Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/05/2011

Solaire McEwan

9782072445392_1_m.jpg

Pas solaire pour un sous ! plutôt crépusculaire ... mais excellent ! on ne dirait pas du McEwan, même pas obligée de sauter quelques pages de temps en temps ( les opérations du cerveau dans Samedi) ou d'attendre quelque peu que l'action se décide à avoir un sens (Expiation, le tout début). Non, on ne s'arrête pas, pas de trous. On dirait un mélange de David Lodge (du temps où cela se faisait encore de lire David Lodge) et du meilleur Coe.

Comment faire croire que l'on veut sauver le monde en étant uniquement préoccupé de ses propres intérêts ?

Le personnage principal est une ordure totale, sans rachat possible, cynique, lâche, répugnant, profiteur sans conscience ni remords. La narration le suit, en trois parties, trois étapes dans la déchéance, la recherche du profit et du sexe sans amour et sans gloire. Sans jugement, elle fout en l'air le politiquement correct : "sauvez la planète" n'est plus ici qu'une opération commerciale, une aubaine dont il faut profiter, le plus rapidement possible, avant l'explosion finale.

Sexuellement, il est immonde, sentimentalement, il est immonde aussi. Il a parfois la nausée et on le comprend, on l'aurait aussi à sa place, mais pas forcément pour les mêmes raisons ...

On le déteste, le méprise, mais on lit. On plaint les femmes qui le croisent ou qui l'ont croisé, mais que peut-on trouver à un type pareil, escroc de la pensée et du sentiment, uniquement préoccupé par la satisfaction sans encombre de sa libido? De toutes ses envies, sans retenue et sans frein, gaspillage de lui-même, comme nous gaspillons la terre, remettant toujours au lendemain les décisions du changement. Cela en devient une fable, catastrophique et immorale, parabole percutante d'une catastrophe programmée.

Les autres personnages masculins ne valent pas beaucoup mieux : chercheurs ou profiteurs de tous poils, amoureux incompétents. Ce monde là est noir, mais drôle : burlesque (la virée en moto ski ...), farce (le lancer de tomate molle), satire des milieux universitaires scientifiques, imposture (le prix Nobel)  au vitriol !

Athalie

08/09/2010

Sur la plage de Chesil, MacEwan

Bien obligée donc, de lire le dernier Ian MacEwan. Et, mon homme avait comme souvent, raison, là on est dans le top.
imagesCA0ZIMVS.jpgUne histoire de trois fois rien ou plutôt l'inverse, de deux fois tout, une nuit de noce dans les années soixante, juste trop tôt pour une jeune fille de bonne famille musicienne accomplie, et un fils de famille modeste qui a tracé son chemin social sans calcul et sans reproche.
Ils sont bien tous les deux, ils s'aiment tous les deux, ils sont jeunes et sûrement beaux. Ils se trouvent beaux et ils se disent qu'ils s'aiment .... La fête a été belle, sûrement la robe était belle aussi et blanche. Ils ont dû sourire en se disant "Oui", essuyer les larmes de  maman, serrer la main de papa et de beau papa, embrasser les enfants, les garçons et les demoiselles d'honneur, couper la pièce montée avec les colombes en plastique dessus (ou peut-être en tissu et broderies) et les applaudissements.... Sûrement. C'est pas dit, mais c'est sûr.
La fête a été belle mais la fête est finie. Place à l'acte suivant, et c'est là seulement que le livre commence, en fait.
Le reste d'avant,  je l'ai vu dans ma tête, avec la photo de mariage de mes parents, dans les mêmes années, plus ou moins, juste avant 68, juste avant. Je les revois, si beaux, si jeunes. Une jolie photo.
Et Sur la plage de Chesil raconte l'après-fête, l'après photo. Le livre est juste touchant, même pas mélancholique, même pas cynique. Juste un instantané un peu surrané et pleinement juste.
Du coup, j'attends le suivant.... C'est pas malin !

Athalie

PS : A ne pas oublier Samedi du même auteur

01/09/2009

Samedi, MacEwan

8119011.jpgC'est une belle histoire , lorsque de livres en livres, on trouve que c'est de mieux en mieux .... McEwan, j'ai commencé avec Expiation, sur les recommandations de la copine A.B. Pas évident comme début entre ce livre et moi. Posé, recommencé, reposé, recommencé, oublié, repris ... et finalement lu et aimé. Pourquoi cet acharnement ? L'impression de passer à côté de quelque chose de bien. Pourquoi cette difficulté ? Je ne sais pas, peut-être un univers victorien (celui de la première partie) que je n'arrivais à saisir.
Sur les conseils de la copine Zizou, j'ai poursuivi avec Un jardin de ciment. J'ai plusieurs fois résisté à l'envie de le fermer. Je l'ai fini quand même et moyennement aimé. Trop glauque, un peu cousu d'avance. Là, pause, Ian McEwan. Je laisse tomber. Peut-être bien, mais pas pour moi finalement.
Deuxième opus, mon homme préféré se met à Expiation, sur mes conseils malgré ce que je viens d'écrire. Le trouve génial. Bon, soit. Et il poursuit avec Samedi. Regénial me dit-il. Insiste avec Sur la plage de Chesil. Le top me dit-il.
En femme et en lectrice consciencieuse, je m'y remets. Et sans effort, avale Samedi, dévore Sur la plage de Chesil.
Samedi, il faut quand même passer les premières pages neurochirugicales, elles ont sûrement leur raison d'être mais moi j'ai pas vu laquelle.
Après, le rythme de lecture s'installe, on accepte de suivre les activités habituelles du samedi de cet homme a qui tout réussi, même ses enfants, même sa femme, même sa cuisine ... Il pourrait être très énervant, en fait ... Le  petit bourgeois sans histoire, honnête, travailleur, les enfants un peu bohèmes mais complices, aimants ...
Si ce n'est de toutes petites failles, comme les nôtres, finalement ... Pas plus grandes ni plus petites : l'enfance, la mère, la peur de l'avenir, l'angoisse des temps devenus terroristes, les petites douleurs d'un corps qui veilli, mais pas trop encore.
Un bout de parcours d'un homme presque bien qui dérape, pour rien, pour un tout petit rien qui aurait pu être sans conséquence, même pas tragique ni grandiose.
Et on suit encore, lorsque l'univers cossu-bobo de cet homme et de sa famille se fait violenter et tangue et vacille. L'extérieur va faire irruption dans ce monde ordonné. On l'a vu depuis un moment que l'édifice n'allait pas tenir debout comme ça et pourtant on suit encore, sans suspens et sans angoisse. On accepte que l'histoire se déroule, finalement, construite et maitrisée, jusquau bout.
Sur la plage de Chesil, donc, je n'avais plus le choix.

Athalie