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06/10/2015

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

esprit d'hiver,laura kasischke,romans,romans américainsUn titre de Kasischke qui, dans mon souvenir, avait divisé ses lectrices, un petit goût de too much. J'avais hésité, et il aura fallu la boule avec neige de la couverture pour me décider à tenter de renouer avec l'auteure. Loupé. En refermant ce livre, une seule phrase me cogne à la tête, "tout cela pour ça ..."

Cela :  un huis-clos neigeux et morbide. Une matinée de Noël, Holly se lève plus tard que d'habitude (pour ma part, je ne vois pas trop la gravité du truc, mais bon, j'admets pour les besoins de la tension narrative, je suis bon public), un abus de lait de poule la veille au soir l'a conduite vers cet écart. Le mari lui aussi, jette les couvertures, il file chercher ses vieux parents à l'aéroport. Et voilà Holly seule avec sa fille, qui dort encore, elle.

Le drame commence : les rituels habituels de Noël sont en danger, les cadeaux n'ont pas été ouverts, le repas risque de ne pas être prêt (alors que tout a été acheté la veille tout préparé, c'est Holly même qui le dit dans sa pourtant panique, elle n'a plus qu'à mettre le rôti dans le four et à le laisser cuire ...). Cette cuisson, qui dans la vraie vie n'a strictement aucun intérêt, devient alors l'objet d'une narration à rebondissement. Comme quoi, chez Kadischke, même un rôti peut devenir spectral et support d'un suspens finalement assez surréaliste.

D'ailleurs, rapidement, tout devient spectral dans cette maison, où Holly se démène avec le rôti (je sais, je me répète, mais je ne suis pas la seule, l'auteure aussi), et une phrase qui lui cogne à la tête : "Quelque chose les avait suivi depuis la Russie". Il se trouve, qu'en effet, sa fille adoptive, Tatiana, ancienne Sally (un nom de poule blessée), vient d'un orphelinat sibérien où des enfants sont "offerts" à des couples d'américains, comme Holly et son mari. Cet orphelinat devient l'objet de toutes les suspicions de cette mère qui, au fil de la journée, et de son combat avec le rôti, reconstruit ses souvenirs, tout en essayant de faire obéir ce bébé Tatie, devenue adolescente agressive.

Tatiana se dérobe sans cesse, enfermant sa mère à l'extérieur de sa chambre, cette chambre où elle passe son temps à changer de robe de Noël ; la noire, la rouge, la rouge, la noire. Pendant ce temps là, la guirlande clignote quand ça lui prend, les invités se désistent entre deux coups de téléphone d'un inconnu injoignable. (donc, en plus du rôti, se méfier des portables aussi, ils peuvent cacher des fantômes qui les transforment en plaque électrique ou en tapis volant trucideurs de verres à eau).

Huis clos, tension du passé, objets à la limite du malveillant, point de vue qui vacille et tangue vers la folie, délire d'interprétation ménager qui vous fait douter de toute conclusion logique possible, on a tous les ingrédients habituels de l'auteure. Et pourtant, ce que je retiendrai principalement de cette lecture ( qui en plus, m'a fait reposer sur le présentoir de ma librairie habituelle, le "Mudwoman" de Oates, que l'amie A. m'a dit être excellent ...), c'est que, la prochaine fois que je mets un rôti à cuire, je l'enferme à double tour dans le four pour éviter qu'il ne me saute à la gorge.

 

30/08/2013

La vie devant ses yeux Laura Kasischke

la vie devant ses yeux,laura kasischke,romans,romans américainsLa première scène est courte, c'est la clef de voûte. Pour une fois ( du moins dans ce que j'ai lu pour l'instant de cette auteure prolixe), le cable de tension super volt est branché directement sur le cerveau du lecteur, au lieu d'arriver en douce, en frôlant l'épiderme de loin en loin jusqu'à ce que l'on succombe. Non, là c'est direct l'électrochoc. Dans les toilettes d'un lycée américain, deux amies, une blonde une brune, minaudent devant le miroir dans le cliquetis de leurs bracelets. Des bruits dans le couloir, on comprend vite ce que cache le tac-tac-tac, des cris, un prof peut-être ... Le tueur ouvre la porte : ne tire pas, fait (un peu) durer, complique sa tuerie. Il en tuera une des deux, mais elles doivent d'abord choisir : l'une ou l'autre, et le lui dire "Tue la", "Ne me tue pas", "tue moi", ce qu'elles font. Fin des cinq premières pages.

La perversité, c'est sa tasse de verveine à la Kasischke, et comme je n'en suis pas à mon premier essai, je m'y attendais un peu, donc je me suis pris le court jus dans le transat, sans même renverser mon horchata. Et j'ai continué. Dès la page suivante, on fait un saut dans le temps en avant, la survivante a quarante ans, elle se nomme Diana. Elle n'est pas tombée dans le trou temporel, elle s'est donnée une vie parfaite et lisse, une "vraie-fausse" vie de mère et de femme de la middle-class américaine (une autre tasse de verveine pour Kasischke et un autre verre d'orchata pour moi). Diana conduit son monospace, Diana va chercher sa petite fille parfaite à l'école, Diana a un mari parfait (sauf qu'il ne débarrasse jamais son petit déjeuner, mais j'imagine que c'est pas exprès, ça lui fait une occupation à Diana, quand elle rentre), Diana a une maison parfaite, dans un quartier tout ce qu'il a de plus parfait aussi. Diana n'a jamais quitté la ville, Diana passe donc devant le monument commémoratif où le nom de son amie est inscrit parmi les autres. Cela ne lui fait rien. Diana a acheté les rocking chair qu'elle enviait aolescente, du haut de son immeuble et les a mis sous son portique à elle, avec son mari assis dessus qui lui fait des coucous quand elle rentre. Diana a quarante ans, mais pas encore trop de rides, Diana rentre encore dans sa jupe en jean. Diana est une artiste, elle dessine, rien qu'en noir et blanc, des dessins dans son atelier.

Sauf que Diana dérape, Diana commence à voir des images en mode décalé et grossissant, les paquerettes se répandent en mode putride dans le jardin,, le poney en plastique au fond du jardin lui fait les yeux doux, le dessin de la veille n'est plus tout à fait celui du lendemain, les voisins ont changé de forme, le facteur se démultiplie ... Les choses qui l'entourent s'aggripent à ses regards, puis le tremblement se rapproche, la petit fille gentille et le gentil mari s'éloigne, son monde lui échappe, des pièges se mettent sous ses pieds, Diana vacille. Sa jupe en jean est-elle vraiment convenable ou juste obscènement trop courte ? Qui écrit la vraie histoire dans les devoirs de la petite fille ? Tout devient trouble, le mystère opaque envahit le conte de fée ... Mais il y a-t-il seulement conte de fées ? Où est la sorcière ? Diana elle même ? La religieuse castratrice ? Le professeur de science que l'on disait amoureux du squelette de jeune fille qu'il avait accroché dans la salle de classe ? Le mari ?

 La narration alterne entre ces visions troublées et les flashs back, quand elles étaient deux et qu'elle avait des bracelets au bras qui cliquetaient.

Même si je resterai une lectrice de Laura Kasischke, celui-ci m'a un peu lassée finalement après un départ en fanfare électrique et une écriture toujours aussi incisive, trop de mystères entretenus a fini par noyer le fil conducteur dans le flou. Reste à découvrir l'avis de Eeguab, avec lequel cette lecture était commune.

 

14/02/2013

Rêves de garçons Laura Kasischke

150_672-pierredominique_com_wiking020549_cabriolet_ouvert_ford_mustang_64_rouge_interieur_blanc.jpgComme d'habitude chez Kasischke, la tension commence dès la première phrase. Tendue comme un arc, on se dit qu'on va juste attendre la flèche, en espérant une cible pas trop sensible quand même, et surtout de ne pas être sur la trajectoire. Cette écriture a le don de faire des gros plans en couleur sur des détails qui font qu'on va se faire manger tout cru si on a le malheur de rentrer dans la photo.

Ainsi, la Mustang rouge où commence l'histoire, roulant, capote ouverte, vers le lac des amants, devient, dès les premiers de sa trajectoire romanesque, un sanguinolent éclair sous un ciel d'un bleu électrique strié d'avoins qui ne vont pas tarder à exploser en plein vol, sans épargner les oiseaux innocents.

Dans la voiture rouge, il y a trois belles filles, trois pom-pom girls, échappées de leur camp-de vacances-entrainement, aux bengalows perdus dans la stridence obsédante des cigales. Toutes les trois sont belles, comme peuvent être belles des pom-pom girls américaines, lisses, soignées, sexys de papier glacé de magasines à la mode. La conductrice vise à cette perfection, c'est son squelette, ce qui lui tient lieu d'intimité. Elle sait sourire, a toujours été élue déléguée, miss sourire sourit de manière automatique. C'est Kristy, celle qui lèche ses doigts poissés de caramel, appuyée sur l'aile de sa voiture, dans une station service désertée et torride, sans même voir les deux jeunes bouseux qui la matent de leurs deux yeux fois deux, elle et les deux autres sylphides en plastique débarqués dans leur monde.

La voisine sur la banquette passager, c'est Désirée, une blonde à la carosserie affriolante, la salope de service, celle qui se tape tous les mecs qui passent, comme on mâche un chewing-gum, en pensant à autre chose. Les deux meilleures amies du monde, la plaque chauffante et le frigidaire.

Derrière, il y a la rousse, la pièce rapportée : Kristi, avec un i, dite aussi "l'autre Kristy", la comparse qui fait un peu tâche, mais laiteuse, elle complète le tableau de toutes les beautés possibles, dans cette mustang rouge, sur ce parking de station service, sous le regard ébahis des deux bouseux qui n'en demandant pas plus qu'un vague sourire de Kristy, comme une promesse étourdie. Eux y ont vu autre chose qu'une mécanique de petite fille modèle et la break s'engage dans le sillage de la mustang qui file vers le lac maudit.

Et après ? Ben, après le roman file de corps bronzés en accouplements nocturnes, baignages et feux de camp ... Mais que sont les deux garçons devenus ? On attend, guettant la pointe de flèche dans le mille, écoutant le petit bruit des ongles vernis parfaitement aiguisés de nos jolies pom-pom girls ...

 

Athalie