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20/02/2016

L'intérêt de l'enfant, Ian McEwan

l'intérêt de l'enfant,ian mac ewan,romans,romans angleterreFiona Maye a presque soixante ans. Ce presque qui fait trembloter la plupart des femmes, l'indiffère. Magistrate spécialiste du droit des familles, on dit d'elle qu'elle est encore belle, mais froide, distante. Sauf quand elle chante. Dans son grand appartement chic et sans enfant, Fiona travaille.

Elle a un mari, un bel homme qui a bien vieilli à ses côtés, un brillant universitaire, un fin lettré, mais qui lui indique aussi, fort peu finement, qu'il commence à en avoir assez de leur grand lit froid et qu'il aurait bien se réchauffer ailleurs, se carapater avec une plus jeunette qui aurait davantage le goût de la gaudriole. Fiona, face au vide qui s'ouvre devant elle ne vacille point sur ses haut talons ni sur son piédestal, et c'est d'une main sûre qu'elle commence sa partie d'échec avec lui, tout en continuant à feuilleter le dossier en cours d'une main ferme.

L'affaire concerne un jeune homme de presque dix huit ans, et ce presque a lui aussi beaucoup d'importance. Il est atteint d'une leucémie, pour survivre il lui faut une transfusion en urgence. Ses parents s'y opposent et lui aussi. Commence la deuxième partie d'échec de Fiona.

Les parents d'Adam sont témoins de Jéhovah. Dans cette foi, ils ont trouvé la rédemption. Ils ont élevé leur fils dans ces certitudes et Adam est d'accord pour mourir. Son intérêt est d'être fidèle à ce en quoi il croit, et ses parents sont d'accord. A coup d'une plume sèche et quasi juridique, MCEwan expose le cas. Ce sont là gens de foi, d'une autre que celle de Fiona, qui décide alors de connaître Adam.

Et le jeune homme qu'elle découvre est loin d'être un fanatique obtus. Poète, violoncelliste, il est beau comme la jeunesse peut être belle. Mature, il ne plie ni ne rompt. Le roman vacille alors en un duo inattendu entre le musicien et la chanteuse, entre la loi et la foi. La magistrate y perdra quelque peu pied et aussi de vue une certaine forme de rigidité et de loyauté. Jusqu'au bout du roman, Adam sera son étrange faille ..

Deux parties d'échec et un remarquable roman sur la responsabilité, le choix et la culpabilité, sur ce qui échappe aussi, lorsque l'on se donne à suivre une seule ligne droite. Religion et justice ne sont ici que des prétextes à une expérience intime. En effet, l'écriture suit Fiona de près et ne lâche pas ses moindres tremblements. Elle a la musique, il avait la foi, deux élans en dehors de la raison. Et si Jack cherche son nouvel élan à lui du côté de la nouveauté, pour Fiona et Adam, le choix de la fidélité et finalement, de la sincérité, a des conséquences dérangeantes et glacées. 

On peut vaciller avec eux, car McEwan nous pose là sans sentiments cette simple question : et si à la fin de son histoire, on réalisait qu'on n'avait rien compris, qu'on avait jugé, décidé,  mais que l'on n'avait rien compris ? On fait quoi ? semblant d'avoir gagné ? On retourne dans un appartement froid comme un lit non nuptial ? Et on tourne la dernière page ?

 

20/04/2014

Opération Sweet Tooth Ian Mac Ewan

Ian Mac Ewan, , romans, romans angleterre, Séréna a été élevée à l’ombre d’une cathédrale protestante, dans une petite ville anglaise. Elle et sa sœur appelaient leur père "l’évêque". Il a toujours semblé de ne pas les voir. La mère est une sorte de dame des bonnes œuvres. Séréna grandit là, elle est belle et bonne en maths. Sauf que sa passion depuis  toujours, est de lire, le tout venant si possible de la littérature sentimentale à l’eau de rose (donc, pas Jane Austen, la pauvre, mais elle y viendra, quand même ... ). Séréna veut s’identifier. Curieusement, elle ne cherche pas vraiment, dans la vraie vie, le prince charmant. Alors qu’elle pensait faire des études classiques de littérature, sa mère, dans un élan de féminisme, lui imposera les maths. Et si elle s’émancipe peu des principes de son éducation rigoriste ( c’est sa sœur qui prendra en charge les dérives « peace and love », pas elle, pas tentée), elle collectionne quand même les amants.  De l’étudiant au professeur, la voilà embauchée au M12, une branche bureaucratique du contre espionnage anglais. Séréna est au bas de l’échelle mais, elle y croit, elle est une patriote, véritablement convaincue de la justesse de la guerre froide et de la lutte à mener contre le communisme. Sauf que, Séréna n’a pas que des lectures de cœur d’artichaut, elle est un cœur d’artichaut.

Il faut dire aussi qu’elle est sexy, le genre de beauté qui attire les hommes et les ennuis, assez sexy pour qu’il soit confié à cette lectrice une opération d’infiltrage assez hallucinante, dans l’intimité des auteurs dont le romanesque pourrait servir la bonne cause. On ne peut guère en dire plus sous peine de ruiner l’édifice construit par Mac Ewan et qui se met en place, doucement, tout doucement, voire très doucement ...

Doucement n’est pas ennuyeux, le lisse personnage de Séréna permet de camper les traits d’un monde nébuleux, comme scotché dans la poussière idéologique, dans une autre logique que celle du réel qui va vers la chute du mur, sans que ces ombres qui manipulent Séréna ne voient que leur combat est d’arrière garde, que les forces du mauvais côté sont déjà bien ravinées, et que celles du bon côté ne vont pas tellement mieux. Séréna, se croit du côté de la liberté, sans en remarquer la déliquescence aussi,  plongée dans le double mensonge de l’espionnage et de l’écriture.

D’ailleurs, les rapports entre l’écriture et la lecture sont plus le sujet du livre que la lutte contre la guerre froide, en fait, le rapport entre la lectrice, le livre, le livre et l’écrivain en chair et os, voire plus si affinités. Et il y a de l’affinité ... Mac Ewan marque à la culotte les limites et les déformations de la lecture empathique, biographiste, lire n’est pas dans la recherche pointilliste du vécu, écrire non plus. Mais où alors ? pas de réponse, évidemment. Le livre se joue des pirouettes et des enchâssements, des histoires dans l’histoire, des strates possibles de la lecture du sens sur le sens, justement de la création littéraire, tout en ayant pas l'air d'en causer ...

Si Séréna est la lectrice qui s’identifie, on ne peut justement s’identifier à elle, conservatrice, voire réactionnaire, admiratrice et muse à la courte vue. On a envie de lui gratter le poil, et que la couche de vernis s’écaille. Ce qui finit par arriver, mais un peu en pied de nez fabriqué, j’ai trouvé. Bref, pas un grand Mac Ewan pour moi, il manque un peu du rouleau compresseur de « Délire d’amour », ou de la dissection au scalpel de ces mouvements de l’âme qui sont si troublants dans « Samedi » ou « Expiation », et surtout dans "Sur la plage de Chesnil", mais juste un bon bouquin.