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22/02/2013

Quand l'empereur était un dieu Julie Otsuka

220px-Instructions_to_japanese.pngDans une ville moyenne des USA,une femme distinguée et encore charmante lit une affiche sur la vitrine d'un magasin. Sans que l'on sache vraiment pourquoi, elle se prépare alors à un départ. Elle se met en oeuvre, range les souvenirs, la vaiselle, quelques biens, les met de côté, pour "plus tard". Elle fait des valises, des courses. Elle mène les gestes à terme les uns après les autres, dans le grand silence de l'après-midi où ses enfants sont encore à l'école et le vieux chien dans le jardin et le perroquet dans sa cage. Pour le rosier, elle ne pourra pas faire grand chose. Tant pis, résignée, sans révolte, pragmatique, elle organise un départ pour un retour probable.

Un retour probable mais dans un temps incertain. Petit à petit, on comprend que ce sera pour quand les habitants des USA d'origine japonaise ne seront plus considérés comme des ennemis sur le sol où ils vivent, travaillent, ne demandent rien en se faisant petit, invisibles,ou chinois.

Le mari a déjà été arrêté, en pantoufles, au milieu de la nuit. Il envoie depuis des cartes postales d'un bagne où il fait toujours beau et où tout se passe bien ça va, merci, et vous ...

Maintenant, c'est les autres, tout les autres, les vieux, les familles, que l'état doit regrouper et mettre de côté, hors d'état de nuire, au cas où, dans un camp d'internement. C'est le temps de l'attente et de l'inaction, ni tortures ni sévices, ni travaux forcés, juste ça, être enfermé dans un temps qui s'étire et un lieu qui n'a pas de sens. Un temps de vide avant que des plaques indicatives ne soient installées dans les allées où les arbres ne poussent quand même pas. C'est le temps du petit garçon, de son père rêvé et du retour fantasmé, un temps de vide qui va finalement, être plus long qu'une mémoire de son père. Le temps s'étiole entre les baraquements dans le désert, et le petit garçon regarde par touches sa mère et sa soeur changer, tromper à coups de balais et de cordes à sauter, les vrais sentiments qui ne disent plus rien du temps d'avant.

Et puis, le retour, pas celui qu'ils pensaient, du tout. Pour le chien et le perroquet, de toute façon, c'était trop tard. Il restait l'espoir du rosier ...

Ce roman comble un peu les non dits de "Certaines n'avaient jamais vu la mer", mais ce n'est pas une suite, du tout. Pas de nous, mais un "eux", indéfini cependant, une famille, comme d'autres de ce temps-là, celui de leur résignation, puis du silence. Aucun pathos, la même écriture blanche, tremblante de justesse comme par peur de trop en dire, comme tremble un rosier sur un bout de trottoir, ou une famille au bord de la grande histoire, qui ne leur a rien demandé, ni de sublime, ni de grandiose, ni rien laissé d'autres.

 

Athalie 

23/10/2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

certaines n'avaient jamais vu la mer,julie otsuku,romans,romans américainsLe titre, déjà, rien que le titre, est empreint d'un regret d'inconnu et ouvre le récit de ces rêves d'impossibles retour et d'impossibles réussites qui vont nous être contés.

Un groupe de femmes japonaises traversent le Pacifique. Elles ont choisi, si l'on veut, des maris, des maris japonais mais sur photos, et vont les rejoindre, dans un halo d'illusions. Tous ont dit avoir réussi, pas beaucoup, mais un peu. Elles ne sont jamais vraiment nommées ou individualisées : il y a les oies blanches et les plus délurées, celles qui croient, celles qui s'y forcent, celles qui fuient la misère, celles qui fuient une réputation entachée, une histoire à oublier, une enfant qui restera dans les souvenirs toujours une petite fillette de deux ou trois ans. Toutes vont vers une virginité, photo à la main, où se montrent leurs futurs hommes, qui avec un beau costume, qui avec une jolie maison,, qui avec dix ans de moins qu'en vrai. Sur le quai, la vérité va les cueillir violemment. Evidemment, les rêves étaient des mensonges, leurs hommes ne sont que des rien, violeurs le plus souvent de leur corps acheté, les voilà asservies à la pauvreté, la frustration, l'humuliation. Les américains ne leur accordent pas grand chose, peu de regards et encore moins de commisération. Alors ces femmes vont construire une survie là, de bric et de broc. Elles travaillent aux côtés de leurs hommes de fortune, les aime parfois, les détester souvent, les quitter, peu. Sauf pour des trottoirs ou un bordel ...

Ce qui m' a impressionnée, c'est l'usage du "nous". La narratrice suit trois groupes. Les paysannes, qui sarclent, désherbent et se courbent pour quelques tomates ou fraises, les terres que les blancs leur ont finalement laissées. Les bonnes, tabliers blancs et mari jardinier, bien obligées de partager les intimités tristes de leur patronne citadine, ou les passades des maris d'icelles, ayant l'utilité indispensable des jouets que l'on remonte ou que l'on casse. Les blanchisseuses, engoncées dans leurs humides appartement, confinées dans leur quartier. Elles travaillent, puis les enfants, eux se metent à parler anglais, à s'éloigner. Elles restent les invisibles petites mains. Puis, arrive la seconde guerre mondiale qui braque les phares sur elles, leur petite communauté devient "l'ennemi intérieur", à neutraliser par l'exil, puis l'oubli.

La singularité de cette voix plurielle fait vraiment vibrer le texte d'une plainte commune, d'une litanie de noms, qui gonfle et s'amplifie, puis modèle le silence. le choix narratif pourrait rebuter, je l'ai trouvé terriblement efficace.

 

Athalie

Le billet tentateur d'Esperluette : merci !

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/09/certaines-nav...

et celui, tout acquis aussi de Philisine Cave :

http://jemelivre.blogspot.fr/2012/11/certaines-navaient-p...