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30/06/2012

Les demeurées Jeanne Benameur

786048158.jpg"La Varienne" est simple d'esprit, l'idiote, l'attardée du village, elle est bonniche dans la "grande maison", elle vit à l'écart, cloisonnée, avec sa fille, Luce, née par un hasard d'un soir. La Varienne ne sait pas rêver, contempler, penser, La Varienne est vide, un corps qui se déplace sous le regard de sa fille. Les deux s'aiment même si l'une n' a pas la conscience que cet amour-là la remplit, la fait se lever, la conduit, et que c'est l'autre, l'absence de l'autre, qui va petit à petit faire surgir la force de ses étreintes simples.

La Varienne n' a pas de mots d'amour pour sa fille, elle le dit dans le bol posé, dans la soupe servie, dans les creux du matelas partagé. Et puis un jour, Luce doit aller à l'école, parce que c'est obligatoire et que l'institutrice, qui croit au savoir partagé, veut que même la fille de l'idiote y ait droit. La premier jour, La Varienne va suivre Luce jusqu'à la porte de cet autre univers, et rester là, en dehors de ce monde des mots, celui de mademoiselle Solange, qui lui est étranger et plus encore. Puis, elle va s'en retourner, demeurée.

Ce que Luce va comprendre, c'est que elle non plus, elle ne peut pas passer de l'autre côté, car alors ce serait seule, sans La varienne, se serait la trahir et l'abandonner, ce que Mademoiselle Solange, l'institutrice, avant de vaciller à son tour, ne peut admettre. Ne pas connaître, s'enfuir, se détourner, pour rester deux, ensemble et se protéger.

C'est une belle histoire de mots, et pleine de mots, justement. Normalement, je déteste ce genre d'écriture ( mais bon, ma prêteuse est de qualité et m'avait dit "Il faut que tu lises ça, c'est génial" ....), le genre phrases courtes qui sonnent comme du présent de vérité général, tournures poétiques, mots sussurés avec une sorte d'emphase lyrique qui se veut signifiante. Mais, là, ben, j'ai vraiment aimé, j'ai trouvé que ça collait bien avec la peur des mots qui est celle des personnages, de l'univers qu'ils ouvrent, ce parler travaillé, les détours et contours qui éloignent du réalisme. Ma préteuse avait bien raison ....

Athalie