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07/03/2017

Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé

ecoutez nos défaires,laurent gaudé,romans,romans français,dans le chaos du mondeCe roman met en scène les vainqueurs et les vaincus du passé et du présent, et laisse le goût amer d'une répétition stérile de victoires qui ne peuvent en être que pour les nations (et encore). Le passé le plus lointain est celui des guerres puniques, il prend la figure d'Hannibal, celui qui a cru pouvoir vaincre l'empire romain. La guerre de sécession est racontée par celui qui deviendra le général Grant, le boucher des confédérés sudistes, mais aussi celui de ses propres troupes. Les combattants du présent, eux, sont deux exécuteurs d'ordres à sang froid, ils n'ont pas de troupes à mener au massacre, à porter au triomphe amer de la victoire, qui est toujours une défaite pour les morts, et même pour les autres.

Les hommes du présent accomplissent les missions affectées comme le feraient des tueurs : Assem, pour la France et Sullivan Sicoh pour les USA : la dernière mission pour Assem étant d'évaluer Sullivan, devenu Job ( l'auteur maîtrisant parfaitement ses références bibliques symboliques). En effet, après l'opération ultime, celle qui a éliminé Ben Laden, Sullivan a vacillé, et il touche Assem au cœur de ses propres doutes. Qu'est-ce qu'une victoire ? Non pas les américains ont-ils eu raison ou tort de tuer l'incarnation du mal terroriste, ce qui serait une interrogation journaliste, mais cette autre corollaire de la même action, plus littéraire, évidemment, le meurtre d'un homme est-il une victoire ? Sullivan est devenu Job parce qu'il a passé une frontière, et que ce secret le hante, quelle est la différence entre un combat et un meurtre ?

Victoire et défaite, noble lutte ou déchéance et perte de soi, la frontière est aussi celle qui se glisse dans l'histoire d'Aïlé Sélassié. Héros dans la lutte pour la liberté de son pays contre l'invasion des fascistes italiens, Héros encore, seul contre tous, dans l'enceinte de cette société des Nations lâches à qui il dira ses quatre vérités, puis reviendra dans son pays à la faveur de la seconde guerre mondiale, et enfin, redevenu roi des rois, mènera une politique égocentrique et succombera à la chute de sa grandeur, sans grandeur.

 A côté de ses combattants, de la lumière historique ou de son ombre, un autre combat est mené par la seule femme du roman, Mariam. D'origine irakienne, elle est versée dans l'archéologie. Son combat est celui des vestiges, de la conservation et la préservation des preuves antiques de la mémoire des hommes, et de leur humanité. Elle les caresse mieux que la peau des hommes qu'elle croise dans les hôtels qu'elle sillonne, du Caire à Zurich. Un seul la touchera, Assem, parce qu'il a su mettre les mots de la poésie à la place de ceux de la raison.

La question de la perte est celle qui relie les différents personnages, mais alors que l'histoire, la vraie, est politique et collective, la perte est intime, dit la littérature de Laurent Gaudé. Sa reconstruction des personnages historiques dans ce roman, comme des deux "inventés", est cohérente, les vainqueurs et les vaincus officiels sont lucides et conscients d'avoir marché au delà des normes morales, une modernisation qui fonctionne plutôt juste. 

Et c'est ainsi que ce roman m'a convaincue, malgré quelques traces de mes agacements précédents à lire les phases de lyrisme épique auxquels l'auteur se laisse parfois aller ( ce qui m'avait fait tellement grincer des dents à la lecture de "Pour seul cortège"). Il y a ici plus de retenue, de recul, et les horreurs évidentes des guerres sont dépassées quand elles deviennent celles des civilisations dites "modernes", celles où Palmyre redevient un tombeau.

 

 

 

05/10/2012

Pour seul cortège Laurent Gaudé

pour seul cortège,laurent gaudé,romans,romans françaisQuand Gaudé fait du Gaudé, ce n'est plus du souffle épique qui tournoie les pages, c'est de la marche forcée de la lectrice essouflée quelque peu, vers le sublime grandiose, ou le grandiose sublime, de la destinée brisée par l'histoire.

Je ne peux pas dire si j'ai aimé ce livre ou pas en fait, toujours pas, ce qui me contrarie. En plus, tout le monde, ou presque, connaît l'histoire, sait que Gaudé a une fois de plus, prit l'Histoire Antique à bras le corps des mots pour étreindre rien de moins que la figure d'Alexandre Le Grand et lui trousser sa chemise romanesque à sa sauce Gaudé. Pimentée ou pas ? Je ne sais toujours pas.

Aux premières pages, Le Conquérant danse le pas de deux avec sa Douleur, dans la flambloyance de sa Gloire en son Palais. Puis Le Conquérant tombe, se meurt doucement, puis définitivement. Mais avant le dépeçage des héritiers guerriers autour de la dépouille, le texte convoque : en un, l'âme chevauchante d'un de ses anciens fidèles, toujours fidèle, qui vient lui dire sa conquête et sa Gloire pour le ramener vers la vie dare-dare, en deux, une princesse oubliée. Enfin, qui voudrait bien être oubliée, parce que le Sublime et le Grandiose, elle a déjà eu sa dose. Enfermée volontaire loin de l'Empire, l'Empire va venir la tirer par les pieds hors de son monastère où les moines l'allégeaient du poids du monde en suivant son corps des mains et en balançant du safran en l'air. ça a l'air simple, comme ça, mais en fait, ça ne marche pas vraiment.

La princesse qui voudrait bien que le Grandiose Sublime lui fiche un peu la paix, c'est Drytéis, fille de Darius, le vaincu d'Alexandre, elle a déjà vu une civilisation se casser la figure et elle n'a pas envie de recommencer, en plus, elle a eu un fils, et de la Malédiction du Pouvoir, elle ne veut plus, surtout pas pour lui, l'enfant. Et pourtant, le seul cortège vrai d'Alexandre, ce sera Elle, Elle, et les chevaliers du Gandhara, exilés volontaires et fantômatiques, déserteurs des combats fratricides que les héritiers du Grand Empire ne pouvaient que se livrer pour que le monde soit monde.

La quête du Pouvoir, la soif de Gloire, l'Humilité d'une femme et d'une Mère, le Sacrifice de Soi pour un grain d'Humanité planté quelque part, ou quelque chose comme ça ... c'est parfois beau comme un chromo, parfois essouflant comme une écriture tellement flambloyante que j'en devenais sourde. Un parfum de relu jusqu'à plus soif, et pourtant ....

Ai-je aimé, je crois que oui, mais je n'en suis pas sûre. Ce qui M'énerve, maintenant.

 

Athalie

Un autre commentaire en demi-teinte : http://jemelivre.blogspot.fr/2012/09/pour-seul-cortege-la...

Et sur ce même blog du même auteur : Le soleil des Scorta, un must pour moi, avec La mort du roi Tsongor et aussi Eldorado (moins mais quand même ...)

26/01/2012

Le soleil des Scorta Laurent Gaudé

imagesCAQXGH40.jpgPour prendre un coup de soleil derrière la tragédie racinienne (j'ai un truc avec Racine, je ne sais pas quoi ....)

Dans un soleil de plomb, sur un âne désertique, un homme monte prendre sexe et vengeance. Le chemin a été long et il ne survivra pas lontemps ni au sexe, ni à sa vengeance, mais comme il ne sait pas encore, il monte. Falaises et mer. Sec et aride comme un western spaguetti. C'est le premier des Scorta, il sort de prison, c'est un vaurien, un voleur, il vient chercher celle qui lui revenait, selon lui, une belle fille du petit village qui se terre tout en haut, ramassé dans les silences de ceux qui connaissent tous les secrets depuis longtemps et n'ont pas besoin de parler pour supprimer celui qui n'est pas des leurs. D'un silence de femme frustrée, oubliée, d'une erreur, d'une confusion, presque risible, l'homme va fonder la lignée des "maudits" : de lui naitra un autre père, bâtard exilé mais qui deviendra richissisme, et respecté, finalement, pour ça, bandit de grand chemin même pas au grand coeur, âpre comme une trique, pas goulaillant pour un rond et même pas amadoué par ses enfants, deux fils et une fille, privés d'héritage, forcés d'aller vers l'ailleurs. Ce qui était une chance donnée, en fait, une drôle de chance, celle de sortir de "là", de leur destin, de la malédiction.

Quelques moments à relire pour se souvenir quand la sauce tomate prend, elle peut être vraiment goûteuse, avec des effluves de basilic, du granuleux sous le pain, de la poussière et de la sueur qui colle aux chemins de terre et aux maisons de pierres, et comme un goût de bureau de tabac : le discours de Rocco aux villageois pour que l'accent de la malédiction éternelle résonne encore, le retour au village pour que l'échec soit magnifié ( à ce propos, revoir "Golden door")  la scène du repas sur le trabucco, pour que la fraternité prenne corps à coups de poissons partagés, de photos fièrement posées et de grappa atiédie, le soir.

Parce les vieilles lectures n'ont pas toujours le goût de bouchon !

Athalie

A lire du même Eldorado et La mort du roi Tsongor


The golden door bande annonce par Hisaux

20/05/2011

Laurent Gaudé Eldorado

LAUREN~1.JPGC'est drôle, mais dès fois, il faut abandonner un auteur pour le retrouver après. ça ne marche pas à tous les coups, mais parfois oui. Et alors, c'est bien.

Avec la copine Anne, un soir, on est allé voir Laurent Gaudé en conférence. Et oui, on fait des trucs comme ça, nous. Des trucs classe, dans des endroits culturels et tout, en province, soit, mais après on les raconte, c'est bien, ça fait province aussi de les raconter (genre, on n'a que ça sous la main). Athalie et Anne Bovary (s) ...

En tout cas, c'était bien. D'abord, il est pas mal du tout le Gaudé, cheveux argentés, le verbe suave, le teint hâlé mais pas trop UV sur le retour. Classe, quoi. Et intéressant aussi (on n'est pas que des Bovary (s), on est aussi des lectrices à cerveau entre les oreilles, faut pas croire). Il présentait Ouragan, la copine Anne l'a acheté, et moi j'ai acheté Eldorado, parce qu'il était en poche et que, je me méfiais un peu ... C'était super La mort du roi Tsongor et Le soleil des Scorta, mais ... justement. Je ne voulais pas abuser des bons crus (pour une fois, diront les copines, je sais !). "Eldorado" trace  l'histoire de plusieurs exilés qui se croisent, pas tous et pas vraiment. L' exilé principal, c'est le commandant chargé à la fois de sauver les clandestins qui arrivent de leur misère africaine vers la pseudo terre promise italienne, et de les arrêter ensuite pour qu'ils soient retenus en centre de détention. Evidemment, la contradiction, ça exile un peu, de soi-même, pour commencer. Et puis, un jour, il y a le regard d'un clandestin sur lui, le sien sur une femme qui a perdu son enfant dans le voyage. Et il tangue, prend le gîte dans la voile de sa conscience et part dans le sens inverse.

Et puis, il y a les deux frères qui cherchent à rejoindre l'Europe pour échapper à la misère. Leur exil à eux n'est pas celui de leur conscience, c'est l'économique, celui qu'on voit dans les journaux, celui donc, qui indigne, du moins les gens normaux.

L' intérêt du livre est dans ce croisement, le politique et le personnel, le réel et le fantasme, une impossible rédemption, des deux côtés ; l'exilé finalement solitaire de son frère, qui va chercher la survie, tout en se sentant coupable de survir, le pauvre qui cherche la richesse, et le riche qui cherche une vérité à travers l'exil choisi. Même si la fin du récit vire à la métaphore symboliste humanitaire gnan-gnan et allucinée et quelque peu foireuse ... Il est bien ce Gaudé, bel homme ou pas.

Et puis, il écrit drôlement bien aussi :

A Catane en ce jour, les pavés des ruelles du quartier sentaient la poiscaille. Sur les étals serrés du marché, des centaines de poissons morts faisaient briller le soleil de midi.

J'aime bien les poisssons morts qui font briller le soleil... ça inverse.

Athalie