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15/04/2012

La noce d'Anna Nathacha Appanah

Elle m'a bien énervée, celle-là, la narratrice, la mère d'Anna, Sonia, qui en ce jour, marieimagesCA5E1FTT.jpg sa fille. Depuis quand les mères qui marient leur fille se mettent à être plus jeunes que moi, qui fais toujours des couettes à la mienne. ça m'a fichu un coup de vieux ! presque un coup de cafard. En plus, ce mariage la déprime, la contraint, l'afflige et lui nuit. Je me suis dit que j'étais bien partie là pour poser le bouquin. J'avais craqué sur la couverture, elle m'avait fait penser à Coeur cousu, un beau tissu moiré et de fines mains qui brodent ...

Que nenni ! Que nous en sommes aux antipodes de la mère courage hispanique et féérique. Nous sommes dans l'ici et le maintenant. Mais, elle a aussi son courage à elle, cette mère qui marie sa fille, finir la journée sans faire honte à Anna, c'est son chemin de croix à elle.  

Pensez ! Elle est ultra normée, Anna, et sa mère est trop originale pour elle. Pensez ! Anna ne boit pas, ne fume pas, a fait des études scientifiques, se marie en blanc ivoire, des petites fleurs discrètes dans les cheveux, a fait l'emploi du temps chronométré de la journée de sa mère, surtout, pour que cette dernière ne fasse pas un pas de travers. C'est vrai que moi, ça me ferait un peu peur une fille pareille. En plus, elle se marie avec un notaire, un jeune, qui semble aussi lisse qu'une page blanche. On espère juste qu'ils ont un peu consommé avant, quand même, ces extra terrestres.

Sonia fait tâche parce qu'elle est originale. Pensez ! elle écrit des livres, aime les vieux bouquins qu'elle stocke dans des caisses, fume des cigarettes et aime parfois marcher pieds nus ( comprendre qu'elle a une fois enlevé ses chaussures pour se poser dans l'herbe, et elle a même une photo de son pied, avec tatouage, prise par un inconnu qui flashait par là. C'est dire la classe). Le livre raconte donc ses efforts pour se contenir dans les marques posées par sa fille, car c'est son jour à elle, son grand jour, et Sonia se contient. Un flash-back nous explique sa solitude, le mal-être ne date pas d'Anna, mais d'avant, de son départ d'origine, celui de son île paradisiaque d'enfance, de ses parents jamais revus, de son silence à la fin de l'histoire avec Marc, le père inconnu d'Anna, un père au corps constellé d'étoiles filantes et qui a filé, sans savoir qu'il était père. Jamais elle ne l'a recherché et jamais elle n'a connu sentiment aussi entier et serein que cet amour-là. Mis à part cette nostalgie qui la tient, cette mère finit par toucher juste dans cette pudeur impuissante des mots, cette voix qui ne peut dire son amour à sa fille, sa si aimée et si différente fille, qu'elle voit partir, qu'elle a toujours vu partir en fait, qui l'a toujours retenue aux bords des paroles. Dans cette relation mère fille si fragile que finalement, tout bien compté, l'époque des couettes, je veux bien qu'elle dure plus longtemps.

Athalie