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10/07/2012

L'âme des guerriers Alan Duff

l'âme des guerriers,alan duff,romans,romans nouvelle zélandeUn livre de lâches colères, de lâches violences, de lâches défaites et de lâches oublis. Moi qui cherchais partout des maoris dans la littérature nouvelle zélandaise ( ça se dit ça ?) et australienne, ben voilà, j'ai trouvé. Et ça cogne dur.

Beth Heke a échoué, comme tant d'autres maoris à la dérive, désocialisés, déclassés, dans la cité des pins, une cité pour maoris, pour maoris défoncés comme les trottoirs, suite de maisons de terrains vagues où les pneus poussent sur les pelouses à la place des fleurs. A côté, juste à côté, il y a le domaine de "M. salopard de blanc Trambert avec sa majestueuse maison de maîtres et ses prés à n'en plus finir qui viennent s'échouer contre la limite des cages minables construites (....) pour que l'on puisse héberger un autre lot de nullités à la peau marron." C'est Beth qui parle, pas encore saoûle, mais cela ne saurait tarder, pas encore battue, mais cela ne saurait tarder non plus. Parce que c'est comme cela dans la cité des pins, on est abonné à la crasse de l'âme, même quand la rage d'en sortir s'en mêle. Beth, dans le naufrage de cette vie là, tente parfois une certaine dignité, contre son homme, contre les autres, pour ses enfants. Elle tente, parfois quand elle le peut ,de les éduquer, de les soigner, de les aimer, de ne pas tout laisser aller. Mais elle a du mal. Beaucoup de mal, elle ne doit pas lutter que contre elle-même, mais aussi surtout contre son homme, Jack, aux rêves agités de violence, pour qui se battre est sa dignité à lui. Il est craint, redouté, on le flatte, on lui paye à boire, il aime cette reconnaissance illusoire, et préfère toucher les indemnités gouvernementales plutôt que de travailler, frapper, boire.

Le rêve de Nig, l'aîné, est de rejoindre un gang, celui qui singe tatouages et fraternité rituelles maori au bénéfice d'une même et autre violence, gratuite cette fois, être violent pour dire qu'on appartient à une communauté même si ce n'est que manipulation rémunérée des blancs pour que la basse besogne soit accomplie. Son plus jeune frère, Boogie, et sa plus jeune soeur, Grace tentent d'autres portes de sorties, mais il y a en peu, entre maison de redressement et des murs trop hauts pour être franchis.

Les coups de poing pleuvent sur "la tribu perdue" et l'on comprend que ce roman ait fait polémique à sa sortie en Nouvelle Zélande au moment des tentatives de construction-réhabilitation de la culture des ancêtres comme solution à la misère sociale et intellectuelle. Le narrateur ne les épargne pas, ces descendants de guerriers qui n'en sont plus que des fantômes, et si les blancs colonisateurs sont coupables, les maoris ne sont pas que des innocents ignorant de leur misère. Beth est lucide, se voit rouler dans le caniveau, y voit les autres s'y torcher en y prenant plaisir, saouls et placides, finalement, devant leur sort. Pour résumer, ce qui me semble être une sorte de morale romanesque et en reprenant certains titres de chapitres, certes, il y a "ceux qui possèdent l'histoire", qui l'ont confisquée à "ceux qui en ont une autre, mais "la vie est à ceux qui se battent"et sûrement pas avec les poings.

Beth encore : " Beth venait de réaliser que sa maison - non, pas seulement la sienne mais toutes les maisons dans lesquelles elle étaient entrée - ne contenaient pas de livres. Cette pensée l'avait frappée comme l'un des coups de poing de Jake, allez savoir pourquoi. (...) Au bout d'un moment, elle avait eu une sensation de perte, presque de deuil. Et elle avait pensé, Mais bon sang, qu'est-ce qui me prend ? Et même si cette maison ne contient pas de livres ? La belle affaire. Mais ça continuait à la ronger."

Athalie