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20/06/2012

Pas facile de voler des chevaux Per Petterson

20060514220716_0144_zen_wood_bois_flotte.jpgUn vieil homme, Trond Sander, s'est retiré dans une vieille maison à rafistoler, l'hiver va arriver, les nuits sont noires, la nature entoure l'exilé volontaire, accompagné dans sa solitude de son seul chien, quelques courses indispensables, les tâches du quotidien : couper du bois, faire le feu, aller jusqu'au lac, clouter quelques lames de parquet. Peu de projets, mais pas non plus d'ennui. On en saura quelques vagues causes, esquissées, de cette solitude choisie, un peu plus tard.

C'est le cadre, mais le vrai fond est le retour en arrière, les autres personnages et une autre époque occupent son esprit : un été, lui et son père dans un autre chalet, d'autres projets, tout aussi simples, fâner le champ, donner un coup de main au voisin ... Rien de désespéré à la Sukkand Island, c'est au contraire une relation de l'un à l'autre ensoleillée de fierté, de tendresse, de complicité. On est en 1948, dans cet autre chalet, trois ans après la fin de la guerre, et ce sera le dernier été comme cela. Le narrateur a quinze ans et un ami Jon avec qui il va "voler des chevaux" une nuit. Jon n'habite pas loin, avec ses deux frères jumeaux, plus petits, son père, sorte de rival silencieux du père du narrateur et sa mère, lumineuse. sauf qu'au retour de cette nuit-là, Jon devra disparaitre. Et c'est encore quelques disparitions plus tard que les deux temps se retrouvent, le voisin de Trod, tout aussi solitaire que lui, se révèlera être Lars, un des frères jumeaux.

Dans une atmosphère de pas feutrés, et pas à pas, l'histoire découvre ses méandres, au bord d'une rivière frontière et laisse dans les sous-bois s'épaissir des mystères, les non-dit. Qu'on se le dise, on ne saura pas tout des drames, des félures qu'a laissé cet été là, et un autre temps encore, celui de la guerre et de la résistance clandestine, des fuites et des lâchetés, des jalousies ( peut-être ...) entre les deux pères, la mère.

Un roman qui oscille entre ces trois temps, en évitant la rigidité de l'alternance passé, présent, présent, passé, deux narrateurs mais une seule voix, celle du fils, celui de quinze ans, celui de soixante sept ans, et le souvenir d'émois, de scènes vues mais toujours comprises, et surtout celui d'un père radieux, aimant, encore pour un moment, séducteur de son propre fils au point que Trond garde encore en son corps le souvenir de ses gestes appris. Le lyrisme est complètement mis en sourdine, le pathétique étouffé, et c'est vraiment bien.

Athalie