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05/06/2014

Dans le grand cercle du monde Joseph Boyden

dans le grand cercle du monde,joseph boyden,romans,romans américains,canada,amerindiens.Deux voix indiennes et une voix jésuite (on ne peut pas dire européenne, le jésuite étant avant tout jésuite), forment ce cercle de paroles qui se suivent et se superposent. Chacune leur tour, elles racontent ce qu'elles savent, ou ce qu'elles croient savoir, les unes sur les autres, chacune dans le monde qu'elle comprennent. C'est classique comme narration, un peu systématique, mais efficace. On est juste avant le grand chambardement de la colonisation du Canada par les Français et les Anglais. Ils sont déjà là, mais on les voit encore peu, on est juste avant la main mise du blanc civilisé sur l'indien sauvage, avant que l'ancien monde, baptisé le nouveau, ne soit réduit au silence.

 La force et la justesse du livre n'est pas d'en faire des gentils contre les méchants, ni des Indiens, ni des Jésuites ( oui, au départ, il n'y en a qu'un, mais après, ils sont trois, enfin, deux et demi, parce qu"il y en a un qui va salement morflé). Les trois personnages principaux, le valeureux guerrier Huron, Oiseau, sa fille adoptive "Chutes de neige", et le "Corbeau" (le jésuite), apparaissent comme des alliés éphémères, involontaires, durant ce court moment d'avant la meute blanche. Chacun campe dans son bon droit, et ils ne verront pas vraiment venir ce qu'ils voulaient empêcher.

La destruction est en marche, elle est déjà là, elle veille à implanter un nouvel ordre des choses. Les colons sont encore peu nombreux, retranchés derrière les barricades du camp Champlain, assez pouilleux, oubliés de la métropole pour l'instant et, déjà, pourtant, oublieux des Hurons avec lesquels, ils ont établis une fragile et temporaire alliance commerciale. Ils ont beau être peu nombreux, les ravages ont commencé. Des maladies inconnues déciment les tribus, les famines les suivent, les Anglais arment les Iroquois et les Iroquois tombent sur les Hurons, et les Hurons regardent le jésuite de travers. Ce fut le moins qu'ils puissent faire ...

 Boyden ne fait pas de ses héros, des héros. Il ne fait pas non plus dans le documentaire, ni dans le réquisitoire. Il lève un voile pour que l'on puisse pénétrer un peu dans le monde des longues maisons, dans les longs hivers peuplés de rêves, dans les nuits de longues tortures, dans ses longs rites d'adieu aux morts, dans ce monde qui était de cycles et de songes. De vengeances aussi, de violences ritualisées comme des messes, entre deux tribus pourtant soeurs mais unis surtaout par les crimes anciens, ceux de la femme et des enfants d'Oiseau, par exemple.

Ce qui fait qu'Oiseau va massacrer la famille de "Chutes de neige", avant de l'adopter pour fille, la jeune indienne lui fera d'ailleurs quelques misères au passage, avant de l'accepter comme sien. Une longue histoire d'amour, étrange pour notre regard, évidemment.

Le jésuite, lui, n'aime que Dieu, et aussi un peu les Indiens qui le supportent, plus ou mieux bien, et uniquement quand ils acceptent de se renier. Ce qui n'est pas gagné. La confrontation entre les croyances est plutôt marquée, faut dire, allez essayer de convaincre des hommes que depuis le début que leur monde est  leur monde, ils vont bouillir en enfer, sans le savoir ... Et qu'il leur faut laisser la place, les ancêtres, la terre, les coutumes à ceux qui veulent les effacer et les remplacer.

Sans tomber dans le larmoyant, ni dans le systématisme, c'est une lecture foisonnante, et parfois dérangeante sur l'impuissance. Pas la fatalité, juste l'impuissance.

07/03/2011

Un été andalou

P7290264.JPGCe fut le luxe suprême : lire au bord d'une piscine, ou, au choix, sur une terrasse lègèrement ventée surplombant la ville andalouse. C'est même pas de la frime, j'en reviens vraiment ... Avec ma caisse de bouquins presque vide, mais j'avais tellement peur de manquer que j'avais un peu chargé la dite caisse. Pas de véritable coup de coeur, mais des moments sympas, sauf qu'au bout d'un moment, je me suis aperçue que j'avais quand même fait dans le GRAVE, la QUETE, le PASSE, le passé de la quête et inversement. Quelques traces :
Les vivants et les ombres de Diane Meur : j'avais un peu peur, vu le pavé et le choix narratif (c'est la maison qui parle) mais en fait l'histoire passe très bien. Une famille polonaise du XIXème siècle, perdue quelque part au fond de la Pologne (je suis nulle en géo et je m'en fous), des destins de femmes surtout.
Le chemin des âmes Joseph Boyden. Et pof ! encore un petit coup de guerre et de destins brisés : deux jeunes soldats indiens canadiens perdus dans la grande guerre, la nôtre ... Je ne sais pas ce qu'en dira la copine Agnès qui trouvait ce Joseph très beau à "Etonnants voyageurs", mais en tout cas, il écrit pas mal et juste. Et avec une ou deux A. On aime bien le physique avenant du dit Boyden ...
Hortense et Queenie Andréa Lévy Et rehop ! destins brisés par la guerre, mais cette fois-ci c'était la deuxième, en Angleterre, et les indiens ce sont des Jamaïquains. Plus destins de femmes.
On oublie:
Contours du jour qui vient Léonora Miano. J'avais aimé L'intérieur de la nuit, mais là le style n'est pas passé, plus overdose de destins de femme brisée par la guerre, la prostitution, l'absence de la mère, la cruauté sociable. GLOUPS ! Y'en a trop !

Sator Alain Le Ninèze. Ouf ! Pourrait-on se dire, le destin brisé, c'est celui d'un homme et, rapidement, on comprend que c'est Jésus Christ en personne. Reouf ! On connait donc la fin, on est tranquille. En fait, on s'ennuie du coup. Pas vu l'intérêt de cette ixième réécriture.
Une ombre sans doute Michel Quint. J'aime bien Michel Quint, mais là c'est trop ! ça tient pas debout deux secondes, son truc. Où est Cake-walk ?

Petits détails sans importance : ma fille n'a pas perdu ni cassé son éventail, son chapeau non plus d'ailleurs.

Athalie