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22/10/2013

Le monde à l'endroit Ron Rash

le monde à l'endroit,ron rash,romans,romans américains,famille je vous haisTravis Shelton a dix sept ans et sûrement une chemise à carreaux. Ce n'est pas dit dans le roman, mais c'est le genre de jeune américain rural et sans grand avenir à en porter une, genre rouge, jaune et bleue. Sans trop de goût, quoi. Il aide son père sur la plantation de tabac qui ne rapporte plus grand chose. Il glande. Il aurait pu bien réussir au lycée et envisager autre chose, mais non, par ennui, désintérêt pour la chose scolaire, il glande. Il traine sa rancoeur, surtout contre son père, peu enclin aux rapprochements père-fils et si avare de compliments qu'il semblerait qu'il préferait avaler sa glotte plutôt que de parler à son fiston.

Entre deux bières, un parking et quelques potes pas mieux lotis que lui, il va à la pêche aux truites, son truc à lui. Pour payer l'assurance de son pick-up, d'abord, mais aussi parce qu'il aime ça, l'eau, les trous de la rivière, les poissons qui mordent à ses hameçons. Au détour de sa pêche, Travis va tomber sur une plantation de cannabis, ne pas résister à la tentation de s'en servir, ce qui évidemment, non seulement n'est pas bien du tout du tout, mais en plus va l'enchainer dans une série de rencontres pour son mal et un peu de bien quand même ; d'abord des ploucs mastocs, du genre qui ne rigolent pas, puis Léonard, l'ex prof en berne, un peu dealer, un peu cassé, qui héberge dans son mobil home étouffant qui prend l'eau, une compagne de fortune qui a bien roulé sa bosse elle aussi, Dana, à la peau de serpent qui mue au soleil et à l'âme aussi écorchée qu'une truite cuiellie en plein vol. Confronté à de vrais échecs, en plus du sien possible, Travis va grandir un peu des épaules, s'étoffer un peu de l'âme, et peut-être devenir autre chose qu'un looser, il mettra quand même du temps à sortir de sa peau de petit merdeux, l'anticipation n'étant pas vraiment son fort, au p'tit gars ...

Un roman peut-être moins surprenant que "Un pied au paradis", moins épique que "Séréna", qui sonne pourtant juste, j'ai trouvé, à cause des personnages, surtout, de jolis états d'âme pour Travis et son mentor, Léonard, une intrigue classique qui file sa tragédie peinarde, comme elle se doit d'être, inévitable et alambiquée ( avec un détour par un épisode sanglant de la guerre de Sécession, et un autre par les extraits du journal d'un médecin, qui se rejoignent finalement). Pour parodier un titre célèbre : "une tragédie chez les ploucs", ou "Les ploucs flingueurs", sauf que ce n'est pas drôle.