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24/04/2014

Lulu femme nue Davodeau

Lulu femme nue, Davodeau, romans graphiques, bandes dessinéesLulu est une femme ordinaire, plus qu’ordinaire même, une femme transparente, négligée, du genre qu’on ne regarde plus depuis longtemps et qui s’est perdue de vue. Après 16 années de femme au foyer, elle cherche un emploi, mais ce temps passé entre trois enfants et un mari imbuvable l’ont voûtée, pliée. Lulu a les cheveux en berne, le jean informe, les rides qui lui tombent comme des cernes sur l’âme.

A la suite d’un entretien d’embauche humiliant, dont on devine qu’il n’est pas le premier, Lulu ne rentre pas chez elle. Pourquoi ? Ce n’est pas dit, on peut penser qu’elle a juste besoin de vide, ou de dire non, ou d’agir pour elle, ou les trois à la fois. Modeste dans sa révolte, Lulu passe la nuit dans un hôtel, sans bagage et sans suite. Une autre solitude ordinaire croise la sienne, celle d’une voyageuse de commerce, et Lulu s’en va alors un peu plus loin. Lulu fait une fugue au bord de la mer, à son âge, ce n’est pas raisonnable. Avec son vague à l’âme toujours flottant et le jean toujours en berne, Lulu va sur la plage, vers des moments à elle, va regarder les paysages et les autres. Elle ouvre la parenthèse de la générosité et des rencontres. Et comme elle a, quand même, de la chance, elle va en faire deux belles, d’amour et d’amitié, avant de retourner, sans doute vers sa normalité qui l’appelle, comme si d’invisible, elle devenait indispensable ...

Bref, un road movie de l’âme de celle qui ne savait plus qu’elle en avait une.

Pour tendre un peu son fil narratif, Davodeau divise son récit en périodes : chacune est connue et racontée, par un seul des personnages de l’assemblée de ses amis, réunis chez elle, sur la terrasse, autour de sa fille adolescente et de ses deux fils qu’il s’agit de coucher, en attendant. En attendant quoi ? Ben, justement ... Lulu n’est pas sur la terrasse, son affreux mari lamentable non plus ( car autant on s’attache à Lulu, autant on lui collerait bien une série de peux de bananes sous les béquilles à celui là ....) et on comprend rapidement que c’est dans la maison que se tient le fin mot de l’histoire.

Même si j’ai été moins touchée par cet histoire que par « Chute de vélo », du même auteur, c’est par pure subjectivité, car c’est un album fin, très fin, une histoire de gens ordinaires qui défaillent, un temps, de l’infra ordinaire. Ils sont regardés un peu autrement et l’auteur leur donne une épaisseur généreuse (mis à part au Tanguy, donc la rédemption n’est pas gagnée). En deux tomes, à lire impérativement à suivre, sous peine de frustration énervée.