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02/11/2016

Cartel, Don Winslow

cartel,don winslow,romans,romans américains,pavés,dans le chaos du mondeArt Keller face à Adam Barrera, on en rêvait Ingannmic et moi. Alors, une lecture commune s'imposait à la sortie de "Cartel", vu que le premier, celui qui nous avait plantées là dans le genre grosse claque de lecture, "La griffe du chien", on l'avait déjà dévoré ensemble (ici et ici), chaque de notre côté avec la même boulimie glacée et enthousiaste.

Art est l'ex seigneur de la frontière. Il a remisé sa rancœur dans un monastère où il s'est fait gardien d'abeilles. En théorie, à la fin de la "Griffe", il est le vainqueur d'Adam Barrera puisque ce seigneur là, quant à lui, tout puissant des cartels de la drogue au Mexique, est emprisonné, et logiquement pour un temps certain. Assez de temps pour que ces deux là ne se retrouvent plus jamais. Mais, ce n'est pas si simple d'être vainqueur quand, dans cette guerre, on a autant perdu que Art. Sa famille, ses collaborateurs et surtout une certaine foi ... La foi qui avait fait que Art avait cru que changer le monde en tuant un seul homme était possible.

Art est fatigué et Adam reprend du service, de l'intérieur même de sa prison. Il joue un va-tout suicidaire en livrant aux autorités américaines des informations qui lui vaudraient la mort, si il n'était Adam, le grand ponte de la drogue aux allures de comptable élégant et bien élevé. Adam est un stratège, il maîtrise les failles du système judiciaire qui veut sa fin en se nourrissant du mal qu'il incarne. Donnant, donnant, le système a encore plus à gagner en lui accordant, en échange de ses informations, une autorisation de sortie à l'occasion de la mort de sa fille, pour après lui arranger une évasion dans un établissement dont il va pouvoir faire sa base arrière de luxe.

Une fois Adam libre (ou presque ....), le vrai duel commence, par comparses interposés, volontaires ou inconscients, du côté du bien, comme du côté du mal. Juges intègres, policiers corrompus, voyous incultes et barbares, le bal de la mort est ultra violent et n'épargne pas les bonnes âmes, quand il en reste. 

L'ultra violence est assurée par une galerie de personnages secondaires, qui sont souvent à la fois les victimes des cartels, et du système politique mexicain qui permet l’extension du trafic, et les bourreaux, une fois que l'engrenage leur a mis l'étau à la gorge. Ainsi, Chuy, dit Jésus le Kid, de gamins des rues, dealer presque malgré lui, se métamorphose en tueur frénétique et halluciné, décapitant à tour de machettes, après que son amour enfantin pour une prostituée pitoyable, a été broyé par des plus gros requins que lui. On suit aussi le cas d'Eddie, dit le dingue, presque à tort d'ailleurs, car les dingues, dans la réalité de la guerre entre gangs pour le contrôle d'un territoire, d'une plaza, ils fourmillent autant que les cadavres dans la vallée de Juarez.

Des territoires martyrs, des populations otages, Juarez en est le symbole. La ville, puis la vallée sont sillonnés par un trio de journalistes, impuissants mais sincères, Ana, Pablo et Giorgo. Ils montrent une décadence et une spirale, telle que l'on comprend que la loi, mais n'importe quelle loi, finalement, est acceptée comme préférable à l'hécatombe et la perte de toutes les illusions. Vraiment, toutes tombent les unes après les autres, comme une chute de dominos infernale, où reste le chaos, vainqueur. Car même quand des responsables du mal disparaissent, ce qui est aussi certain, est que d'autres, sont là, à attendre que la place se libère.

En tout cela, le duel tient ses promesses, et cette suite est aussi glaçante, que "La griffe", mais avec des moins. Des personnages auxquels on accroche moins, moins complexes et touchants, peut-être trop monolithiques, malgré de beaux personnages de femmes combattantes, et d'autres juste, juste humains. c'est un bon livre, bien calibré, bien documenté, mais ... il lui manque un foisonnement, une tension survoltée, une telle dilatation de l'histoire qu'on a l'impression d'être embarqué dans le wagonnet d'une montagne russe, lancé à toute vitesse dans le fracas d'une ossature qui, c'est sûr et certain, va se fracasser contre la muraille si on lâche le bouquin deux secondes. Et être dans un état de manque quand vous le refermez.

Pour lire la note d'Ingannmic, c'est juste .

 

24/08/2016

Beloved, Toni Morrison

Garner_Margaret_.jpgDepuis ma découverte de cette auteure avec "Home", court texte juste sublime mais qui m'avait bien secouée, je voulais y revenir à la grande dame de la littérature, même si cette grandeur me fait toujours un peu peur. J'ai donc mis du temps à venir à Beloved, mais pas à le lire, et à vraiment apprécier de me faire encore un peu secouer.

"Beloved" est un texte plus complexe que "Home", plus déstabilisant car puisant davantage dans l'imaginaire de l'esclavage que dans une forme de reconstitution historique.

Beloved est le prénom de la petite fille que sa mère, Sethe, esclave en fuite, a assassiné alors que son maitre l'avait retrouvée et venait la reprendre dans son refuge. Avant, il y avait eu l'organisation ratée de cette fuite, elle y a perdu son mari, et ce qui lui restait de dignité. Beloved est aussi le nom du fantôme qui va se matérialiser auprès de Sethe, dix-huit ans après le drame. Entre les deux temps, beloved est l'esprit qui hante la maison, le refuge, le 124 à Cincinnati, où vivait la famille de Sethe, ses deux fils, sa fille née pendant la fuite, Denver, et la grand-mère. Les deux fils ont fini par partir, par fuir ce refuge qui n'en est plus un, où sévit le remords, la culpabilité et la honte, que rapelle sans cesse l'invisible esprit qui tourmente les travaux domestiques. Peut-être ont-ils aussi fui leur mère qui a tué et qui en a gardé les yeux vides.

La grand-mère, elle aussi, a abandonné la maison à la querelle. Rachetée par son fils, le mari disparu de Sethe, elle avait commencé une forme de reconquête d'une liberté inconnue. Mais, après le meurtre de Beloved, elle a laissé la place à la haine, et n'a plus vécu que pour voir quelques couleurs vives qui surnageraient du naufrage de soi qu'est l'esclavage, de ne pas connaître ses enfants, de ne même pas savoir où ils sont, de n'en avoir aucun souvenirs, qu'une ou deux images fugaces de viols et de pendaisons. C'est ce naufrage que Sethe a voulu éviter à ses enfants. Elle a tué par amour, mais le fantôme ne le lui pardonne pas.

 Quand arrive Paul D, un rescapé lui aussi, une autre vie serait peut-être possible, il pourrait peut-être chasser le fantôme. Paul D a connu Sethe avant sa fuite, avant l'évasion de la plantation du bon accueil, devenue un enfer comme les autres, après la mort du "bon maître", monsieur Garner, qui traitait ses esclaves presque comme des hommes. Mais ce petit avenir devra être arraché au fantôme de Beloved.

C'est une histoire contée avec lacunes car la douleur des personnages ne peut être dite avec une logique et une cohérence linéaire. C'est une histoire dont on comble les trous par des circonvolutions qui se répètent, et petit à petit, se complètent. Une histoire de personnages fracassés qui tentent de devenir des individus conscients, de pouvoir faire des choix. Mais, évidemment, lorsque l'on a jamais eu le droit d'être conscient et encore moins de faire des choix, la démarche ne va pas de soi, de recoller les morceaux.

La force du roman est le recours à une forme d'imaginaire magique qui est la seule manière de dire ce qui n'est que magma : l'histoire de l'esclavage vécue de l'intérieur des hommes et des femmes, ici, surtout des femmes, à qui était refusé d'être mère, épouse, que les maitres utilisaient comme reproductrices, bêtes à pondre d'autres esclaves gratuitement, à qui on mettait dans la bouche un mors, pour les mater, mors qui, à force d'être porté, pouvait donner aux bouches la grimace d'un sourire torturé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29/04/2016

Deadwood, Peter Dexter

deadwood,peter dexter,romans,romans américains,pavés,western et cieAu départ, c'est l'histoire de Bill, la légende vivante du far-west qui arrive en 1876 dans la ville de Deadwood. La légende vivante, encore vivante, bien que salement rongée par une syphilis galopante, est accompagnée de Charley, son complice et son double, en moins légendaire, un dandy de l'ouest plus discret du colt, et Charley est accompagné du petit. Et le petit n'est pas encore bien rompu à l'Ouest, il commence par tuer le cheval de Bill, sans le faire exprès, parce que dans le convoi qui mène les trois vers les Blacks Hill, il a fait copain-copain avec le proxète. Al Swearinguen charie avec lui dans les chariots ses nouvelles putains, destinées à ravitailler son bordel à Deadwood. La bouche de Al s'est quelque peu égarée vers la flute de Malcom, le petit ....

De flutes, il en sera souvent question dans ce roman où les mythes du western pataugent dans la boue du quartier bas de Deadwood. Elles sont souvent à l'air, à cheval, prêtes à dégainer, comme les colts ou autres armes contondantes le sont dans les mains des dits propriétaires des flutes. Les putains, à Deadwood, fleurissent aussi. Elles peuvent être au grand coeurs, mordantes, chinoises, elles accueillent dans leur lit aussi bien les psychopathes patentés que ceux qui sont encore en cours de formation.

Deadwood est une ville où peu d'hommes sont encore vraiment entiers, fous, boiteux, sales, les plus souvent saouls ou en passe de le devenir, où les tueurs sont assermentés par les proxénètes, où un homme balade avec dans la besace une tête en décomposition, où le crime paye, la plupart du temps, où une putain peut être découpée en morceaux par trop grand amour de pureté, où le corps d'un chinois, même oublié dans un four, ne sera quand même pas sans conséquence, où un chien de combat gobe des oeufs fermentés par amour de Bill, où ceux qui sont venus faire fortune se sont fatigués de chercher les rares pépites dans le ruisseau ...

La nature est devenue gadoue, la ville n'est pas encore construite mais déjà, il faut déménager le cimetière ....

Trois grands chapitres retracent les parcours plus ou moins longs de Bill, le petit et Charley et des autres énergumènes plus ou moins sympathiques qui peuplent Deadwood, en rappant de leurs bottes les planchers mal dégrossis des bordels et des saloons. On y rêve de gloire, de celle que donne les balles, on y croise aussi d'autres, dont Calamity Jane en poissarde malodorante et amoureuse, qui se voit en femme de Bill, et s'y coltine avec la vraie, l'acrobate aux cuisses musclées, parfois l'ombre de Custer plane ...

Et le plus balèze de ce livre, mis à part les quelques épisodes que je viens d'évoquer de manière fort elliptique, c'est que l'on y prend goût à la fade odeur de décomposition qui règne à chaque ruelle et coin de pages, on ouvre grand les mirettes, en se pinçant quand même le nez ... pour suivre la fidélité presque humaniste de Charley, son attachement aux quelques éclopés de la route qui mènera Deadwood à un début de respectabilité, enfin, presque ....

 

08/02/2016

Yeruldelgger, Ian manook

yeruldegger,ian maook,romans,romans policiers,roman mongolie,déceptions,pavésLes traditions des nomades mongols se perdent, seules quelques femmes continuent à jeter du lait aux quatre points cardinaux pour souhaiter bon voyage à celui qui s'en va, les yourtes se réduisent à peau de chagrin dans la grisaille des banlieues sordides. Les séries américaines y résonnent et même dans les grands espaces encore vierges, les vieux nomades savent préserver une scène de crime.

Les Coréens ravagent les réserves nationales à grands coups de quads surpuissants et assassins, et pas seulement pour la faune et la flore, gare aux petites filles blondes qui font du tricycle sur leur terrain de jeux ... Ils violent en picolant, et pas que les grands espaces non plus.

L'ultra nationalisme se prend des airs de troisième Reich de pacotille, et se donne des allures de vengeur masqué en coupant les couilles des chinois : missions commandées déguisées en scènes crapuleuses ... Dans les égouts des villes abandonnées par l'ex-ère communiste, grouillent les damnés de la misère, dont il sort parfois, miracle de la bonne nature humaine, malgré tout,  un gentil garçon à l'humour attendrissant ...

Les Chinois rachètent les terres rares, aux minéraux affriolants et pillent ce qui restait de l'âme fière des ancêtres. Tous se prostituent, la police est corrompue, toutes et tous, non ....

Un nouveau Gengis Khan brandit la croix de la résistance, Yeruldelgger. Il a l'âme pure de ceux qui ont beaucoup souffert et n'ont plus rien à perdre. Sa femme est devenue folle après l'assassinat de leur petite fille, Kim, sûre de sa culpabilité à lui. Son autre fille, Saraa, se vautre dans la pire des fanges pour le lui faire payer.

Ce qui n'empêche nullement l'âme droite et fière, (mais blessée), de Yeruldelgger de se dresser seule contre tous. Il mène toutes les enquêtes (la petite fille dans le désert et les chinois émasculés) de front, aidé quand même par quelques moines ressurgis de son enfance, et deux fidèles qu'il lance à la chasse de la justice, (tel "Charlie et ses drôles de dames") ; Solongo, la médecin légiste aux doigts de fée qui attend son heure d'amour, et Oyan, l'inspectrice toujours fidèle, walkyrie violée, amazone ressuscitée ....

Tel le phénix de ses dames, Yeruldelgger ressurgit toujours de ses cendres, infaillible, insubmersible, étanche aux balles, coups, flèches (mince, j'avais confondu avec Jolly Jumper), missiles (James Bond, sors de ce corps !) et vous balance des serpents dans la fosse du méchant en leur chatouillant d'un doigt habile le nombril, étrangle à mains nues des hydres post nucléaires (non, là j'anticipe, c'est dans le deuxième numéro ...). Et évidemment, il vous débusque d'un coup de baguette magique grosse comme une ficelle plombée (même moi, j'avais deviné !), le grand méchant manipulateur à l'âme vile et noire comme les entrailles du profit capitaliste ... (Beurk !!!! C'est pas bien le capitalisme !!!), tout en dégustant des marmottes cuites de l'intérieur, et en ramenant la morale dans un village corrompu aux côtés d'une prostituée au grand cœur.

La Mongolie en mode post apocalyptique même en mode deuxième degré, c'est pas passé. Mon seuil de tolérance a saturé.

24/11/2015

Le royaume, Emmanuel Carrère

le royaume,emmanuel carrère,romans,romans français,pavésAprès l'avoir égaré sous mon lit tout l'été, je lui ai donné un coup de plumeau, et il avait à nouveau le goût de la tentation, ce royaume. Me voyant ce titre là enfin en main, mon homme, qui passait par là m'avertit, le fruit avait bon goût mais comportait des longueurs ...

Mais, si il y a une lecture dont je n'ai pas voulu démordre, c'est bien celle-là, et j'avoue, j'aurais bien voulu contredire mon homme, mais cela ne sera point, car longueurs il y a.

Il faut dire que l'entreprise est ardue, tordue et peu glamour. Effectivement, il parait au départ quand même quelque peu casse gueule d'aller se fourrer dans les origines du christianisme tout en mettant en scène à la fois sa propre tentative de conversion et son propre doute, son chemin de Damas et sa descente de foi.

Carrère se met en scène, plus que jamais dans ce que j'ai lu de lui, entre l’enquêteur septique et croyant sincère, entre fin connaisseur des textes évangéliques, de leurs glossaires et commentaires, et romancier qui recoud les morceaux manquants de la parole et des écrits des apôtres de la première génération. 

Carrére reprend ses classiques, l’évangile de Jean qu'il a annoté dans des cahiers au temps de sa conversion, puis celui de Luc dans le temps de son enquête. Il suit aussi Paul, fait résonner ses lettres et épîtres dans leur contexte, il reconstruit aussi le contexte, tant qu'il y est, sans vergogne puisqu'il nous le dit, qu'il ne sais pas, mais suppute, élague des hypothèses, tisse des liens entre Sénèque, le bouddhisme, et le Christ dans le même élan sans mysticisme, pour faire bouger les paroles figées par des siècles de polissage.

Cette entreprise de dépoussiérage, cette démarche iconoclaste de repeindre des images pieuses, j'avoue que je l'ai trouvée passionnante, moi que le fait religieux interroge peu. Comme tout le monde, j'ai une culture religieuse de surface, je connais les différents points du dogme. Mais les rares fois où mon esprit convoque une image du Christ, il a les cheveux longs et blonds, la tunique blanche des images d'Epinal. J'ai toujours eu un faible pour les bondieuseries, comme on a un faible pour les fraises tagada autres que celles à la fraise, les violettes qui piquent par exemple. Mes enfants se moquent toujours de ma propension à acheter du sirop au cactus ou de l'eau pétillante au pamplemousse, plutôt que de la grenadine ou de la menthe. Et c'est ce goût là qui m'a régalé chez Carrère, celui du type qui cherche, sous l'artifice du dogme, les aspérités qui font que l'histoire pique à nouveau, acquiert un fond de réalisme et finalement de réalité plus vraie que l'histoire brute. (si vous m'avez suivie, cela donne l'équation suivante : fraises tagada à la fraise = histoire brute versus fraises tagada violette = "Le royaume", je pense que Carrère serait fier de moi sur ce coup-là ... en toute modestie.)

Le christ selon Carrère, donc, il est plus passionnant que le vrai. Alors oui, il y a des longueurs, j'ai failli laisser tomber à certains moments, j'ai mélangé Luc et son maître, je n'ai pas toujours suivi toutes les finasseries des entourloupes entre juifs pharisiens. Par moments, même, les tensions entre la foi selon saint Jacques et celle selon le saint son frère n'ont provoqué chez moi nul émoi. J'avoue aussi, tant qu'on est dans la confession, que j'ai passé quelques pages ( au milieu, quand l'enquête se fit trop pointilleuse pour moi), mais très franchement, c'est un livre qui respire l'intelligence, à défaut d'aboutir à une vérité.

 

14/08/2015

Middlesex, Jeffrey Eugenides

middlesex,jeffrey eugenides,romans,pavés,pépites,romans américains"Middlesex" n'est pas seulement un pavé, c'est un excellent pavé, le genre qui s'avale s'en même s'en rendre compte. D'abord, et avant tout parce qu'il les mélange, les genres, et pas seulement les deux dont le héros/héroïne a hérité des filiations chromosomiques échangés entre ses ancêtres grecs depuis les nuits mythologiques, des agapes qui donnèrent lieu à la naissance du dieu hermaphrodite.

Dans ce livre somme, il y a ainsi des échos de saga familiale, de roman d'adolescence, de l'initiation sensuelle et amoureuse, de la satire sociale ... 

Et tout cela, comme le narrateur/trice, part d'un tout petit rien, d'une soeur et d'un frère Desdémona et Lefty Stephanides, perchés dans un village oublié sur les pentes du mont Olympe, en Asie Mineure, et qui vont devoir fuir leur pays suite à la défaite des Grecs contre les Turcs en 1922, l'incendie et la destruction de Smyrne par les flammes. Un massacre et une traversée plus tard, de ce point originel, ils s'exilent à détroit où ils débarquent chez une cousine incertaine, avec pour tout bagage un amour hors normes et des chromosomes à retardement. Calliope (la narratrice) est la bombe de l'héritage. Call est le narratrice devenu homme, quelques vingt ans après sa naissance. C'est elle/lui qui raconte cette étrange métamorphose.

On traverse l'histoire de deux générations, d'une réussite sociale bancale. Le récit alterne satire, fresque, et roman sentimental de bon aloi, de très bon aloi, même, lorsque se pointent les émois physiques de l'adolescente qui se mue en adolescent, sans le savoir,, le vouloir, et surtout vouloir le voir. Dans la relation de la mutation sexuelle, l'échelle prise est celle de l'intime : l'infime, le poil qui pousse et les seins qui ne poussent pas. Calliope se voudrait fille, se révèle autre à elle-même, c'est le récit d'une mue douloureuse, d'une souffrance inconnue, jamais pathétique, souvent drôle, d'ailleurs, dédoublée, en somme ...

Elle regarde les autres, sa mère, son père, son amour, celle qui est nommée comme "l'obscur objet du désir", ne pas découvrir une réalité qui offre en elle un gouffre indicible.

Une hermaphrodite, une époque androgyne, celle des années 60-70 aux USA, une famille à la fois grecque et américaine, les mues sont aussi idéologiques et sociales dans ce livre, étonnant, foisonnant aussi de références, un  hybride et une méduse littéraire.

Un pavé de choix pour le challenge de Brize.middlesex,jeffrey eugenides,romans,pavés,pépites,romans américains

12/07/2015

Jours de juin, Julia Grass

jours de juin,julia grass,romans,romans américainsIl y a des lectures, comme celle-ci, qui vous coûte quasi une nuit d'insomnie, sans que vous le leur en vouliez. Des lectures où l'on a tellement de goût (voire de goûts), qu'elle vous donne faim. Et c'est pour cela que je me suis retrouvée à deux heures du matin dans ma cuisine, au fond de la maison silencieuse et endormie, à me faire chauffer un thé et deux tartines de pain de mie beurre fondu marmelade de clémentine (c'est ce que j'avais de plus british sous la main, même si l'auteure est américaine, le livre donne envie de british). J'ai même réussi à ne pas tâcher les pages en continuant à les tourner.

De quoi il nous cause, ce livre ? Déjà, il est épais et dense, quand même un peu léger, par moments, suave et pas tendu, un peu foutraque vers la faim fin, en trois tartines parties, inégales en longueur voire en nécessité, (la troisième est heureusement la plus courte et la plus tirée par les cheveux, mais ce n'est pas très grave, elle ne gâche pas). On y cause donc, d'une famille, un papa, une maman, trois fils, dont deux jumeaux, leurs femmes aussi, et un peu les petits enfants. la narration est en raccourci et resserre autour de deux voix, le père, puis un des fils, puis une pièce rapportée. Peu de personnages, peu de lieux, presque pas de rebondissements, et pourtant, l'histoire se dévore.

Paul commence. C'est le père. Tout juste veuf de Maureen, la femme qu'il a toujours profondément aimée, il est parti en Grèce, en un voyage organisé en petit comité, non pas pour oublier l'amour perdu, mais juste pour qu'on ne lui en parle plus, car Paul est un taiseux, un homme de retenu. En une excursion à Délos, un escapade à dos d'âne à Myconos, il tombe sous les charmes des îles ventées et d'une jeune femme américaine, un peu artiste peintre, un peu volage, et surtout beaucoup trop jeune pour lui. Se mêle à cette lumière, les souvenirs d'avec Maureen, jeune femme atypique, forte, sûre d'elle et de lui, fondue d'élevage de chien à lignée. Entre la Grèce et l'Ecosse, le passé et ce qui pourrait être, tous les non-dits d'une vie se lisent dans les ellipses de paul.

La deuxième voix est celle du fils aîné, Fenno, exilé à New-York, libraire, homosexuel sage en ces temps de SIDA, il aime sa famille, de loin. Il s'y sent à part, quand il revient dans la grande maison familliale, à chaque fois pour une disparition, un deuil, un choix. Un jumeau trop généreux, un autre trop rigide, du moins c'est ce qu'il croit. Fenno se trompe, se leurre, se trompe d'obligations et d'amour. lui aussi est un taiseux. A New-York, il closonne aussi ses amours, entre Mal, un critique musical acerbe qui se meurt, et un coprs libre, celui de Tony, qui se dérobe, Fenno pourrait tomber amoureux d'un perroquet, s'il n'y prennait garde.... Un coeur puzzle qui fait bien attention à ne pas se dilater, jusqu'à ce que, bien évidemment, arrive le gong qui va le pousser un peu sur une autre route ...

Julia grass nous propose un univers qui sonne juste, où même l'extraordinaire a un goût de feutré, et de presque rien indispensable : un bouquet de pivoines au centre d'une table dressée pour un festib de deuil, une urne funéraire qui se cache en table dinette, des médailles militaires égérées au fond de vases poussièreux, un réveil trop tardif, des conversations de mal-entendus, d'un portrait au fusain d'une mére anonyme avec autour du cou les bras d'un enfant endormi.

 

Un grand merci à Keisha pour la découverte de cette auteure !

Et une participation au pavé de l'été chez Brize

 

 

22/08/2014

Les douze enfants de Paris Tim Willocks

J’avais adoré « La religion » du même auteur. Bon, on pataugeait un peu beaucoup dans le sang, les entrailles, la merde, la pisse et j’en passe pas mal …. Mais le super Mattias Tannhauser, sa dulcinée finalement conquise, Clara, et tous les autres, m’avaient emportée dans les tourbillons épiques et débordants des combats dans l’île de Malte, entre musulmans fanatiques et Templiers désespérément accrochés à leur basque. Juste génial !

Je trépignais donc à l’idée de les retrouver à Paris, en cette autre époque de guerre de religion, à son apothéose sanglante, le jour de la Saint Barthélémy. Sauf que, quand j’ai lu sur le quatrième que l’histoire était censée se dérouler en 36 heures et uniquement enfermée dans l’enceinte parisienne en cet unique jour de massacre, j’ai commencé à avoir un doute sur le souffle épique (l’île de Malte ce n’est pas très grand non plus, mais un seul  lieu et à peine deux jours, ça limite quand même les possibilités). Pas grave, me suis-je dit, il va y avoir des retour-arrière et ça va pulser. Ben non. Je n’avais par contre aucun doute sur le sang, les entrailles, la merde, la pisse, et je vous passe les odeurs. La journée en fut sûrement riche, sauf que dans le roman, il y en a trop, vraiment trop.

De plus, le suspens est nul (je veux dire, il n’y en a aucun, Mattias = Superman en pire et Clara, elle vous torche un accouchement entre deux fuites et deux enlèvements) et l’intrigue est mince comme le fil de l’épée passée au travers de tous ceux qui leur barrent la route l’un vers l’autre. Et il y en a beaucoup, sans compter tous ceux qui n’y étaient pour rien, et il y en a beaucoup aussi.

Clara a donc quitté son domaine provincial, enceinte de 8 mois, invitée par la reine elle-même à participer à un concert symbolique prévu pour célébrer le non moins symbolique mariage du futur Henri IV et de la future reine Margot. Concert symbolique, car elle, Clara, la catholique, jouera avec Symone D’Aubray, protestante. Mattias, qui était parti sur les mers, est arrivé trop tard pour l’accompagner. Il arrive donc à Paris pour la retrouver, ne sait rien de la symbolique prévue, ne sait pas où elle est, et entame donc ses recherches dans le labyrinthe des rues et des intrigues qui virent rapidement au cloaque répugnant. Et le sombre héros n’y va pas de main morte pour que ce cloaque devenu carnage ne déborde. C’est simple, il trucide comme d’autres disent bonjour, ou même avant.  Il y a quand même quelques moments où le taux de mortalité baisse, mais peu sur le nombre de pages … Il reste quelques passages poétiques,  voire de ce lyrisme noir qui emportait « La religion », des personnages secondaires atypiques et charpentés : l’Infant du pays de Cocagne, tellement laid que Quasimodo en aurait fait une crise de jalousie, le valet Grégoire, affligé d’un bec de lièvre un peu gênant mais à la douceur de caractère constante, lui, et le cortège des onze autres enfants de Paris, qui tous, à un moment où à un autre, vont être pris sous l’aile vengeresse de Mattias, réduit lui à n’être qu’une machine à briser les os, éventrer, décapiter, émasculer, énucléer, et j’en passe. Il n’y a que violer qu’il ne fait pas, il laisse ce crime là aux méchants, aux autres, et il y en a trop, beaucoup, beaucoup trop.

18/08/2014

Dans l'ombre des Tudors, le conseiller, Hilary Mantel

Après un premier chapitre qui laisse présager un bon gros roman historique plein de sang, de sueur et de larmes ( je rejoins Sandrine sur ce point), je dois l’avouer, j’ai bien failli laisser tomber ce pavé.

Cromwell, cette ombre du pouvoir plutôt méconnue ( de moi, en tout cas …), obscur fils d’un simple forgeron aux accès de violence incontrôlables, on le prend au départ de son ascension (  et l’ascension est longue). Après sa fuite de sa ville natale et ses périples en Europe qui ont fait de lui, simple soldat mercenaire à la solde française, un fin connaisseur de la finance et des banquiers italiens, et aussi de l’art de la politique à la Machiavel, Cromwell est petit à petit devenu le conseiller favori du conseiller favori du roi Henri VIII, le cardinal Wolsey.

Un cardinal qui fait office de premier ministre et tire les ficelles, espionne , manigance, dilapide et remplit les caisses du royaume. On est bien dans l’ombre, dans les coulisses, dans les souterrains du suzerain, déjà quelque peu atrabilaire … Et là dedans, c’est plein de traquenards et d’ennemis qui n’attendent qu’un faux pas pour vous achever, les ragots acérés font souvent mouche.

Le déclin du cardinal s’amorce quand il échoue à faire se réaliser la suprême volonté royale ( à croire qu’il n’a que cela à faire, le Henri VIII) : obtenir l’annulation de son mariage d’avec Cathrine d’Aragon, après 18 années de bons et loyaux accouchements, elle n’a pas donné de fils, et qu’il puisse enfin convoler avec Anne Boleyn, vierge douteuse, mais devant laquelle le roi tire une langue genre « loup de Tex Avery ». Le pape Clément se fait lui très longuement tiré la sienne pour accorder la permission  qui fera que Anne se retrouve enceinte en étant reine et non catin du roi. Le cardinal va échouer mais Cromwell y réussira (enfin, à sa façon …)

Le portrait des temps et des hommes gagne peu à peu en intensité et en intérêt, on croise des mœurs et des personnages qui épaississent l’attente du consentement papal et le récit biographique. Thomas More, par exemple, se révèle moins humaniste qu’obtus, le grand ami d’Erasme et son utopie prennent un bon coup dans l’aile. Anne Boylen est assez épaisse aussi, portraitisée en perfide harpie à laquelle on se met à préférer sa sœur Mary, dont la cuisse légère fut la première dans le lit du roi, et qui lui sert de remplaçante autorisée lors de la première grossesse de celle qui est enfin devenue reine … Mœurs exotiques …

 

Les longueurs, il y en a, mais elles se dépassent finalement. Et comme ce tome se termine avant la chute d’Anne, et que Cromwell résiste encore à trois mariages royaux, si mes souvenirs sont exacts, il reste donc quelques exécutions et  quelques tractations amoureuses à venir, et comme les deux s’accélèrent, on peut supposer que par la suite (il reste deux tome aussi pavés que celui-ci), le rythme se fasse un peu plus trépidant.

24/07/2013

Nos plus beaux souvenirs Stewart O'Nan

chautauqua_t_shirt-r4b325d2cd49b41b9a5ed9f0b16f41d29_804gy_152.jpgOuf ! les vacances sont finies ! Pas les miennes mais celles de la famille Maxwell, et tout le monde a survécu, même moi. Pourtant, ce n'était pas gagné, pour eux, surtout pour eux, parce que moi, finalement, je n'étais que de passage ... Pourtant, leurs vacances ne durent qu'une semaine. Une semaine, ça peut-être long ou court. Et là, c'est long, surtout pour eux, pour moi aussi quand même un peu .... surtout vers la fin, quand ça s'étire en heures, la semaine, le départ ...

Les vacances commencent un samedi, tous les membres de la famille convergent de leur point de départ à leur point d'arivée, le cottage famililial, les pieds dans le lac de Chantagua, au nord de l'état de New-York. Il y a la mère, Emily, la tante, Arlène, qui viennent dans la même voiture, dans une autre, le fils Max, la femme Lise, leurs deux enfants, les vélos sont accrochés à l'arrière, et dans le minibus, jonché de boites de nourriture toute faite, la soeur et ses deux enfants aussi, une fille (un peu rebelle, mais bon, la mère est un peu flinguée aussi, en plein divorce et dépressive), un garçon, juste comme il faut, d'ailleurs il s'appelle Justin et fera fort peu parler de lui pas la suite, donc autant le faire maintenant.

Depuis des années, la famille se retrouve là, au bord du lac. L'année prédente, ils n'ont pas pu parce que le père, Henry, était en train de mourir. ça leur a presque manqué, en fait, le père aussi évidemment. Et cette année, c'est la dernière fois parce qu'Emily a décidé de vendre de le cottage. Pas pour les embêter, non, mais parce qu'elle a demandé avant qui en voulait faire quoi et personne n'a rien dit, alors que maintenant, ils se révèlent contre. Mais pas de grands débats ni de grandes fureurs dans cette famille-là où les rôles paraissent fixés et boulonnés. Emily décide et fait la cuisine, ils se méfient d'elle, elle griffe parfois, ses enfants semblent lui en vouloir de son indifférence, de sa place, de ses décisions, d'une sorte de mépris ou de trop grande attente envers eux. Ou les deux ensemble.

Au lieu de parler, donc, ils accomplissent des rituels ; un peu toujours les mêmes, cautionnés par les années comme presque leur seul garant que ce sont bien des "vacances" : le parcours de golf, la sortie à pneu sur le lac, le barbecue, l'embarcadère comme point de fuite, le banc comme horizon, la promenade du chien, devenu plus vieux, c'est tout, le restaurant et le feu d'artifice du dernier soir. Quelques variantes quand même pour cette dernière année : le putt' and putt' a fermé, l'enlèvement de la serveuse de la station service du coin et une visite des chutes du Niagara pour cause de pluie.

N'allez pas croire pour autant qu'il se passe quelque chose, il ne se passe rien. Il y a bien Sam ( le petit fils) qui vole la montre de sa belle cousine, les deux cousines qui voient un beau garçon en se promenant, une panne d'électricité pour une raison inconnue, un soir, et deux soirs de suite, ( mais oui, mais oui ...), l'alarme de la maison des voisins qui se déclenche pour une raison qui restera inconnue, et le pauvre Justin qui se trompe de liquide pour le lave vaisselle et du coup, il y a de la mousse partout dans la cuisine.

Dans ce vase clos d'ennuis et de rancoeurs assourdies, se croise Mag, la looseuse, celle qui n'y arrive pas, qui est en train de divorcer, celle sur laquelle on peut compter pour toutes les déceptions de ses parents, son frère, Ken, sur lequel  on comptait un peu plus, mais non, finalement, il vivote rêvant de gloire photographique, hermétique à toute imagination, il fait de son mieux, sa femme Lise, enfant gâté, hermétique à tout ce qui n'est pas elle et lui, même à leurs enfants et surtout à sa mère, Emily, dont se demande quand même ce qu'elle a bien pu faire (mais on ne le saura pas). Ferme la marche, la tante au chien, l'institutrice célibataire qui aurait bien voulu garder la maison, mais, bon, elle prendra la télévision qu'on lui donne.

Autour d'eux, du cercle qui tourne en rond, s'alignent les bibelots, les beaux souvenirs s'y accrochant comme à de dérisoires pendules du temps qui est passé : six verres avec dessus une voiture ancienne différente, le père y buvait un whisky, parfois, une salière et une poivrière en forme de petits cochons, un briquet zippo, un puzzle que personne ne finira jamais.

C'est l'infraordinaire qui raconte l'ordinaire et prend la place des paroles. C'est beau, mais c'est lent, je ne savais pas que l'ennui pouvait être raconté d'aussi prégnante façon. C'est d'une beauté qui s'écoule lentement, en quelque sorte .

Il semblerait que l'on retrouve Emily dans un autre roman de cet auteur, " Emily", peut-être que là on en sait davantage ... Mais j'en doute, pas le style thriller, le bougre d'O'Nan!

 

15/07/2013

Le trône de fer I George R.R. Martin

10965668-texture-d-39-un-mur-delabre-dans-un-ton-brun.jpgC'est LA saga que je voulais commencer, depuis un certain temps déjà, depuis une certaine note d'Ingannmic. M'y voilà enfin à me régaler de ce bon gros feuilleton à gros bouillons de bruits de de fureurs en des temps ancestraux, mi- moyennageux, mi fantasy-gothique. Et cela tombe bien en ces temps de hamac, vu que c'est une lecture de hamac ( qui peut être virtuel ...). Mais pas une lecture de serviette de plage, la serviette est trop plate et le livre trop lourd à porter, en plus, il faut le garder ouvert. Donc, pour garder un gros livre ouvert allongée sur une serviette, c'est trop compliqué, il faut le tenir en l'air, on risquerait de se faire du muscle.

En plus, au début, il faut garder deux fois le livre ouvert, une fois à la page que l'on est en train de lire, donc avec au moins un doigt, et un autre à la page de liste des personnages, donc avec un deuxième doigt et pouvoir faire l'aller retour entre les deux. Des personnages, il y en a beaucoup, normal pour le début d'une saga qui se met en place, il faut donc faire connaissance avec tout le monde, ce qui fait pas mal d'aller -retour.

Je prends juste un exemple, un facile. Dans la "Maison Lannister", " Jaime, dit le régicide, frère jumeau ( sic) de la reine Cersai et Tyrion le nain, dit le lutin, ses enfants". Et c'est là que l'on se dit, pourvu qu'il n'y en ait pas trop des enfants ... Ou alors qu'il y ait une deuxième liste au milieu du bouquin (parce que dans mon bouquin, il y a deux tomes et une seule liste, et que je voudrais tant qu'à faire continuer à y comprendre quelque chose à la saga, vu qu'elle est drôlement bien.)

Donc, la période indéterminée et les personnages idoines, roi, reines, seigneurs, princesses, tyrans, régicides ; tous les indrédients y sont. Quatre maisons proches du pouvoir pour le royaume des sept couronnes, ce qui ne tombe pas juste. Je n'ai pas compris pourquoi mais cela ne gêne pas. Ce qui est sûr, c'est que ça sent le roussi et que cela on le comprend vite.

 En même temps, la saga prend son temps pour s'installer, ce qui est très bien, le rythme permet au lecteur de s'installer, de se caler et de prendre ses repères dans la mise en place des intrigues. Les chapitres avancent par personnages, le nom est bien marqué dessus, donc on se perd pas . Bon, au début, il faut vérifier sur la liste, mais rapidement on s'y retrouve, vu que l'auteur, pas bête, il prend toujours un peu les mêmes : les membres de la maison Stack. Enfin, pour ce premier tome, et j'espère bien que cela va continuer parce que je les aime bien, moi les Stack, on voit bien que cela va être les gentils. Rien que le papa qu'est droit, honnête, qui aime sa femme, ses enfants, qui a des valeurs, de la fidélité, de la lucidité ( quoique ...), et du courage : sa femme et ses enfants pareils, même son batârd. ( Je ne vous fais pas la liste, ni la présentation détaillée de chacun, trop long, je dégrossis la saga). Les autres grands seigneurs des autres grandes maisons ne sont pas tous comme Ned (le papa), certains sont fourbes, méchants, ambitieux, traîtres et tout et tout. Surtout ceux de la maison Lannister, et surtout le Jaimes ( le demi frère de la reine, resic ...). Le Tyrion, le nain, il est plus rigolo, s'en méfier quand même parce que son infirmité ne garantit pas sa faiblesse et lui a fait une langue retorse.

Donc, en gros, vous avez un royaume qui prend l'eau. Il a été conquis par le roi actuel, Robert, qui a dégommé le précédent, trop cruel, avec l'aide de tous les grands seigneurs actuels (ou presque), pour prendre sa place. Sauf que depuis, Robert, gouverner l'ennuie et lui pèse, il préférait la fureur de la conquête et se noie dans les plaisirs grossiers pour compenser. Il se laisse rouler dans la farine et pour tenter de s'en sortir, il fait appel à l'ami fidèle, Ned, qui n'avait pas vraiment envie de s'y coller, mais bon ...

Sauf que Robert n'écoute pas grand chose d'autre que ce qu'il a envie d'entendre, que les complots sourdissent, que les intérêts se confondent.

Ned fait ce qu'il peut mais "l'hiver vient", la métaphore qui désigne la guerre, mais pas que vu que dans ce pays là l'été désigne la paix, que le royaume était en été depuis un moment et qu'avec l'hiver ressurgissent les créatures. "Les Autres", se raprochent du mur du Nord, gardé par les gardes noirs. Mais le mur se dégrade, et les gardes, de moins en moins nombreux, n'arrivent pas à faire entendre leur voix par delà les vents du nord des fratricides qui se préparent.
J'adore.

 

Et une nouvelle conquête ( mais pas pour Robert) : une comète

 

 

11/05/2013

La veuve Gil Adamson

imagesCATQLC80.jpgMa prêteuse préférée m’a dit en me le prêtant : « C’est le genre de livre que quand tu le lis, tu as envie d’aller te coucher le soir avec ». C’est vrai, du coup, je me suis recouchée dès le matin, voire dès l’après midi ( dans le canapé, quand même, il faut savoir dignité garder …)

Une histoire qui prend peu de chemins de traverse pour nous mettre dans les foulées  pressées et hagardes de la veuve. On court  derrière elle dès les premières phrases et on continue après, à l’aveugle, même quand elle ne sait pas où elle va, c’est devant, droit devant, malgré les détours et même quand les sentiers s’effacent sous ses pas, voire dans sa tête.

La veuve est veuve parce qu’elle vient de tuer son mari, et fuit à grandes enjambées parce que ses deux beaux-frères sont à ses trousses et qu’ils ne sont pas du genre compréhensifs : grands, rouquins, un regard de tueur qui en vaut deux avec leurs quatre yeux, ils parlent peu mais flairent la piste de leur vengeance avec la ténacité des taigneux.

Avant de partir de la cabane où git le corps de feu son mari volage, la veuve a pris le temps de se coudre sa robe noire de veuve. Elle a 19 ans et rien d’autre, elle est petite, elle est seule, elle est ignorante de tout, de la nature qui la voit passer, à peine alphabétisée, sauvage, et la tête remplie de voix et de visions qui l’égarent, parfois. Elle n’est pas folle. Seulement, elle a été élevée pour une autre vie ; entre son père, un ancien pasteur que la mort de sa femme a écarté de toute certitude et de toute tendresse, et sa grand-mère, qui l’ a entourée de servantes mais de peu d’affection. Ils l’ont laissée partir se marier avec le premier fier-à-bras venu qui disait qu’il avait un domaine, là-haut, pour elle.

Sauf que le domaine était une cabane, le mari un tyran d’égoïsme. La veuve est donc veuve et fuit dans sa robe, avec comme seule possession sa bible luxueuse, crayonnée de ses hiéroglyphes, et qu’elle ne sait que réciter. Elle traverse les paysages inconnus sans connaître la nature qui l’entoure et sans reconnaître les bonnes âmes qui se penchent sur son parcours : une vieille dame au domaine décrépi et à l’âme charitable, ne pourra la retenir bien longtemps. La veuve s’enfonce dans les montagnes, s’y perd et s’y meurt de faim avant que ce ne soit d’amour pour un autre oiseau rare : « le coureur des crêtes », l’homme qui fuit toutes compagnies…

Comme dans un road movie mâtiné de western ( un road movie à cheval, en quelque sorte, ou à pied quand la veuve perd ses montures ), on la suit sans que les étapes soient sûres, elle a un peu de refuges parfois entre des bras, ou sous les regards d’un indien, d’un pasteur-boxeur, un Nick Cave un peu débonnaire, des miniers, un nain, des vents glaçants, des forêts obscures, un glissement de terrain, de la crasse, de la sueur, des coins où elle reprend quand même son souffle, puis repart, toujours elle devant et nous derrière.

Un sacré souffle, et une belle course, avec des murmures de  Dalva et quelque chose aussi de Dina : une belle petite  veuve-courage bien trempée dans une encre épaisse de Canada, de grands espaces où les hommes sont rares mais ont la couenne âcre. Une silhouette de veuve moineau, pipe à la bouche, tenant bien serré la bride de sa dernière monture, la détente facile mais peu fiable quand même, que l’on regarde s’éloigner à regret … Si c’était au cinéma, faudrait rajouter un soleil couchant à la dernière scène.

 

Un grand merci A.M.

 

Athalie

30/04/2013

La griffe du chien Don Winslow

Le pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

30/03/2013

La griffe du chien Don Winslow

la griffe du chien,don winslow,romans,romans américains,pavésLe pavé est rude à avaler, 827 pages de réalités socio-politiques sans concession, une plongée en apnée dans les doubles jeux des USA et les narcotrafiquants sud-américains. A priori, pas vraiment pour moi, à la limite du docu-fiction, me disais-je, lestée par le poids du dit-pavé, plombée dès le premier chapitre par un bain de sang hyper réaliste, le coeur presque déjà au bord de l'écoeurement.

Le héros, si tant est qu'il puisse ainsi être dénommé, est Art. Ancien du Vietnam, il a déjà envoyé des hommes à la mort, les mains sales des opérations de nettoyage, il connaît. Métis, moitié américain, moitié mexicain, il pensait être du bon côté en s'engageant dans la lutte contre les narcos. Il pensait avoir un certain pouvoir, il va commencer par se faire rouler dans la farine. Il appartient à la DEA ( une sorte d'administration officielle chargé de s'occuper des méchants mexicains qui inondent les gentils USA de la "boue mexicaine"), et trouve sa hiérarchie bien peu efficace et timorée dans cette guerre larvée. Ce pourquoi il conclut en douce une sorte d'alliance avec Tio Barrera, membre éminent de la police mexicaine en façade, aussi vérolé qu'un canon à poudre en réalité. Croyant mettre fin à la culture du pavot, Art collabore à une gigantesque opération de destruction massive des champs cultivés (et aussi des personnes qui cultivaient, mais bon, là, c'est accessoire pour tout le monde ...) et croyant ainsi berner ses supérieurs qu'il trouve trop lymphatiques et hypocrites ( officiellement, il a été décrété que la "boue mexicaine" n'existe pas, que la police mexicaine s'en occupe de toute façon, et que donc, il n'y a pas de traffic, ni de "narcos"), Art ne fait rien que moins que de contribuer à la naissance d'un cartel, " La fédération", machine à inonder le marché de la drogue, encore plus puissante, efficace et redoutable que la précédente.

Les territoires de production vont être définis, famille Barrera en tête, Tio, El patron, Raul l'exécuteur, Adam, le comptable. Art va devenir seul contre tous, "le seigneur de la frontière" et mener sa propre guerre, sa vengeance, les deux ayant les mêmes visages, visages multiples et identiques du côté du Bien et du côté du Mal, ceux des mécanismes sanglants des pouvoirs politiques aux commandes. Plus rien d'humain là dedans.

La lecture est insoutenable et impossible à lâcher : c'est un roman excessif pour une réalité excessive qui vous saute à la gorge, explose par l'intensité de ce qui est démontré, l'Amérique Centrale comme un vaste terrain pour cynismes sans limites : les narcos vivent dans de vastes demeures, roulent dans les belles voitures, à ciel ouvert, tout est bon pour garder le pouvoir d'un côté, pour se voiler la face de l'autre. C'est un jeu de massacres où le Bien et le Mal ont les mêmes armes, où ils se combinent et s'entrelacent. C'est un jeu de poursuites sans aucune morale et d'intérêts où qui perd est mort et qui a gagné est mort aussi.

Art seul contre tous, cela est un peu gros, soit, d'autres figures passent et tiennent le romanesque : Nora, la call-girl au presque grand coeur, Callan, le tueur au sang froid mais yeux de biche, un prêtre humaniste, des exécuteurs qui avalent des pêches .... mais toujours le fil est sa guerre, sans répits. Et quand vous pensez en avoir assez lu, assez vu, assez compris, assez d'assister à des exécutions, des tirs en rafale qui laissent flotter les corps comme des objets de pacotille, et bien, ça recommence ... pour que la drogue se répande dans les veines rouillées des acros, et l'argent dans les poches de ceux qui se les remplissent.

Ce roman grouillant, pesant, tonitruant, je l'ai avalé, écoeurée, vidée, dégoûtée, révoltée, j'ai avalé jusqu'à la moindre balle tirée, jusqu'au moindre crâne éclaté, la moindre gorge tranchée, corps découpés. Je ne sais pas si je regarderai un reportage sur ce même sujet avec le même oeil écarquillé d'horreur, tant je me suis dit qu'il n'y avait que la littérature pour vous exposer à la figure la vérité avec une telle puissance de frappe.

Un grand merci à Ingannmic, qui a eu l'initiative de cette lecture commune, (et à Jean Marc qui en est à l'origine), lecture d'un indispensable coup de poing à côté de laquelle, du coup, la vision d'Ellory dans Les anonymes ou Vendetta, parait presque angélique ....

Gridou rejoint le choeur des louanges, à qui le tour ?

 

Athalie

20/01/2013

La couleur des sentiments Kathryn Stockett

La-couleur-des-sentiments-4_scaledown_450.jpgC'est en lisant l'épilogue de l'auteure que j'ai enfin (j'ai mis le temps vu le pavé ...) réussi à me formuler à moi-même un peu plus clairement ce qui gênait depuis le début dans ma lecture de ce best-seller-là, pourtant beaucoup plus prenant que ce à quoi je m'attendais, à vrai dire (oui j'avais commencé cette lecture avec un oeil torve à tendance moqueuse).

Katryn Stockett y explique qu'elle a voulu rendre hommage aux domestiques noires des maîtresses blanches parce qu'elle même a été élevée par l'une d'entre elles, Demetrie, et que Demetrie, personne ne lui a vraiment parlé, personne ne l'a vraiment vue, durant toutes ses années de service, de service dévoué à sa condition de domestique noire dans le Mississipi d'avant les droits civiques.

C'est bien ce qu'annonçait le titre, les sentiments ont une couleur, c'est cela qui me gênait.

La micro société de Jackson (Mississipi) est reconstruite au travers de quelques figures emblématiques ; les maitresses blanches, les domestiques noires, à chacune sa chacune ou presque. Par ordre de salopitude,  Hilly, la parfaite salope, raciste convaincue, sans état d'âme aucun,  Elisabeth, salope aussi, surtout suiveuse de la première, parce qu'Hilly est dans cette mini société, celle à qui il faut plaire sous peine d'excommunication du club de bridge, ce qui est radical. Une autre, par contre, détonne, Célia (celle pour qui j'ai eu un faible au départ), la poupée barbie alcoolique qui veut à tout prix être amie avec les copines d'Hilly, celles de la bonne société des oeuvres bienpensantes, et même avec sa domestique de couleur, la grande gueule, Minny, qu' Hilly poursuit tout particulièrement de sa vindicte. Et puis, la délatrice, celle qui va ruer dans les brancards, Miss Skeeter. Jusque là amie des premières, aveugle visiblement au racisme qui scruture sa pensée et celle de toute la ville, blanche ou noire, depuis sa naissance, une histoire de toilettes séparées va brutalement lui ouvrir les yeux et lui donner envie de témoigner, ou plutôt de faire témoigner, ces femmes qui servent sans mot dire celles qui les traitent comme des objets sourds.

Des toilettes séparées dans les maisons où les domestiques noires travaillent, au nom du respect des différences, il faut dire qu'il y a de quoi hurler. Aibileen, la bonne principale, celle dont on suit le plus les humiliations et les drames, s'en accommode. Sympathique, méritante, courageuse, elle sait lire et écrire, dotée d'un solide bon sens et d'un esprit critique percutant mais silencieux, pas dupe, elle s'est adaptée à sa colère. Et pourtant, elle, la noire exploitée, va jouer le jeu de miss Skeeter, la rebelle à sa classe, et être la première à témoigner.

C'est la deuxième chose qui m'a gênée, que l'esclave (parce qu'on en est encore là), accepte de collaborer avec le bâton qui la tient en laisse, ou du moins une de ses représentantes, même de bonne volonté, sans avoir envie de mordre, qu'elle aime même les enfants blancs de ces femmes blanches-là, et qu'elle les élève, avec l'amour et la patience que les maitresses n'ont pas. Ce fut peut-être une réalité, je ne sais, mais elle m'a un peu écorchée, comme lorsque la rebelle noire, Minny, répare les saletés de la "pauvre" vie de Célia, même en ronchonnant. Le racisme et le mépris paraissent si ancrés dans ce sud des privilèges de la couleur, que cette collaboration passive m'a parue quelque peu pastel.

Mais bon, je le savais avant que la violence était ici feutrée, vue par les sentiments, donc aucun regret !

C'est un bon moment de lecture que j'aurais peut-être reculé si il n'avait été commun avec Ingannmic. Merci ! Son avis, très positif :

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2013/01/la-couleur-de...

 

13/01/2013

La vérité sur l'affaire Harry Quebert Joël Dicker

la vérité sur l'affaire harry quebert,joël dicker,romans,romans français,rentrée littéraire 2012,prix goncourt lycéenJe marchais dans le long couloir qui caractérise ( entre autre mais non des moindres) mon lieu de travail, et comme il est très, très, long, il laisse largement le temps de papoter bouquins (entre autre). Nous devisions  donc avec un habitué des lieux, comme moi, qui avait la poche de la veste déformée par un gros bouquin mais crapahutait sans vergogne pour rejoindre le bus qui lui permettrait, dixit, de se caler. Je m'intrigue : " C'est La vérité sur l'affaire Harry Quebert, peux plus m'arrêter, je me leste avec, au cas où j'aurais un trou." Un trou ?

Un livre qui leste et fait se caler son lecteur dans le bus, c'est pour moi. Sauf que moi, j'ai attendu l'option en vacances, fauteuil face à la mer. Sauf que la mer, je ne l'ai pas beaucoup regardée ...

Avec ma soeur, on est allée faire des courses à la superette du village de nos vacances de Noël, qui ferme à 7.00 pile et qu'après, t'as plus rien. c'est dire l'urgence pour que je sorte de mes pages, parce qu'autrement, j'aurais pas bougé de mon fauteuil, et pas à cause de la mer.

A l'aller :

" Alors tu comprends, un jeune écrivain vient de faire un succès public énorme, Marcus Goldman. Ben oui, il est juif, pourquoi ? Mais non, ça n'a rien à voir avec Mauss. Si, il y a bien sa mère qui le tanne au téléphone pour qu'il se marie, paranoïaque et complétement égocentrique, elle le prend pour un génie et elle a peur qui se loupe. Tu vois ? Non. Pas grave, elle n'a pas beaucoup d'importance dans l'histoire, en fait, mais le personnage est drôle. Non, je ne m'égare pas. La superette est toujours ouverte, tu vois bien ? Donc, depuis toujours, Marcus veut être un écrivain, un grand, écrire le live, le grand livre. Non, ce n'est pas un arriviste, il croit vraiment à sa quête, mission, oui, comme tu veux ... Des rillettes de sardine, non, je n'aime pas trop, prends plutôt au maquereau. Il nage en plein succès, en pleine euphorie, son premier livre a été un succès énorme, médias, sa tête en tête des gondoles, agent, secretaire,  starlette ... Mais après, impossible d'écrire le deuxième, panne séche, complétement vide, il tente plusieurs retraites, se cherche. Oui, c'est un peu creux en fait, mais je ne sais pas pourquoi, je te jure qu'on est happé dedans. C'est comme les craquelins ? Oui, c'est ça, avec de la compote de pommes. Alors, Marcus va se tourner vers son ex-mentor, Harry Quebert, qui gite dans un petit village tout mignon où tout le monde se connait et les connait, le grand écrivain qui a bouleversé la littérature avec son premier roman, "Les origines du mal", et lui, l'ex petit Marcus, son protégé, son poulain, son double en plus jeune, son fils par procuration. Ils se retouvent tous les deux dans La Grande Maison d'Ecrivain au bord de la mer. Ben oui, c'est cliché, complétement même, tu as l'impression de regarder une carte postale. Non, je n'ai pas dit que c'était de la grande littérature, non plus. J'ai pris le vin blanc pour les moules ? Tu es sûre ? C'est bon, on peut y aller."

Sur le chemin du retour :

" J'en étais où ? Je ne te saoule pas là, t'es sûre ? Donc, Marcus n'arrive pas à écrire là non plus, mais par contre il va trouver la  boite de Pandore, une boite qui renferme le grand secret du grand écrivain,  son amour pour une jeune fille de quinze ans, un amour impossible, évidemment, vu que Harry est beaucoup plus âgé et que cela ne se fait pas, un amour clandestin, quoi ! Ben oui, c'est poncif, et encore je ne te dis pas tout. La jeune fille a disparu depuis trente ans, un meurtre non élucidé, tu penses bien, et l'affaire Harry Quebert va pouvoir commencer et Marcus devenir grand. On peux changer le sac de côté, c'est lourd, là.  En plus, ce n'est même pas bien écrit, la jeune Nola, Nora ? non Nola, je crois, elle sonne faux, comme une Lolita ratée, tu vois ? Sauf que le bouquin, il te retourne comme une crépe, t'as plein de pistes, tu fonces dedans comme une voiture de patrouille lancée en plein galop et tu te retrouves comme une mouette happée en plein vol, je te jure, c'est efficace, mal écrit et tout ce que tu veux mais rudement bien."

Je vous passe le rangement des courses et la cuisson des moules.

 

Athalie

 

PS : merci à ma soeur !

 

 

16/09/2012

Lonesome dove Larry McMurthy

imagesCAJNQ0X9.jpgMais où est passée ma conscience politique pendant cette lecture ? Sous l'ombre des cactus ? Sous la selle d'un cheval ? Dans les remous du Rio Grande ? C'est honteux, tu me fais honte, disait le séraphin de la cause juste, perché derrière la Athalie lectrice plongée dans les aventures westerniennes de tueurs d'indiens ( enfin ex-tueurs d'indiens, des ranchers qui avaient nettoyé la frontière du Texas des hordes rouges qui encombraient les blancs qui voulaient s'y mettre). Même ex, ce n'est pas une raison, ce sont les aventures d'ex-massacreurs d'indiens magnifiés en cow-boy mythiques que tu es en train de suivre avec des yeux de merlans frits sous tes lunettes de soleil. Le pire, c'est le Augustus, t'as carrément ton ixième béguin de l'été, littéralement sous le charme d'un type crasseux de poussière qui n'a pour toute intelligence que celle de sa grande gueule ... Reviens à toi, Athalie, et tente un résumé objectif ! fin de la parole séraphine.

Il était une fois, dans un ranch pourri, près d'un bled paumé, des ex-ranchers qui tentaient de devenir éleveurs, en volant le bétail des mexicains, principalement. Dans le ranch, il y a Augustus, le philosophe de la bande qui cause sans arrêt, et fait très bien les biscuits. Il y a un cuisinier mexicain qui sonne à tout rompre la cloche et fait peu d'autre chose. Il y a un gamin, qui voudrait bien devenir un homme, un vrai. Le vrai pour lui, c'est le chef de la bande, celui qui n'aime pas les femmes, n'aime pas parler, que travailler, et qui a une jument qui le mord et  qui est peut-être son père. Et d'autres figures toutes aussi technicolor, voire plus. Il y a aussi deux cochons. Dans le bled paumé, il y a une prostituée, dont presque tous les cow-boys sont amoureux, mais, elle, elle rêve d'aller à San Francisco. Arrive un vieux copain des deux ex-ranchers, tueur accidentiel d'un dentiste-maire, joueur de poker charmeur, qui va remporter la prostituée, mais uniquement parce qu'elle le veut bien, pour l'instant. Tout ce monde-là, va partir pour le Montana, là où l'herbe est plus verte, et on part à cheval, en vieille cariole, transbahutant un troupeau de vaches, avec un taureau qui n'est pas clair, et des cours d'eau non plus. Sans compter un shériff un peu lent, sa femme un peu volage, son adjoint un peu couillon ... et là faut s'arrêter et descendre de la selle pour rentrer prendre un whisky dans un saloon, au risque d'en trop raconter et que John Wayne ne croise Lucky Luke et Joly Jumper, la vraie Calamity Jane.

A lire absolument donc, en laissant de côté toute conscience politique ... Sauf que, si l'auteur m'écoute ( ce dont je ne doute pas) qu'il sache que laisser son héroïne dans une situation aussi fâcheuse à la fin du premier tome, relève de la torture morale pour la lectrice et que si Augustus commence à se repentir, je veux bien envisager de l'épouser.

Athalie

14/08/2012

L'année brouillard Michelle Richmond

imagesCAGOBWIY.jpgAbby aime Jack et Jack aime Abby. Abby a la trentaine, des aventures amoureuses passées, et est photographe. Elle aurait aimé d'art, mais pour l'instant, c'est de mariage et d'anniversiares. Jack est prof. Il a eu une femme, Lisbeth, qui lui a donné une fille et est partie sans plus en prendre de nouvelles, ni de l'un de l'autre. Emma est la fille de Jack, elle a six ans, c'est une adorable petite fille au caractère bien trempée et qui a peur de l'eau. Abby commençait à l'apprivoiser, à l'aimer, et l'inverse. Abby et Jack allait se marier. Un truc à l'eau de rose, quoi. Sauf que (ben ouais, il faut bien un "sauf que", sinon, on n'aurait pas de roman, du moins, pas un plutôt bon roman).

Emma portait des chaussures bleues pointure trente trois le matin où elle est allée se promener sur la plage d'Océan Beach avec sa presque future belle-mère qui lui a lâché la main juste un moment. Le temps était au brouillard épais, la plage est réputée dangereuse, il y a souvent des lames de fond. La petite s'est un peu éloignée, Abby a pris une photo d'un bébé phoque, elle voulait le montrer aussi à la petite, mais la petite n'est plus là. Quelques secondes avant qu'Abby ne plonge dans l'irrémédiable espace temps qui sépare la normalité de la stupeur. Drôlement bien raconté d'ailleurs. Abby cherche aux alentours, logiquement, puis plonge dans la bascule et réalise : Emma n'est pas derrière la digue, Emma n'est pas retournée à la voiture, Emma a disparu et personne n'a rien vu.Il faut téléphoner à Jake, organiser les recherches, lancer des appels, distribuer les affichettes. L'affaire Emma monopolise les médias, puis moins, le temps l'éloigne, les éloigne, éloigne tout le monde d'Abby, la responsable, même pas l'accusée.

Seule, Abby reste sûre qu'Emma est vivante, que le secret des retrouvailles est dans les quelques images qu'elle a gardées dans sa rétine ; une moto, un van, un postier ... En même temps quadrille absurdement la ville, affichettes à la main, déteste les enfants encore là, ceux qui n'ont pas été enlevés, les familles normales, ce qu'ils auraient dû être, elle, Jack et Emma si, si, si, elle n'avait pris le temps d'une photo de bébé phoque.

On suit Abby dans les différentes étapes de cette perte, de cette histoire rythmée par le temps qui passe et qui efface les maigres pistes  de sa mémoire, et de celle des autres, la perception du temps devient autre, quand la répétition devient ressassement. Un roman qui parle aussi des mécanismes de la mémoire, de l'oubli, de ses rapports avec la photographie aussi, et ce que les photos ont de liens avec les traces de la réalité, mais pas forcément avec la vérité.

Athalie

03/08/2012

Les affligés Chris Womersley

lucioleprolfixeclair1.jpgQui sont les affligés dans cette histoire ? Un des rares reproches que je ferai à ce roman, c'est ce titre, je tourne et retourne les sens du mot dans ma tête, et je ne vois pas. De l'affliction, il y en a, c'est sûr, mais le mot ne suffit pas. "Bereft", est le titre original, et rajoute,"endeuillés, démunis", c'est mieux, je trouve, au moins on voit de qui il s'agit, et puis, c'est plus complet, "démunis dans le deuil", oui ce serait quelque chose comme cela, comme sentiment général. Autant vous dire que ce n'est pas gai. Mais pas malsain, juste entre tendresse et rédemption, plongée dans le passé et découverte peut-être de soi, d'un autre soi. Les thèmes sont convenus, certes, mais l'écriture, comme l'indique le titre anglais, très littéraire, permet à cette histoire de se lire presque comme une aventure intérieure. La couverture est d'ailleurs, je trouve, un résumé à elle toute seule de ce qui fait le charme prenant de cette histoire. ( ce qui fait que je pourrais me contenter de l'insérer ici, et de passer à autre chose, mais comme je suis bavarde, je ne peux pas.) .Des arrêts, des accélérations, quelques gros plans, des scènes arrêtées, comme au cinéma, des poses, sur un visage, un geste, il y a une grande douceur dans cette histoire tragique. (Et surtout pas de description des grands espaces "nature writing", je fais une overdose en ce moment) Même si l'action se déroule en Australie, c'est une Australie très ressérée. Rien ne semble y bouger, juste trois quatre personnages, quelques moribonds et trépassés, quelques silhouettes de maisons du bourg de Flint, les bois autour.

Quin Walter s'est enfui de son village dix ans auparavant, après avoir été accusé du viol et du meurtre de sa soeur. Il faut dire qu'on l'a retrouvé hagard, ensanglanté, le couteau à la main, et que ces deux-là s'aimaient tellement ( il l'aimait tellement en tout cas) que des rumeurs couraient dans la famille, dans le village. Et pourtant, ce n'est pas lui. Pourquoi revient-il, de retour de la grande guerre, poumons brûlés, gueule à moitié cassée ? Il ne le sait pas trop, entre pardon et vengeance, il erre dans les bois, autour de sa maison, autour de la chambre de sa mère, qui s'y meurt de cette épidémie qui ravage le pays que l'on dit être la peste espagnole, mais que certains dans le village disent "La Peste". Puis, Quin s'approche, parle, ne dit pas toute la vérité, mais quête les mots qui pourraient lui refaire une innocence.

Dans les bois rôde aussi son oncle, celui qui, avec son père, a juré de l'abattre si il revenait un jour. Le jeune frère de sa mère, chasseur, prédateur et chargé de faire respecter la loi dans le bourg, ce qui est fait un encore plus redoutable traqueur d'innocence. Quin tourne, s'échoue, quelques scènes racontent son enfance, d'autres son errance, sa guerre, ses violences et ses leurres : le courage sur les champs de bataille, c'est quoi quand on a laissé tuer sa soeur ? sa lumière viendra d'une drôle de luciole, Sadie, fille d'une présumée sorcière, morte il y a peu. Elle aussi rôde dans les bois, fourrée dans une cabane abandonnée comme dans un terrier. Elle attend que son frère revienne, lui aussi, de la guerre de l'Europe. C'est une belle figure romanesque, enfantile et lucide, elle est la lampe de poche de Quin, mais la proie de certaines ombres ....

Thèmes convenus, soit, mais atmosphère d'aquarium, étouffante, saturée de la moiteur des non-dits, qui englue sa lectrice dans une lecture diablement prenante, tant il y a quelque part une corde tendue. Donc, attention ! se lit d'une traite, à ne pas commencr au début de la nuit sous peine de cernes sous les yeux le lendemain !

Athalie

Un avis plus concis et moins foutraque ...

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/06/les-afflige...

17/07/2012

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock

le diable tout le temps,donald ray pollock,romans,romans policiers,romans américainsJ'ai croisé mon ami Jack dans les croisées du salon du livre d'"Etonnants voyageurs". Mon ami Jack ( ce n'est pas un surnom, c'est son nom) est très, très grand, ce qui fait qu'on ne le loupe pas, même dans un salon du livre bondé. Il m'a lancé : "Va voir le Pollock, c'est du bon". Mon ami Jack étant un fin cinéphile et un amateur éclairé de polars américains, je n'ai pas vu le Pollock, j'en ai pris un sur la pile (après avoir lu la première page et surtout sans lire la quatrième, c'est ma technique habituelle quand on me lance sur un livre dont je ne sais strictement rien). Merci Jack ...

Est-ce un polar ? Un roman noir ? un road-movie immobile et à plusieurs vitesses, je ne sais, mais c'est un sacré bon bouquin. Comme on dit un sacré coup de rouge, je veux dire que ça tâche. A éviter si on aime les tables bien dressées avec nappe blanche. Le sourire vient parfois aux lèvres mais quand même un peu tendu parce que tous les personnages (ou presque) sont de sacrés saligauds. Les drames les plus épouvantables, horribles, répugnants, malsains se succèdent et pourtant jamais le coeur ne m'en est venu sur les lèvres tant l'écriture met à distance toute émotion, c'est écrit comme si tous ses crimes étaient, finalement, normaux, voire des sortes de gags, voire artistiques ....

Les deux villages où l'action se déroule sont presque limitrophes, un dans l'Ohio, et l'autre en Virginie Occidentale. Ce qu'il ont en commun, c'est qu'ils sont ruraux, très ruraux, et qu'ils sont liés par le chemin du personnage (on va dire principal), Arvin.

Arvin, c'est le fils unique de Willard Russel. Celui-là, quand il est revenu de la guerre du Vietnam, tout ce qu'il voulait, c'était rentrer chez lui, au fond des bois, chez sa mère, avec son oncle et basta. Pas envie de dire si les Japonais mangeaient au non leurs prisonniers. Rien. Sur le chemin du retour, il a, malgré tout, croisé du regard la belle Charlotte, serveuse de son état, aussi belle qu'une actrice de cinéma. Ils se marient, projettent de devenir propriétaires à la campagne, Arwin suit les traces de son père, mais Charlotte se meure et Willard dérape. A plein tube.

Roy est prédicateur, il s'arrose d'araignées pour montrer aux fidèles qu'il ne faut pas avoir la peur de l'amour de Dieu. Théodore, pour l'amour du même Eternel, a sacrifié ses jambes ( ce qu'il finira quand même par regretter), c'est donc sur son fauteuil roulant qu'il suit Roy en accompagnant ses sermons au violon. Jusque là, tout roule à peu près bien ... Où ils vont vraiment mal tourner, c'est lorsque Théodore va, égoïstement, encourager Roy à mettre à l'épreuve son pouvoir de résurrection. Je vous passe les histoires d'amour avec la femme flamant rose et autres aventures qui les mèneront, ben, vers une sorte de destin (?)

Suivent, ou s’entrecroisent, dans un cortège brinquebalant vers un enfer de pacotille : un couple de tueurs nymphomane-photographe, un prédicateur libidineux, un shérif véreux, quelques filles laides mais perdues de vertu quand même, et Arvin, l'enfant qui n'avait reçu qu'un pistolet en héritage, et un certain sens de la justice, un drôle d'ange quand même ...