Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/12/2014

La confrérie des moines volants Metin Arditi

la confrérie des moines volants,métin arditi,romans,romans historiques1937, le NKVD traque et trucide les moines orthodoxes (ou non ...) à tout va. Les monastères sont, les uns après les autres, dévastés, les icônes brûlées. La nouvelle URSS soviétique veut éradiquer de l'âme slave, les profiteurs de l'ancienne Russie.

1937, ermite de chez ermite de son propre monastère, perdu de chez perdu au fond des bois, Nikodime mène une autre lutte, solitaire contre lui-même. Il expie fautes passées et envies honteuses de sexe et de femme dans la solitude fiévreuse de son esprit et il impose à son corps une discipline fervente qui alterne les marches épuisantes dans la neige et les bains prolongés jusqu'à l'engourdissement dans les eaux glacées du lac. Aucun répit et une tension permanente pour tuer tout autre désir que celui de la rédemption dans Dieu et l'oubli. Il dort déjà dans son propre cercueil.

Le massacre de ses frères et le saccage de son monastère vont le jeter avec deux survivants pas bien malins, jusqu'aux cabanons abandonnés d'un ancien camp de travail. D'autres moines vagabonds les rejoignent, dont un ancien acrobate de cirque et un spécialiste de la restauration d'icônes, venu une "Vierge à l'enfant" sous le bras. 

Et l'icône va enfin donner un sens à ce groupe minable de moines cachés. Car Nikodime est de plus en furieux, et sa croix de plus en plus lourde à porter au sommet de la colline boueuse. Désœuvrés, les moines se laissent aller, chantent des airs païens et acceptent les dons en nature alcoolisée des paysans voisins, contre un baptême, une bénédiction. Nikodime fixe alors les statuts : les moines vont se faire volants et voleurs, décrochant des églises encore debout autant d' oeuvres d'art sacrées qu'ils le pourront et les cacheront, pour les sauver, en attendant un autre temps que celui des Bolcheviques.

L'autre temps vient par l'ouest et un autre personnage. Paris, les années 2000, le père de Mathias vient de mourir, brusquement, et brusquement aussi, Matthias, le découvre autre, entouré d’icônes sacrées et de mystères orthodoxes. Menuisier d'art, il lui a laissé en guise de dernier message de nombreux tiroirs secrets à ouvrir. Ce que Matthias n'a pas vraiment envie de faire, et c'est en traînant les pieds qu'il va se retrouver doté d'un étrange héritage, celui d'une mémoire dont il n'avait jamais soupçonné l'existence, enfouie sous la terre et les années d'oubli idéologique.

Un récit passionnant d'un bout à l'autre, jusqu'au point de jonction final et franchement faire des icônes des bombes politiques et sentimentales à retardement, est juste une géniale idée romanesque à souhait ! 

PS: je sais que celle que j'ai mise en illustration n'est pas la bonne, mais sur le site du musée de l'ermitage, je n'ai pas réussi non plus à trouver la vierge de tendresse avec un carreau abîmé. J'aurais bien aimé, parce que le carreau abimé, c'est qui fait tout, je crois.

 

 

08/08/2014

Prince d'orchestre Metin Arditi

Quand j’ai dressé la liste des livres qui avaient pris leur place dans ma valise de vacances, ( et paf, un titre tapé, et paf de l'autre main dans le sac) je n’ai pas mentionné, ni celui qui restait à finir, ni celui prévu pour le voyage au cas où j'aurais eu un trou …  je me suis dit qu’ils ne comptaient pas vraiment, vu qu’ils n’étaient pas dans la valise. Celui à finir était donc Prince d’Orchestre d’un auteur que j’aime bien en général, découvert avec "Loin des bras".

« Le turquetto » mettait en scène un peintre, et celui-ci retrace aussi le destin d’un artiste, un chef d’orchestre surdoué que l’on cueille au début du roman, au sommet de sa gloire. Il se distingue aussi par son égocentrisme insupportable, d’un égo tellement surdimensionné, que là aussi, il dépasse tous les autres chefs. Méprisant, imbu de lui-même, Alexis Kandilis croule sous les applaudissements généreux et extasiés qu’il parfaitement orchestrer, provoquer et manipuler à son seul avantage. De musique, point n’est-il question, juste de ce magistral savoir faire qui l’a hissé au pinacle. Porté par sa seule ambition, celle de sa mère et la vanité de sa femme, Charlotte, tout autre sentiment lui semble étranger et sa principale préoccupation est d’être choisi pour diriger le projet musical qui le consacrera définitivement au sommet devant tous les autres, l’intégrale de Beethoven, enregistrée en public. Ce qui semble quasiment acquis, selon ses agents. Une biographie est en cours, reste juste à choisir les photos qui lècheront l’image glorieuse du petit garçon doué dont le destin est l’exceptionnel,  et les rôles sont distribués.

Seulement voilà, un premier faux pas, une humiliation de trop envers un musicien lors d’une répétition, en engendre un autre, puis un autre et un autre, le maestro démasqué met en place lui-même l’engrenage de la chute annoncée. Alexis se torpille, hanté par la certitude de sa valeur unique, il n’orchestre plus que sa décadence publique, se mettant à dos les médias et aveugle à toutes les mains tendues. Insupportable Icare, jamais on ne le plaint, on lui mettrait même la tête un peu plus sous l’eau, et on peine même à croire qu’il puisse mériter la générosité de ses sauveurs successifs : Sacha, le flutiste fidèle, Menahem, le sage au fils suspendu, Tatiana et Pavlina, les deux amantes masochistes. Ils croient tous, comme lui-même, à son talent, mais c’est comme homme qu’Alexis échoue, à chaque fois plus sûr de ses délires paranoïaques.

 

La fin est donnée dès les premières lignes, ce qui fait que le récit, bien rythmé en chapitres courts, découpé au cordeau de trois parties efficaces et sans concession pour le personnage voulu malveillant, ne tient pas tant dans la question du pourquoi, mais du comment. Et finalement, j’attendais un peu plus de pourquoi. Et même si au bout d’un moment, j’ai fini par comprendre que ce roman était une sorte de croisement entre « Loin des bras » et « La fille des Louganis », cela ne m’a pas vraiment aidé ( impossible de me souvenir de ce qui a bien pu lui arriver au Alexis avec Lenny à l’institut Alderson, celui de « Loin des bras », et quelle douleur ravive chez le personnage principal, « Les chants des enfants morts », par exemple et comme Lenny doit se taire pour sauvegarder le maestro et qu’il se tait … Bien marrie, je fus, car non, je n'ai pas ma bibliothèque dans la voiture …), trop peu de clefs sont données, et la fin est tombée à plat, un peu trop à la fois incongrue et attendue. Il faut dire que maintenir le lecteur en haleine sur la destinée d’un ambitieux ainsi peu attachant est une sorte de gageure. Même Rastignac, dès fois, il semble avoir des délicatesses de l’âme.

04/08/2013

Le turquetto Metin Arditi

romans,romans suisses,romans historiques? le turquetto,metin arditiConstantinople 1531, un lieu une date, un rêve, celui d’Elie, petit juif à face de rat de devenir peintre, et une honte. Elie a honte de son père, un vieillard encore jeune, malade et épuisé qui se pisse du sang dessus et va mourir. Le père est pourvoyeur d’esclaves, il va vendre de belles caucasiennes pour les sérails, aidée par la vieille Arsiné, qui a tendu le sein au petit Elie et a éduqué bien des jeunes femmes aux services des autres corps. Mais son temps est fini. Mais Elie est aussi une honte pour son père, sa communauté. Dans sa religion, celle du livre, du mot, on ne doit pas reproduire les figures humaines, ni évidemment celle de Dieu. Or Elie dessine tout ce qu’il peut et tout ce qu’il voit : les belles esclaves dénudées, les volutes, les fresques, même celles des églises catholiques : la vierge qui va au ciel et les anges byzantins des plafonds. La peinture, il ne connait pas, il utilise de l’encre pour les pleins, les déliés, les profondeurs, de la belle encre que fabrique l'artisan puriste de la rue des fabricants d'encre, de celle qui ne s'effacera pas ... Elie embellit les visages, les caresse de sa plume, les recréé.

Elie caresse même l’idée d’entrer dans un couvent, pas pour la gloire de Dieu, n'importe lequel, se convertir ne le gêne pas si on le laisse reproduire ce qu’il voit. Sans honte. Elie n’est pas très religieux en ces temps où pourtant, elle conditionne tous les statuts, les rangs et les droits, surtout on le sait celle des communautés juives. Et c’est en s’engouffrant dans une brèche de l’histoire qu’Elie le juif deviendra le Turquetto, peintre chrétien, à Venise.

S’engouffrer dans une brèche de l’histoire, c’est ce que Metin Arditi a fait aussi. Il est parti d’une particularité d’un tableau, « L’homme aux gants », longtemps attribué au Titien, dont il s’avère que la signature est en deux temps : un T, en gris foncé, et ignacianus, ajouté ensuite, en gris bleu. Ce qui laisse supposer que le tableau ne serait pas du grand maitre, mais d’un de ses élèves, passé à l’obscurité. C’est là où se glisse l’ombre d’un Elie oublié. L’auteur ne cherche pas à résoudre l’énigme, il brode autour, une bien belle toile surgit alors, avant de boucler la boucle et de laisser se refermer les destins : une Venise d’intrigues, de rivalités religieuses, de coups en douce et d’apogée de l’art, où les communautés s’affrontent à coup de commandes de « Cènes » et de « Vierges à l’enfant ». Ainsi s’étalait la puissance de l’église Catholique sous couvert de messes basses dans les ruelles des canaux et de coups tordus dans les ateliers des peintres et les refectoires des couvents … Une Venise de l’intolérance aussi bien qu’un objet d’art où l’on croise le Titien et une bien belle modèle rousse.

Le personnage du Turquetto se faufile entre les silhouettes rehaussées, sur cette trame bien brossée de rédemption et de toute honte bue et révolue. ( quelques bémols pour l’accession à la rédemption quand même, le chemin de croix est un peu gros, mais bon, tant pis, le reste est si bien)

14/11/2011

Loin des bras Metin Arditi

imagesCALAUCAA.jpgLoin des coeurs aussi, des bras cassés pas encore plâtrés, en attente d'attelles (ça prend autant de doubles consonnes que ça, ce mot ? ...), de béquilles perdues ; des bras pas trop ouverts, repliés, un envol ne semble pas pour tout de suite, un envol claudiquant d'oisillons secoués.

Dans un internat, en Suisse, se pratique le culte du corps sportif, avec une façade d' éducation policée de jardin à l'anglaise. Le prestigieux directeur de cette école qui fut prestigieuse est mort, et depuis, le prestige rabat les oisillons sur d'autres institutions. Les élèves s'envolent et les difficultés financières pointent leur nez. Les professeurs s'inquiètent de la permanence de leur gagne-pain. Vu leur passif, ils ne semblent pas avoir d'autres nids possibles pour dispenser leur savoir, bras cassés pour oisillons riches mais laissés pour compte par des parents occupés à bien d'autres choses, dispersés de par le monde cosmopolite. Eux, ils restent là pendant que les mères vaquent à leur dépression oisive.

Madame Alderson, tenancière d'origine, tente le sauvetage , sa soeur accrochée derrière, une bouée de sauvetage bien peu fiable. Brunet, un des professeurs, s'accroche, lui, à son appareil photo, son lacs et ses rituels, lesté par une mère qui lui a cassé les ailes, il y a bien longtemps déjà. Et Véra qui arrive là presque par hasard, l'esquif qui butte contre toutes les rives, les élèves, son fils perdu, un trop plein plein de soumission. Gügül, né dans les entrailles d'un palais oriental, enseigne football et danses de salon, mais que fait-il échoué sur ces rives là ? Et puis, Nadelmanne, le juif amoureux de la langue allemende, au point d'en retraduire pour lui tout seul tout Kafka, celui-là se trouve les pépites qu'il peut, son radeau de survie à lui. Il reste Irène, dont le bateau prend l'eau par le fond et pour qui " pleurer la mort d'un mari boche, ça doit rester un exercice solitaire". ( faut dire que un peu collabo nazi, le mari quand même). Les deux autres, sont des fantôches qui se prennent pour des aigles, le Berthier ,juste assez fasciste pour en être suintant et le MacAlistair qui drape sa lâcheté dans une philosophie de pacotille.

Chapitres courts après chapitres courts, on avance de petits faits en petits faits, sans pathos, tableau d'une arche de Noé où le luxe serait celui des sentiments, un monde en bocal, on les regarde faire la brasse. Avec plaisir, c'est ça le pire !

On a lorgné avec A.L.M. du côté du dernier roman de M. Arditi Le Turquetto, à suivre ...

Athalie