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09/06/2013

Le retour à la terre 5. Les révolutions, Jean Yves Ferri, Manu Larcenet

Deux révolutions à mener pour ce dernier tome :

Côté vie intime : Manu doit s'autogérer. Mariette a repriLe retour à la terre, les révolutions, Manu Larcenet, Jean Yves Ferris la fac, Mariette a sa vie à elle, Mariette travaille, Mariette laisse Manu à la merci de ses affres intérieurs ... Manu fabrique une chatière, une qui s'ouvre des deux côtés pour l'émancipation de Speed, et la sienne. Manu en est fier, même si la chatière finalement a quelque chose en commun avec une boite à Pandore inter Atlantes, que Speed peine à en accepter l'ingérence dans son libre arbitre, la révolution, il s'en méfie. Pas Capucine, qui s'en sort pas mal d'avec son libre arbitre et tient des conversations sybillines avec madame Mortemont, toujours là, à veiller à un futur grain possible. Petit à petit, Manu reprend du poil de la bestiole, fer à repasser bien en main et nouveau look de la Redoute un poil vintage fromage de chèvre sur le dos.

Côté village : la campagne municipale bat son plein d'escarmouches ; tracts, pétitions, intimidations, dénonciations et chantages, intérêts personnels. On dirait presque une vraie, à la mesure du microcosme entre rond-point des champs et supermarché des prés. Larcenet et Ferri s'amusent comme des petits fous à flirter avec ce qui pourrait presque être une forme de bande dessinée engagée. Manu s'entraîne à la résistance, Capucine accrochée à la manche du bras, celui qui ne tient pas le crayon ou le fer à repasser. Manu s'apaise, quelques Atlantes farfouillent encore dans le frigidaire, la nuit, mais elles font moins de bruit, les tensions se font plus discrètes  ...

Et la série se termine dans une fête à la Astérix, un joyeux tintamare de réconciliation avec soi et les autres. L'air de rien ...

Cinquième et dernier épisode de la relecture de la série avec Hélène. Il ne me reste plus qu'à retourner voir ailleurs, en résistant à l'envie, pour le moment de relire l' autre série géniale du même auteur "Le combat ordinaire".

06/06/2013

Le retour à la terre, 3. Le vaste monde Manu Larcenet, Jean Yves Ferri

Le-retour-a-la-terre-tome-3.jpg" Croise une chenille, tu auras une fille", "Papillon orange, deux garçons en lange", " Feuilles à tes trousses, fille blonde ou rousse". Autant de dictons ne peuvent tromper le lecteur assidu, madame Mortemont est toujours là, foulard au vent, et Manu va être papa. Ou plutôt "Mariette a commencé". Manu, lui se déstresse à l'avance de sa future paternité à coup de "J'attends un enfant" de Pernoud dont il a une lecture très personnelle, il va sans dire, quelque peu nombriliste pour le moindre . Pour se protéger de l'angoisse de "la mort subite du père du nourrisson", Mariette l'envoie au festival de Bande dessinée de "Chateau Moignon, rire et pognon".

La peinture des tribulations alcoolisées de Manu, vue du côté de la salle polyvalente, se croise avec celle du desespoir retenu mais quand même des parents de Mariette, dubitatifs peu avertis de la chose créatrice de leur beau-fils. Au salon, quelles pointes qui sentent le crayon papier vécu, tant du côté auteurs, que lecteurs et éditeurs ... Mine de rien du tout, se lit une vision croquignole de ceux qui se veulent artistes et de ceux qui les lisent, ou qui les vendent. D'autant plus drôle que traitée avec le dérisoire décalé qui sied au vainqueur du festival, Manu, évidemment ( ayons une pensée émue pour Sfarr qui ne repartira pas lui, avec une gueule de bois de quelques kilos de plomb et le trophée, une gomme en fonte, qui a vraiment l'allure d'un chauffe-plat, ou d'une marche-pied, c'est selon les visions, entre celle de madame Mortemont et celle de  Mariette ...)

Deuxième partie : fini de rire sans entraves, foin du triomphe de Manu, Mariette prend tranquillement la place et met au monde Capucine (le prénom de madame Mortemont, c'est dire si l'intégration progresse ...). La dame au foulard et la dent proéminente amorce d'ailleurs sa transformation humaniste. La petite Capucine fait d'ailleurs son apparition la nuit de la fuite du sanglier aux grandes dents et aux yeux de feu : " Le sang lié", quoi, dixit l'ermite, le fantôme du père, pour ceux qui auraient naïvement cru que cette bande dessinée n'était que du Mickey ... Et Manu et Ferri acouchent du premier tome du "Retour à la terre". Si ce n'est pas du psy, ça, je mange madame Mortemont (oui, je sais, je fais une fixation sur ce personnage. Je vais donc clore ce tome pour aller voir mon ermite du fond de mon jardin.)

"Tro de tchoc Fa mon chou", comme on dit là-bas.

Troisième épisode d'une relecture commune avec Hélène

05/06/2013

Le retour à la terre 2. Les projets, Jean Yves Ferri, Manu Larcenet

le-retour-a-la-terre-tome-2-_-les-projets-1957.jpgLes projets, il y en a deux, un potager et un bébé. Deux projets, cela fait beaucoup pour Manu qui se mélange un peu les pieds dedans avec sa dépression qui traîne les pieds dans la barbe de l'ermite. Madame Mortemont se rapproche dangereusement d'un pronostique vital pour le futur bébé en instance de discussion entre un Manu terrorisé et une Mariette dont le paillon virevoltant commence à voir rouge , et monsieur Henri au potager modèle veille en silence sur Manu qui se débat avec les limaces et les promotions de bulbes de tulipe. ( c'est juste qu'il faut les planter les tulipes).

D'autres petites bêtes s'incrustent : un lézard géant et sûrement cannibale, un gamin au chien à son tonton, le chien aura quand même le mérite notable de sortir Speed de sa léthargie cartonnesque, un cochon de lait vivant dont on ne sait encore si il est vraiment propre.

Côté intégration, Manu progresse quand même, à petits pas vers de grands autres projets : l'affiche pour la fête du cochon, ce pourquoi il lui faut de nouvelles gommes, des blanches parce que les roses elles trouent le papier. l'épicerie de Loupiot révèle à cette occasion ses réserves de dialogues surréalistes et Manu une capacité d'adaptation à l'esthétique du grand méchant loup dont on le savait pas encore capable ... Se révèle aussi la mise en abyme, Ferri c'est le double qui se cache derrière Manu pour faire croire que Manu n'est pas Manu ...Ce qui fait que le retour à la terre est en train de s'écrire.

Pour reprendre mes esprits avant le troisième tome, je sens que je vais aller faire un tour au garage Picaud, vous savez, le multi servive sur la route de Calvayre, il parait qu'ils ont des recharges de vis platinées pour projet de bébé qui patinent dans la peur de devenir grand.

Une relecture toujours aussi savoureuse ...

 

Deuxième étape d'une relecture commune avec Hélène

 

 

Le retour à la terre 1. La vraie vie Manu Larcenet, Jean Yves Ferri

retour-a-la-terre_la-vraie-vie.jpgFerri, c'est celui qui fait les scénarios, Manu Larcenet, c'est celui qui dessine les scénarios, qui les inspire aussi. Ils doivent être bien potes tout les deux pour tenir ce va-et-vient sans faute drôlissime, et cocasse et tendre.

Premier volume : "La vraie vie". Manu est dessinateur, Manu a toujours vécu à Juvisy. Manu aime : le bruit de la ville, l'agitation de la ville, la musique forte, l'ordinateur, la fausse vie de la pas nature. Manu aime Mariette, ce pourquoi, Manu émigre aux Ravenelles avec sa trouille de la campagne et d'un peu plein d'autres choses, son ordinateur, et leur chat, Speed.

Les Ravenelles, c'est une maison au milieu des champs, pas loin d'un petit village, la campagne en plein bien paumée, à l'écart de toute la civilisation selon Manu, la jungle, sa terrae incognita à lui, une civilisation avec des fleurs mortelles qui poussent en vrai dedans, une vraie boulangerie avec du vrai pain et une vraie boulangère. C'est si grand, si vrai et si silencieux bourré de silences dedans que Manu stresse. Le chat déprime. Les cartons servent de refuge quand la vraie vie se fait trop vraie.

Pour eux, l'adaptation en milieu naturel n'est pas simple, alors que Mariette vit sa vie de Mariette, son petit papillon flottant tranquillement au-dessus de sa tête. De son décor de cartons vides où seuls ont poussé un ordinateur, un téléphone, une télévision, un canapé et un lit, Manu multiplie les tentatives d'intégration en milieu rural, craignant quand même la contamination par l'eau de vie de monsieur Henri, l' imprégnation de Francis Cabrel, les parties de coupes de bois avec les gars du coin et ceux qui n'en reviennent peut-être pas de l'aventure ....

La transformation de Manu vers la ruralité n'est pas simple. Aux Ravenelles, l'hiver est rude dit-on et il y a une histoire d'anglais dont on ne sait trop ce qu'ils sont devenus. C'est Madame Mortemart qui l'a dit, elle fait un peu peur quand même, celle-là à apparaître derrière la vitre de la fenêtre sans crier gare, la communication passe mal parfois ... et dans les bois rôde, monsieur Lachingue, le chasseur de Pivert, un truc un peu comme dans "Shining", quoi, mais en plus drôle. Tip-Top, le frère de Manu, qui passait par là n'y restera pas, trop dur les vrais bruits, les vrais gens, et la déprime s'installerait entre les cartons si une mystérieuse rencontre dans les bois ne rendait au "coeur pur" de Manu, un peu de psychanalyse à sa mesure : c'est l'ancien maire, devenu ermite chevelu en haut d'un arbre après un (mystérieux) contrôle fiscal.

Le premier tome de cinq délicieuses tranches de pain beurre-cornichon-saucisson sec, caustique des deux côtés.

Première étape d'une relecture commune avec Hélène

03/04/2013

De Gaulle à la plage Jean Yves Ferri

Tire-bouchon-de-gaulle.jpgLe grand De Gaulle doit faire un break : " Eté 1956, lassé de l'ingratitude des français et de la médiocrité de leurs dirigeants, le libérateur de la France décide de prendre quelques vacances bien méritées". Ce préambule historique posé, Jean Yves Ferry ne s'y attarde pas et nous campe le libérateur en short militaire retroussé essayant ses premières tongs, in situ. Il lui manque cependant quelques modes d'emploi.

Escorté de son fidèle aide de camp, Le Borgnec, dont le dévouement n'a de limites que dans sa capacité poètique à suivre le grand homme, parfois quelque peu déstabilisé par sa grandeur faite subitement homme, le grand de Gaulle fait l'apprentissage pas à pas de la nature humaine du vacancier, de l'art de ne rien faire, de celui de déployer les serviettes de plage face au vent, de s'installer sous un parasol, voire de glisser un regard furtif vers des fesses humaines rudement bien balancées.

Derrière la plage, lieu principal des exploits du grand homme, on imagine l'hôtel familial en bord de mer, Bretagne sud, vue sur mer, avec la salle à manger aux nappes repassées et casier pour ronds de serviettes prévu à cet effet. Il doit avoir pour nom "Au grand large", et la pension complète propose des oeufs mimosa. C'est pas possible autrement ... (voir de la macédoine de légumes améliorée ?)

De Gaulle ne quitte donc pas son short replié, ni sa dignité militaire et présidentielle coincée au corps, ce qui produit les décalages savoureux qui font tout le régal de cet album où les "mini planches" ( je suis sûre qu'il ya un nom pour cela, mais je suis nulle en vocabulaire B.D.) enchainent les situations cocasses qui mettent le grand homme à l'échelle d'une réalité pour laquelle il est quand même peu doué ...

L'accompagne la tante Yvonne, en maillot une pièce et tricot chevillé au corps, le chien " Wehmarcht", pas encore complétement converti aux bienfaits du gaullisme, le fils, cantonné au ramassage de coquillages en attendant de passer son CAP de "sauveur de la France". Le grand homme a des vélléités d'autres vies, ne peut s'empêcher de lancer un appel de la cabine de la plage, déclenche des tempêtes, les calme, se jette, vers de Hugo à la bouche, au milieu des vagus survoltées, puis revient, tongs aux pieds quand même ( aurait-il appris quelque chose de l'humanité, pas sûr ...) vers le destin grandiose qui le rappelle. Le sien. De toute humanité désigné pour l'être.

L'homme aux si grands bras qu'il les levait tout le temps, se retrouve parfois coincé dans son geste historique, ce qui m'a fait souvenir que chez moi, quand j'étais bien petite, le tire bouchon aux bras qui se levaient et s'abaissaient, était surnommé le "Je vous ai compris", ce que bien sûr je ne comprenais pas, ce qui n'empêche que la phrase historique a toujours pour moi, le bruit d'une bouteille de vin qui fait "flop" ...

Souvenir décalé, et à peine nostalgique, comme l'humour savoureux de cet album.  

Athalie