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20/04/2013

Muse Joseph O'Connor

muse,joseph o'connor,romans,romans irlandaisUn vrai plaisir de renouer avec ce bon vieux Joseph, après avoir dû abandonner de guerre lasse "Rédemption falls" (pas moyen de passer la barre des deux premiers chapitres ...), là ce fut du pur régal jusqu'au bout, jusqu'au dernier chapitre, une lettre d'amour presque aussi sublime qu'une d'Ariane à son Solal, quand Solal était encore son Solal pour toujours. Là c'est la muse, l'enchanteresse qui l'adresse à son Solal à elle, Synge, mort depuis longtemps et pour toujours. Synge le renouveau du théâtre anglais, bien souffreteux dans sa vraie vie, et bien rigide aussi, que Molly transfigure en amoureux transi, et exigeant, jaloux et tendre.

Pour toujours, alors que O'Connor nous le dit bien dans la postface de la fin, presque tout est faux.

Molly fut bien la muse de l'auteur irlandais du "Baladin du monde occidental", mais ce roman là n'en est pas l'histoire biographique et circonstanciée, mais plutôt une histoire possible et même plus qu'une histoire d'amour entre un auteur intellectuel et une comédienne ordinaire, une histoire d'amour du théâtre, ou une histoire pour l'amour d'une comédienne oubliée.

Molly Allgood, O'Connor la cadre vers sa fin, miséreuse alccolique, elle vit dans un taudis et ne voit qu'à travers des bribes de souvenirs et des restes de ses rêves de gloire et d'amour. C'est tout cassé, quoi. Ce matin là, elle n'a plus rien à boire, plus grand chose à vendre, une seule lettre de Synge, la seule qu'elle avait encore gardée, après la remise en ordre morale de la famille du grand écrivain ( ben oui, la liaison était clandestine, pas trop montrable la fiancée populo de Synge), et les déboires de sa vie de comédienne qui d'étage en étages est tombée, loin du regard du public et des fleurs des premières.

Ce matin là, donc, elle va sortir, se procurer une ultime flasque de cognac auprès d'un tenancier compatissant, qui fait semblant encore de croire à son dernier rôle, celui de la vieille femme digne et qui se tient droite, a des principes et encore de la prestance, celle qu'elle se joue dans sa tête et s'écrit pour elle même.

Et puis ce matin là encore, elle va jusqu'à la boutique du vieux libraire, celui qui va peut-être lui acheter sa lettre, et puis après, elle ira jusqu'au studio de la BBC pour enregistrer en direct une bonne vieille pièce de ce bon vieux O'Casey, ça fait longtemps qu'elle n'a pas joué, et peut-être qu'on l'attend encore, au bout du chemin de sa vieille gloire.

La vieille clocharde se rêve en muse, en modèle, un peu oubliée quand même mais pas trop ; si elle décripte les regards portés sur elle, la vraie elle, la pocharde qui déambule bouteille à la main, elle ne veut pas les voir et se garde d'eux avec ses souvenirs qui ce matin là l'assaille. Yeats, O'Casey, sa soeur, la star d'Hollywood, sa mère, la brocanteuse, celle de Synge, la grande bourgeoise qui n'aurait pas voulu d'elle comme serpillère, les scène de théâtre où elle jouait encore, les trains entre les villes de tournée, la bouteille de moins en moins bien cachée au fond de la valise, les vacances avec Synge, leurs nuits, la chambre qu'ils n'ont jamais eu commun, et lui, lui toujours, lui et le théâtre, sans rancune ni remords, ni gloire, juste un peu, par ricochets.

Une "recréation" biographique juste passionnante.