Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/07/2013

Le sanglot de l'homme noir Alain Mabanckou

le sanglot de l'homme noir,alain mabanckou,essais,négritudeQuitte à paraître obtue, il est très rare que je lise autre chose que des romans en soutenant que "L' histoire est l'enfant de la littérature ( Stéfanakis) ou que "L"histoire n'est pas la vérité du monde, la vérité, c'est le roman" (Robles). En fait, je collectionne les citations d'écrivains qui sont d'accord avec moi, en toute mauvaise foi, comme le savent les historiens de ma connaissance que je saoule régulièrement et qui le mérite de me laisser dégoiser ....

"Le sanglot de l'homme noir" n'est pas un roman, ni un roman historique, mais un recueil de quelques articles, essais ... très faciles et passionnants à lire. Mabanckou y propose des réflexions sur la représentation de l'identité "noire", "la conscience d'être noir". Il dit qu'elle est "une démonstration" fondée sur une idée reconstruite : la misère africaine serait de la faute des blancs, des colonisateurs qui auraient détruit une situation pré-coloniale idyllique : une Afrique du passé, fantasmée, unie dans sa diversité, riche de sa culture orale, de ses traditions millénaires et donc vues comme forcément bonnes. A cette vision qu'il récuse, il oppose d'autres constats : le rôle actif des tribus dans la vente des esclaves aux blancs, l'absence de littérature écrite, de langues aptes à la création littéraire, pour des raisons qu'il developpe, bien sûr, il ne dit pas évidemment que le français est supérieur à ces langues ...

Cela peut sembler assez provocateur mais le propos a le mérite de poser les questions autrement : il ne s'agit pas de flanquer le concept de "négritude" en bas de son piedestal, mais de le secouer un peu, de le dépasser en cessant de limiter l'identité africaine à celle d'un avant utopique et donc de regarder devant, sans toujours souhaiter un "retour" à une intégrité culturelle et linguistique "pure" que seuls les blancs auraient fait disparaître. Pour lui, l'histoire n'est pas si simple et s'est faite à deux. Pour avancer, les sanglots sont vains, le regret doit céder la place aux constats et à une bascule de la pensée plus dynamique. Et moi, je cède la place à l'auteur : " Il ne suffit plus de se dire nègre, de le hurler sur une place publique pour que dans la mémoire de l'autre défile quatre siècles d'humiliations. Il ne suffit plus de se dire originaire du sud pour exiger du nord le devoir d'assistance. Car l'assistance n'est que le prolongement subreptice de l'asservissement".

Et de montrer aussi comment la posture " du nègre en sanglot" fait le lien avec les idées d'extrême droite sur l'immigration en positionnant le "noir" comme autre, justement, en expliquant que tous les "noirs" ne sont justement pas frères de sang, qu'écrire en français n'est pas, selon lui, une collaboration avec l'ennemi mais une appropriation à faire, plutôt qu'à subir.

Son remontage de bretelles n'exclut pas et n'efface pas la responsibilité des "blancs", disons que cette simple opposition ne semble pas suffire. Mabanckou passe par l'exemple, le récit d'anecdotes, il se met en scène et met en scène ses remarques, les textes sont brefs, vivants et parfois aussi drôles ...

" Le sanglot de l'homme noir" visiblement n'a pas toujours plu, on peut le comprendre, il a le mérite, du moins pour moi, d'avoir un peu tordu le cou à certaines idées reçues et m'a fait regarder les choses un peu en biais. Ce qui ne peut jamais faire de mal.