Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/03/2015

Pietra viva Léonor de Récondo

moise.jpgMoi, la pierre, ça ne me parle pas. Je n'ai pas l’oreille. Ce n'est pas comme le bois. Le bois, j'ai l’œil. Sans me vanter et paraître me hausser du col, je reconnais un plancher en chêne d'un parquet en châtaigner quasi à l'odeur. Je ne vous parle même pas d'un sol en stratifié, plancher clipsé, mon poil se hérisse à la vue de cette hérésie esthétique.

Mais le marbre, non. Ses veinures, son éclat, connais pas. Sauf que la Piéta, j'avais quatorze quand j'ai éclaté en sanglot devant. Je ne savais pas que la beauté pouvait tirer des larmes. Surtout la beauté en marbre. Il faut bien le dire, à quatorze ans, j'étais rentrée dans la basilique Saint Pierre comme toute ado de quatorze ans rentre dans la Basilique Saint Pierre, en traînant des pieds derrière les parents munis du guide, que je refusais de lire par anti-conformisme, anti touristique de base. Du coup, la Piéta, elle m'a prise par surprise, sans prévenir. Encore aujourd'hui, je ne me souviens que d'elle, et moi devant, pleurant sans même savoir pourquoi. ( quant à la tête des parents découvrant leur ado en mystique miraculée de la beauté du marbre ... mystère ...)

Alors ce livre, Michelangelo, la vie de la pierre, la vie dans la pierre, je me disais, il est pour moi. Comme il a déjà fini la Piéta, je n'avais pas pris les kleenex (et puis, je n'ai plus quatorze ans, faut dire, je suis prévenue maintenant, qu'il faut faire gaffe avec la beauté ...). Michelangelo dissèque des cadavres dans un monastère jusqu'à la mort du bel Andréa, la langue est belle, j'aime. Il part à Carrare choisir le marbre pour le tombeau de Jules II, je suis, la blancheur de la montagne, le regard de l'artiste qui voit les formes dans les blocs, dont les mains frémissent de donner forme à la vie qui est enfermée dedans, je conçois (ça me fait la même chose avec le plancher, toute proportions gardées, je n'ai jamais dégagé de vie d'une latte de châtaigner ...)

Et puis, Michel Ange se détourne de sa quête la pierre pour se centrer sur la quête de lui, ou plutôt sur la reconquête de ses souvenirs d'enfance. Plus précisément des souvenirs de sa mère qu'il a perdu trop jeune et qu'il a enfermés dans une boite, dont il a jeté la clef, clef que ses sens lui redonnent un par un.

Un créateur aussi gigantissime en misanthrope affectif, ce n'est pas le livre que j'avais envie de lire, c'est comme une piéta en modèle réduit, ça tasse le sujet, je trouve. Effectivement, c'est un beau moment hors du temps, un face à face avec ses failles, une belle parabole, se récréer soi-même, s'apaiser, se réconcilier, retrouver la vie en soi en même temps que la donner à la pierre .... Mais voilà, il m'a manqué le foisonnement de la Renaissance, le Jules II, les Médicis, la tension des esclaves, le Moïse grandiloquent, la disproportion du David. 

 

16/11/2013

Rêves oubliés Léonor de Récondo

rêves oubliés,léonor de récondo,romans,romans français,les tombés à côtéAu centre  de ce petit roman, les exilés de la guerre d'Espagne.

Aïta aime Anna, sa femme ,mais sa femme n'est pas là pour le moment. Elle est à Irun chez les granps parents et les oncles, en vacances, avec les enfants, les trois garçons. Deux énervés dans un bar voit en ce tranquille patron d'une fabrique de céramiques en patron à abattre et Aïta se retrouve à fuir avec pour seule protection un oiseau en cage et un costume ridicule. Se faire voir pour ne pas se faire tuer et rejoindre sa famille. Tenter de sauver au moins ça.

Du côté d'Anna, ce n'est pas mieux. Le temps n'est plus des anniversaires doux et tendres fêtés en famille autour du gâteau de riz onctueux. Le temps est à la fuite aussi précipitée mais sans oiseau en cage, quelques bijoux cachés à la place, et la frontière à passer, comme pour aller finir une promenade, savourer un pique-nique. Mais cette frontière, c'est la dernière fois que la famille la franchit, sans qu'aucun d'entre eux ne le sachent encore.

On comprend que les oncles ont une acivité politique du côté des rouges, mais c'est tout. La reconstition historique n'est pas le coeur du livre, mais la douleur de l'exil, puis son acceptation, quitter l'attente du retour. Les vies ont basculé et c'est pas le tout, il faut l'accepter, le coeur resté de l'autre côté. Le côté d'avant, le pays à côté fermé, le leur pourtant. Le "chez nous" laissé en plan, laisser les odeurs d'avant, les musiques d'avant, la vie d'avant, les mains d'Anna avant, si lisses, avant les mains qui s'abiment dans les travaux de la ferme, lorsque la préocupation principale d'Anna était de choisir, le matin, les bijoux du jour.

Les matins en France sont tout froids de l'absence des autres, une petite solitude s'installe, ensemble, ils sont ensemble mais entre eux. Ils s'occupent alors que les coeurs tremblent et Anna l'écrit dans un petit cahier où l'expression de sa solitude à elle vient compléter l'évocation de celles des autres : un jardin à bêcher en échange de l'hospitalité, des montres à réparer qui font passer l'ennui, des tricots à tricoter pour les mains fatiguées d'attendre de faire autre chose. Les enfants aussi font le deuil des enfants d'avant, les livres, la musique.

C'est très joliment écrit, cet adieu à l'espoir d'un retour de l'exilé (bon, la fin, on aurait pu penser à autre chose, mais bon, c'est l'auteur qui a toujours raison, de toute façon, nous, lecteurs, on n'a pas le choix des armes), mais il faut le dire, je n'y ai pas vraiment trouver mon compte, c'est très joli, poétique même ( non, je n'ai pas dit "trop" joli, mauvais esprit sarcastique, sors de ce corps avec Rantanplan et Zébulon). C'est joli comme une chanson triste, une petite mélodie des flamencos perdus. C'est juste mon côté basique, moi, j'aime bien qu'on m'explique clairement les choses. ( enfin, dès fois, ça dépend) mais un peu quand même. Bref, c'est joli. ( Arrête de ricaner sous la cape Athalie, on t'a vu lire bien plus sirupeux) Oui, (comme c'est moi qui fait ce faux dialogue, je suis forcément en accord avec ma fausse voix intérieure qui dit la vérité) soit, mais le sirupeux qui s'assume, voire qui colle aux doigts. Là, ça ne m'a pas collé.