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08/04/2014

Le braconnier du lac perdu Peter May

le braconnier du lac perdu, peter may, romans, romans angleterre, séries policièresComme j’ai lu les deux premières enquêtes ("L'île des chasseurs d'oiseaux" et "L'homme de Lewis" ) de Fin Macleod et que j’ai bien aimé me trouver engoncée dans l’atmosphère brumeuse et venteuse à souhait de l’île écossaise (pléonasme par rapport à brumeuse et venteuse), embarquée par un enquêteur tourmenté, mais pas alcoolique et presque pas dépressif, je ne pouvais pas ne pas lire le dernier opus de la trilogie. Dont on se doute qu’elle n’aura pas de suite, vu la densité démographique du lieu et sa superficie, pas facile d’imaginer quinze morts mystérieuses au kilomètre carré.

Une trilogie peut-elle aller en se bonifiant ? là, j’ai trouvé que oui. Comme dans les deux précédents, les ficelles de l’intrigue sont un peu tordues, surtout vers la fin, et ici aussi, on retourne les têtes des personnages vers l’arrière pour gonfler un peu le temps présent de l’enquête insulaire, qui, sinon, serait bien mince, limitée à l’atavisme insulaire, donc toujours. Cependant, ce coup là, j’ai trouvé que l’articulation entre les deux était plus riche et les personnages secondaires plus denses, surtout celui du braconnier, Whistler, un ami de Fin, depuis la tendre enfance, deux enfances qui n’eurent, évidemment, rien de tendre. (où l’on découvre la tante adoptive de Fin sous un autre angle que celui de la tristesse, d’ailleurs)

La découverte d’un avion et d’un corps disparus depuis quinze ans donne le point de départ. Fin et Whistler, menés dans la lande par une course poursuite dont on ne saura la cause que plus tard, tombent sur l’épave, découverte hors du lac où elle était censée rester, mais bon, la tourbière a encore glissé et l’épave est sortie de l’oubli. Ils y découvrent le corps de Roddy dans un drôle d’état, un état décomposé du genre bizarre quand même. Whistler s’enfuit à toutes jambes, Fin s’interroge. Tous deux connaissait Roddy, ( qui ne se connaît pas sur cette île ?), d’autant plus qu’ils faisaient partie du même groupe de musique, celui qui prit pour nom Solas, après une autre histoire de course poursuite. D’abord insulaire, le groupe a pris son envol interplanétaire, et même la disparition du beau et talentueux Roddy, ne lui a pas brisé les ailes. Fin en était le roady, et Whistler, le flûtiste, plus ou moins intermittent. Et tous les deux, comme les autres, sont encore hantés par le beau visage de la chanteuse, Mairead, celle qui enchaîna les cœurs, et déchaîna les jalousies en son temps de jeunesse, et maintenant encore. Les deux moments se superposent, et les récits se succèdent, montrant ce qui reste des amours et ambitions perdues et revenues. Fin est dévoilé, ami fidèle, amant infidèle, en des choix qui lui ont échappé et des regrets, aussi, de continuer à les voir disparaître. Il a « fini » flic, et maintenant, garde forestier ... Chasseurs de trafiquants invibles, et de souvenirs. Whistler, lui, n’a pas suivi le succès du groupe, il a choisi de rester sur l’île et se bat maintenant avec son silence pour regagner l’amour de sa fille, à sa façon. Donald, le pasteur, ex-manager du groupe, ex-fêtard, ex-beau cœur volage, doit se justifier à son tour d’avoir tué pour sauver des vies (avoir le volume précédent en tête pour ce personnage-là, pour les autres aussi d’ailleurs ...) Marsaili est toujours là, elle aussi, toujours belle, elle accroche le linge en attendant que Fin lui revienne vraiment, à elle, et elle à lui. Si possible.

L’enquête ? si, si, il y en a une ...  surtout à la fin, en fait, et bon, ce n’est pas ce que le roman fait de mieux, la fin, mais avant, c’est bien, et nostalgique à croquer, voire un peu crépusculaire, May ne laisse pas les fantômes repartirent indemnes des linceuls de la mémoire.

Un polar de facture atmosphérique, non trépidant, pour amateurs (trices) des deux premiers uniquement.