). L'étreinte sanglante se poursuit, entre délires d'innocence rêvée en culpabilité réelle, entre lui et sa victime, son bourreau, sa faute.

Marias n'épargne rien à Pablo, il triture sa folie, la construit de strates en strates. Le bourreau devient victime, ou est-ce l'inverse ? Le fantôme de la victime envahit, à son tour, le coupable, comme une revanche. Il lui prend sa vie, insère en lui les pires fantasmes et le garde en son enfer morbide. Qui va gagner ? Le retour n'est pas une délivrance mais juste le début de l'enfer. Femme, fille, ami, il ne reste rien. Balayé l'ancien Pablo, sauf que le nouveau, il fait peur. Même à lui même.

Un roman puissant qui fait transpirer sur son fauteuil, un thriller de la haine de soi, moi, je n'avais jamais lu un truc pareil. Entre fantastique onirique et hyper réalisme, comme Pablo, on se demande parfois où l'on est, si on va arriver à suivre sa course folle vers son innocence problématique, à pardonner encore les errances d'une culpabilité à laquelle on ne peut donner de nom, ni celle du hasard, ni celle de l'humanité.

 

 

PS : spéciale dédicace au traducteur, je me demande comment on dort quand on traduit un texte pareil ?

 

Comme je persiste dans mon comité de soutien : l'avis de Jérôme , un peu mitigé sur le dernier chapitre ( faut dire qu'il y a de quoi ...) et de Sandrine qui dit "à lire" et remet ce titre en perspective avec la réalité.

 

 

 

 

17/07/2011

Je vais mourir cette nuit Fernando Marias

piege-souris.jpgJe vais revenir sur une vieille lecture, vu que, en réalité,  je revitrifie des planchers à tours de ponceuses hurlantes, les narines pleines de poussière de bois et que je repeins, des autres mains, un ou deux radiateurs, et quatre ou cinq murs, et que donc, je n'ai pas trop le temps de me prélasser pour lire sur les plages "ensoleillées" de ce début "d'été".

Je vais mourir cette nuit est une délicieuse petite lecture ( de plage, éventuellement, mais attention alors de ne pas se laisser pièger par la marée montante), un piège noir très bien huilé, une histoire de vengeance sourdie avec grand art, et écrite au quart de poil, un poil pas dans l'engrenage dont on se dit qu'il ne peut être si bien huilé ... Ben si ... C'est l'histoire d'un homme, Corman, arrêté par un commissaire, Delman, qui n'a fait que son boulot de brave commissaire, vu que le brigand n'avait rien d'un ange. Dès la première page, le méchant annonce son suicide, il est en prison et livre son "journal intime" à celui qui, seize ans après cette première page et donc cette mort, va comprendre comment sa vie a été pilotée et orchestrée par celui-là même .... et que le texte que l'on est en train de lire est lui-même une sorte de grenade dégouillée à retardement, vachement efficace. Je sais, m'en rends compte, c'est nébuleux, tortueux comme note, mais pas autant que ce petit bouquin qui est à la fois jouissif et glaçant. Se lit en une après-midi, par contre, se méfier du rapport prix / temps, par conséquent, pire que Le homard.

Fernando Marias a aussi écrit La lumière prodigieuse, sur une idée quelque peu similaire, la reconstruction d'une biographie imaginaire, en partant de l'idée que Federico Garcia Lorca ne serait pas mort en aout 1936, mais aurait été retrouvé amnesique, sur le bord d'une route, par un jeune livreur de pain dont la vie va devenir l'ombre du poète qui lui, n'est plus l'ombre de rien. J'ai bien aimé aussi ; faut dire que je suis fan de Lorca et que "La romance de la luna négra", je suis encore capable de la relire en espagnol, tout haut, juste pour la nostalgie des mots et des sons. Il y a aussi L'enfant des colonels, un gros pavé que mon homme a trouvé génial. Et mon homme, il a souvent raison. Sauf pour la couleur des murs que je repeins, mais c'est une autre histoire.

Athalie