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23/12/2014

Le météorologue Olivier Rolin

le météorologue,olivier rolin,romans,romans français,dans le chaos du mondeLe météorologue est un homme banal, pris dans les rouages ordinaires de la répressive administration dans l'URSS communiste des années 30, pris aussi par le regard d'un narrateur qui se dit convaincu d'une mission, lui redonner une petite silhouette d'homme, à défaut d'une grande âme résistante. Au départ, il est bien pâlichon, effectivement, Alexis Fédossiévitch Vangengheim, un fonctionnaire zélé, rêveur de nuages. ( Je signale que par la suite, si je l'appelle Fédo, ce n'est pas que ce personnage invite à la familiarité, loin de là, mais juste par flemme)

Au départ, donc, il n'est plus qu'un corps parmi d'autres, enseveli sous la neige et l'oubli, dans on ne sait quelle fosse commune, sans doute pas très loin des îles Solovki, un Goulag du de froid polaire. Fédo n'a pas laissé beaucoup de traces, quelques publications négligeables sur le temps qu'il fait, qu'il a fait, sur des perspectives nuageuses. De ses innombrables lettres à Staline, protestations de son innocence, il ne reste que du vent. Ont-elles même été lues ? On peut en douter.

Olivier Rolin est arrivé jusqu'à lui par une autre correspondance, la seule trace de réalité de ce petit personnage : les lettres que Fédo a adressé à sa femme et à sa fille, Eléonora, durant ses années de détention anonyme. Elles ne racontent rien de vraiment extraordinaires ses lettres, sa santé, son ennui, et surtout, son incompréhension. Il y dessine oiseaux, plantes, comme des sortes d’abécédaires pour la petite. Traces infimes et pour autant singulières que l'auteur exhume et remet en situation. Olivier Rolin mêle sa voix à celle de cet homme, si têtue et si bornée dans sa répétition que sans la voix de l'auteur, on ne s'y attacherait guère. C'est toute la qualité de ce livre, profondément humaniste, l'air de rien.

Fédo n'était en effet qu'un fidèle serviteur du parti. Il adhérerait à ses idéaux chimériques, et météorologue, mettait son savoir des nuages et de leur flux au service des plans de production agricoles, les caprices des nuages, des pluies et du soleil à la gloire de champs staliniens. Cette mission aurait dû le mettre à l'abri de toute accusation de corruption ou de trahison anti-communiste ( corrompre la course d'un nuage capitaliste paraissant aussi aléatoire qu'échapper aux purges qui commencent à s'abattre sur toutes les couches de la stratosphère) Et pourtant, il va être désigné comme saboteur des chiffres des pluies (ou plutôt du manque de pluies). ironie d'autant plus cruelle et absurde, que lui, la famine, il ne l'a même pas vue sévir dans les villages des Kolkhozes. 

 Déporté dans le désert de glace des îles Solovki, Fédo y croisera l'étrange histoire d'une bibliothèque de Babel et de livres proscrits, aussi improbable en cet endroit que les infatigables espoirs du petit homme d'être lu de Staline. 

Un livre basique, sans aucune connotation péjorative, mais dans le sens où il revient à la base, au pion qui ne savait pas qu'il n'en était qu'un. La lecture peut en être prolongée par un reportage passionnant, à voir chez Dominique, où le même Olivier Rolin se penche cette fois davantage sur l'histoire des livres et des lieux.

A lire et à voir (ou l'inverse, ce que j'ai fait, et cela marche très bien aussi)