Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/03/2013

Les privilèges Jonathan Dee

imagesCAGMH6V8.jpgLes privilégiés se nomment Cynthia et Adam. Jeunes, beaux, insolemment jeunes et beaux, le sachant, sans aucun complexe, deux entités au visage parfait, un chacun, qui s'accordent et s'accouplent parfaitement, emboités l'un dans l'autre. Ils se marient en grande pompe, mariage conventiel, pour les convenances, mais ce sont celles qu'ils se sont fixées. Issus chacun de la moyenne bourgeoisie américaine, ils ont aussi en commun le souci unique de se défaire de toute attache. Il faut dire les "cocons" familiaux sont bien lâches, et les personnages n'entretiennent avec mères, pères, beau-père, frère et demi-soeur que peu d'attaches sentimentales, plutôt un mépris indifférent à ce qui n'est pas eux-mêmes : deux glaçons en symbiose.

Ce mariage les met cependant à part, dans leur petit monde de futurs huppés où le temps est plutôt à la fin des études universitaires, aux fêtes et aux expériences en tout genre en attendant la réussite sociale promise, certaine, évidente. Cette singularité fera leur carapace, d'autant qu'ils auront deux enfants, très vite et donc très jeunes, autre excentricité, autre clôture sur eux-mêmes. Cynthia briguera alors un autre statut, celui de mère au foyer parfaite, ce qui l'ennuie quand même parfois, en fin de journée, quand il pleut et que les enfants ne sont que des enfants, et pas des robots qu'elle peut manipuler.

Adam, de son côté, n'a toujours d'yeux que pour eux et la ligne qu'ils se sont fixés, l'argent et les marques extérieures de richesse qui vont avec. Comme la réussite tarde un peu à devenir insolente, il va lui donner un coup de pouce, en trichant un peu. A défaut de rester honnête, il reste brillant, aimant, de plus en plus soucieux cependant de la fermeté de son corps, de sa jeunesse et de celle de sa femme, culte qu'elle partage et où elle met toute l'énergie qui lui reste après l'élevage des enfants, bien sûr. Quelques fêtes entre nantis de l'Upper West side les amusent encore mais l'essentiel de leur énergie est consacré à cette tension, la réussite de leur noyau dur, les enfants et eux.

Ce qui fait que, durant toute la moitié de ce livre, je me suis demandé où en était l'âme, il n'y a que lorsque la perfection a commencé à se déglinguer que j'ai commencé à accrocher (mais bon, c'était un peu tard ...). Les personnages ne me semblaient être que des artifices mis en place pour une démonstration : voilà les dégâts que font l'ambition égoïste, le cynisme, le culte du moi et de ses apparences sur les pauvres mécaniques humaines ... La démonstration est bien faite, elle est glaçante, quand se délitent les principes moraux, qu'il ne reste que soi comme valeur, les "privilèges" ne donnent pas d'amour ni d'avenir. Bien fichu, bien mené le propos, cette distance d'avec les personnages et leur histoire est sûrement voulue, elle m'a juste peu embarquée ...

 

Athalie