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22/11/2014

Noces de neige Gaëlle Josse

noces de neige,gaëlle josse,romans,romans français,lectures doudousUn jour, avec ma copine C. de Jardin buissonier, on s'est égarée dans les rayons d'une enseigne, qui, jadis, vendait des livres. j'étais en mission, je cherchais "Lady oracle". Il n'y avait pas la lady recherchée, mais, on  a beau boycotté depuis des mois, l'enseigne, qui avant, vendait des livres, il en reste quand même un peu. Ce qui fait que, de conseils en conseils, comme je cherchais des livres qui faisaient rire, je suis ressortie avec une petite pile quand même, dont je ne suis pas certaine, certaine, qu'ils fassent tous rire. Voici le premier de la petite pile, parce que C. adore Gaëlle Josse, et que moi, j'ai adoré "Les heures silencieuses"

Pour faire rire, soyons claire, c'est loupé. Sourire, un peu, à la fin, soit, mais c'est un sourire de rattrapage.
Deux histoires de femmes, de jeunes femmes se croisent, à tellement d'années d'intervalle que les deux héroïnes ne risquent pas de se retrouver dans le même wagon. Les deux histoires se confinent, pour l'essentiel, dans le temps d'un trajet inversé, Nice-Moscou pour la première, Moscou-Nice pour la seconde. Deux femmes, deux trains, deux trajets, un autre pont commun, le cheminement que l'on peut y faire, vers l'amour, ou la haine, dans des destinations aussi fébriles que immobiles et imprévues.

Anna est laide. Jeune aristocrate russe délaissée par sa mère, mondaine chic et charme qui s'épanouit au soleil des fêtes de la côte d'azur, elle, elle ne rêve que du retour au domaine familial. Ce n'est que là qu'elle connait quelques moments de légèreté, sur le dos des chevaux, en des cavacades viriles, qui parfois lui permettent d'attirer un moment les regards des jeunes beaux officiers amis de son grand frère. Parmi eux, Dimitri, qui, un jour, lui a fait un compliment. Alors Anna en est certaine, Dimitri sera à elle. Elle est laide, mais elle est riche. Dans le balancement du train et de son ennui, Anna se berce de son souvenir de lui et son espoir. Dans le roulis, d'autres surgissent, flottent, un puzzle de non-dits se révèlent sous la force d'une douche glacée de l'âme.

Irina, 2002, quitte Moscou pour aller, via un site de rencontres, vers l'aventure de l'amour avec un inconnu. Enzo lui convient, partir aussi, ne pas rester coincée, ne pas regretter. Elle n'est pas sans peurs, elle est raisonnable, raisonnée. Derrière elle, il n'y a pas grand chose, juste un amour fracassé par le retour de la guerre, d'une guerre sans nom, de celui qu'elle aurait pu aimer, Mickaël, perdu dans la rancœur. Son voyage à elle est plus court que celui d'Anna, trois jours et deux nuits. Trois jours et deux nuits à attendre avant le quai, le vide. Trois jours et deux nuits où l'âme, vacante, peut voir s'ouvrir un autre possible.

J'ai beaucoup apprécié de me laisser bercer dans ce roulis chaud et fluide, dans l'écriture fine de ces petits riens de l'âme, immobile dans le temps de l'espoir, dans ces deux temps de deux voyages en train, qui, paradoxalement, ne suivent pas les rails prévus.

15/11/2014

Le livre d'un été Tove Janson

Comme ce qui pourrait être une ritournelle ou un manège magique : une petite fille, un papa, une grand-mère, une île dans le golfe de Finlande, une île dans un archipel d'îles, plates et grises et fleuries de petites fleurs éphémères, et en fait, pas un été, mais des étés, des myriades d'étés qui n'en font qu'un, l'été, l'été pur par excellence celui de l'enfance, un concentré d'été à lui tout seul, un moment arrêté et juste, juste par fait car ponctué de ces imperfections subtiles qui suspendent le temps.

Dans ce temps de l'été, petite fille, grand-mère, et papa à la pipe vient en quasi autarcie sur leur île, il ne s'y passe presque rien. la petite fille et le grand-mère s'aventurent dans une cueillette, une excursion en barque, une baignade. elles causent, et jouent, des jeux de rien : d'une boite d'allumettes, elles construisent Venise, d'une grosse vague, la grand mère sauve le palais de doges des eaux. Des dialogues, qui l'air de rien non plus chamboulent l'endroit des âges et font grandir.

Le livre est construit sur ces minuscules saynètes, des anecdotes dans le temps qui passe doucement, jusqu'au prochain été parfait et pareil au autres où l'on rangera dans la véranda les pots, dans la chambre d'amis, les cannes et les hameçons, et autres objets éparpillés,  et où seront laissées aux éventuels naufragés les consignes pour ouvrir la trappe de la cheminée. il y a les pétards mouillés des feux de la Saint Jean, la visite d'un voisin, un vieux bonhomme qui fuit sa famille, le jour de la grande tempête où Sophie (la petite fille)  s'est prise pour dieu par ennui et l'a bien regretté ensuite, les commandes du père sur les magasines de vente de fleurs par correspondance, des tulipes pour fleurir l'île, une véritable entreprise que la sécheresse manqua de faire capoter et qui seront sauvées avant le naufrage de la grande saucisse orange en plastique ...

Sophie s'ennuie parfois dans ce temps qui s'étire, colère, injuste, veut grandir, ne pas être là dans ce temps qui ne s'écoule pas alors que d'autres passent faire la fête sur la plage  ... La grand-mère regarde et tire de quelques mensonges consolateurs une leçon pour petite fille, apaise les peines d'amour : pourquoi son chat préféré ne l'aime pas ? Pourquoi plus on aime plus on souffre ? D'autres peines s'annoncent, en attendant elle protège, en fumant en cachette sa deuxième cigarette de la matinée, pose sa canne pour un bain de mer, arrose la pâquerette sauvage d'eau douce avant que la pluie ne tombe, au cas où ...

Un roman de pleine mer qui a la saveur, si douce des eaux calmes et tendres ... Merci à toutes celles qui m'ont tentée !

Une des tentatrices : luocine mais grace à elle j'en ai retrouvé une autre Hélène